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8 Un miroir qui rappelle la forme élégante du palmier. Le manche est de bois rehaussé d’or. Quant au disque, le poli en a disparu avec le vernis d’or qui le recouvrait. Ce disque est aussi pesant que l’or, et il est formé d’un alliage dont la chimie moderne devrait chercher à retrouver la composition.
9° Deux bracelets. Le fermoir consiste en une bande d’or ornée des cartouches d’Amosis. Le corps des bracelets est formé de fils d’or sur lesquels sont enfilées de perles de lapis, de turquoise, de cornaline et d’or.
10° Un poignard à lame de bronze. Le manche est formé d’un disque d'argent. On se servait de cette arme en laissant sortir la lame entre l’index et le medium, et en appuyant le manche contre la paume de la main.
41° Un collier qui était formé d’une multitude de petites pièces cousues sur le linge de la momie. On y voit des éperviers, des vautours, des chacals, des lions, au milieu d’autres ornements empruntés au règne végétal.
12° Une chaîne tressée en fils d’or de plus d’un mètre de longueur. Elle est terminée par deux fermoirs formés de têtes d’oies. Ici encore se lisent les légendes d’Amosis. Un scarabée d’un travail digne d’être remarqué y est suspendu. Les pattes sont repliées sous le ventre et imitées de la nature avec une rigoureuse exactitude. Les ornements du dos sont formés de minces cloisons d’or dans lesquelles on a introduit une pâte du bleu le plus tendre. Le scarabée figure ici comme symbole de la puissance créatrice qui doit donner à l’âme une vie nouvelle.
13° Un bracelet destiné à être porté non pas au poignet, mais au haut du bras. L’ornementation se compose, comme motif principal, d’un vautour les ailes déployées. Ce monument est un spécimen heureux du travail qu’exécutaient le plus ordinairement les bijoutiers de l’antique Égypte.
44° Une série de dix gros bracelets sous forme d’anneaux épais. Ces bracelets se portaient aux jambes.
15° Un bâton recouvert en bois noir entouré d’une feuille d’or
en spirale. Ce bâton devait être dans l'antique Égypte un signe de commandement. Il est encore usité aujourd’hui en Nubie, où on le voit communément aux mains des habitants de ce pays.
XIX®° Dynastie.
Les sept rois nommés par Manéthon comme formant cette famille royale ont été retrouvés sur les monuments et coordonnés au moyen de certains indices qu’il serait trop long d’énumérer ici. Les rois de la XIX®° dynastie ont d’ailleurs laissé leurs traces : 4° sur des monuments antérieurement bâtis dont ils ont continué l'édification; 2° sur des monuments sortis directement de leur initiative. Les premiers sont nombreux. On ne trouve presque pas un temple élevé par la XVII" dynastie où les rois de la XIXe, et particulièrement Ramsès Il, n’aient gravé leurs noms. Ce fait a surtout son importance à Thèbes. Louqsor est certes un temple dû à la piété d’Aménophis IIl; cependant les deux obélisques (l’un d’entr’eux a été transporté à Paris) qu’on y voit sont de Ramsès Il, ainsi que les quatre colosses élevés en avant du pylône principal. Ce pylône lui-même, bien que construit par Aménophis Il, n’est orné que de sculptures du temps de Ramsès II. À Karnak, même observation. Sur le second pylône, sur les splendides colonnes de la salle hypostyle, sur l'extérieur des murs d'enceinte, les cartouches de Séti et de Ramsès se voient