‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 9 sur 192 · CHAPITRE PREMIKU 1o · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIKU 1o

Cette double résistance opposée a l'érection des nouveaux sièges épiscopaux et k l'exercice trop abaolu de l'autorité royale, n'arrêta point Philippe II. Il fit proclamer les décrets du concile de Trente, dont plusieurs dispositions étaient contraires aux privilèges des Pays-Bas, et qui n'avaient pas été admis en entier dans plusieurs États catholiques. Il alla encore plus loin. Renouvelant les anciens édits connus sous le nçm de placards, qui condamnaient les hérétiques aux plus terribles châtiments, les hommes a être décapités, les femmes à être enterrées vivantes, et tous les relaps a être brûlés vifs * , il chargea l'inquisition de les appliquer dans toute leur rigueur a la fin de l'année 1565. Le retour de ces odieux supplices, dont la crainte n'avait pas été assez grande pour empêcher les doctrines nouvelles de s'étendre dans les Pays-Bas, où de nombreux sectaires aspiraient à une tolérance analogue à celle

Haye, 4*?43, in-4 é , l. IV, p. 32.) Cependant, en mai 1564, Granvelle se rendit en Franche Comté sous le prétexte d'aller visiter sa nacre, n:«is en réalité, pour ne plus revenir en Flandre, [ttelercn, p. 32.)

1 Le placard du 24 octobre 1529 enjoignit « à tous les sujets de Flandre de reporter aux chefs et officiers des lieux où ils résidoienl tons les livres, écritures et doctrines de Martin Luther et autres auteurs réprouvés ! À peine, était-il ajouté, ceux qui en seroyent défailtons et qui contreviendroyent aux staluz, ordonnances et cdicls cidessus déclarez, de confiscation de corps sans grâce, respit ou desport) à scavoir ceux qui par cidevant auraient commis aucunes erreurs, les auront abjuré et scroient renebeus d'être exécuté par le feu } et les autres, à savoir les hommes, par l'épée, et les femmes par la fosse et la mise de leur teste pour exemple en une estache : et outre ce à peine de confiscation de leurs biens, gisans où confiscation a lien. 9 { lacaet-Boek van Vlandern. Gand» 1639, t. I, p. 109.)

que Charles-Quint avait accordée aux luthériens 1 en Allemagne, et que Charles IX venait de concéder aux calvinistes en France ; le maintien définitif de ce formidable tribunal approprié au catholicisme sombre des Espagnols et a la sévérité de leur caractère, répandirent répouvante et l'indignation parmi la noblesse généreuse, la bourgeoisie commerçante, le peuple laborieux de ces riches et libres contrées 2 .

C'est alors que les grands seigneurs, qui avaient le gouvernement des provinces et qui y commandaient les compagnies d'hommes d'armes, refusèrent leur concours a F exécution des édits du roi et des jugements des inquisiteurs 8 . C'est alors quele reste de la noblesse se confédéra pour demander dans une

1 Par la convention de Passau, signée le 2 août 4552, et ratifiée à la diète d'Augsbourg, en 1555.

* « Tnterca aulem temporis, dum liber Us religionis in Gallia consliluitur, publicaque fide promulgalur, fmilimœ Gallis urbes Belgii eam ipsam evangelicam religionem, quam prope tolos quadraginla annos, intra privatos parietes retinueranl, jam palam, alque a perle publicis concionibus profiteri incipinnl, parlim quod vidèrent non possc se aliter a calumniis, quœ privatis il lis ac clandeslinis conventibus vulgo impingebantur, liberari parlim quod cernèrent populi iiiultitudinem quœ illam religionem amplexa esset haud amplius posse privatis teclis occultari. — Mox quidem per summam inquisilionis ac suppliciorum acerbitatem, paululum repressi sunt nec tamen penilus oppressi. » (Libellus supplex de 1570. Cité par Gieselcr, Hist. ecclés., t. III, P'parl., p. 562.)

