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qui devait fournir uné si étonnante carrière? Ces problèmes sont probablement a jamais insolubles. Quoi qu'il en soit, toutes les autorités sont d'accord pour faire de Mènes le premier roi de la 1" dynastie égyptienne. Surcéda-l-il , comme quelques-uns le pensent, à d'autres rois partiels, et fut-il celui d'entre eux qui. le premier, réussit à placer l'Égypte sous un sceptre unique ? C'est ce que l'absence de documents ne nous permet pas d'alîirmer. Ce qui est certain, c'est que Menés n'est pas un personnage fabuleux, bien que la grande figure du fondateur de la monarcbie égyptienne ne nous apparaisse qu'à travers les nuages d'un passé si éloigné de nous qu'il semble appartenir en que'que sorte à l'enfance du genre humain.
Les trois premières dynasties auraient régné, si l'on en croit Manéthon, 769 ans. Les monuments qu'elles nous ont laissés sont rares. En les étudiant, on y remarque une certaine rudesse et une indécision de style qui laissent deviner qu'au moment où ils ont été exécutés, l'art égyptien cherchait encore sa voie. Les trois dynasties que nous venons de nommer représenteraient donc cette période d'incubation que toutes les nations nous montrent à l'horizon de leur histoire.
A la IV"" dynastie, l'histoire d'Egypte commence à sortir de l'obscurité dans laquelle elle a été jusqu'ici enveloppée, et des monuments assez nombreux nous permettent déjà de préciser des faits. Le personnage qui domine cette époque est le roi qu'Hérodote a nommé Chéops, et que les textes contemporains appellent Khoufou. Chéops fut, paraît-il, un roi guerrier : c'est lui que les bas-reliefs de Ouâdy-Maghara (presqu'île du Sinaï) nous montrent châtiant les On, bédouins du temps qui inquiétaient les frontières orientales de la Basse-Égypte. 11 fut surtout un roi constructeur. La plus grande et la plus remarquable des pyramides que possède l'I^lgypte est le tombeau de Chéops. Cent mille hommes qui se relayaient tous les trois mois furent, dit-on, employés pendant trente ans au gigantesque travail que ce roi ordonna. Assurément, il n'est pas au-dessus des forces de notre
industrie moderne de refaire un monument semblable. Mais le problème diHicile à résoudre, même de nos jours, serait de construire des chambres et des couloirs intérieurs qui, malgré les millions de kilogrammes qui pèsent sur eux, conserveraient à travers soixante siècles la plus parfaite et la plus étonnante régularité.— Quanta la place qu'occupe lalV"' dynastie dans l'Ancien- Empire, on peut dire sans hésiter qu'elle en marque le point culminant. Au début de la quatrième dynastie se produit en effet un mouvement subit et extraordinaire. L'Égypte est désormais libre d'entraves, et nous voyons éclorc tous les prodiges d'une civilisation sans pareille à ce moment dans le monde. Alors la société égyptienne est définitivement constituée. L'art a atteint son plein développement et monte à une hauteur que les plus brillantes l'poques dépasseront à peine. Des villes sont fondées, de grandes fermes enrichissent les campagnes. On y élève des milliers de têtes de bétail. Des antilopes, des cigognes, des oies sauvages y sont gardées en domesticité. Des moissons abondantes et soignées couvrent le sol. Une architecture élégante embellit les habitations. Là, le maître de la maison vit aimé et respecté des siens. 11 cultive les lleurs; des jeux, des danses sont exécutés devant lui. Il chasse et il pêche dans les nombreux canaux dont la contrée est sillonnée. De grandes barques aux voiles carrées flottent pour lui sur le Nil, instruments d'un commerce sans doute trèsactif. Partout l'Égypte nous apparaît alors dans l'épanouissement d'une jeunesse vigoureuse et pleine de séve. Celte admirable statue de Chéphren, dans laquelle, malgré ses six mille ans, on doit voir un des morceaux les plus accomplis de la sculpture égyptienne, n'est-elle pas une œuvre de la iV'"" dynastie (!)?• Ne sont-ce pas les Pyramides qui ont mérité dans l'antiquité d'être rangées au nombre des sept merveilles du monde ?
.Sous les deux premières dynasties, Tiiinis et Mempliis avaient
(1) Elle occiiiio la place d'iioiiueur dans la salle iutérieuj'e du Temple. {Voij. la Dc'i'ji'iptùm du Parc Éf/yptieii.)
été choisies pour être tour à tour le siège du gouvernement; sous la V"'' dynastie, c'est Élépliantine qui devient la capitale de l'Egypte. Cette famille royale ne se recommande à l'attention par aucun fait historique remarquable. On lui doit cependant quelques monuments qui méritent d'être signalés : le Mastabat-el- Faraoun, à Saqqarah, et, dans la même nécropole, plusieurs tombeaux d'un fini et d'une conservation admirables, récemment découverts pendant les fouilles destinées à alimenter le Musée de Boula q (1).