seuls. Enfin, Ramsès II a commis en plusieurs occasions les plus singulières usurpations. Sur des statues et des sphinx représentant des rois de la XIIre et de la XIIIe dynastie, il a souvent fait effacer les noms qui constatent l’origine et la date de ces monuments, et y a fait inscrire ses propres cartouches. Faite avec un soin minutieux, cette opération trompe l’archéologue le plus exercé, et il est ainsi bien des monuments qu’on attribue au conquérant de la XIXw dynastie, et qui lui sont antérieurs de mille ans. Quant aux constructions dues à l'initiative directe des rois de cette famille, on notera en premier lieu les tombes de Bab-el-Molouk, et parti-
… We —
culièrement celle de Séti I, le plus magnifique des souterrains que possède l'Égypte. On notera aussi le monument d’Ibsamboul creusé tout entier dans le flanc d’une montagne, et destiné à perpétuer le souvenir des victorieuses campagnes de Ramsès contre les Soudaniens et les Khétas. Les temples de Derr et de Beit- Oually, en Nubie, sont d’autres édifices dus à l’activité de ce roi. Vis-à- vis Edfou, sur la route qui conduit du village de Radasieh aux mines d’or de Gebel-Atoky, on trouve une station monumentale élevée par Séti I. L'interprétation des nombreuses légendes hiéroglyphiques dont cette station est couverte, a permis de reconnaître l'intention qui avait présidé à l'érection de ce monument au milieu du désert. Depuis longtemps les mines d’or étaient improductives, parce que les caravanes qui y transportaient les hommes et les animaux périssaient de soif sur la route. Séti I‘ fit creuser un puits d’eau jaillissante, et, en souvenir de l'événement, le temple dont nous parlons, et qui a subsisté jusqu’à nos jours, a été bâti. J'ai à peine besoin de dire que Thèbes profita également de la munificence des rois de la XIX®* dynastie. Karnak comprend dans son immense enceinte deux ou trois petits temples de Ramsès II, malheureusement très-mutilés. Sur la rive gauche, le Ramesséum est l’œuvre colossale du même roi, et Séti fit élever à la mémoire de son père Ramsès I‘ le temple de Qournah. A \bydos, le petit temple célèbre par la Table qu’on y a découverte est de Ramsès II. C’est Séti [°* et son fils Ramsès II qui firent élever le grand temple que nous déblayons en ce moment au profit des études égyptiennes. Nul doute que Memphis n'ait aussi été l’objet de l'attention des Pharaons de la XIX®° dynastie. A la vérité, 1l ne reste de cette ville illustre que des monceaux de décombres ; mais les beaux colosses qu’on voit à Myt-Rahyneh, et dont la tête offre un portrait si ressemblant de Ramsès II, témoignent assez du soin que ce roi avait pris d’embellir la capitale septentrionale de l'Égypte. Enfin, comme dernier monument de la XIX®® dynastie, on comptera le temple de Sàn, qui, probable-
ment mutilé à la suite du siége que supporta la ville sous Amosis,
fut rebàti tout entier sous Ramsès If, Ménephtah et Séti IL. Les travaux que, par ordre du Vice-Roïi, nous y poursuivons et qui ont déjà eu pour résultat la mise au jour de tant de morceaux contemporains dles Pasteurs, sont encore en voie d’exécution; mais déjà onze obéïisques, de nombreuses colonnes monolithes de granit, des stèles colossales ont été retirés des décombres, et prouvent que ce temple fut un des plus considérables de ceux que la XIX®* dynastie éleva sur les bords du Nil.
XX"° Dynastie.
