INDUSTRIES EXTRACTIVES
A la tête de l'important groupe IV, figure la Société générale pour favoriser l'industrie nationale, qui a son siège à Bruxelles, et dont M. Victor Tesch, Ministre d'État, est le Gouverneur.
Nous en parlerons dans un Rapport spécial.
La Société des Mines et Usines de cuivre de Vigsnaes a contribué pour une bonne part au succès de l'Exposition. Cette Société a son siège à Paris et une succursale à Anvers, dirigée par M. Ch. Défiance.
Appelons l'attention sur un nouveau métal, le Métal Delta, appelé à transformer l'outillage d'un grand nombre de nos industries. C'est un alliage à base de cuivre, fer, zinc, phosphore, etc. Il a la couleur de l'or; il est malléable comme le fer forgé et dur comme l'acier; il est inoxydable, susceptible d'un beau poli et convient pour les travaux industriels comme pour les ouvrages artistiques les plus fins. Plusieurs récompenses
— 445 iront déjà consacré le mérite de ce métal ; il a obtenu en t883 à Glasgow la médaille d'or; à Londres en 1884 le diplôme d'honneur. Une médaille d'or vient de lui être décernée à Anvers.
Voici les produits des exploitations et industries forestières. Signalons dans cette classe : les sabots de la Collectivité des Maîtres Sabotiers, de Sivry ; — les osiers indigènes et étrangers de MM. L. Bruneel, de Maldegem, De Bruyne, d'Ixelles, /. Tobback, de Campenhout, G. J. Cools, d'Anvers; — les objets de vannerie, de la Vannerie flamande, de Caprycke, de MM. E. Giertç, d'Anvers, Van Oye, de Bruxelles; — les caisses, tonneaux et barils à pétrole de la tonnellerie à vapeur /. Persenaire, d'Anvers, etc., etc.
Passons aux produits agricoles non alimentaires, parmi lesquels nous mentionnerons les laines brutes, épaillées et blanchies, exposées par MM. Fettiveis et Dufrasne, à Verviers, A. Frayssé, à Anvers, A. Pt/jer, à Dolhain, /. Lang, à Verviers; — les lins bruts, peignés et teilles, provenant des Flandres, de Courtrai et des pays wallons, présentés par MM. Max Millier et Léser, d'Anvers, H. Leclercq, de Courtrai, V. Verriest, de Wevelgem, G. Huycke- Van der Loo, de St-Nicolas-Waas, H. Coosement, de Gulleghem ; — les fourrages de MM. Laroye et Van Kershaver, d'Ostende (spécialité de semences agricoles à grand rendement); etc.
Cette classe comprend un produit des plus importants au point de vue de l'industrie belge : le tabac. Le compartiment des tabacs et des cigares est un des plus réussis de toute l'Exposition et cependant on croirait, à première vue, que cet article se prête peu aux effets variés et aux fantaisies multiples de l'étalage. Des manufactures nombreuses, dont quelques-unes assez vastes, se sont élevées un peu partout. Cette industrie a pris naissance à Anvers. Elle se borna d'abord à la confection des cigares tout à fait ordinaires. Bientôt quelques industriels perspicaces et entreprenants, notamment M. François Craen, aujourd'hui retiré des affaires, se firent une spécialité de la fabrication des cigares fins. En quelques années, la réputation des marques de fabrique de M. F. Craen fut reconnue, non seulement dans le pays, mais aussi à l'étranger. L'exportation des cigares de luxe, même vers l'Amérique, prit un essor considérable.
Mais Anvers restait tributaire de l'Allemagne, de l'Angleterre et de la Hollande pour l'achat des tabacs de Manille et de Havane. M. F. Craen envoya à ses frais une personne apte à Manille, pour y étudier sur place, pendant deux ans la culture et la récolte du tabac. Il eut l'honneur d'introduire en 1870, à Anvers, le premier chargement d'importation directe de tabac de Manille, par le grand steamer « Helvetia. » Il agit de même pour amener l'importation des tabacs de la Havane, de Cuba, du Brésil, et il y réussit.
Dans quelles conditions doit travailler une manufacture belge de cigares pour dépasser en qualité les produits courants de la Havane ?
Si elle se bornait simplement à faire venir de l'île de Cuba directement, ou si elle prenait sur les marchés européens ses provisions de tabac de cette provenance, elle rencontrerait dans ses matières premières bien des influences délétères. Il faut donc, à une manufacture belge bien comprise, une organisation spéciale combinée en partie double, se préoccupant autant, si pas plus, de la culture que de la fabrication.
Une seule maison belge, croyons-nous, possède une organisation dans des conditions tout à fait complètes, c'est celle de MM. Tinchant frères, d'Anvers.
Un des membres de la famille Tinchant, fixé à l'île de Cuba, y possède des plantations; il connaît le pays dans ses moindres détails et a étudié le passé des bons terroirs ; il suit pas à pas le développement de la plante, il est témoin de tous les incidents qui peuvent modifier la qualité des tabacs pendant la culture, avant comme après la coupe, et jusqu'au moment de les mettre en fermentation ; il achète à coup sûr et peut déterminer exactement le moment où la feuille doit être mise en manojos (espèce de bouquets de feuilles) et être expédiée en Europe, dans des conditions qui la préservent de toute volatilisation d'arôme.
