‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 86 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lorsqu'il eut passé par huit tours de corde 1 ; et comme il commençait k déclarer ce qui va suivre, le bourreau ayant reçu ordre de quitter la pièce où se donnait la question, Perez demeura seul avec le licencié Juan Gomez et le greffier Antonio Marquez 8 . »

Ici Perez, livré si perfidement par son maître, torturé si cruellement par ses juges et vaincu par la douleur, se reconnut l'auteur de la mort d'Escovedo, et donna a cette mort les raisons d'État qu'il a exposées dans ses Relaciones et dans son Mémorial devant la justicia d'Aragon, et que nous avons précédemment indiquées d'après lui et discutées. 11 entra dans des détails assez grands 8 à cet égard; « puis on lui commanda, continue la procédure, de prouver et de bien établir la réalité des motifs mis par lui sous les yeux du roi pour faire mourir Escovedo. 11 répondit que tous ses papiers lui avaient été enlevés, a différentes reprises, pendant ses diverses réclusions ; qu'il se trouverait dans le nombre beaucoup de preuves de ce qu'il déclarait avoir dit a Sa Majesté ; qu'il se serait trouvé aussi beaucoup de témoins très-dignes de foi, tels que la personne par lui nommée (le marquis de los Vêlez), et qui attesteraient toute l'affaire ; mais que, comme il y avait

que le quitassen de como estaba, que le den una ropa, que el dira. »

4 « Y eslo fue teniendo ya ocho bueltas de cordel. » (Ibid.) 1 Ibid.

5 Voir l'Appendix I.

douze ans qu'Escovedo était mort, lesdites personnes manquaient aujourd'hui ; que, d'ailleurs, c'était lk des choses sur lesquelles le sujet s'en remettait a son prince 1 . »

Le lendemain de cette journée douloureuse, Diego Martin ez, ce majordome dévoué et jusque-là silencieux de Perez, ayant su que son maître avait tout avoué, ne se crut plus obligé de se taire. Il confirma, par une déclaration circonstanciée, le récit que l'enseigne Antonio Enriquez avait donné de la mort d'Escovedo*. La chute de Perez était trop profonde pour laisser subsister l'envie ; celle-ci fit place k la pitié. On fut surpris, effrayé a la cour, de voir appliquer a la torture un homme de ce rang, un ministre, un favori, un docile instrument du roi. Personne ne se crut k l'abri des procédés les plus barbares de cette justice violente. On commençait, d'ailleurs, k savoir que le roi et Perez avaient participé en commun au fait pour lequel l'un subissait, l'autre ordonnait la torture. On en murmurait tout haut k la cour, et l'un des personnages les plus con-

* « Fuele dicho â este déclarante que haga verdad y muestre las cosas que asi dix6 a Su Magestad para la muerle de Escobedo ; dixô que todos los papeles le fueron tomados las olras veces en diierentes prisiones, y que entre ellos huviera muchos recaudos de lo que dicho ticnc que dixô a Su Magestad, y tubiere muchos testigos muy fide dignos, como la persona, que se ha nombrado, que testificaria de todo el caso. Pero como doce anos ha que muriô Escobedo. han faltado las personas dichas. Demas que estas son materias que da el vassalo a su principe, y mas quando de las particulares que le decian con secrelo, y ii solas de Escobedo, no se podian tener testigos. » [Proceso, ms.)

* Jbid.

Page 1