Tous les rois de la XX®* dynastie se sont appelés Ramsès, comme plus tard tous les rois de la XXXII®* s’appelleront Ptolémée. On n’a pour aider au classement de ces souverains que quelques monuments épars et les tombeaux de Thèbes, particulièrement ceux de Bab-el-Molouk. — Cette dynastie, occupée de ses divisions intestines, a peu bâti. On lui doit cependant le pavillon et le temple de Medinet-Abou, constructions qui ne le cèdent en rien aux plus magnifiques de l'Égypte; on lui doit encore l'édifice appelé le temple de Chons, situé au sud de Karnak, près de la grande allée de sphinx à tête de bélier. Quoiqu'il porte presque partout les cartouches des rois de ia XX[me dynastie, ce temple n’en a pas moins été construit par les derniers Ramsès. — La belle stèle donnée à la Bibliothèque Impériale de Paris par M. Prisse est aussi un monument de la XX"*° dynastie et provient du temple de Chons. Cette stèle est intéressante sous bien des rapports; on y lit le récit officiel d’un événement qui se passa dans les circonstances suivantes : un de nos Ramsès faisait sa tournée dans la Mésopotamie, alors soumise à la domination égyptienne, quand il rencontra la fille d’un chef qu'il épousa. Quelques années plus tard, Ramsès étant à Thèbes, on vint lui dire qu’un envoyé de son beau-père se présentait, sollicitant du roi que celui-ci envoyàt un médecin de son choix
auprès de la sœur de la reine, atteinte d’un mal inconnu. Ur
médecin égyptien partit en effet avec le messager. La jeune fille souffrait d’une maladie nerveuse, et, selon la croyance du temps, on pensait qu’un esprit demeurait en elle. En vain, le médecin eut-il recours à toutes les ressources de l’art; l’esprit, dit la stèle, refusa d’obéir, et le médecin dut revenir à Thèbes sans avoir guéri la belle-sœur du roi. Ceci se passait en l’an 15 du règne de Ramsès. Onze ans plus tard, c’est-à-dire en l’an 26, un nouvel envoyé se présenta. Cette fois l’allié du roi d'Égypte ne demandait plus un médecin : selon lui, c'était l'intervention directe de l’un des dieux de Thèbes qui amènerait la guérison de la princesse. Comme la première fois, Ramsès consentit à la demande du père de la reine, et un dieu de Thèbes, nommé Chons, partit effectivement. Le voyage fut long : il dura un anet six mois. Enfin le dieu thébain arriva en Mésopotamie, et l'esprit vaincu fut chassé du corps de la jeune fille qui recouvra immédiatement la santé. Mais à ce dénoùment ne s'arrête pas le récit gravé sur la stèle de la Bibliothèque Impériale de Paris. Un dieu dont la seule présence amenait des guérisons si miraculeuses était précieux à bien des titres, et au risque de se brouiller avec son puissant allié, le père de la jeune fille résolut de le garder dans son palais. Effectivement, pendant trois ans et neuf mois Chons fut retenu en Mésopotamie. Mais, au bout de ce temps, le chef qui avait ordonné cette mesure violente eut un songe. I] lui sembla voir le dieu captif qui s’envolait vers l'Égypte sous la forme d’un épervier d’or, et, en même temps, il fut attaqué d’un mal subit. Le beau-père de Ramsès, selon l’usage du temps, prit-il ce songe pour un avertissement? C’est ce que laisserait penser l’ordre qu’il donna immédiatement de renvoyer le dieu qui, en l’an 33 du règne de Ramsès, était de retour dans son temple de Thèbes.
XXI" Dynastie.
Les Grands-Prêtres qui régnaient à Thèbes ont achevé le temple situé entre Karnak et Louqsor, et c’est là qu’on trouve leurs noms. La dynastie: légitime a laissé des traces principalement à Sän. Quelques architraves et des lames d’or, qui sont en ce moment conservées dans la collection du Musée de Boulaq, nous ont donné quelques cartouches nouveaux de cette famille royale.
XXII" Dynastie.
Manéthon nomme les neuf rois de cette famille qui fut originaire de Tell-Basta. La généalogie de quelques-uns de ces rois est également certifiée par les inscriptions gravées sur une statue du dieu Nil appartenant au Musée de Londres, par de longues légendes dont un des murs extérieurs de Karnak est couvert, enfin par les inappréciables textes que nous avons découverts il y a douze ans dans la tombe d’Apis à Sagqarah et qui font maintenant partie des richesses conservées dans le Musée du Louvre à Paris. On ne connaît, du reste, aucun grand édifice fondé par cette famille royale. Il n’est pas douteux que des fouilles persévéranies dans les buttes de Tell-Basta nous feraient cependant trouver quelques restes des monuments dont les rois de la XXII®® dynastie embellirent la ville qui fut de leur temps le siége du gouvernement.
