‹ Aperçu de la législation allemande concernant la protection de la mère et du nourrissonChapitre 4 sur 4 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L’Allemagne est le premier pays qui après la Suisse se soit préoccupe de secourir les jeunes mères et de protéger les nouveau-nés. C’est que l’Allemagne est le pays où l’enfant est l’objet de toutes les préoccupations, où la question de l’enfant prend l’importance la plus grande.

L’enfant, selon une expression saisissante de M. Fuster, est un « capital national » et l’Allemagne d’aujourd'hui est débitrice de ce capital vis-à-vis de l’Allemagne de demain. L’Empereur disait au Congrès international pour la protection de la femme tenu à Berlin en 1890 : « La protection de la femme en couches est inséparablement liée à la conservation de la race, aussi dans une telle question, l’argent ne peut pas entrer en considération. » Les écrits des médecins, leurs rapports, les brochures de propagande expriment la même idée.

« Sommes-nous vraiment ce peuple fier de sa vitalité, puissant, plein de force ou ne le sommes-nous pas ? L’Allemagne a encore aujourd’hui près de deux millions de naissances par an, c’est cette production des femmes allemandes qui protège la force croissante de la nation dans l’Industrie et le Commerce et qui constitue d’autre part sa hère puissance militaire et comme le rempart, la digue du fleuve profond de notre travail agricole ; » ce sont là les termes un peu grandiloquents d’un rapport du docteur Mayet publié dans le bulletin de la Ligue pour la protection de la mère, Bund für Multerschutz.

En effet, l’Empire allemand, malgré un accroissement progressif et très intense de sa population, ne voit pas accroître le nombre des naissances : le recensement du 1er décembre 1910 établit que le nombre des habitants de l’Empire est de 64 926 993 contre 60 641 489 au 1er décembre 1905 et 49 428 470 au 1er décembre 1890. Or, malgré cette augmentation considérable de la population, le chiffre des naissances ne s’est pas sensiblement accru, il est resté stationnaire, puisque, si le recensement du 1er décembre 1890 accuse 1 820 264 naissances, celui du 1er décembre 1910 n’en révèle que 1 924 778 (1), tandis que le chiffre de l’excédent

(1) Statistiches Jahrbuch für (las cleutsche Reich.

des naissances sur les décès tend à décroître, étant de 879 113 en 1910, de 884 061 en 1909, de 879 561 en 1908, de 882 624 en 1907, de 910 275 en 1905.

Aussi le professeur Mayet conclut : « Il naît un ver dans le chêne allemand : ce ver, c’est la mortalité des enfants. »

En effet la mortalité des nouveau-nés était effrayante; ainsi, en 1901, elle atteignait encore le chiffre de 420 223 enfants de moins d’un an, soit 20,7 pour 100 enfants nés vivants. Ce chiffre, grâce aux mesures prises, s’est beaucoup abaissé pour atteindre 311 462 en 1910 : on était arrivé à sauver 108 761 enfants qui, dix ans plus tôt, seraient morts. Malgré tout, la moyenne de la mortalité en Allemagne pendant la première année atteint, en 1910, 16,2 pour 100 ; elle est supérieure à celle de la plupart des autres nations d’Europe, puisqu’en France, pendant la même année, elle s’est abaissée à 10 pour 100; en Angleterre à 10 pour 100; en Belgique à 13,8 pour 100; en Italie à 15 pour 100; dépassée seulement en Autriche-Hongrie (20,9 pour 100) et en Russie où, en 1901, la mortalité infantile atteignait 27,2 pour 100.

Cette mortalité se produisait précisément dans les classes que l’on doit protéger le plus, dans les classes pauvres où les naissances sont les plus nombreuses; ainsi, dans le quartier élégant de Berlin de Friedrichstadt, sur 1 000 nourrissons on compte 148 décès, tandis que dans le faubourg ouvrier de Wedding on en constate 366.