A Anvers ces tabacs, dont tous les antécédents sont annotés, dont on connaît le fort et le faible, sont traités aussitôt après leur arrivée, avec les soins que comporte chaque envoi en particulier. Un des chefs de" la maison, M. José Tinchant y Gonflés, ancien planteur lui-même, préside à tous les détails de conservation, de préparation, de fabrication.
Il s'agit ici d'une industrie qui a pour base et qui offre pour garantie la bonne foi du fabricant. La maison Tinchant frères donne, sous ce rapport, une caution que nous aimons à signaler. Elle a arboré franchement deux marques de fabrique, qui assument toute la responsabilité de ses produits : veni, pidi, vici, pour les cigares tout à fait supérieurs; honni soit qui mal y pense, pour les cigares bons ordinaires.
D'autres firmes anversoises, et des plus considérables, se sont imposé dé réels sacrifices maintenir le renom de l'industrie cigarière.
La maison Charles et Henri Vandevin expose une riche collection de cig ses cigares fins sont surtout remarquables.
pour
gares et de tabacs à fumer ;
Une des plus importantes maisons établies à Anvers es" celle de M. Loris Tïnchant. Fondée en 1837, elle compte donc à peu près un demi-siècle d'existence.
Exposition d'armes de la maison Riga & C, Liège. (A. Bertrand & fils.)
M. L. Tinchant a tei et surtout ses nombreux formats, dans leurs caisses originales, tels qu'il les sert journellement à sa clientèle.
Dans un salon coquet, surmonté d'un tableau reproduisant en grand les motifs de sa belle marque El Anîllo de Oro, le visiteur, confortablement installé, pouvait admirer à son aise les Vitolas variées de cette marque exceptionnelle et rêver à loisir à la luxuriante végétation de la Reine des Antilles; cette végétation se révélait dans les teintes brunes et chaudes de ses tabacs, présentés sous forme dExcepcionales, de Rothschilds, de Prïncezas et d'Infantes, d'une fabrication irréprochable.
Chaque marque portait la feuille qui lui est propre : les Brei'as, gras, juteux, et forts; les Excepcionaies , avec leur Capa lisse, et le Londres, affichant sans prétention sa robe Colorado agréable à l'œil.
A l'extérieur du salon se trouvaient étalées les marques secondaires : Gloria victis, El possession de Cuba, La Primavera, etc.
Enfin, dans les deux pavillons, formant l'entrée du salon, sur des rayons capitonnés de velours grenat et dans des boîtes d'une grande richesse , se prélassaient les mar- ..>' ques de grand luxe, "tels que : les Souverain du Congo, les L^t^ Prince de Galles, les Celesîiales , les Monarcas, produits supérieurs, dignes des nobles clients auxquels ils sont destinés.
Cette remarqua- Christine Nikon, Canadienne, etc.; elles sent suffis;
universellement réputées, mais encore ble collection ne comprenait pas moins de cinquante mille pièces.
Si la maison Louis Tinchant, primée à toutes les Expositions antérieures, s'est imposé de lourds sacrifices, quoique placée « hors concours », elle n'en a pas moins reçu une distinction exceptionnelle dans la personne de son chef: M. Louis Tinchant a été nommé Chevalier de l'Ordre de Léopold.
La médaille d'or, décernée dans la section des tabacs , à la manufacture de cigares Charles Grewel, à Anvers, est, on peut le dire, bien méritée.
Cette maison , qui compte parmi les plus importantes du pays, s'applique depuis nombre d'années, à perfectionner l'industrie du cigare ; aussi est-elle parvenue à produire des marchandises qui peuvent rivaliser avec celles des meilleures fabriques de la Havane ; elle a pour devise Labor oninia vincit, et elle la justifie de tous points.
Dans l'élégant kiosque,
établi par la maison Ch. Gre-
wel, se trouvent exposés tous
les formats des cigares qu'elle
fabrique, depuis le minuscule
Entractos, jusqu'au corpulent
Impériales, en passant par les
Conchas, les Trabu-
cos, les Opéras et les
Elégantes les plus di-
§4... vers ; tous ces ciaares
WËjm sont bons autant que
beaux. .
Nous croyons inutile d'insister sur les qualités des marques déposéesLafon ,Xada sin Peu a , Mincrvas, Reina de las Antillas, Manufacture de Cigares fins, Charles Gren'el, Anvers Conscience SxéUely
mment connues et appréciées par les amateurs.
La maison Ch. Grewel n'occupe pas moins de 200 ouvriers des deux sexes et produit annuellement de huit à dix millions de cigares. Ces chiffres sont éloquents et témoignent de la faveur dont jouissent ces produits, tant en Belgique qua l'étranger.
