ÉPOQUE GRECQUE
XXXII* *ET XXXin* DYNASTIES
Alexandre le Grand commence la XXXH"** dynastie (1). Son règne fut court. Il eut le temps cependant de jeter les fondements de la ville qui à travers les siècles a conservé son nom. H put surtout, dès son arrivée sur les bords du Nil, inaugurer cette politique de tolérance et de modération qui allait, aux époques désoléeç que T^^ypte venait de traverser, substituer 275 ans de paix et de tranquillité. Laisser aux vaincus leur religion, leurs coutumes, leurs arts, leur langage, leur écriture, telle fut, en effet, la règle de conduite qu'au jour même de la conquête Alexandre s'imposa. On sait déjà comment le héros succomba au milieu de ses victoires : on sait aussi comment le flls qui naquit après sa mort (Alexandre II) le remplaça sur le trône, et comment, jusqu'à la majorité du jeune prince, l'Egypte eut pour régent le frère du
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conquérant, Philippe Aridéé. Enfin, on se rappelle comment ces éphémères royautés n'empêchèrent pas les généraux d'Alexandre de se partager l'empire, et comment, dans ce partage, Ptolémée, l'un d'entre eux, obtint l'Egypte. Avec Ptolémée cesse donc la dynastie Macédonienne et commence la dynastie qui du nom de son fondateur est appelée Ptolémaïque. C'était la XXXIIl™».
Nous ne suivrons pas dans tous les détails de leur règne les rois qui composèrent cette famille royale. Tous s'appelèrent Ptolémée comme leur aïeul commun, et l'on ne voit guère parmi les femmes d'autres noms en usage que ceux de Cléopâtre, de Bérénice et d'Arsinoé. Du reste, l'histoire de l'Egypte, sous ces rois t'itrangers, n'offre plus ce puissant intérêt que l'on éprouve à suivre rÉgypte pharaonique dans sa marche à la tête des nations. Tantôt au Sud, tantôt au Nord, les Pharaons combattaient pour une civilisation dont ils étaient en quelque sorte Tincarnation. Sous les Ptolémées, l'Egypte est descendue de ce rang suprême. Ce n'est plus elle qui se montre la première entre tous les peuples; ce n'est plus elle qui conduit l'humanité comme aux temps des Thoutmès. Sous les successeurs de Ptolémée la scène a changé en se rapetissant. 'L'histoire de l'Egypte se traîne dès lors derrière l'histoire de la Grèce. Quant aux événements politiques qui marquent cette période, ils se résument tous dans des compéti* tions au trône, dans des rivalités de femmes, dans des luttes presque sans gloire pour la possession de la Syrie et des îles orientales de la Méditerranée. — Malgré cet état relatif d'infériorité, les Ptolémées ont cependant bien mérité de l'Egypte, et leur nom tient une place honorable parmi ceux de tous les rois qui ont successivement régné sur ce pays. Cette popularité, les Ptolémées l'ont due en premier lieu à l'extrême tolérance dont nous avons déjà parlé. Loin d'imposer aux vaincus des usages étrangers qui n'auraient fait qu'entretenir chez eux des germes de rébellion, les Ptolémées^ au contraire, maintinrent les antiques coutumes, et sans cesser d'être Grecs se firent Égyptiens, en s'honorant de l'être. Edfou, bâti tout entier par les Ptol^^mées, n'est-il pas à
lui seul la plus magnifique preuve que nous puissions donner de cette sage modération? N'est-ce pas aussi un Ptolémée qui, après ime campagne infructueuse sur le Tigre, rentra en Egypte rapportant avec lui plus de 25,000 statues égyptiennes enlevées autrefois par Cambyse? Une seconde cause, non moins efficace, a contribué à la renommée que les Ptolémées se sont acquise. A leur nom se rattache un grand mouvement intellectuel qui a eu son centre àAlexandrie, et qui, longtemps encore après eux, a exercé la plus décisive influence sur les destinées de F Egypte. On sait déjà que c'est un Ptolémée qui a ordonné à Manéthon d'écrire en grec les annales historiques de son pays; c'est aussi sous un Ptolémée que fut faite la traduction grecque des livres sacrés des Hébreux connus sous le nom de version des Septante. D'autres créations plus importantes encore ont rendu célèbre la mémoire des Ptolémées: Celte splendide bibliothèque, qui contenait, dit-on, dans 400,000 volumes, toute la littérature romaine, grecque, indienne et égyptienne, fut fondée. Sous les Ptolémées parut aussi le Musée, qu'on regarde, à juste litre, comme la première académie du monde. Enfin, en faisant de leur capitale le rendez-vous de tous les grammairiens , de tous les savants, de tous les philosophes, de tous les esprits éclairés de leur temps, les Ptolémées jetèrent les premières bases de cette grande école d'Alexandrie qui, quelques siècles plus tard, disputera le monde nu christianisme naissant. Comme on le voit, autant le rôle des Ptolémées a été modeste dans la politique et dans la guerre, autant ces princes se sont illustrés par cet amour des lettres et des sciences qui fut pour ainsi dire le génie de leur race. Malheureusement, le temps n'est plus loin où l'un de ces princes, Ptoléméi* Alexandre, mourant sans enfants, disposera de l'Egypte comme d'une ferme, et par testament léguera la patrie de Ramsès au |)euple romain. Les ruses de la belle et artificieuse Cléopâtre reculeront en vain de quelques aimées l'exécution du contrat fatal. César et Antoine, subjugués par les charmes de la trop fameuse reine, prêteront en vain leur appui à relie qui peut encore fain'
revivre le sang des Ptoléuiées. Gléopàtre uieurl, et après elle, le testament de Ptolémée Alexandre doit avoir son plein effet. En l'an 30 avant J.-C, TÉgypte n'est donc plus môme un royaume, et désormais elle ne comptera parmi les nations que comme une province de cet immense empire donl Rome citait la capitale.