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LA CROIX-ROUGE

Un bâtiment spécial, relié par un pont aux halles de l'Industrie, conduit à la section internationale de la Croix-Rouge.

L'art de détruire les hommes et de les mutiler a toujours fait des progrès plus rapides que celui de les conserver et de les guérir. Toutefois, les ressources mises à la disposition de la science pour ce dernier objet sont très étendues. Il suffirait pour s'en convaincre de parcourir l'exposition de la Croix-Rouge et d'y étudier les améliorations que l'on apporte dans l'organisation des secours à donner aux blessés.

Parmi les combinaisons imaginées pour alléger les souffrances, les misères ou les privations du soldat, il en est quï sont plus généreuses que pratiques; telles sont par exemple les peptones inventées pour fournir aux malades une nourriture transportable et exceptionnellement fortifiante; leur prix relativement élevé les rend impropres à cet usage. Telles sont encore certaines baraques où la ventilation est poussée si loin, qu'elle exposerait les victimes de la guerre, guérissant de leurs blessures, à succomber à une fluxion de poitrine.

Mais ce sont là des exceptions et les inventions utiles et pratiques ne manquent pas. Citons-en quelques-unes.

Le docteur Ersmach de Kiel expose la bretelle tourniquet ; c'est une bretelle à deux fins, convertissable, à un moment donné, en bandage; elle est faite de plusieurs pièces qui peuvent être détachées en un instant et enroulées autour du membre blessé. Le soldat se trouvera de cette manière, bon gré, malgré, toujours muni de cet objet de pansement de première nécessité.

Un Italien, M. G. Pioeila a imaginé une table électrique d'alarme, destinée à empêcher l'ensevelissement prématuré des soldats n'ayant de la mort que l'apparence ; le moindre mouvement du corps met un avertisseur en action. Cette table nous paraît convenir pour les hôpitaux plutôt que pour les armées en campagne. Le même exposant a inventé un petit appareil électrique pour constater l'existence d'un corps métallique dans les blessures.

M. John Furley a fait lui-même l'expérience pendant la récente campagne du Soudan d'une petite lampe électrique qu'il expose et qui permet aux chirurgiens de découvrir les blessés sur le champ de bataille, dans la nuit qui suit l'action.

Le Comité supérieur de la Croix-Rouge de Hollande a eu principalement eh vue l'étude des appareils pouvant servir dans les pays coloniaux; son exhibition à ce point de vue spécial est fort intéressante ; elle est réunie dans une vaste tente baraque, construite sur les plans du capitaine T)c Boecker de l'armée Danoise. Il y a là toute une collection de moyens de transport, absolument nouveaux pour nous, qui ont rendu d'immenses services aux blessés pendant l'expédition d'Atchin, entre autres : un brancard à roues se tenant tout seul en équilibre et épargnant toute secousse au blessé ; — un sandoe ou brancard-hamac, se portant sur les épaules, aux extrémités auquel sont suspendus des morceaux de bambou creux, remplis d'eau pour laver les blessures en chemin; un dais en forme de toit sert d'abri contre les rayons du soleil ; — un modèle de chaloupe de marine arrangée en chaloupe de transport, pour le transbordement des blessés de la plage au navire-nopital, etc., etc. . Le Comité de la Croix-Rouge de Sl-Vétersbourg expose tous les types de fourgons et d'engins de sauvetage, adoptés par la Russie ; dans les déserts sablonneux la bête de somme employée aux transports est le chameau, non le cheval; de là, la transformation inévitable de tout le matériel.

La France est représentée par cinq exposants ; cette section ne comprend aucun matériel spécial en usage dans les colonies. Elle renferme une belle collection de tentes d'ambulance, de brancards, de voitures de transport, de boites de secours et d'instruments de chirurgie. L'exposition la plus remarquable de ce compartiment est celle de l'Association des Dames françaises pour les secours aux militaires en cas de

guerre et aux civils dans les calamités publiques ; elle contient un matériel complet : caisses de secours, lit mécanique, brancard, bibliothèque d'ambulance, lingerie pour les malades et les blessés, etc. Ces objets sont donnés et non vendus. Cette association fait en France un bien immense, en temps de paix comme en temps de guerre.

L'exposition de Buda- Pe=th, coïncidant avec celle d'Anvers, a réclamé, cela se conçoit, le concours très large de l'association de la Croix-Rouge de la Hongrie ; c'est ce qui explique le peu d'importance de l'installation de ce pays.

On s'explique moins bien l'espace relativement restreint occupé par l'Allemagne; mais à défaut de la quantité on y trouve la qualité. La tente pour blessés et malades, exposée par le Comité central des associations de la Croix-Rouge, est très pratique sous le rapport de la ventilation et des facilités de montage et de démontage. Très complète, la botte de pansements antiseptiques envoyés par le même comité et les pharmacies provenant du Comité allemand de la. Samaritaine, A signaler aussi les tables d'opération de MM. Magmt et Dohme, les appareils chirurgicaux de M, Kahnemnmi, les excellentes civières à roues du D1' Miese-^ et les filtres de MM. Bùhriny et O.