XXII" Dynastie.
La XXII®e dynastie fut une époque de troubles. Toute l’histoire de ce temps est écrite sur une stèle de granit que nous avons trouvée dans les fouilles récentes de Gebel-Barkal. Il est à remarquer que ce monument n’est pas égyptien, mais couschite. Les Couschites, en formant un royaume séparé, adoptèrent la religion, l'écriture, la langue des Égyptiens; leur civilisation est ainsi fille de la civilisation égyptienne, et la stèle du Musée, en nous mon-
trant les Éthiopiens imposant leur domination à l'Égypte, nous font ainsi assister au spectacle d'un fleuve qui s’insurge contre sa source.
Je viens de dire que la XXIHI®° dynastie fut une époque de troubles. L'Égypte fut en effet partagée alors en plusieurs dynasties collatérales. Manéthon a enregistré celle de ces dynasties qui, plus tard, fut officiellement reconnue comme légitime : elle se compose de trois rois et était originaire de Sàn. Les stèles de la tombe d’Apis nous en révèlent une autre qui, comme la dynastie de Sàn, compte trois règnes : c’est celle qui régnait à Memphis. Enfin la stele de Gebel-Bakal nous montre que quelques autres provinces de l'Égypte obéissaient à des rois partiels, qui n'étaient ni ceux de Manéthon ni ceux des stèles de la tombe d’Apis.
XXIV»° Dynastie.
Bocchoris est, selon Manéthon, l'unique roi de la XXIVm® dynastie, Son nom égyptien est resté longtemps inconnu. Nous l’avons découvert enfin sur quelques-unes des pierres de la tombe d’Apis. Jusqu'à présent ce sont là les seules indications monumentales que nous possédions de l'existence de ce roi. Rien ne prouve que, sous son règne, les Éthiopiens n'aient pas occupé l'Égypte méridionale.
XXVn° Dynastie.
Cette dynastie fut le triomphe définitif des Couschites sur les Égyptiens. Aussi doit-on peu s'étonner de voir les noms des souverains qui la composent à la fois au Soudan et en Égypte. Manéthon ne lui donne que trois rois. Évidemment c’est la maniere égyptienne de compter. À Tahraka, 3° roi de cette famille, succéda effectivement, selon les stèles d’Apis, Psammitichus, 4° roi de la XXVIw*, Mais si les Éthiopiens ont, comme les Égyptiens, rédigé des annales historiques, on doit y rencontrer un nom de plus, celui du mari de la reine dont le Musée de Boulaq possède une statue, Ce roi (Piankhi) succéda à Tahraka et occupa la
Haute-Égypte pendant que les douze rois confédérés se partageaient les autres parties du royaume. Mais Psammitichus, en montant sur le trône 15 ans après la chute de Tahraka, ne tint pas compte de ces compétitions et se regarda comme souverain du pays, à partir du jour où le troisième roi Couschite cessa de régner.
XXVI"° Dynastie.
