‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 90 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

jeudi saint (car le jeudi fut saint et les actions furent tout le contraire), en la personne de sa femme et de ses enfants, plusieurs de ceux-ci d'un âge si tendre, qu'il fallait les porter dans les bras (c'étaient la les malfaiteurs, les matamores qu'on emprisonnait), furent déplorables. Elles firent verser des larmes de compassion, et soulevèrent une clameur universelle. Ce fut une digne résolution k prendre pour, prévenir la fuite de ces Barberousse, de ces Aluohalys 1 , de ces pauvres enfants, de ce nid de jeunes hirondelles, de cette mère prête, sans doute, à fuir sur un cheval barbe, excellent coursier, enceinte encore et de huit mois. C'est dans cet état qu'ils la saisirent, elle et eux, et ce fut en outre pendant ce jour où l'on a coutume de faire merci aux plus grands coupables, a l'heure même des processions des pénitents du jeudi saint, en passant tout au travers, au milieu des croix et de tous les cortèges de cette solennité, afin que les témoins ne manquassent pas a une action si glorieuse. Enfin, on conduisit la mère et les enfants à la prison publique; personnages bien dignes, en effet, par leur état, leur sexe, leur âge et leur crime, d'une demeure pareille et de la compagnie qui s'y rencontre d'ordinaire 4 . » 11 ajoute un peu plus bas, avec une éloquente énergie : « Le délit commis par la femme

1 Deys d'Alger.

* « Y en la hora de las procesiones de disciplinantes del jueves santo, rompiendo por ellos, por las cruzes ; por todos los passos de aquella remembrença, porque no faltasen testigos de tan glorioso acto. En fin,

qui aide a s'évader. d'une prison son mari, martyrisé depuis tant d'années et réduit à un état si misérable, la loi naturelle, divine, humaine, et les lois particulières de l'Espagne le justifient. Saùl, poursuivant David, respecta Micol, quoiqu'elle fût sa fille et qu'elle eût soustrait son mari aux effets de sa colère. Le droit commun, civil et canonique, absout la femme de tout ce qu'elle fait pour défendre son époux. La loi spéciale du comte Fernan Gonzalès la laisse libre ; la voix et l'arrêt unanime de toutes les nations l'exaltent et la glorifient. Si, quand ses enfants sont dans sa maison, dans leur chambre, dans leur berceau, il est prouvé qu'ils sont étrangers a tout, par cela seul et par leur âge, qui les exclut de pareilles confidences, à plus forte raison y sera-t-il étranger, cet enfant que la mère portait dans son sein, et qu'on fit prisonnier avant sa naissance. 11 ne pouvait encore être coupable que déjà il était puni, et qu'on mettait en péril sa vie et son âme, comme cet autre de ses frères qui perdit l'une et l'autre quand on se saisit une autre fois de sa mère dans la rade de Lisbonne 1 . »

Il finit par ces belles et vengeresses menaces :

fucron llevados madré y hijos â la carcel publica : meresçedoras personas, estado, sexo, cdad, culpa, de lai lugar y de la corapafiia que en el suele a ver. j> [Relaciones, p. 85, 86.)

1 « Sino era el hijo que ténia la madré en el vientrc, que antes que naçiese fue preso, y antes de poder ser delinquente fue castigado, y puesto a peligro de la vida y del aima, como el otro hermano, que perdiô lo uno y lo otro en la otra prision de la madré, bêcha en la mar de Lisboa. »(f6»d.,p. 88, 89.)

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