CHAPITRE PREMIER
Les historiens et les géographes de l’antiquité ne nous ont laissé que de rares descriptions de la Chine. Les auteurs chinois mentionnent à diverses reprises le nom de l’Empire romain, mais, de quelque côté que nous tournions nosinvestigations, il appert que la Chine a été pendant très longtemps ignorée du monde occidental. Les Grecs, ainsi que le prouve le journal de voyage du marin Alexandre relaté par Ptolémée, imaginaient bien qu’un vaste Empire existait du côté où le soleil se lève ; les Romains, d’autre part, procédaient à des trocs avec ne Chinois par l’entremise des Parthes, mais des relations permanentes ne s’établirent que vers le xvi* siècle entre les deux mondes occidental et oriental.
Cependant, longtemps avant cette époque, les Européens avaient essayé de pénétrer en Chine soit pour y répandre leurs idées religieuses, soit pour s’y créer des débouchés commer ciaux. Nous traiterons séparément ces deux points de vue dans un titre distinct.
Tirre [e. — Pénétration européenne par le christianisme.
La première importation du christianisme en Chine paraît dater du vu siècle. Elle est due à une secte schismatique appelée nestorienne, du nom de son créateur Veslorius, patriarche de Constantinople au 1v° siècle. Protégée d’abord par les Empereurs cette doctrine se répandit et fit de nombreux adeptes ; mais elle fut finalement condamnée, ses fidèles furent massacrés, ses églises détruites et au xrv° siècle elle avait complètement disparu.
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An même moment, c’est-à-dire vers 1293, arrivait à Pékin un franciscain du nom de Jean de Monte-Corvino. I y créa les missions catholiques de Chine et s’attacha à diffuser sa religion dans les masses chinoises. Bientôt rejoint par plusieurs évêques envoyés par le Pape Clément V pour le seconder dans sa propagande, Jean de Monte-Gorvino réussit à s’insinuer dans les bonnes grâces de la Cour et à créer trois églises catholiques, une à Pékin et deux à Zayton. On pouvait croire, dès lors, que le christianisme était définitivement implanté en Chine et qu’il serait l’occasion de rapports plus étroits entre ce pays et les nations d'Occident. Il n’en fut rien cependant. Dès le milieu du xive siècle, de grandes rébellions se firent jour en Chine contre l'Empereur. Des massacres épouvantables s’en suivirent. Tout ce qué la dynastie régnante
protégeait devait être emporté avec elle ; les chrétiens furent
du nombre, et, en 1369, on peut dire que le christianisme n’avait plus aucune racine en Chine. Dès que la nouvelle de ce désastre parvint à Rome, le pape Urbain V envoya treize,
puis soixante franciscains pour continuer l’œuvre de Monte-
Corvino ; mais ils n’arrivèrent jamais à destination et périrent sans doute dans les steppes de l’Asie centrale.
Pour donner une idée de la faveur en laqueiïle la dynastie mongole des Yuän, détrônée en 1368, tenait les chrétiens, rappelons que l'Empereur Ghounn-T1 avait envoyé au pape Benoît XIT une ambassade qui fut reçue à Avignon en 1336, avec les plus grands honneurs. Mais cette ambassade devait être sans lendemain. La dynastie des Ming, qui s’empara du Trône chinois en 1368, fit table rase de tout ce qui avait bénéficié de la faveur de la dynastie précédente. Les chrétiens furent dispersés ou exterminés, et deux siècles plus tard, lorsque le jésuite Acer vint s’établir en Chine, il ne trouva aucun vestige, aucun souvenir des premières missions catholiques.
Avant de parler de l’œuvre du Père Ricci, qui fut fécondeen résultats, nous signalerons l'établissement des Jésuites à Macao en 1562. Les Portugais établis dans cette ville depuis 1557 favorisèrent cet établissement dans lespoir que les Jésuites réussiraient à essaimer dans tout l’Empire et à faciliter ainsi leur commerce. De fait, les Jésuites ne tardèrent pas à s’insinuer sur plusieurs points, et, à la fin du xvi siècle, nous les trouvonsétablis à 7'chaoking-Fou, Ghao-Tcheou, Nantchang-
7 it 37 [ss t Fou et Nankin. Enfin ils parvinrent à la capitale en l'année 1600. La mission qui s’y établissait était dirigée par le Père Mathieu Rice, homme habile et instruit. Grâce à ses qualités personnelles et à des présents adroitement distribués, il sut gagner la confiance de l’entourage de l’Empereur, qui se trouva accrue par les services que lui et ses collègues rendirent aux lettrés én perfectionnant leurs méthodes astronomiques et en développant leurs connaïssances géographiques. Les Jésuites purent ainsi propager leur religion et faire des prosélytes parmi toutes lés classes de la société chinoise. En 1630 nous trouvons même un ministre chrétien du nom de Sü-Koangkt : c’est dire les progrès réalisés par le christianisme à cette époque. Mais, si, à force d’habileté et de savoir faire, les Jésuites avaient obtenu de voir leur propagande tolérée à la capitale, il n’en fut pas de même dans les provinces. Le martyrologe est long des missionnaires et des chrétiens qui ont payé leurs croyances de leur vie. Les persécutions sévissaient violentes dans l’intérieur du pays. Les mandarins locaux, indépendants en fait du pouvoir central, toléraient ou réprimaient les doctrines chrétiennes selon leur bon plaisir. A la capitale même, les ennuques quiavaient accaparé le pouvoir pendant les dernières années de la dynastie des Ming ignorèrent officiellement les missionnaires et ne firent rien pour protéger leur propagande. La réaction devait être plus violente à l’avènement de la dynastie mandchoue en 1644. Le christianisme fut proscrit, les chrétiens massacrés et défense fut faite à tout Chinois de se convertir à la religion chrétienne. Pourtant, grâce à des prodiges d’intelligente diplomatie, les Jésuites avaient réussi à se maintenir à Pékin. [sobtinrent en 1670 que les missionnaires pourraient de nouveau se rendre dans les provinces, à la condition qu’ils consacreraient leur activité à des œuvres charitables sans chercher à propager leurs doctrines parmi les indigènes.
Fidèles à leurs habituelles méthodes, les Jésuites n'avaient garde de heurter de front les croyances fondamentales à la base de la religion nationale,le culte des Ancêtres. Ils s’accommodaient de sa pratique par leurs nouvelles recrues et cette considération leur permit d'obtenir ‘de l'Empereur, en 1692, un premier édit de tolérance. Mais, en 1717,le Général Tchann- Nang, commandant les troupes du Koang-Tong, s’étant plaint