Il reste à citer parmi les étrangers la Société danoise de la Croix-Rouge dont les baraques d'ambulances mobiles sont excellentes, et l'exposition du Dr Smith de Christiana, qui montre un wagon à marchandises couvert, adapté au transport des malades et des blessés.

Nous avons laissé pour la fin l'exposition de la Croix-Rouge de Belgique. Ce n'est pas pour ses propres blessés que la Belgique a une Croix-Rouge ; notre charité jusqu'ici n'a eu à s'exercer que vis à vis des soldats étrangers. Les Belges qui profitent de cette belle œuvre sont des malades et non des victimes de la guerre.

Les efforts de la Croix-Rouge n'en sont que plus méritoires. Les modèles d'ambulance, d'hôpital provisoire et de brancards qu'elle expose à Anvers peuvent supporter la comparaison avec les meilleurs. 11 ne manque à l'Association belge que la reconnaissance du gouvernement. Elle lui a fait défaut jusqu'ici, ce qui la place dans une situation d'infériorité vis à vis des Croix-Rouges étrangères, toutes encouragées par le patronage officiel. On sait les grands services qu'elle a rendus en 1870 aux blessés des deux armées belligérantes. Elle en eût rendu de plus grands, si elle s'était trouvée sous l'autorité et la protection gouvernementales. Vienne le jour où ce desideratum se réalisera et les progrès qu'elle accomplit, et dont son exposition à Anvers est le témoignage, marcheront d'une allure encore plus rapide.

. Notre ministère de la guerre a participé à notre exposition; il a envoyé plusieurs modèles de civières, entre autres une civière à roues, modèle Zoude; elle se meut avec une facilité extrême dans les ornières et les chemins les plus difficiles : brancards et roues peuvent être détachés en un clin-d'œil et le blessé transporté à l'intérieur de l'ambulance sans changer de couche. Elle a pour vis à vis la civière d'Ieteren. Celle-ci remplit toutes les conditions désirables. Seulement, elle est plus pesante que l'autre, étant destinée au service des garnisons, tandis que la civière Zoude peut jouer le double rôle de civière d'hôpital et de champ de bataille. Quant à la nouvelle voiture d'ambulance, on ne saurait rien voir de plus complet que la collection des médicaments, d'appareil chirurgicaux et d'objets de pansement dont elle est munie. Il ne lui manque que le légèreté des voitures françaises. Avec une machine aussi lourde, le chargement et le déchargement ne sont peut-être pas sans présenter de sérieuses difficultés.

En dehors du département de la guerre et de la Croix-Rouge, l'initiative privée collabore largement à l'exposition; on lui doit quelques éléments nouveaux. Au lieu de chercher à perfectionner le matériel des chirurgiens militaires, plusieurs médecins exposants paraissent s'être préoccupés de combiner un matériel plus simple, d'un emploi plus facile, dont le premier infirmier venu sache se servir, en attendant la venue du praticien. Pensée fort heureuse, carie chirurgien, qui n'a pas le don d'ubiquité, arrive souvent beaucoup trop tard pour sauver des blessés que des soins immédiats eussent conservés à la vie.

C'est dans cet ordre d'idées qu'a travaillé le docteur Jules Félix, médecin honoraire de la maison du Roi et secrétaire de la Croix-Rouge. A côté. de ses modèles d'hôpitaux en tôle d'acier, adoptés récemment par le conseil provincial du Brabant en cas d'épidémie, le docteur Féiix expose un ingénieux appareil amovo-inamovible pour les fractures au col du fémur et les luxations coxo-fémurables, — une simple « coque » dont l'application est si aisée qu'elle peut être faite instantanément au blessé

par qui que ce soit, et qui réduit à un jeu d'enfants les soins ultérieurs à donner. Les feuilles d'étain du même exposant, destinées' au' pansement provisoire dès plaies, prétendent à des qualités spéciales d'efficacité, au point de vue de l'assainissement des blessures ; mais, comme l'appareil dont nous venons de parler, elles répondent surtout à cette idée : rapidité et simplicité de l'opération, compression instantanée d'hémorragies dont le pansement ne peut souffrir une minute de retard.

On peut attribuer, du reste, le même avantage aux attelles métalliques articulées qu'expose le docteur Hermant, médecin principal de l'armée. Abstraction faite d'autres propriétés dont nous n'avons pas à parler, les articulations de ces attelles permettent d'adapter d'emblée' l'appareil aux fractures de toute forme : économie de souffrance pour l'opéré, gain de temps considérable, c'est-à-dire le salut, bien souvent, pour le sujet.

Le. compartiment belge renferme encore bien des engins nouveaux ou perfectionnés ; notons une maquette de voiture-ambulance, de M. N, Cuperus ; — les lampes de ceinture, lampe-chapeau, lampe-brancard, larnpe-signal, etc., de M. L. Morlelette; — les appareils et plans de chauffage à eau chaude et ventilation combinées, de M. F. Sçhaeffer ; — les appareils téléphoniques de secours de M. Vallez-Richez ; — les membres artificiels de M. J- Waersegers , — le pavillon démontable m fer de MM. F. et E. PuUeys, etc.

