LEON
« poste ni établissement militaire dans les provinces de Battam- « bang et de Siemreap et dans une zone de 25 kilomètres « sur la rive droite du Mékong; cette zone etles provinces de « Battambang et de Siemreap seront affranchies de tout droit « de douane jusqu'à la conclusion d’un nouveautraité de com : « merce; les assassins de nos agents et de nos soldats seront « châtiés ; enfin le Gouvernement français continuera à0 CCu- « per Chantaboum jusqu’à l'exécution pleine et entière de tous « les engagements contractés par le Siam vis-à-vis de nous. »
Ce traité complétait heureusement ceux précédemment conclus avec la Chine et l’Anuam et consolidait le protectorat que nous exercions Sur Ce dernier pays. ,
Signalons qu’au cours des affaires du Siam l'attitude de l'Angleterre fut loin d’être amicale à notre égard. Inqniète de la tournure que prenaient les événements et craignant que, nous n’établissions notre hégémonie au Siam, l’Angleterre manifesta fermement sa volonté de ne pas nous le permettre et fat même sur le point de nous déclarer la guerre. Cette attitude hostile de l'Angleterre a peut-être été cause de faire réduire notre action au Siam au strict minimum et de faire limiter notre zone d'influence du côté du Mékong aux territoires exclusivement annamites que le Siam tentait de s’ap-
proprier.
Section 11. — Le protectorat des missions en Chine.
Le protectorat que la France exerçait sur les Missions en Chine était pour elle unesource de responsabilités et de grands tracas, mais avant la création de notre empire colonial en Indo-Chine, elle lui devait l’influence qu’elle occupait dans la politique chinoise. D'autre part le règlement des incidents causés par la présence des missionnaires el des chrétiens en Chine servait de prétexte pour réclamer à la Chine des concessions de toute nature et des avantages dont nos nationaux retiraient le plus grand profit. Il était à prévoir que les autres nations européennes, se rendant compte de la place privilégiée que ce protectorat nous valait,chercheraient à nous le disputer et à assurer par elles-mêmes la protection de leurs propres missionnaires. Îl était à craindre même que le Vatican ne favorisat leurs desseins ou n’émît la prétention
d'établir une nonciature en Chine dans le but de sauvegarder l'intérêt de la religion et de veiller aux intérêts des chrétiens.
La question se posa en 1885, lursque, cédant aux sollicitations du Tsoung-li-Yanem, le Pape, sous prétexte de ne laisser résulter aucun dommage pour la religion catholique de l’état de guerre qui existait entre la Chine et la France, envoya à Pékin un légat, porteur d’une lettre pour l’'Empereur de Chine. Cette lettre fut remise directement par le Légat au Tsoung-li-Yamen. Celui-ci, encouragé par la suite donnée par le Vatican à ses ouvertures, fit mener une vive campagne en vue d'obtenir lenvoi d’un ministre près Île Saint-Siège, qui aurait accrédité à son tour un nonce près la Cour du Céleste Empire. La Chine aurait ainsi porté un coup mortel à notre influence, soustrayant les missions à notre protectorat. Pourtant, les protestations du Gouvernement français et le peu d’empressement témoigné par les missionnaires à applaudir au nouveau régime projeté firent ajourner sine die l'envoi du représentant de Rome (septembre 1886).
Mais, à la même époque, certaines puissances : l’Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique manœuvraient à la Cour de Pékin pour l’amener à nous contester les droits spéciaux déroulant du protectorat des missions. Une caimpagne semblable était menée au Vatican sous les auspices du cardinal anglais Manning, qui s'était fait l’auxiliaire de la diplomatie chinoise et Favocat zélé des adversaires de notre protectorat. .
Un incident survenu au mois d'août 1887 dans le Charte où un missionnaire allemand, le ?. Anse, avait été maltraité, offrit au ministre d’ Allénagne l’occasion qu’il attendait pour intervenir. Après de laborieuses négociations menées parallèlement à Pékin et à Rome, l'Allemagne finit par obtenir que les missionnaires allemands seraient désormais placés sous la protection du représentant de l'Empire d'Allemagne en Chine (janvier 1891). L'Italie, qui avait soutenu l'Allemagne dans ses négociations, nous annonça à son tour:que les fonctionnaires chinois avaient été invités par leur Gouvernement à accepter les passeports délivrés par la Légation d'Italie.
Ainsi, notre protectorat se trouvait ébranlé, mais nous conservions Je droit exclusif de délivrer des passeports aux missionuaires de tous les pays, y compris l'Allemagne et
l'Italie, alors que ces deux Puissances ne pouvaient.en délivrer qu’à leurs propres missionnaires.
Section III, — Délimitation de la frontière sud | de la Chine.
