‹ Anvers et l'Exposition universelle, 1885Chapitre 102 sur 125 · EXPOSITION UNIVERSELLE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

EXPOSITION UNIVERSELLE DES BEAUX-ARTS

La Société Royale d'encouragement des Beaux-Arts à Anvers, dans sa séance du i5 octobre 1SS4, décida d'organiser, sous le patronage du gouvernement et avec le concours de l'Administration Communale, une Exposition Universelle des Beaux-Arts, qui tiendrait lien de la 24e exposition triennale.

Les salles d'exposition, rue Vénus, où avaient lieu les expositions triennales furent jugées insuffisantes, et d'ailleurs trop éloignées de la grande halle de l'avenue du Sud, où allait en 1 SS5 se porter le mouvement de la population. En face de cette halle se trouvait le terrain destiné à recevoir la future église de St-Michel ; la fabrique de l'église projetée voulut bien le mettre à la disposition de la commission; la Société anonyme du Sud d'Anvers y ajouta un emplacement considérable ; le Gouvernement promit, outre la gratuité des transports pour les œuvres belges sur tous les chemins de fer de l'Etat, un subside de cinquante mille francs ; c'était environ la cinquième partie de la dépense que paraissaient devoir entraîner la construction, l'aménagement et le service d'un local provisoire couvrant près d'un hectare. La ville d'Anvers n'hésita pas à assumer la charge des quatre cinquièmes restants, à la condition, bien naturelle, qu'au remboursement de cette avance seraient, après déduction des frais journaliers, affectées toutes les recettes qui ne seraient pas dues à la Tombola.

Grâce aces efforts réunis, grâce surtout au concours de MM. les architecte et les peintres, la Société d'encouragement des Beaux-Arts a pu offrir aux artistes de tous les pays des salies, provisoires, il est vrai, mais disposées, éclairées et aménagées d'une façon si pratiquement heureuse, qu'elles ont constamment provoqué de chaleureuses félicitations de la part des artistes les plus éminents.

Bien que l'Exposition dût se prolonger autant de mois qu'elle dure ordinairement de semaines, l'Administration communale, si intéressée qu'elle fût à augmenter le nombre des entrées payées, voulut en tout temps accorder l'accès gratuit aux membres de la Société et à leur famille aussi souvent qu'aux expositions triennales.

C'était reconnaître bien largement l'encouragement qu'ils donnent aux Beaux-Arts en contribuant par des souscriptions permanentes à former la caisse de la Tombola. C'est en partie par suite de cette générosité que les frais sont très loin d'être couverts.

; Mais il y a eu d'autres raisons : nul de nous ne se serait imaginé que le vingtième seulement des visiteurs de l'Exposition industrielle croirait devoir parcourir aussi le salon des Beaux-Arts. C'est là pourtant ce que nous avons constaté. Quelle qu'en soit la cause, il faut bien le reconnaître, la simultanéité des deux exhibitions a tourné au détriment de celle qui faisait appel aux aspirations et aux goûts les plus élevés. En dehors des souscripteurs permanents, pas plus de cent-dix mille personnes ne se .sont décidées à entrer, moyennant payement, à l'Exposition des Beaux- Arts.

Et cependant aucune ne mérita d'être davantage étudiée et admirée. Sans doute, au commencement, de grands artistes de notre pays semblèrent vouloir se désintéresser d'une lutte dans laquelle ils avaient à s outenir pourtant le renom de la patrie ; sans doute aussi, malgré l'annonce répétée que le jury d'admission serait très sévère, il y eut plus que jamais de téméraires jouteurs : deux mille objets environ leur furent retournés. Mais si pour en arriver là, il a fallu se montrer bien rigoureux, au moins est-on parvenu à composer une collection qui a fait le plus grand honneur à la Belgique.

Ce résultat, nous le devons à l'intelligente énergie de la Commission des trente-deux membres désignés par arrêté royal. A elle aussi l'honneur d'avoir, par ses délégués, organisé un placement qui a fait heureusement ressortir les mérites de l'école belge.

.Dans chaque nation, des hommes compétents et dévoués ont bien voulu se charger de former, d'expédier et de venir placer le contingent de leur pays.

L'Allemagne, la France, la Hollande ont ainsi exposé un choix d' œuvres de première qualité, dépassant ce qu'elles avaient jusqu'ici envoyé aux salons belges ; l'Angleterre, l'Autriche, l'Italie, la Russie, la Suisse, la .Suède et la Norvège ont étonné tous ceux qui ne suivent pas de près le mouvement de l'art européen.

Nous avons donc eu autant d'expositions qu'ilyavait de nations représentées ; chacune d'elles a fourni :

La Belgique. . ... . , 702 numéros.

L'AI I emagne 2 74 »

L'Autriche 195 >

L'Espagne 23 »

La France 681 n

La Grande-Bretagne. . . 116 11

La Hollande 244 »

L'Italie 297 d

Le Norvège 100 t

La Russie ...... 36 »

La Suède 20 »

La Suisse 29 d ■

Divers 3e

En somme près de trois mille œuvres d'art, soigneusement triées, ont permis de se rendre compte des qualités diverses qui, malgré la fréquence et la facilité des relations internationales, continuent à distinguer les différentes écoles de l'Europe. La Société Royale d'encouragement des Beaux-Arts doit des remercîments à tous ceux qui ont contribué à former cette passagère mais brillante exhibition : aux Souverains d'abord et aux Gouvernements qui s'y sont fait officiellement représenter, ou y ont envoyé les échantillons les plus remarquables de leur art national ; aux artistes ensuite qui, soit à l'invitation des souverains, soit spontanément, ont bien voulu répondre àson appel.