A la mort du demier roi de la V°" dynastie, une famille nouvelle parvint au trône. Manéthon la dit originaire de Memphis. Parmi les personnages célèbres qu'elle produisit, je nommerai la reine ISitocris et Apappus. La reine Nitocris, la belle aux joues roses, comme l'appelle Manéthon, fut, dit-on, la femme la plus distinguée de son temps. Ayant eu à venger la mort de son frère qui avait péri assassiné, elle attira dans une galerie souterraine les coupables qu'elle voulait punir, et pendant les joies d'un repas, les eaux du Nil introduites secrètement les y noyèrent tous. Quant à Apappus, il fut, comme Chéops, un roi guerrier. A cette époque, les cataractes du Nil (surtout celle de Ouâdy-Halfa) n'offraient pas comme maintenant un insurmontable obstacle à la navigation, et vers le sud, la frontière de l'Égypte était ouverte aux incursions des Ua-ua, peuplade remuante de nègres : Apappus réduisit ces ennemis à l'obéissance. Une peuplade inconnue de bédouins, celle des Herouscha (probablement les Bicharis actuels), fut également soumise par les armes égyptiennes. Enfin, du côté du nord, les tribus hostiles reçurent d'Apappus le châtiment qu'elles s'étaient attiré par leurs agressions contre les ouvriers égyptiens préposés à l'exploitation des mines de cuivre de la presqu'île du Sinaï. Le nom d'Apappus est, d'ailleurs, fréquent sur les monuments égyptiens. On le trouve à Asouan, kEl-Kab,
(1) Ce sont ces tombeaux qui ont fourni les modèles des peintures curieuses exposées dans la salle intérieme du Temjile. {Voy. la Descriptioit du Parc Égijptivn.)
à Kasr-es-Sayad, à Cheykh-Saïd, à Zawyet-el-Maïiin, à Saqqarah, à Sân ; on le rencontre aussi sculpté sur les rochers de Ouâdy-Maghara, et à Hamâmat, station de la route qui conduit de Qéneh à Qosseir. Comme ce nom signifie en égyptien le géant, il est probable qu'il faut y chercher l'origine de la tradition qui donne à Apappiis neuf coudées de taille. Il régna, dit-on, cent ans.
De la fin de la VI"" dynastie au commencement de la Xl°% ^36 ans s'écoulent, pendant lesquels les monuments sont à peu près muets. L'Égypte subit-elle une invasion de peuples encore inconnue à l'histoire, et Manéthon n'a-t-il tenu compte que des familles légitimes alors reléguées dans leurs capitales ? Sans doute, quand il s'agit de l'Égypte, l'idée d'une invasion doit être plus qu'autre part facilement admise. Par sa position géographique plus encore que par ses admirables ressources, l'Egypte a toujours attiré les regards du monde, et c'est pour elle une éternelle gloire, comme un éternel malheur, d'avoir été dans tous les temps convoitée. Mais quand les preuves nous font absolument défaut, il serait téméraire d'affirmer que l'espèce d'éclipsé soudaine qui se manifeste dans la série des monuments, immédiatement après la Vl"'^ dynastie, n'eut pas pour cause, soit une de ces crises de défaillance par lesquelles la vie des nations, comme celle des hommes, est quelquefois traversée, soit plutôt notre ignorance des lieux où les souvenirs des quatre dynasties qui nous occupent peuvent se rencontrer. On voit par là que le problème est un de ceux dont nos fouilles futures doivent se proposer la solution.
Ici se termine la période de dix-neuf siècles à laquelle le nom d'Ancien-Empire a été donné. Le spectacle qu'offre à ce moment l'Égypte est bien digne de fixer l'attention. Quand le reste de la terre est encore plongé dans les ténèbres de la barbarie, quand les nations les plus illustres qui joueront plus tard un rôle si considérable dans les affaires du monde sont encore à l'état sauvage, les rives du Nil nous apparaissent comme nourrissant un peuple sage et policé, et une monarchie puissante, appuyée par une formidable organisation de fonctionnaires et d'employés, règle déjà
les destinées de la nation. Dès que nous l'apercevons à l'origii.e des temps, la civilisation égyptienne se montre ainsi à nous toute formée, et les siècles à venir, si non)breux qu'ils soient, ne lui apprendront presque plus rien. Au contraire, dans une certaine mesure, l'Égypte perdra, car, à aucune autre époque, elle ne bâtira des monuments comme les Pyramides.