‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 85 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que lui seul en serait responsable. 11 répéta encore une fois ses anciens dires, et réclama, d'ailleurs, contre l'emploi de la question a son égard, par ces deux motifs : l'un, qu'il était de race noble; l'autre, que sa personne serait trop exposée et hors d'état de rien supporter, puisqu'il était déjk perclus par suite d'une détention de onze ans 1 . Les deux juges lui firent alors ôter les fers et la chaîne, lui prescrivant de prêter serment et de déclarer ce qu'on lui demandait. Sur son refus, le bourreau Diego Ruiz le dépouilla de ses vêtements et ne lui laissa que des caleçons de toile. Le bourreau s' étant ensuite retiré, on lui signifia de nouveau d'obéir a l'ordre du roi, sous peine de subir la torture par la corde. Il répéta encore qu'il disait ce qu'il avait déjk dit. Aussitôt l'échelle et l'appareil de torture ayant été apportés,. le bourreau Diego Ruiz croisa les bras d'Antonio Perez l'un sur l'autre, et on commença par lui donner un tour de corde. Il jeta de grands cris, en disant : Jésus, et qu'il n'avait rien à déclarer, qu'il ri avait qu'à mourir à la question, qu'il ne dirait rien et qu'il mourrait*. Ce qu'il répéta maintes fois. Alors

1 « Le mandaron poner a question de tormento, y si en el rauriesse, 6 lésion de algun miembro le sucediesse, fuesse por su culpa, y cargo ; y dix6 lo que dicho tiene, que por estas dos cosas, la una el ser hidalgo, la otra el dafio y lésion que résultasse en su persona, atcnto à estar tullido de las largas prisiones de once anos. » (Proceso, ms.)

2 « Y luego estando présente la escalera, y aparejos del tormento, por el Diego Ruiz Verdugo le fueron cruzados los brazos al dicho Antonio Perez uno sobre otro, y le fueron comenzado â dar una buelta de cordel en ellos, el quai di6 grandes Toces diciendo, Jésus ! y qve

on lui avait déjà donné quatre tours de corde 1 , et les juges en étant revenus a le sommer de déclarer ce qu'on voulait de lui, il dit avec force cris et exclamations qu'il n'avait rien à dire; qu'on lui brisait un bras. Vive Dieu! je suis perclus d'un bras ; les médecins le savent bien. Il ajoutait en gémissant : Ah! Seigneur! pour l'amour de Dieu!... Ils m'ont brisé une main, par le Dieu vivant ! 11 dit encore : Seigneur Juan Gomez , vous êtes chrétien , mon frère , pour l'amour de Dieu, vous me tuez, et je n'ai lien à déclarer*. Les juges lui répliquèrent de nouveau qu'il fît les déclarations voulues, et il ne fit que répéter: Mon frère, vous me tuez! Seigneur Juan Gomez, par les plaies du Sauveur, qu'ils m'achèvent d'un seul coup... Qu'ils me laissent, je dirai tout ce qu'ils voudront; pour l'amour de Dieu, mon frère, ayez pitié de moi! À l'instant même, il demanda qu'on le tirât de la position où il était, et qu'on lui donnât des vêtements, disant qu'il parlerait 8 . Ceci n'eut lieu que

avia de morir en el tormento, y que no tenta que decir, sino morir. » tProceso, m s.)

1 «Yâ esta sazon ténia dados quatro bueltas de cordcl. » (Ibid. ) « ï da/ido grandes voces y gritos dixô que no ténia que decir, y que le mancavan el brazo, vive Dios que estoi manco de un brazo y h saben los medicos, y diciendo à voces : Senor, por omor de Dios, que me mancan y que me han mancado la mano por Dios vivo : y tornô a decir : Senor Juan Gomez , cristiano es , hermano, por amor de Dios, que me matas, que no tengo de decir mas. » (Ibid.)

3 « Fuelc tornado â decir por los dichos jueces que responda, y no dixô mas que : Hermano que me matas ; Senor Juan Gomez, por las llagas de Dios acaben me de una vezf dexe» me, que quanto quitieren dire; por amor de Dios, hermano, que te apiades de mi. T luego dixô

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