Ces chiffres prouvent, la santé des nouveau-nés dépendant en premier lieu du repos et des soins avant et après l’accouchement, que dans les quartiers pauvres les femmes ne se reposent pas avant leur délivrance et se relèvent beaucoup trop tôt soit afin de vaquer aux soins du ménage et de la tenue de la maison, soit afin de travailler, l’indemnité du demi-salaire étant insuffisante à les retenir chez elles au moment précisément où les dépenses augmentent.

Mais la santé des nouveau-nés dépend aussi de l’allaitement. Le lait de la mère appartient à l’enfant, affirme un rapport de la « Bund fiir Mutterschutz » , en établissant qu’à Berlin sur 1 000 enfants,

En 1890, 529 enfants étaient nourris au sein ;

En 1895, 446 enfants étaient nourris au sein;

En 1900, 332 enfants étaient nourris au sein.

Constatation qu’il importe de rapprocher des chiffres officiels de la statistique de Berlin (1) qui prouve que, pour l’année 1900, sur 100 nourrissons morts en bas âge, 8,2 pour 100 sont atteints de

(1) Statistiches Jahrbuch lier Stadt Berlin.

maladies intestinales (Magen und Darm-Krankkeit) et 10 pour 100 de rachitisme (Englischen Krankkeit), maladies dues uniquement ou en grande partie du moins à un sevrage trop précoce.

Les . philanthropes allemands n’hésitent pas à conclure que les lois actuelles leur paraissent insuffisantes, et ils émettent, afin de les rendre satisfaisantes, les vœux suivants. Tout d’abord ils réclament qu’un repos obligatoire d’au moins douze semaines soit imposé à la mère, repos comprenant six semaines avant l’accouchement et six semaines après et pendant lequel le secours alloué serait celui du plein salaire.

Afin d’encourager l’allaitement maternel, le professeur Mayet propose qu’il soit accordé, à toute mère qui nourrit son enfant au sein, une prime fixe de 25 marks pour une durée de trois mois et de 50 marks pour une durée de six mois (1).

Puis, dans le but d’enlever aux jeunes mères nouvellement accouchées toute préoccupation et toute fatigue, en ce qui concerne les soins à donner à leurs autres enfants et la tenue de leur maison , il serait à souhaiter que des femmes de ménage fussent envoyées chez toutes les femmes en couches.

Enfin on réclame partout la création de consultations de nourrissons, de dispensaires et d’asiles spéciaux pour les femmes enceintes et accouchées, d’écoles pour mères où les jeunes filles puissent suivre des cours obligatoires sur l’élevage des nourrissons et les soins de puériculture (2).

La réalisation de ces vœux entraînerait, cela va sans dire, des dépenses considérables. Le professeur Mayet les évaluait en 1908 à 280 700 000 marks dont 192 000 000 marks pour les douze semaines de repos à plein salaire et 37 500 000 marks pour les primes d’allaitement de trois et six mois (3).

Cette somme de 280 700 000 marks, dont il faudrait soustraire le total des secours actuellement versés aux femmes par les Caisses d’assurances, représente environ 2 pour 100 du montant total des salaires.

On voit quelle charge nouvelle imposerait à la classe ouvrière la réalisation des vœux de ceux qui désirent protéger les nouveaunés dans une aussi complète mesure, charge qu’il semble impossible d’ajouter à celles qui pèsent déjà lourdement sur le travailleur allemand .

(1) Congrès cle Rome , 1908.

(2) Deutscher Bund für Mutterschutz , Bulletin 19.

(3) Bulletin du Comité permanent des assurances sociales , 1908.

Les lois de prévoyance sociale qui imposent à toute une catégorie de la population l’obligation de s’assurer contre les principaux risques de la vie ont un domaine suffisamment vaste pour qu’il paraisse dangereux de vouloir l’étendre davantage encore.

C’est donc dans les œuvres d’assistance privée qu’il faut chercher le remède ; l’étude de ces œuvres prouve qu’en Allemagne la Charité ne s’est pas désintéressée de la protection de la mère et des nourrissons.

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