Enfin nous devrons mentionner le grand concours organisé par le Comité international de la Croix-Rouge rie Genève, pour le prix de fr. 5000, offert par S. M. l'impératrice d'Allemagne pour la meilleure baraque d'ambulance mobile.

Voici quelle était la composition du jury international appelé à juger les différents modèles envoyés à cet intéressant concours : M. le professeur Dc de Langenbeck, conseiller intime actuel et irédecin

général, à Wiesbaden , président d'honneur. M. Gustave Muyxier, président (tu Comité international de la Croix- Ronge, à

Genève, président.

M. le professeur D' Lo.xgmore, chirurgien général de l'ormée anglaise, à Netley,

vice-président.

M, Albert Elussen, ingénieur, secrétaire de la Soeiéiu française ds la Croix- Rouge, à Paris, sci-rctairc-rapporteur.

M. le commandeur Dr Bargfeio, colonel, médecin inspecteur, à Rome. M. le Dr CARSTEN, secrétaire général de la Soc

Rouge, à La Haye.

M. le Dr Cëlarieu, inspecteur général du servi

à Bruxelles.

M. le Dr Cùler, médecin général, à Berlin. M. John Fuuley, secrétaire de L'Ordre de Sl-Jeo M' le D"' Werxer, médecin principal, attaché : Berlin.

M. le D1' Jules Félix, .M. Aug. Missoten et M. le D1' Roselt, ont eu l'obligeance d'assister le jury dans ses travaux. M. le baron de Knesebeck, secrétaire de S. M. l'impératrice d'Allemagne, venu à Anvers pour recevoir les membres du jury, a décliné l'honneur de prendre rang parmi eux, mais, ayant manifesté !e désir d'assister à leurs travaux, satisfaction lui a été accordée avec empressement.

Le jury, ainsi constitué, a commencé aussitôt l'examen des différents objets envoyés au concours, et, vu le grand nombre des concurrents, il a dû tenir des séances quotidiennes du 1er jusqu'au 10 septembre, jour auquel l'exposition des baraques devait être rendue publique.

Sur 79 envois annoncés an Commissariat de l'exposition, on avait reçu, à la date du 10 septembre :

13 baraques complète ou fïaciijn de baraques exposées en grandeur naturelle, 36 modèles réduits, il plans, dessins et descriptions (sans modèles).

En présence du nombre considérable des baraques d'ambulance exposées, et des améliorations importantes introduites par divers constructeurs depuis les dernières exhibitions, le jury a cru devoir demander à S. M. l'impératrice d'Allemagne de daigner augmenter le nombre des prix. M. le baron de Knesebeck a bien voulu transmettre ce vœu àS. M., qui aussitôt a mis généreusement à la disposition du jury, outre le prix de 5,ooo fr. et la médaille d'or, une seconde médaille d'or et dix médailles d'argent.

Après avoir examiné minutieusement tous les envois, après avoir étudié les dossiers contenant les plans et les descriptions, après avoir écouté avec avec la plus grande attention les explications verbales des constructeurs et inventeurs, qui, pour la plupart, ont monté. ou démonté

erîandaise de 1?. Croix- ; de santé de l'armée belge,

1 de Jérusalem, ; 3 ministère de

Londres.

1 guerre,

l'iN]

leurs baraques sous les yeux des membres du jury, celui-ci a décerné, dans sa séance de clôture, le 9 septembre, le prix de. cinq mille francs et une médallie d'or à MM, Christoph et Unmack (système Dcecker), a Copenhague, et une seconde médaille d'or à la Société nouvelle de constructions (système Tollet), à Paris.

Nous devons ajouter que M. de Ivanka avait décliné d'avance, au nom de la Croix-Rouge de Hongrie, toute récompense pour la baraque qu'il avait envoyée au concours.

Avant de se séparer, le jury a exprimé au Commissariat de l'Exposition toute sa reconnaissance pour l'organisation de ce concours, et a remercié chaleureusement M. le Dr Jules Félix, M. le Dr Roselt et M. Missotten pour l'assistance active qu'ils lui avait prêtée et qui avait permis aux jurés de terminer, dans un délai relativement court, l'examen des nombreux systèmes soumis à leur appréciation.

En consacrant la somme due à la libéralité de S. M. l'impératrice d'Allemagne à perfectionner les moyens de conserver le plus grand nombre possible de combattants blessés sur les champs de bataille, la Conférence de Genève a bien mérité de l'humanité, et il n'est pas douteux que les résultats de sa décision ne soient appréciés par un public nombreux, dans tous les pays.

Il est juste, également, d'adresser un éloge aux nombreux constructeurs d'édifices hospitaliers qui ont répondu à l'appel de la Conférence, et dont les travaux ont mérité les compliments du jury.

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