Avec la XXVI®*° dynastie nous arrivons à une époque où les Grecs ont commencé à avoir un plus libre accès sur les bords du Nil, et où l'Égypte est plus fréquemment mentionnée dans leurs écrits. On trouvera donc dans les écrivains de la tradition classique une liste suffisamment exacte des rois de la XXVI"* dynastie. On peut aussi étudier cette famille royale dans Manéthon. Enfin les stèles de la tombe d’Apis forment un ensemble imposant de monuments contemporains des Psammitickus. Parmi ces stèles on citera particulièrement les épitaphes officielles des Apis. Rédigées sur un modèle à peu près uniforme, elles mentionnent la date de la naissance du taureau, la date de sa mort, la durée de sa vie par an, mois et jour, le tout rapporté selon l’usage à l'ère du roi régnant. Il n’est personne qui ne comprenne l'utilité de pareils renseignements. Si l’une de ces épitaphes, par exemple, mentionne un Apis qui, né l’an 53 d’un règne, mourut l'an 16 d’un autre roi à l’âge de 17 ans, ne saurons-nous pas en premier lieu que les deux rois cités se suivent chronologiquement, en second lieu que le premier a occupé le trône pendant 54 ans et ie second au moins pendant 16 ans? Appliquées successivement à tous les rois de la XXVIwe dynastie, les épitaphes de la tombe d’Apis nous donnent le moyen de reconnaître tout à la fois, et l’ordre dynastique de ces rois et la durée chronologique de toute la famille royale. — En dehors de la tombe d’Apis, à Saqqarah, les monuments de la XXVIm° dynastie sont assez rares. Plusieurs belles tombes de l’As- -sassif, à Thèbes, remarquables par leur étendue et le fini des bas-
reliefs qui les décorent, sont de cette époque. Sur les rochers d’Asouan et d’'Hamamat, à Thèbes, à Abydos, à Sagqarah, on voit encore çà et là quelques souvenirs des princes qui à ce moment ont occupé le trône égyptien. Ce n’est pas que la XXVI®° dynastie ait été, moins que d’autres, portée à laisser après elle des souvenirs durables de sa grandeur et de son autorité; mais tout nous prouve qu’à ce moment la civilisation s'était portée entièrement vers le Nord et que toutes les forces de la XXVI”®* dynastie s'étaient concentrées sur la ville (Saïs) qu’elle s'était choisie pour siége officiel du gouvernement. Il résulte, en effet, du témoignage d’Hérodote que Saïs était devenue, sous les rois de la XXVI®° dynastie, une des villes les plus florissantes du royaume. Apriès y avait construit un temple qui ne le cédait en magnificence à aucun des autres édifices de l'Égypte. Amosis y fit élever un portique qui était digne d’admiration et qui surpassait de beaucoup tous les autres ouvrages de ce genre, tant par sa hauteur et son étendue, que par la qualité et la grandeur des pierres qu’on y avait employées, Ce prince y avait placé des statues et des sphinx de proportions gigantesques. On voyait aussi à Saïs un colosse énorme de 75 pieds de hauteur, semblable à celui qu’Amosis avait érigé à Memphis. Ce roi ne s'était pas seulement borné à la construction des portiques, mais il avait encore fait arriver des pierres d’une grosseur démesurée pour réparer le temple. Une partie de ces pierres était sortie des carrières de Tourah : les plus grosses avaient été tirées d’Asouan. Mais ce qu’il y avait de plus admirable à Sais, c'était la chapelle monolithe qu'Amosis avait fait venir des carrières d'Éléphantine, Deux mille bateliers avaient été occupés pendant trois mois à la transporter. Elle avait extérieurement environ 12 mètres de long, 7 mètres de large, et 4 mètres de hauteur. Avec l’évidement intérieur, le poids total de cette gigantesque masse était de près de 480 mille kilogrammes. Le récit d'Hérodote ne laisse donc pas de doute sur la magnificence de la ville élevée par les rois Saïtes, et il est évident que ceux-ci avaient fait pour leur capitale ce que, dix siècles auparavant, les XVIIIm® et XIX®*
dynasties avaient fait pour Thèbes. Malheureusement Saïs a disparu sans retour, et d’une ville célèbre dans les fastes des arts et de la civilisation il ne reste que des ruines confuses. Des fouilles sur l'emplacement de ces ruines nous rendraient-elles au moins quelques vestiges de la grandeur de la XXVI®* dynastie? Je n'ose l'espérer.
XXVII® Dynastie.