Bien d'autres exposants figurent dans cette Section, entre autres la maison Peîgrims frères, de Bruxelles qui a élevé un véritable monument de tabacs et de cigares. Nous regrettons de ne pouvoir citer tout le monde.
La classe des produits chimiques et pharmaceutiques comprend un grand nombre d'exposants. Notre industrie stéarique est représentée par trois de nos plus importantes usines : la Manufacture Royale des bougies de Roubaix, Oedenkoven & C'e, d'Anvers, — la Manufacture royale des bougies de la Cour, — et la firme H. Bollinckx & Cie, de Bruxelles. Les vernis et les couleurs ont pour représentants MM. G. Boîelberge et 0, de M elle ; — Debbaudt frères, de Cureghem ; — P. F. Van Heurck-Balus & Cie, d'Anvers; — Max Singer, de Tournai; — J. /. Wellens, de Bruxelles; — Joseph Van Nessem, de L^ge; — /. Blochx fils, de Vieux -Dieu; — L. J. Adam, de Bruxelles, qui expose plusieurs vernis : un vernis blanc, fabriqué à l'huile qui s'applique avec grande facilité ; des vernis pour papiers peints et paniers en jonc ou osier, souples, brillants, séchant rapidement et ne cassant pas; des vernis gras, des vernis sculptures , des polissures et des vernis de Chine, très appréciés. Les produits chimiques, proprement dits, sels, acides, etc., sont représentés par MM. David et Débouche, de Moustier-sur- Sambre, près de Namur ; — A. Dupont,
de Haeren ; — B. Dupuy, de Bruxelles ; — A. Eymael, de Liège ; — Herman Propfe et G-, d'Anvers ; — E. Hicguet et D. Lefebvre et C\ de Laeken ; — Solvay etO', de Bruxelles ; — F. Weber et C'% d'Anvers ; — Charles Rave, digue d'Hanswyck, 23, à Matines (dérivés du pétrole) ; — la Société Anonyme des produits et engrais chimiques de Moustiersur- Sombre \ — MM. A. EemanetC", d'Alost, engrais chimiques et matières premières entrant dans leur préparation, etc. durcis, etc., et enfin les savons industriels par MM. E. Thomas, de Waterloo; — Savonnerie Campinoise, de Lachenen; —
Les soufres bruts et raffinés proviennent des usines de MM. Koch et Reis, d'Anvers-Dam ; et de M. A. J. Meeus, d'Anvers. Les graines et les huiles animales, végétales et minérales, sont fournies par MM. A. Laïuvers-Masurel, de Bruxelles ; — A. Hebbelinch, d'Anvers;
— J. Raeymaekers et Os, de Bruxelles ;
— G.etH. Van Roye frères,de Bruxelles ;
— F. Van den Bussche, d'Anvers, etc.
Viennent ensuite les essences de fruits, les colorants, les désinfectants, les encres d'imprimerie, les caoutchoucs souples et
de toilette et de ménage. Cette dernière industrie est représentée E. Star, de Eykevliet ; — Ch. Quaronne, de Bruxelles; — la Cailliau-Polet et fils, de Tournai (médailles d'or et d'argent).
M. E. David.
Cette dernière maison est très ancienne; une patente étalée dans sa vitrine prouve qu'elle date de 1788; elle expose des savons mous, noirs, blancs, jaunes et diaphanes et les matières premières servant à leur fabrication. Cette exhibition a eu les honneurs d'une visite royale et M. Cailliau, le chef de la maison, a été nommé chevalier de l'Ordre de Léopold.
Disons un mot, pour finir, d'un autre groupe industriel qui ne manque pas d'importance, celui de la préparation et de l'appropriation des peaux et des cuirs. Les produits de nos tanneries comprennent les cuirs tannés, proprement dits, les cuirs corroyés pour chaussures, sellerie et machines, les peaux vernies pour chaussures et sellerie, les cuirs maroquinés, les peaux chamoisées et les parchemins.
La tannerie belge fournit à la consommation depuis des siècles des produits justement estimés. Stavelot a été, dès le principe, le centre principal de cette industrie ; la plupart de nos villes ont des fabriques de cuir qui rivalisent avec celles du Nord de la France; nos cuirs à semelles sont très recherchés en Allemagne.
Plusieurs mégisseries ont été établies à Bruxelles et dans les environs pour la préparation des peaux de chevreau et d'agneau, destinées à la ganterie. La fabrication des gants est d'origine française; ce n'est pas sans peine que nos gantiers sont parvenus à faire accepter leurs articles, sans dissimuler leur origine. Aujourd'hui la ganterie belge rivalise, sous tous les rapports, avec la ganterie parisienne ; elle a pour principaux centres Bruxelles, Gand, Louvain, Tirlemont, et l'arrondissement d'Audenarde. Les personnes qui s'adonnent à ce travail sont nombreuses, surtout à la campagne. Grâce à l'intelligence et au dévouement de quelques personnes délite, parmi lesquelles on peut citer W* Marie Polet, d'Audenhove-Sainte-Marie, l'industrie gantière a remplacé la fabrication des dentelles et fournit du pain à un nombre considérable de ménages.