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Antoon van Welíe

| L'artiste dont je vais étudier 1c1 la personnalité n'est pas seulement intéressant par son œuvre lui-même, qu'inscrivent ‘au premier rang de l'école hollandaise contemporaine sa technique, son style et son originalité. Il est intéressant aussi par les problèmes généraux auxquels l'examen de son talent individuel ramène tout naturellement l'esprit. Il se trouve en effet placé, sans l'avoir voulu et en n'ayant fait que suivre son désir, à l'intersection de plusieurs grands courants intel-

lectuels et plastiques. Il apparaît singulièrement calme, homo-

gène, en paix avec soi-même, en une époque où la peinture

est violemment troublée par des théories ne réussissant pas

à concilier certaines antinomies. L'art de ce peintre n'est point spécifiquement néerlandais par les sujets, le style, le caractère : 1l l’est au contraire fort peu, malgré la naissance d'Antoon van Welie et le grand amour qu'il garde à sa belle patrie. C'est un art avant tout psychologique, et je dirais : européen, à la condition qu'on ne comprit pas : cosmopolite, international, déraciné. Cet art est avant tout curieux de la vie intérieure, laquelle est trop souvent abandonnée par les peintres actuels sacrifiant avec excès à la recherche de Îa lumière et aux combinaisons arbitraires de l'effet décoratif. Cela suffit pour faire d’Antoon van Welie, à un certain point de vue, un isolé demandant aux maîtres anciens ce qu'on ne leur demande plus assez. Cela suffit aussi pour donner à sa volonté, réalisée dans une importante série de créations, une ® valeur d'exemple et de référence pour la critique. Ce sont cette référence et cet exemple que J'évoquerai constamment autour de sa figure elle-même.

Antoon van Welie est né à Afferden, dans la province de Gueldre, le 18 décembre 1867. Après la période des études, sa famille le laissa libre d'obéir à sa vocation picturale. Il reçut d'abord les conseils rudimentaires d'un dessinateur banal puis il étudia à Vught, près de Bois-le-Duc, chez un peintre de

genre nommé Grips, lequel avait vécu longtemps à Bruxelles et y avait obtenu quelques succès. Là le jeune homme copia des gravures, des lithopraphies, des masques de plâtre, des anatomies. C'est dire qu'il n'apprit rien qui valût, et ces débuts lui laissent un souvenir mélancolique. Il avait atteint ainsi sa vingtième année lorsqu'il fit la connaissance du directeur de l'Académie de BoisleDuc, Stracké, sculpteur de talent, auteur de la grande statue de Jean de Nassau à Utrecht. Cet artiste lui montra de l’intérêt, engagea sa famille à lui faire quitter l'atelier de Grips où il ne pouvait rien apprendre, et le prit comme élève dans son Académie. Il l'y mit d'abord à l'école de la sculpture antique, du buste et du demi-corps, avant d'affronter l'étude directe du modèle vivant. Antoon van Welie obtint rapidement la médaille de la classe supérieure, et alla continuer ses études à l’Académie d'Anvers dirigée par Charles Verlat. Dès la première année il envoya une œuvre à La Haye. Le roi Guillaume III d'Orange accordait alors une bourse de deux mille francs, au concours, à cinq des meilleurs jeunes peintres, avec faculté de concourir durant trois années. Antoon van Welie remporta le prix, visita Paris tout en continuant de travailler à Anvers, et il put entreprendre son premier grand

voyage en Îtalie grâce à la bourse, à la commande du portrait

de la femme d'un notaire, et à un subside supplémentaire de son père, qui commençait d'être fier de lui et rassuré sur Îa validité de sa vocation. Le jeune artiste était cependant alors d’une santé si fragile que les médecins ne croyaient guère qu'il pût vivre, et accédaient à ce désir de voyage comme au caprice d'un malade déjà condamné. Antoon van Welie partit allègrement avec un ami. Îl séjourna quelques semaines à Paris pour visiter les musées et s'initier à la vie et au paysage de la cité et de sa banlieue, puis 1l alla à Nice, Cannes, Monte- Carlo, et de là à Gênes, Naples, Rome, Florence, Padoue, Bologne, Venise, rentrant enfin par Munich et l'Allemagne après cinq mois d'absence et un séjour de deux mois à Rome où 1l peignit deux ou trois portraits.

Ce voyage le guérit, le fortifia, le transforma physiquement et moralement. Il en rapporta l'admiration des Primitifs, mais plus encore des peintres de la Renaissance. Il loua un atelier à Anvers et se fit inscrire à l’Institut supérieur des Beaux- Ârts, ayant pour professeurs les frères de Vriendt, van der Ouderaa et le sculpteur Vinçotte. Dès la première année Antoon van Welie, bien que hollandais, obtint un des cinq prix que, comme le roi Guillaume d'Orange, le roi des

Belges Léopold IT avait fondés pour les cinq meilleurs élèves.

UNE DES PREMIÈRES ÉTUDES (Peinture, 1889).

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