La Société est redevable en grande partie de son succès au Gouverne ment belge qui l'a appuyée de toute son influence, Mais elle le doit aussi aux glorieux ancêtres qui ont fait de la patrie de Rubens une cité toujours chère aux artistes de quelque côté qu'ils viennent.

Elle a eu plus d'une occasion de s'en convaincre dans les nombreuses visites qu'elle a reçues et, tout spécialement, dans la réunion du jury appelé à décerner les récompenses qui sont le couronnement habituel de ces grandes solennités.

Nous croyons devoir reproduire ici les noms des hommes éminents qui n'ont pas hésité à abandonner leurs occupations pour venir, de bien loin souvent, participer au jugement de leurs émules en talent.

MM. Meissonikr, Président France

Slingeneyer, Vice-Président Belgique.

Fétis, lî., Membre- Rapporteur Belgique.

Membres :

MM, Arin' Espagne.

BAH.1V France.

- - Bocks. . . Hollande.

BquguerEau France.

HHHBHHHH

IHBHHHHHB

MM. Bruce Joy Grande-Bretagne.

-Cabanel France,

Colin El' Russie.

De Groot Belgique.

Deiters . Allemagne.

Delin, J. Belgique.

Demannez Belgique.

Dennerlei.x Allemagne.

Dens Belgique.

De Sanctis Italie.

Ducaju Suisse.

Fabji-Alti.m Italie.

Félix Autriche,

Flameng France.

Geefs, Joseph Belgique.

' Guillaume France.

Gratta n ..... Grand-Bretagne.

Janlet, E Belgique.

Kaulbach, Herman Allemagne.

Kijcven Russie

L'Allemand Autriche.

Mazzucchi Italie.

Michiei.s, J.-B Eelgique,

MUNTHE, L Norvège.

Petersen Norvège.

Schlesinoek Allemagne .

VAn Camp, Cam Belgique.

Van Den Nest, Art h Belgique.

Vkrlat, Charles Belgique

S. M. le Roi, après avoir, le 2 mai, procédé à l'ouverture solennelle, de l'Exposition des Beaux-Arts, y est revenu plusieurs fois ; S. M. la Reine, LL. AA. Royales le comte et la comtesse de Flandre, S. A. R. la princesse des Asturies, leurs A. I. l'archiduc Charles-Louis et l'archiduchesse M a rie -Thérèse, le prince impérial d'Autriche archiduc Rodolf et l'archiduchesse Stéphanie, S. A. I. le grand duc Paul de Russie, LL. AA. le prince et la princesse de Cobourg, bien d'autres personnages, illustres à des titres divers, ont successivement visité les Salons, et exprimé leur admiration pour les artistes de toutes les nations.

S. M. le Roi a daigné témoigner sa satisfaction aux artistes belges, en élevant au grade de commandeur de son ordre MM. Godefroid Guflèns et François Lamorinière, peintres; en élevant au rang d'officiers: MM. Biot, graveur, Carpentier et Schadde, architectes, Cattier, sculpteur, Coosemans , Albert et Julien Devriendt, Hamman et Van Luppen, peintres ; et en nommant chevaliers : MM. Cuypers et Dillens, sculpteurs, Hendrix, Lybaert, Meerst, Mellery, peintres, Schoy, architecte, et Wiener, graveur en médailles.

Les exposants étrangers à leur tour ont reçu des témoignages de la haute satisfaction de notre Souverain.

La Ville d'Anvers, d'accord avec le Gouvernement et les délégués de la commission des Beaux-Arts, a fait pour son Musée moderne l'acquisition de cinq tableaux : Le Cuira au Pont de Kasr-el-Nil, par M. Emile Wauters, laplagedeHeyst, par M. J. Verhas, le pape Paul III, par M. Alb. Devriendt, mi paysage de M"118 E. Beernaert, l'ancien marché aux poissons à Anvers de M. E. Farazyn, et un groupe en marbre, le Nid, par M . E. De Rudder. Dépense de fr. 48,000.

Le Gouvernement a acquis en outre : le chasseur printiiif^ du comte de Lalaing, la bataille de Trafalgar, de Henri Schaeffels, un dernier refuge, par P. Van der Ouderaa, une Madone, de L. Th. Lybaert, la fileuse, de Henri de Braekeleer, la fabrique de tabacs à Sêville, par C. Meunier, et commandé l'exécution en bronze du beau groupe de M. Vinçotte : Dompteur de chevaux.

Malgré la crise dont on se plaint dans toutes les classes de la société, les particuliers ont fait un assez grand nombre d'achats.

En ajoutant aux acquisitions de l'Etat, de la ville d'Anvers et des particuliers, celles qui ont été faites pour la tombola, on arriveà la somme, respectable, de plus de six cent mille francs payée pour œuvres d'art vendus au cours de l'Exposition.

Quant à la tombola, pour permettre à un plus grand nombre de personnes d'y participer, le prix du billet a été fixé à un franc. Malgré cela, les souscriptions n'ont pas dépassé quatre-vingt quinze mille francs. L'exécution et le tirage de la gravure P Inconsolable, par M. Lauwers d'après M. Frans Verhas, a nécessité une dépense de dix mille francs. Le reste a été consacré à l'acquisition de 63 tableaux. 5 sculptures, 3 aquarelles et 24 lots de gravures, dont la répartition a été faite par la voie du sort.

- Au résumé, on ne peut qu'applaudir à la part prise par la Société Royale d'encouragement des Beaux-Arts au déploiement de travail, d'émulation et d'affectueuse hospitalité qui assure à l'année 1 885 une splendide place dans l'histoire d'Anvers.

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