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Il ne fit rien pour connaître personnellement les critiques d'art dont l'appréciation lui était si favorable, 1l ne songea à exposer dans aucun Salon, à s’affilier à aucune société, et il est demeuré fidèle à cette réserve, à cette abstention volontaire. Certains pourront imputer cette attitude à un orgueil excessif, d'autres à une timidité et à une sensibilité exagérées. Je pense devoir l’attribuer au tour d'esprit d’un homme habitué à la solitude, à la vie intérieure, redoutant les foules pour son art raffiné, partageant peu les tendances modernes, méprisant l'esprit de carrière et le gros succès de publicité, conscient de sa valeur, mais sachant exactement combien elle était encore éloignée du but qu'il se proposait. Ayant reçu d’Allemagne d'intéressantes propositions, Antoon van Welie exposa à Berlin et y demeura six mois, exécutant des portraits, puis il revint dans sa calme ville de Bois-le-Duc. Pour sa santé toujours chancelante on lui conseilla de voyager sur mer. Îl s'embarqua à Amsterdam, visita Gibraltar, Constantinople, Smyrne, la Grèce, revint rétabli, séjourna encore en Hollande et à Berlin. L'art du portraitiste, autant par goût psychologique que par nécessité d'assurer sa vie matérielle, prenait de plus en plus de place dans son existence, et le conduisait,
malgré ses tendances de contemplatif sédentaire, à un noma-
disme artistique. Il était dès lors un de ces artistes physionomiques que distinguent, préfèrent et appellent ceux qui, fidèles à l’ancien idéal, tiennent à ce que leurs portraits soient des analyses de caractères, des documents complets, et non, selon la mode actuelle, des interprétations décoratives, des prétextes à virtuosité.
Il conservait la nostalgie de la Grèce et il y retourna, y retrouva des amis, des archéologues connus en Allemagne. Il y travailla beaucoup : d'un séjour à Corfou date notamment Le Néophyte, un de ses plus remarquables dessins rehaussés. « Ce pays, dit-il lui-même, me laisse le souvenir enchanté des contes des Mille et Une Nuits. Il m'a révélé la puissance souveraine de la grande ligne, qui doit dominer en toute œuvre d'art : le repos et le mouvement en même temps, contraste dont l'harmonisation est pour moi le secret de toute œuvre belle. C'est pour avoir compris profondément ce secret que les Antiques et les grands Renaissants conservent un prestige que rien n'affaiblira. » Je crois, d'autre part, que la vie et le travail dans l'atmosphère de claire et calme lumière de l’Hellade ont donné aux œuvres de van Welie cette lucidité, ces gammes heureuses, faites de notes de couleur sur le fond
de la toile ou du papier, qui sont propres aux créations de
ni
sa seconde manière. La première était volontiers d’une tonalité riche et sombre. Sans avoir ni les visées mi la technique de l'art impressionniste, qu'il estima sans s’y mêler, Antoon van Welie s'est trouvé amené par l'ambiance grecque à des œuvres claires où la ligne est précise, où les ombres sont rares, transparentes et colorées.
Il alla ensuite, en 190$, passer neuf mois à Rome, où il fut admis à faire d’après le pape Pie X un portrait et quelques dessins, outre une série de portraits aristocratiques ou relipieux. De là, 1l vint s'installer à Paris, non loin de l'hôtel de Sarah Bernhardt, à laquelle il avait été présenté à Athènes et dont il fit plusieurs beaux dessins. I] habita durant cinq années Paris, qu'il aime particulièrement et dont l’existence et l'esprit lui sont connus dans tous leurs détails. Enfin, il songea à mettre fin à cette vie errante, choisit, pour une retraite durable, la noble et paisible ville de La Haye, s’y fit édifier la petite et charmante maison qu'il y habite encore. Mais elle était à peine terminée qu'Antoon van Welie, qui faisait une exposition d'ensemble à La Haye, devait repartir pour Londres, où on l’appelait. Cette énorme cité lui fit une profonde impression. « C’est une ville terrible comme beauté,
et diaboliquement grecque », dit-il lui-même curieusement.
Il y exposa ses compositions, à la Goupil Gallery et à la Royal Academy, en 1909 et dut y peindre une quantité de portraits, et sy fit même construire une autre demeure, qui n'est point encore terminée. Îl allait et venait de Londres à La Haye et à Paris. Il fut définitivement connu du public parisien par deux expositions à la Galerie Georges Petit et x la Galerie Bernheim, en 1o11 : à celle-ci l'État français acheta les Deux Vieux de Wolendam (une des rares œuvres strictement hollandaises de l'artiste) pour le musée du Luxembourg. Depuis, la croix de Îa Léoion d'honneur a été conférée à Antoon van Welie et tout récemment il a été élu membre du Corps Académique d'Anvers.
La grande guerre le trouva à Londres. Il y resta jusqu'en 1916, retourna encore à Rome, où 1l peignit le pape Benoit XV et tout récemment le pape Pie XI. Enfin, il se réinstalla à La Haye pour y peindre des portraits, une décoration murale importante chez M. Volz, et esquisser diverses compositions longuement méditées en son logis où chaque détail, tableaux anciens, meubles, souvenirs rapportés d'Europe et d'Orient, attestent le goût d’un artiste très fin,
amoureux de toutes les formes de la beauté, mais foncièrement
fidèles à celles que sut créer pour le décor intime sa vieille Hollande natale.
La courbe de cette existence est en somme assez simple, mais elle suffit à expliquer les caractères généraux de l’art qui en a été la passion essentielle et l'emplit toute. Antoon van Welie a été à la fois un errant et un solitaire, curieux de la vie et replié dans la méditation, avec une jeunesse mélancolique, une santé délicate, une extrème pudeur de la sensibilité, l'abstention des milieux et des théories artistiques, le goût du monde et du travail méthodique, la foi religieuse et la dilection des maîtres d'autrefois. Il s’est formé et développé seul dans un individualisme aristocratique. Il sera temps, maintenant, de convier le lecteur à examiner l’œuvre elle-
même.
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