PIE
LES VICOMTESSES DES TOMBE, La Haye.
(Peinture, 1899).
Helro Leon Maroîte Paris
DIve
LA MUSIQUE (Peinture, 1896-1809). Collection de M. Peytel, Paris.
Les débuts difficiles et obscurs prenaient fin. Antoon van Welie exposait, à l'Exposition triennale d'Anvers en 1803 un portrait de femme étudiée entre la lumière du jour et celle d'une lampe : et il connaissait alors la meilleure des récompenses. Constantin Meunier, l'illustre peintre et statuaire, à la fois le François Millet et le Rodin de la Beloique, remarquait ce tableau, tenait à s’en faire présenter l'auteur, et l'en félicitait affectueusement, en lui prédisant un bel avenir.
Cependant Antoon van Welie devait supporter encore diverses épreuves, dont la principale était le manque d'argent. Il avait vinot-huit ans et, rentré à Bois-le-Duc, n'osait plus rien demander à son père. Il avait pourtant le goût inné de l'élégance, un penchant pour la vie mondaine, et 1l la menait. Mais il travaillait la nuit pour subvenir à ses besoins, acceptant diverses besognes, jusqu'à des affiches de publicité illustrée, fort mal payées. Il était de naissance et de conviction catholique, et il garde le souvenir de la commande d'un chemin de croix donnée par un curé, ami de son oncle : commande qui le ravit, mais dont les conditions pécuniaires étaient si médiocres qu'il ne put payer des modèles et dut se
servir de gravures, en demandant des poses à quelques amis
bénévoles. La répugnance à travailler dans de telles conditions, à user son temps et son savoir en des occupations si éloignées de l'idéal qu'il sentait se préciser en lui, s’aggrava de chagrins intimes. Il perdit presque ensemble sa sœur et une amie qu'il considérait déjà secrètement comme sa fiancée et la compagne future de sa vie d'artiste. Ce deuil détermina en lui la révélation de sa voie personnelle. Il se mit à composer dans la solitude la série des œuvres psychologiques et décoratives, toutes pleines de vie intérieure transposée dans la légende, que j'étudierai plus loin et qui s'appellent Mélodie d'amour, Page et Princesse, Ophélie, les deux Violonistes, Douleur. Cefut une véritable cristallisation de sa personnalité.
Antoon van Welie réalisa ces tableaux dans la calme atmosphère de Boisle-Duc, presque aussi médiévale, noble et pieuse que celle de Bruges. Il faisait, du matin à deux heures, les travaux dont il lui fallait vivre, et après une heure de repos il se consacrait jusqu'à la nuit au dessin et à la peinture des compositions qui répondaient à son véritable désir d'artiste et dont l'expression consolait sa peine. Elles portent en effet les traces d’une nature méditante, d’une sensibilité incapable d'oubli, mais incline à chercher l’apaisement dans la transpo-
sition et la généralisation rêveuse et allésorique du chagrin
TO
individuel. C’étaient, de l’aveu même d’Antoon van Welie, des heures délicieuses que ces heures de retraite studieuse et féconde au cœur d'une petite cité morte. Des amis et amies s'offraient pour modèles. Cela ajoute encore au caractère spécial de ces tableaux qui s’apparentent par le style aux Primitifs, dont l'amour revenait plus fort au cœur du peintre, après ces épreuves, et dont les figures n'ont, malgré leur qualité esthétique, rien de la beauté canonique et conventionnelle copiée par les Ecoles chez les Grecs ou les [taliens.
Il se trouve alors que le romancier, critique d'art et conférencier, Pol de Mont, passa à Bois-le-Duc. Il avait été l’un des professeurs d'Antoon van Welie à l’Académie d'Anvers lorsqu'il y enseignait l’histoire de l’art. Il vit avec étonnement et ravissement ce que son ancien élève avait réalisé en ces quelques années, et l’engagea à faire une petite exposition d'ensemble à Anvers. On y préparait alors — c'était en 1899 —— une considérable exposition de l’œuvre de Van Dyck, destinée à attirer beaucoup de visiteurs belges et étrangers. Antoon van Welie fut obligé de se faire bâtir et aménager une sorte de galerie pour y réunir ses tableaux et ses dessins. Cette réunion fut très remarquée : mais le suffrage le plus
illustre, et le plus inattendu, fut celui d'Anatole France. Le
grand écrivain, venu pour admirer les Van Dyck et ayant pénétré dans l'exposition du jeune Hollandais encore inconnu, Jui laissa une carte l’engageant, avec de vives félicitations, à transporter l’ensemble de ses œuvres à Paris, où elles trouveraient certainement le succès. Antoon van Welie suivit ce conseil, et exposa en 1899 dans la salle dite « La Bodinière », à Paris. |
Un art aussi intellectuel, aussi raffiné dans sa technique et sa stylisation, était fait pour captiver un Anatole France, et un bon nombre d'esprits déjà lassés par l'abus des formules impressionnistes et les débuts violents des succédanés de Cézanne. L'auteur de Thaïs avait été bon prophète. L'exposition de la Bodinière fut un succès spontané, éclatant, et, du jour au lendemain, le nom d'Antoon van Welie fut connu et vanté avec enthousiasme par une grande partie de la presse. Les louanges parisiennes trouvèrent de nombreux échos dans les journaux et les revues de l'étranger. Les collections s’ouvrirent, les commandes vinrent. Une existence large, réalisatrice de rêves, était promise enfin à Antoon van Welie, à trente-sept ans.
Il en interpréta les avantages à sa manière. Il n’était nulle-
ment de ceux que les procédés de l’arrivisme pussent séduire.
LA BARONNE VON RICHTHOFEN, née BARONNE VON WEBERNI. (Peinture, 1906).
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