‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 12 sur 40 · RIT NE · texte numérisé non relu

RIT NE

de la multiplication des chrétiens et de leurs églises, l'Empereur prit un édit qui révoquait celui de 1692. Dès lors les persécutions recommencèrent de plus belle ; elles acquirent une violence inouïe, après 1742, date à laquelle le pape Benoît XIV condamna les méthodes jésuitiques en décidant qu’à l’avenir les missionnaires devraient prêter serment de considérer comme idolatrique tout hommage rendu à Gon/fucius et aux Ancétres. On appliquait alors aux missionnaires et aux chrétiens les lois existantes contre les sectes perverses dans lesquelles se recrutaient les fauteurs dé troubles et de rébellions. Dans la seconde moitié du xvi° siècle de nombreux missionnaires furent mis à mort un peu partout dans tout l’Empire. La mort de l'Empereur Xao-Tsoung survenue en 1796 mit un frein à ces excès sanguinaires ; mais la religion chrétienne n’en continuait pas moins à être considérée comme pernicieuse et dangereuse pour l'Etat, ainsi que le prouve un édit de 1805 qui renouvelle l’interdiction formelle de toute propagande chrétienne, soit par la parole, soit par la plume. On alla même plusloin, eten 1814 unéditimpérial prescrivait de mettre à mort tout missionnaire rencontré dans les provinces et de déporter tout chrétien qui refusait d'abandonner sa religion. Ce fut le signal de nouveaux massacres et de nouvelles persécutions. Le traité de Nankin signé avec les Anglais en 1842 apporta une amélioration à la situation des missionnaires, en disposant dans un article additionnel, que tout missionnaire capturé à l’intérieur du pays ne serait plus jugé, comme cela se pratiquait jusque-là, par les autorités chinoises, mais serait remis au Consul de sa nation le plus rapproché. En 1845, enfin, le

réprésentant de la France, M. de Lagrené, obtenait la faculté.

pour les missionnaires de construire des églises dans les cinq ports ouverts au commerce européen, mais il ne put décider le gouvernement chinois à autoriser la propagande de la religion chrétienne dans l’intérieur du pays. Ces mesures ne mirent pas un terme aux persécutions. L’attention des nations européennes devait être de nouveau appelée sur la situation des chrétiens lors de la signature des traités postérieurs de 1858. Nous en dirons quelques mots au cours du chapitre suivant.

Pour l'instant, rétenons de cette rapide analyse que.le christianisme fut impuissant, malgré le zèle et les efforts de

ceux qui le véhiculèrent en Chine, à établir des rapports permanents entre ce pays et les nations occidentales. Le commerce, au contraire, devaitaboutir à ce résultat et son développement devait marcher de pair avec celui des relations internationales.

Tire Il. — Pénétration européenne par le commerce.

Longtemps avant l’ère chrétiennedes courants commerciaux existaient entre l’Asie et l’Europe. Les Parthes tiraient de la Chine des soieries et des porcelaines qu’ils cédaient aux peuples grecs et romains en échange de coraux, de byssus, d’étoffes de lin, d'amiante, etc... Tout le commerce se faisait à dos de caravanes, et les Parthes qui gagnaient gros à.ce trafic en avaient le monopole.

L'Empereur Marc Aurèle Antonin ayant déclaré la guerre aux Parthes envoya contre euxle générai Cassius-Avidius, qui s’empara de Séieucie et de Ctésiphon et saccagea ces deux entrepôts du commerce asiatique (165). Dès lors le commerce par caravanes cessa presque complètement, et, pour y suppléer, des navigateurs Syriens, qui desser vaient déjà la ligne Aléana- Ceylan, prolongérent celle-ci par le Golfe de Bengale et le Détroit de Malacca et parurent pour la première fois en 166, dans les mers de Chine. Mais la route maritine étant longue, périlleuse, et peu rémunératrice, ce commerce ne sedéveloppa pas beaucoup. Les Turcs et les Persans, qui avaient remplacé les Parthes comme courtiers dans les transactions entre l’Empire Grec et la Chine, tiratent de grands profits du commerce de la soie. Les Empereurs de Byzance essayèrent de s’affranchir de ces intermédiaires onéreux et dans ce but ils signèrent des traités avec les Homérites de l’Yemen et les Ethiopiens (531) pour les engager à leur procurer de la soie par la voie maritime, Efforts stériles ! Le commerce par caravanes reprenait avec plus d'activité et enrichissait les Turcset les Persans. Cette rivalité commerciale entre les deux peuples fut cause des guerres, à la suite desquelles la Perse tomba entre les mains des Arabes, alliés des Turcs (637).

Les Arabes poussèrent des pointes hardies jusqu’aux confins

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de la Chine, rendant peu sûres les routes suivies par les caravanes. Celles-ci périclitèrent, tandis qu’au contraire le commerce maritime reprenait avec plus d’activité. Il était entièrement entre les mains des Arabes, dont les vaisseaux arrivaient nombreux à Canton, port où s eéétua tent toutes les transactions avec l’ Occident. Mais,en 879, unrebelle, dunom de Æoang- Tchao,saccagea la ville et porta ainsi à son commerce un coup dont elle ne devait se relever que plusieurs siècles plus tard.

Notons qu'en 1081 et 1092 des Grecs de Constantinople se présentèrent à la Cour de Pékin se donnant comme ambassadeurs, mais il est permis de croire que c'étaient de simples marchands qui s’étaient parés de ce titre afin d’en imposer. Dans tous les cas nous ne trouvons jusqu’à cette époque aucune tentative de la part des Gouvernements européens pour entrer en relations avecla Chine. Les marchands européens, des Grecs pour la plupart, qui arrivaient dans ce pays étaient livrés à eux-mêmes, privés de toute direction supérieure et de toute protection de la part de leurs pays. Simplement préoccupés de leurs intérêts particuliers ils ne songèrent pas à agir sur l'esprit public et à préparer ainsi la voie à des relations politiques suivies entre la Chineet les nations occidentales.

On ne peut que regretter en particulier, qu’au xrrr° siècle le fameux Marco-Polo ne fit rien dans ce sens. L’histoire des Polo est connue : c’étaient trois marchands vénitiens qui résidèrent en Chine pendant une trentaine d’années. L’un d’eux, Marco, jouissait de toute la confiance de l’empereur Xoulibar, qui le nomma même son conseiller particulier. Il est vrai qu’à cette époque toute l'Asie centrale était en état de perpétuelle ébullition par les luttes incessantes que se livraient Turcs, Mongols, Tartares et Chinois. D’autre part, l'Europe était ellemême troublée par des guerres qui l’'empêchaient de tourner les yeux vers les débouchés d’'Extrême Orient, et enfin nous savons que la politique internationale était encore à courtes vues et que le côté économique des relations entre les peuples échappait presque entièrement aux divers gouvernements.

Mais la découverte de la route du Cap de Bonne-Espérance en 1486 allait ouvrir des horizons nouveaux aux Puissances maritimes de l’Europe. Chacune d’elles devait chercher à développer son commerce en Chine et à obtenir des facilités pour le trafic de ses nationaux. Les Portugais, bientôt suivis

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