Anvers et l'Exposition universelle, 1885
L'Exposition Universelle d'Anvers de 1885 est entrée dans le domaine de l'histoire. Il ne reste de tant de splendeurs accumulées au prix de prodigieux efforts, qu'un souvenir que chaque jour le Temps efface de son aile.
Ainsi passent gloire et grandeurs !
Notre siècle de progrés a mis en ligne les immenses ressources de son génie — le railway, les vapeurs transatlantiques, activés par le télégraphe et le téléphone, ont concentré pendant quelques mois à Anvers, les chefs-d'œuvre des deux hémisphères — les populations de la Belgique, comme soulevées par un ressort magique, se sont pressées, enthousiastes et émerveillées, dans ces splendides palais — des milliers de curieux, venus de toutes les régions du monde et jusque du cœur de l'Afrique, ont payé à la Belgique un tribut d'admiration et d'éloges — la Patrie reconnaissante a tressé des couronnes à la Métropole du Commerce et des Arts: elle a glorifié ses fils, exalté leur intelligente initiative et les résultats de leur féconde intrépidité.... mais que survivra-t-il de cette conception hardie , de ces magnificences , de ces enthousiasmes , de ces courages 1
Presque rien : quelques discours officiels et des documents destinés aux archives — çà est là un article de journal que la poussière va recouvrir — des réminiscences de moins en moins précises, que peu d'années effaceront complètement.
Ce n'est pas assez !
L'audace inspire l'audace : A l'instar des promoteurs de cette colossale entreprise, réalisée par l'initiative privée, avec le concours bienveillant du Pouvoir, nous avons tenté, sans autre appui que la sympathie du Public, de perpétuer la mémoire d'un événement glorieux, destiné probablement à rester unique dans nos annales.
Que fallait-il pour cela ?
Introduire dans le salon des familles et dans les bibliothèques un compte rendu exact qui fût en même temps une production artistique; dont le texte — pour ceux qui veulent s'instruire — et les illustrations — pour ceux qui se contentent de regarder — rappelassent les merveilles que tous avaient admirées.
11 fallait soustraire à un injuste oubli le nom des pionniers de cette œuvre de Civilisation, qui ont contribué à relever le nom Belge — et conserver à ceux qui veulent apprendre, les grandes leçons données par" les peuples qui s'occupent d'art, de science, de commerce et d'industrie.
Il suffira de feuilleter ce livre pour se rendre compte des difficultés et de l'importance de semblable entreprise. Au lecteur à apprécier jusqu'à quel point nous l'avons réussie.
Ce que nous osons affirmer, c'est que nous n'avons rien négligé, que nous n'avons reculé devant aucun sacrifice, pour mettre notre œuvre patriotique à la hauteur du but élevé que nous avions en vue.
A ces fins, tous les documents officiels, tous les renseignements intéressant l'histoire, la science ou la pratique, ont été soigneusement recueillis — de grandes vues photographiques d'ensemble et de détail, prises en grand nombre, ont fourni à la gravure un choix varié de types exacts — le burin d'arfistes de renom et la plume d'écrivains autorisés ont été mis à contribution — enfin, la typographie a rivalisé d'habileté pour soutenir le renom des Moretus et des Plantin.
Dans le but de donner à notre ouvrage un intérêt durable, nous l'avons fait précéder d'une histoire de la ville d'Anvers, au point de vue politique — artistique — militaire — commercial et industriel.
La « Reine de l'Escaut * drapée, comme une douairière des temps passés, dans la splendeur artistique de ses monuments et de ses musées, a laissé à ses hôtes — de leur aveu souvent répété — une heureuse impression. La rendre durable était une bonne fortune, presque un devoir.
Nous ne terminerons pas sans adresser de sincères remerciements à tous ceux qui ont bien voulu nous seconder de leur bienveillant concours — à la Presse Belge et Etrangère, qui a encouragé notre entreprise dès son début en lui prodiguant ses appréciations flatteuses et ses éloges — à nos abonnés et au public en général qui l'ont honorée d'une sympathique confiance que nous avons à cœur de justifier.
Nous enregistrons avec un sentiment tout particulier de reconnaissance et de fierté, l'accueil flatteur qu'ont bien voulu réserver à notre publication Messieurs les Ministres et le haut Personnel de leurs Départements, ainsi que les Administrations des principales villes du Royaume.
Nous déposons au pied du Trône l'hommage de toute notre gratitude pour la faveur insigne que S. M. Léopold II nous a octroyée en acceptant la dédicace de notre œuvre. Ce ne sera pas la moindre gloire d'un règne déjà glorieux que d'avoir présidé au grand acte international de l'Exposition d'Anvers.
Puisse cette Exposition augmenter à l'étranger le renom de la Belgique et raviver dans le cœur des Belges le sentiment des devoirs que leur impose l'honneur national.
René CORNELL Pierre MUSSELY.
Anvers-Bruxelles, Septembre 1886.
Notice Historique sur Anvers n