‹ Aonio PalearioChapitre 13 sur 23 · A PAUL SADOLET · texte numérisé non relu

A PAUL SADOLET

Combien j’ai reg’retté, mon cher Paul, que vous ne fusûez pas à Volterra, le 1®'' juin. Avec quel plaisir vous auriez entendu un homme qui ne le cède à personne en urbanité. C’est assez désigner Mario MaflFei. Avant de lire votre lettre si amicale pour moi, il m'avait déjà reçu comme un habitué de la maison; ne vous étonnez pas si, après l’avoir lue, il m’a comblé de témoignages d’aflfection et de faveur. Après quelques questions sur le sacré-collége, il a fait le plus bel éloge de la piété de votre oncle, et de la société d'élite qui se réunissait autrefois autour de lui. Puis, arrivant à notre époque, il a flétri avec une si sainte indignation, déploré avec une douleur si chrétienne les vices de nos contemporains, que je puis dire avec vérité n’avoir jamais rien entendu de plus instructif ni de plus édifiant. Lorsqu’à mon tour j’ai parlé des flatteuses espérances que font naître vos talents, vos prd-

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grès dans les études libérales, vous ne sauriez imaginer quelle a été la joie de ce bon vieillard. Que ne doit-on pas, eu effet, attendre de celui qui, si jeune encore, possède une telle érudition, et a pour guide un oncle dont les actions et les pensées n’ont qu’un seul but, la gloire du Christ? Ses écrits, d’une si rare distinction, attestent qu’il a su joindre l’éloquence à la sagesse, privilège qui n’est pas toujours échu à ses devanciers. Je l’aime surtout pour avoir remis en honneur les lettres sacrées, si longtemps obscurcies par des hommes plus captieux que savants, et ensevelies dans les plus profondes ténèbres. Je vous parlerai à cœur ouvert, mon cher Paul : Il est une race d’hommes adonnés à la fraude et à toutes sortes de vices, qui, par ostentation ou par intérêt se sont plu à obscurcir des vérités plus éclatantes que la lumière du soleil. Si le dépôt de la philosophie humaine eût été seul altéré entre leurs mains, on pourrait aisément le leur pardonner ; mais que la révélation divine elle-même, c’est-à-dire la source de toute lumière et de toute vie, le garant de notre immortalité, disparaisse .sous les vaines disputes et les volumineuses contentions auxquelles ils se livrent, l’approuve qui voudra, nul homme de bien ne le pourrait supporter ! Il est des hommes qui, pareils aux oiseaux de nuit,

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ne peuvent vivre que dans les ténèbres. La lumière oflFense leurs yeux. N’essayez pas de les guérir de leur aveuglement, tous vos efforts seraient inutiles. C’est la gloire de votre oncle d’avoir osé, le premier, résister à de tels hommes et d’avoir appris à nos contemporains l’art de traiter avec élégance et clarté des choses sacrées. Aujourd’hui qu’il est appelé à prendre part au gouvernement de la république chrétienne, oîi ne peut que regretter de le voir interrompre ces belles études. Ce ne sont partout que funestes perturbations. Ces lois divines, ces institutions primitives, objet du respect de nos aïeux, sont maintenant foulées aux pieds. Les peuples gémissent sous le poids de la plus dure servitude, et telle est la rigueur des temps que les hommes de bien n’osent se plaindre. S’il subsiste encore quelque reste de piété chrétienne, ce n’est plus qu’une ombre; la vraie piété a disparu. La France est en proie aux maux d’une guerre féconde en calamités pour les peuples voisins. L’Allemagne, éprise de nouveautés, voit les troubles se perpétuer dans son sein. L’Italie, attentive aux moindres rumeurs, émue des plus légers souffles, redoute de nouveaux chocs de la France et de l’Espagne. Les Turcs, ces éternels ennemis du nom chrétien, se préparent à nous attaquer de nouveau sur terre et

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sur mer. C’est assez vous dire que de graves intérêts, que de sollicitudes et de travaux absorberont votre oncle, et combien on a raison de craindre que dans un po.ste si élevé, il ne puisse vaquer à ses études privées sans dommage pour la chose publique. C’est donc à vous, mon cher Paul, que cette part de son activité est échue en partage. C’est à vous de continuer, comme vous en avez le désir, les travaux qu’il avait entrepris dans le diocèse de Carpentras. Je n'en connais pas de plus digues de votre caractère et de vos talents. Adieu.

Sienne, 13 mars 1537.

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