PARIS MICHEL. LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
nVE VIVIENNE, % BIS, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
A LA LIBRAIRTE NOUVELLE
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moyen âge, et du Garigliano, Tancien Xiris, qui forme encore de ce côté la limite de l'Etat romain, la route serpente à travers des plateaux légèrement ondulés que domine au levant la chaîne du Monte- Velino. Rien de plus majestueux que ces monts qui séparent Alatri de Sora, un des repaires du brigandage italien.
Sur leurs pentes se dessinait, aux rayons du soir, une ville inconnue, dont le nom réveilla pourtant un écho dans mes souvenirs : C'était Veroli, patrie dePaleario.
L'apparition de cette cité me plongea dans une rêverie, où les hommes et les choses du passé venaient se mêler aux mélancohques impressions du présent, aux confuses espérances de l'avenir. Je me sentis transporté, comme par enchantement, dans cette Italie du seizième siècle où j'avais tant vécu par l'étude, à ces jours de la Renaissance où de saintes âmes, l'honneur de l'Eglise catholique, Sadolet, Contarini, Giberti, soupiraient après une rénovation que
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d'autres plus hardis appelaient du nom de Ré* forme, et devaient sceller de leur sang. Ce serait une belle histoire que celle de ces tentatives réfonnatrices trop tôt comprimées dans la Péninsule. Qui la racontera dignement? Qui saura évoquer, par la science et par l'art, quelquesunes des grandes figures autour desquelles pourraient se grouper les souvenirs du protestantisme italien, Valdez, Ochino, Pierre Martyr, Curione, et cette princesse illustre qui fit de la cour de Ferrare un foyer de renaissance évangélique dont les rayons les plus purs se concentrèrent sur Olympia Morata ? La tâche est difficile, et malgré les travaux de Schelhom, de Gerdès, de Mac-Cree, malgré le beau livre de Léopold Ranke sur la papauté^ presque tout reste à fiiire dans une voie qui s'ouvre h peine aux libres investigations de la science. Que de secrets ensevelis dans les archives de Florence et de Venise, dans les collections Famèse dont la révolution de Naples
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a brisé les scellés, dans les manuscrits du Vati* eau transportés sous le premier empire à Paris, et auxquels on n'a su faire que d'insignifiants emprunts! Une bienveillante intervention que je ne saurais oublier sans ingratitude, celle de Son Eminence le cardinal Antonelli, m'a permis d'y glaner quelques épis, prémices des riches moissons réservées à l'avenir. Après avoir recueilli durant plus de dix ans les matériaux d'une histoire de Renée de France, duchesse de Ferrare, cadre d'une étude approfondie et complète des destinées de la Réforme italienne au seizième siècle, je n'ai pas su résister à la tentation de retracer à part un épisode qui s'en détachait tout naturellement et dont l'attrait m'a séduit. Que ne puis-je me flatter de l'avoir su rendre contagieux? Il est des émotions que l'on croit irrésistibles, parce qu'on les a soimême vivement ressenties. Je ne me défends pas de m'être livré plus qu'il ne convenait peut^tre à ce sentiment. L'illusion qui s'y mêle est
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&iXcx)Te un bienfait, car elle domie du charme aux labeurs ardus, aux recherches minutieuses et arides qu'exige tout essai de reconstruction d'un temps qui n'est plus. Les difficultés d'une tdle entreprise ne se mesurent pas à son étendue. L'histoire d'une âme vaut celle d'un empire. La plus humble des monographies ouvre des échappées sur l'infini.
Quel que soit le sort réservé à ce livre, je lui devrai quelques-uns des meilleurs souvenirs de ma vie. Indépendamment du plaisir qu'on éprouve à nouer amitié avec un personnage d'élite, qui vous transporte dans une région idéale, comment oublier les heures que j'ai passées dans les bibliothèques de Rome et de Florence, et dans les archives de Médicis classées avec tant d'intelligence et de goût par M. Francesco Bonaini? Comment me rappeler sans regret mes excursions à Colle et à San- Gemignano? J'ai parcouru, les lettres de Paleario à la main, les lieux où il vécut. Sienne,