Les Perses occupent les rives du Nil. Cambyse, humilié par trois défaites, traite l'Égypte en pays conquis. L’Égypte de son côté subit avec répugnance le joug des étrangers. De là des révoltes successives pendant lesquelles on ne songe guère à élever des monuments. Le nom de Cambyse se trouve cependant sur quelques stèles de la tombe d’Apis. Darius laisse aussi des traces de son passage à Hamamât, et il bâtit même dans l’oasis de Khargeh un temple à Ammon. Artaxercès lui-même est cité dans plusieurs légendes, et son nom se lit sur deux beaux vases conservés à la Bibliothèque de Paris et dans le trésor de Saint-Marc à Venise. En dehors de ces rares monuments, les Perses n’ont laissé d’autre empreinte sur le sol égyptien que les ruines amon- celées par les fureurs de Cambyse. Nous devons à Manéthon la liste des rois de cette XXVII"e dynastie.
XXVIIIr, XXIX® et XXX"° Dynasties.
Autre période de troubles. L'Égypte est rendue à elle-même ; mais l’ennemi est toujours à ses portes. Ces dynasties travaillées par tant de germes de dissolution ont pourtant laissé des monuments dignes d’une époque plus florissante. A Philæ, le grand temple est commencé par Nectanébo Il; Nectanébo I ajoute quelques parties aux temples de Médynet-Abou et de Karnak. A Memphis, la tombe d’Apis est complétée par ce dernier prince, et un beau pylône est bâti en avant des souterrains. "Acoris, Néphé-
:.tès sont des princes qui tiennent aussi à honneur d’embellir de leurs statues et de leurs bas-reliefs les édifices sacrés. Les grands et beaux sarcophages de granit que possèdent les Musées de Berlin, de Paris et de Boulaq sont encore de ce temps, et parmi eux on remarquera le sarcophage de Nectanébo |, enlevé d’Alexandrie pour être transporté à Londres. Chose remarquable, sous ces dynasties déchues de leur rang politique, rien ne laisse apercevoir encore les traces de cette rapide décadence qui, quelques années après l’occupation des Grecs, va frapper toutes les œuvres de l’art Égyptien.
XXXI" Dynastie.
Les Perses sont de nouveau maîtres de l'Égypte. Cette seconde dynastie persane n’est nommée que dans Manéthon. C’est à peine si les monuments égyptiens nous font connaître les noms des rois qui la formèrent.
XXXII® Dynastie.
Dynastie macédonienne qui eut pour chef Alexandre le Grand. ici s'arrêtent les listes de Manéthon, et nous n’avons plus à compter maintenant, pour la formation du tableau chronologique des rois, que sur les monuments éclairés et complétés par les récits des écrivains de la tradition classique. On trouve dans l’île d'Éléphantine deux montants d’une porte en granit sur lesquels on lit les cartouches d'Alexandre I. Philippe Aridée, son frère, construisit à Karnak la belle chambre de granit qui occupe, au milieu d’une autre chambre élevée par Thoutmès III, la place principale en avant du sanctuaire. Enfin Alexandre II figure comme souverain légitime sur quelques bas-reliefs qui décorent les murs des temples de Karnak et de Louqsor.
XXXIII" Dynastie.
