‹ Aonio PalearioChapitre 12 sur 23 · A SADOLET · texte numérisé non relu

A SADOLET

Ayant appris en Toscane, ces dernières années, que vous étiez à Veroli, vous dont la société me serait aussi agréable que celle des esprits célestes, j’ai éprouvé un tel regret de ne pouvoir vous connaître en cette circonstance, qu’il me semblait que la fortune ne pouvait me faire un tort plus sensible. Je savais que ni les dignités dont vous êtes revêtus, ni les mérites qui vous distinguent, ne vous avaient fait dédaigner l’humble demeure de mon ami Hiéronimo, et que vous aviez pris tant de plaisir à l’entretien de mes compatriotes qu’on ne pouvait se montrer plus aimable à leur égard. Peu de mois après, me trouvant moi-même à Veroli, je sentis redoubler mes regrets, eu entendant retentir partout l’éloge de vos vertus ; « Quoi, disait-on, n’est-ce pas l’homme que les papes Léon et Clément ont comblé de faveurs, et

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qu’admirent les savants du monde entier? »

Comment n’aurais-je pas à mon tour éprouvé pour vous la plus respectueuse sympathie? Ne vous étonnez donc pas si, m’étant consacré à l’étude de cette belle question de l’immortalité de l’âme, et devant emprunter plusieurs de mes arguments à la philosophie, j’ai osé invoquer, pour désarmer la critique, la tutelle d’un homme qui est l’arbitre naturel de la science et du goût. Entre tous vos écrits empreints d’une si rare élégance (j’omets à dessein ceux qui se rapportent à la religion), il n’en est pas de plus beau que votre Dialogue de Phèdre et cet éloge est d’autant plus mérité que de tous les ouvrages que nous avaient légués les anciens, et dont nous avons à déplorer la perte, les plus regrettables assurément sont ceux que Cicéron, ce dieu de l’éloquence, avait consacrés à la défense et à la glorification de la philosophie. Et certes, en nos jours de décadence, rien au monde ne méritait plus d’être encouragé que la philosophie, autrefois l’objet de tant de respect, et depuis négligée si tristement? A ce seul titre déjà, je devais vous chérir, vous vénérer, si je n’avais eu tant d’autres motifs de le faire. Daignez donc accepter, en témoignage de mon afiection,

1 C’est récri t i nlitulé : De Laudibui philosophiœ, dont Phedro Inghirami est le principal interlocuteur.

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l’écrit, si modeste soit -il, que je vous envoie par mon ami Lazaro Bonamici. Que ne puis-je espérer que vous y trouverez quelque chose de l’art savant et délicat qui pourrait vous charmer? Adieu.

Padoue, 11 février 15.36.

A ANTONIO PHILONARDI

Si je vous offre si tard mes félicitations, ce n’est pas faute de raisons qui donneraient assez à, connaître combien j’ai à cœur les intérêts de votre avenir. Mon absence de Rome depuis tant d’années, est d’ailleurs, je l’espère, une excuse suffisante à vos yeux. Parmi les privations qu’entraîne pour moi l’ignorance où je suis de ce qui se passe à la Ville étemelle, la plus sensible est assurément de ne rien savoir de ceux dont le bonheur se confond pour ainsi dire avec le mien. Sans une lettre de notre ami Corsini, qui m’a apporté l’heureuse nouvelle de votre promotion à l’épiscopat, je n’aurais pas même la consolation de faire si tardivement ce que je n’ai pu accomplir au moment opportun. A tant de motifs que j’ai de vous féliciter, se joint le souvenir des bienfaits de votre oncle. A Rome comme à Pérouse, ce pieux et excellent vieil-

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lard n’a pas laissé échapper une occasion de me témoigner son estime. Je connais la gravité d’esprit, l’élévation de caractère égale à celle du rang, et l’admirable pureté qui le distinguent. Je ne pouvais donc, sur ses vieux jours, former un vœu qui lui fût plus agréable, qui témoignât mieux de mon respect et de mon amour pour votre famille, que de souhaiter voir briller en vous, dont la jeunesse a excité tant d’espérances, quelques reflets de la sainteté de votre oncle. Lor.squ’à votre tour vous entrez dans la carrière qu’il a si honorablement parcourue, que ne dois -je pas présumer de vos vertus? Si nous désirons si vivement obtenir quelques rejetons des arbres qui ont vieilli dans le champ paternel, ne devons-nous pas nous réjouir, à plus forte rai.son, de voir se perpétuer, par une sorte d’hérédité, des traditions de modestie, de sagesse, de pureté, si dignes d’être admirées! Ne dois-je pas d’ailleurs vous exprimer les sentiments de nos concitoyens, vous féliciter au nom du pa}fs natal qui m’est plus cher que la vie? Je le fais d’autant plus volontiers, que vous arrivez à propos pour adoucir les mœurs un peu rudes de nos compatriotes, et les instruire dans la pure religion.

Je n’ignore pas que, depuis des siècles, la philosophie chrétienne a été ensevelie dans les

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plus profondes ténèbres, en sorte que le nom du Christ est comme effacé de la mémoire des hommes, par la faute de ceux qui, pour faire étalag-e de bel esprit, ont substitué à la prédication de rEvangile de vaines questions, plus dignes de sophistes que d’orateurs chrétiens. C’est à l’évèque de remédier à ce mal; c’est à lui d’user du crédit que lui confèrent le titre dont il est revêtu, le respect du peuple et des magistrats, pour évangéliser et confier le ministère de la Parole à des hommes d’une saine doctrine, d’une vie pure, plus amis de la vérité que des disputes, et ne laissant échapper aucune occasion de donner gloire au Christ, en qui, dit saint Paul, sont cachés tous les trésors de l’intelligence et de la sagesse. Mais à quoi bon vous rappeler ce que vous savez mieux que moi, vous qui ne vous laissez distraire de votre tâche par aucun des soucis de la vie, qui trouvez un modèle tout près de vous dans le parent dont la sagesse a été reconnue non-seulement en Italie, mais en Suisse, en Allemagne et en France. Il ne me reste qu’à vous recommander un de mes proches, Philippe, jeune homme qui, je 1’ espère, se recommande lui- même par sa modestie et sa probité. Sans vous, il serait bien isolé, car il n’a plus ni parents, ni amis àVefoli. Aussi, j’ose invoquer vos bons offices à

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son ég'ard. Comme chrétien, comme évêque, comme membre de la famille Philonardi qui m’est si chère, vous ne serez pas insensible à ma prière. Adieu.

Sienne, 27 mai 1536.

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