5 Le prince d'Orange était gouverneur cl capitaine général de Hollande, de Zélande et d'Utrecht. Le comte d'Egmont était gouverneur de Flandre et d'Artois; le comled'Aremberg, de Frise, d'Ovcr-Yssel et de Lingen; le comte de Méghen, de Gucldre et de Zutpben; le comte de Mansfeld, du Luxembourg ; le marquis de Berghes, de liai-

requête respectueuse, mais hardie, la suppression des placards, l'abolition de l'inquisition, la convocation des États généraux 1 . C'est alors enfin que les sectaires et le bas peuple, allant dans leurs actes bien au delà des sentiments manifestés parla haute noblesse et des vœux exprimés par les gentilshommes confédérés, se levèrent depuis les frontières de l'Artois jusqu'aux extrémités de la Hollande, envahirent les églises, dévastèrent les cloîtres, brisèrent les images, expulsèrent les prêtres, dispersèrent les moines, et exercèrent publiquement leurs croyances, selon le rit des diverses communions protestantes*. La gouvernante, effrayée d'un mouvement aussi universel, envoya, dans Tété de 1566, le marquis de Berghes et le baron de Montigny auprès de son frère Philippe II, et le pressa de faire les concessions demandées, s'il ne voulait pas perdre les Pays-Bas. Ce prince se montra d'abord disposé a céder sur quelques points, tout en refusant avec résolution et persévérance de réunir les États généraux, qui auraient opposé leur autorité a la sienne, et d'admettre la tolérance religieuse, qui lui aurait paru la consécration de l'hérésie 3 . Il consentit a adoucir les placards, à

naut, de Valenciennes et du château de Cambrai ; le baron de Barlaimont, de Namur; Jean de Montmorency, sieur de Courrières, de Lille, de Douai et d'Orchies ; enfin le baron de Montigny, frère du comte de Homes, de Tournai et du Tournaisis. (Mctcren, p. 24.) 1 Le 27 octobre 1566. (Ibid., p. 46.)

* D'août à octobre.

* Philippe II dit « qu'il aimerait mieux perdre cent mille vies, s'il les avait, que de consentir à aucun changement de religion. » (Hopperus, Troubles des Pays-Bas, p. 107.)

supprimer 1 inquisition extraordinaire d'Espagne pour ne laisser subsister que l'inquisition ordinaire des évéques ; mais bientôt l'excès des troubles et les entreprises audacieuses des sectaires le décidèrent a revenir plus que jamais aux voies de rigueur.

Après quelques hésitations, il adopta le système qui lui était proposé par le duc d'Albe, et il envoya en 1567 ce politique dur et terrible dans les Pays- Bas, avec les troupes et les pouvoirs nécessaires pour y rétablir la foi et l'obéissance. Cette résolution était contraire aux prudents avis de Ruy Gomez et aux désirs de la duchesse de Parme Elle était inopportune et périlleuse ; car au moment où le duc d'Albe partait avec son armée, la gouvernante des Pays-Bas, secondée par les grands seigneurs flamands eux-mêmes, avait réprimé les sectaires, puni les révoltés, ramené l'ordre, replacé partout les prêtres catholiques dans leurs églises et les moines dans leurs monastères 1 . Mais Philippe II crut sans doute avoir trouvé l'occasion de retirer les concessions qui lui avaient été arrachées et de rendre sa domination

1 La duchesse de Panne ne voulut plus rester gouvernante des

Pays-Bas lorsqu'elle vit arrêter ceux qui Pavaient aidée à rétablir l'autorité de son frère ; elle lui écrivit en quittant les Pays-Bas :

« Dires que je m'en voys, à est-ce que jamais je ne délaisseray au souvenir de ce que je dois à Votre Majesté et au pays, puisque ceste le service d'icclle de le maintenir et conserver et faire supplier trèshumblement en toute mon affection, que Votre Majesté use de clémence et miséricorde comme elle y a donné tant de fois l'espoir, et que se souviegne que' d'autant que les rois sont plus grands et approchent plus près de Dieu, d autant doivent-ils être plus imitateurs de ceste grande divine bonté, puissance et clémence... Autrement >

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