Depuis la XIXme dynastie, aucune famille royale n’a plus bàti sur les rives du Nil. Non-seulement les Ptolémées ont restauré et complété les anciens sanctuaires, mais ils ont élevé à nouveau des temples nombreux. En Nubie, c’est Dakkeh, Kalabscheh, Deboud, Dandour; c’est surtout Philæ, île charmante dont ils ont fait un site peut-être unique au monde. En Égypte, on citera Ombos, modèle d'architecture puisstnte, gàté malheureusement par le mauvais style du temps; Esneh qui serait moins détestable si nous en connaissions les parties enfouies sous la ville moderne; Erment maintenant presque tout entier détruit. Tout en ornant Alexandrie d’édifices somptueux dont nous ne pouvons plus juger aujourd’hui, les Piolémées n’oublièrent pas non plus Thèbes. Sur la rive gauche, Deir-el-Médyneh et le petit temple situé sur le Birket-fbou sont de leur temps; sur la rive droite, ik firent élever la grande porte isolée qui est tout à fait au nord de Karnak, l’autre porte de même modèle sous laquelle on passe en arrivant de Louqgsor au temple de Chons, et enfin le petit édifice situé à côté de ce temple. Que dire de Denderah ? Que dire surtout d'Edfou? Là mürissent pour la science des moissons de textes inédits, et l’on peut dire avec vérité que les inscriptions qui seront une sorte de résurrection de la mythologie et de la géographie de l'Égypte sous la domination des Ptolémées s’y comptent par centaines de mètres. Enfin, je rappellerai qu’à EI-Kab, à Môtanah (province d’Esneh), à Akhmin, à Behbit (près de Mahalleh-el-Kebir) et en bien d’autres localités, les noms des Ptolémées se montrent, et qu'il faut aussi leur attribuer la partie la plus belle de la tombe d’Apis à Saqqarah, ainsi que les gigantesques sarcophages qui s’y trouvent. On ne peut parler des monuments qui se rapportent à ces rois sans mentionner le fragmen celèbre connu sous le nom de Pierre de Rosette. Découverte, il y à 65 ans environ, par des soldats français qui creusaient un re-
tranchement près d’une redoute située à Rosette, la pierre qui
porte ce nom a joué le plus grand rôle dans l'archéologie égyptienne. Sur la face principale sont gravées trois inscriptions. Les deux premières sont en langue égyptienne et écrites dans les deux écritures qui avaient cours à cette époque. L’une est en écriture hiéroglyphique réservée aux prêtres : elle ne compte plus que 14 ïignes tronquées par la brisure de la pierre. L'autre est en une écriture cursive appliquée principalement aux usages du peuple et comprise par lui : celle-ci offre 32 lignes de texte. Enfin, la troisième inscription de la stèle est en langue grecque et comprend 5/ lignes. C’est dans cette dernière partie que réside l'intérêt du monument trouvé à Rosette. Il résulte en effet de l’interprétation du texte grec de la stèle que ce texte n’est qu’une version de l'original transcrit plus haut dans les deux écritures égyptiennes. La Pierre de Rosette nous donne donc, dans une langue parfaitement connue (le grec), la traduction d’un texte conçu dans une autre langue encore ignorée au moment où la stèle était découverte. Qui ne voit l'utilité de cette mention ? Remonter du connu à l’inconnu n’est pas une opération en dehors des moyens d’une critique prudente, et déjà l’on devine que si la Pierre de Rosette a acquis dans la science la célébrité dont elle jouit aujourd’hui, c’est qu’elle a fourni la vraie clef de cette mystérieuse écriture dont l'Égypte a si longtemps gardé le secret. Il ne faudrait pas croire cependant que le déchiffrement des hjiéroglyphes au moyen de la Pierre de Rosette ait été obtenu du premier coup et sans tàätonnements. Bien au contraire, les savants s’y essayèrent sans succès pendant 20 ans. Enfin, Champollion parut. Jusqu'à lui, on avait cru que chacune des lettres qui composent l'écriture hiéroglyphique était un symbole, c’est-à-dire que dans une seule de ces lettres était exprimée une idée complète. Le mérite de Champollion a été de prouver qu’au contraire l'écriture égyptienne contient des signes qui expriment véritablement des sons, en d’autres termes qu'elle est alphabétique. 1 remarqua, par exemple, que partout où dans le texte grec de Rosette se trouve le nom propre Piolémée, on rencontre à l'en-
droit correspondant du texte égyptien un certain nombre de signes enfermés dans un encadremnent elliptique. Il en conclut : 4° que les noms des rois étaient dans le système hiéroglyphique signalés à l'attention par une sorte: d’écusson qu’il appela cartouche; 2° que les signes contenus dans cet écusson devaient être lettre pour lettre le nom de Ptollémée. Déjà donc, en supposant les voyelles omises, Champollicon était en possession de cinq lettres, P, T, L, M, S. D'un autre côté, Champollion savait, d’après une seconde inscription grecque gravée sur un obélisque de Philæ, que sur cet obélisque un cartouche hiéroglyphique qu’on y voit devait être celui de Cléopâtre. Si sa première lecture était juste, le P, le Let le T de Ptolémée devaient se retrouver dans le second nom propre; mais en nnême temps ce second nom propre fournissait un K et un R nouveaux. Enfin, appliqué à d’autres cartouches, l’alphabet emcore très-imparfait révélé à Champollion par les noms de Cléopâtre et de Ptolémée le mit en possession d'à peu près toutes les atutres consonnes. Comme prononciation des signes, Champollion n’avait donc pas à hésiter, et dès le jour où cette constatation ‘eut lieu, il put certifier qu'il était en possession de l’alphabet égyyptien. Mais restait la langue, car prononcer des mots n’est rien si l’on ne sait pas ce que ces mots veulent dire. Ici le génie de Champollion se donna libre cours. 11 s’aperçut en effet que son alphabet tiré des noms propres et appliqué aux mots de la lamgue donnait tout simplement du copte. Or, le copte à son tour est une langue qui, sans être aussi explorée que le grec, n’en étæit pas moins depuis longtemps accessible. Cette fois le voile étaitt donc complétement levé. La langue égyptienne n’est que du coypte écrit en hiéroglyphes, ou, pour parler plus exactement, le copte n’est que la langue des anciens Pharaons, écrite, comme mous l’avons dit plus haut, en lettres grecques. Le reste se devine. D’indices en indices, Cham pollion procéda véritablement du Gonnü à l'inconnu, et bientôt l'illustre fondateur de l’égyptologie put poser les fondements de cette belle science qui a pour objjet l'interprétation des hiéro-
glyphes. Telle est la Pierre de Rosette. C'est grâce à elle que les monuments égyptiens ne sont plus aujourd’hui des objets de vaine curiosité ; c'est par elle que l'Égypte ancienne a repris dans l’histoire générale du monde la place qui lui convient. — J’achèverai l’histoire de la Pierre de Rosette en deux mots. Trans portée aussitôt après sa découverte à Alexandrie, elle tomba, quelques mois après, entre les mains des Anglais, qui à leur tour venaient de s'emparer de l'Égypte, et de là elle fut transportée à Londres, où, avec un grand nombre d’autres monuments pris à l’armée française, elle forma le noyau du Musée Britannique.
XXXIVwe Dynastie.
Après cinq mille quatre cents ans de durée, l'Empire de Ménès succombe, et l'Égypte n’est plus désormais qu'une province de l'Empire Romain. Les préfets élèveront bien encore à Alexandrie quelques monuments parmi lesquels on comptera la colonne de Pompée; à Antinoë (aujourd’hui Cheykh-\bädeh, province de Minyeh), Adrien bâtira toute une ville; il construira à Antinoûs, son favori, un tombeau digne des anciens rois; il fera précéder ce tombeau de sphinx et d'obélisques (l’un de ces obélisques est maintenant à Rome sous le nom d’obélisque Barberini) ; à Kalabscheb, à Dandour, à Dakkeh, à Philæ même, à Edfou, à Esneh, à Erment, à Denderah, les empereurs feront bien continuer l'œuvre des Ptolémées. À travers cette apparente prospérité, mille signes de décadence s’aperçoivent déjà. Le bel art des Khoufou, des Ousertasen, des Thoutmès, des Ramsès, des Psammitichus, devient de jour en jour plus grossier : les coutumes, la langue, l'écriture, tout se modifie. Comme un vieillard que la décrépitude a frappé, l'Égypte s’avance en chancelant vers son dernier jour, et sous Théodose elle finit par succomber.
Le but que nous nous sommes proposé dans cet Appendice sera atteint si, après les détails que nous venons de donner, le
lecteur reste bien convaincu d’une chose : que l’histoire d'Égypte, si longue, si intéressante, si traversée d'accidents divers qu’elle soit, est une histoire vraiment digne de ce nom, et que nulle peut-être n’a pour elle un ensemble plus complet de preuves monumentales.