Des pourparlers, entamés en 1889 entre la France et l’Angleterre, au sujet de l’attribution des territoires situés au Sud de la frontière chinoise, entre la Salaouën et lé Mékong d’un côté et le Mékong et la Nan-Hou de l’autre, aboutirent à la conclusion d’un accord le 25 novembre 1893, aux termes duquel les deux Puissinces admettaient le principe de la création d’une zone neutre entre leurs possessions de Birmanie et du Tonkin. Des commissions d’études envoyées sur les lieux établirent l'impossibilité de donner suite à ce projet, qui aurait créé « à nos dépens et à nos portes un foyer d'intrigues et de conflits ». L'idée en fut donc abandonnée et Ja France et l’Angleierre se mirent en devoir de rechercher une occasion propice pour leur permettre d’annexer purement et simplement les territoires litigieux voisins de leurs possessions. La France, la première, signa avec la Chine un accord, le 20 join 1895, qui lui cédait les territoires compris entre le Mékong et la Nan-Hou avec le point important de Luang-Prabans. L’An. gleterre ne tarda pas à suivre cet exemple, et, le 4 février 1897, elle signait à son tour avec la Chine un accord qui lui valait la possession des territoires voisins de la frontière birmane compris entre la Sabuën et le Mékong.
LA
Tirre VIII. — La guerre sino-japonaise.
En 1868, le Japon, secouant la léthargie dans laquelle il étail plongé, répudia d'un seul coup les principes de civilisation qu’il avait empruntés à la Chine pour se tourner résolument du côté de la civilisation occidentale. Le Japon, qui, jusque-là, avait regardé d'un œil indifférent les progrès des nations européennes en Chine, se mit, dès 1871, à leur unisson el signa avec le Céleste Empire un premier traité de commerce. Puis il se mit en devoir de créer une flotte et une armée puissantes, et sentant croître ses appétits avec sa force, il ne tarda pas à jeter des regards de convoitise sur les territoires voisins où il lui semblait que son activité débordante
trouverait un vaste champ de ressources et de développement. Cest ainsi que n’ignorant rien de la faiblesse de la Chineet ne s’illusionnant pas sur la force du colosse aux pieds d’argile, il jeta bientôt son dévolu sur la Corée, pays indépendant, mais lié en fait à la Chine par des liens assez étroits. Dès 1876, réussissant là où les Français et les Américains avaient successivement échoué, les Japonais signaient avec la Corée un traité qui reconnaissait que « la Corée étant un Etat indépendant jouit des mêmes droits souverains que le Japon » (art. 1*). A partir de ce moment, il y eut lutte d'influence à Séoul entre le Japon et ia Chine, la vieille suzeraine vers laquelle le roi de Corée ne cessait de tourner ses regards pour demander conseil. Des troubles, survenus à Séoul au mois de juillet r882,amenèrent les Chinois et les Japonais à s’entendre pour entretenir des troupes à la capitale coréenne dans le but d’empêcher le retour des désordres. Mais le voisinage de soldats des deux nations rivales ne devait pas tarder à dégénérer en rixes. Celles-ci se produisirent, en effet, en 1884 et la Chine, alors occupée à liquider la question du Tonkin avec la France, dut s’incliner et permeltre au Japon de signer avec la Corée un traité du 9 janvier 1885, qui accordait toutes les satisfactions réclamées par le Japon pour les préjudices que ses nationaux avaient subis au cours des émeutes de l'année précédente. A la suite de ces événements, les deux Cours de Pékin et de Tokio conclurent un accord (avril 1885) qui précisait les rapports qu’à lavenir les deux pays entretiendraient avec la Corée. Cette convention en trois articles stipülait : 1° que la Chine et le Japon retireraient lestroupes qu'ils entretenaient en Corée : 2° que les deux pays s’abstiendraient, à l'avenir, d'envoyer des instructeurs pour l’armée coréenne ; 3° que si des troubles graves se produisaient en Corée et si la Chine et le Japon à la fois, ou l’une des deux Puissances voulaient y envoyer des troupes, il y aurait lieu à avis officiel, préalable et réciproque. Les affaires, une fois réglées, le retrait des troupes devrait suivre immédiatement, sans qu’une nouvelle occupation du pays soit loisible.
Aucun nouvel incident sérieux ne se produisit jusqu’à 1894, lorsque, à la suite d’une rébellion éclatée dans le pays, le roi de Corée fit appel à l’aide de la Chine et du Japon, pour
l’écraser. Les Chinois, débarqués avant les Japonais, contribuërent au rétablissement de l’ordre. Les Japonais, arrivés quand tout était terminé, jugèrent cependant la situation tellement sérieuse,qu’an mépris des traités ils envoyèrent leurs troupes à Séoul sous prétexte de protéger leur Légation. Dès que la capitale coréenne se trouva ainsi occupée par les forces du Japon, le ministre de ce pays remit, le 28 join 1894, un ultimatum aa roi demandant que désormais la Corée agisse comme un Etat indépendant et non vassal de la Chine et promettant dans ce cas appui moral et matériel de l’Empire du Soleil Levant. Comme la réponse se faisait attendre, les Japonais attaquèrent le palais royal, déposèrent le roi qu'ils retinrent prisonnier avec sa famille à la Légation du Japon (23 juillet 1894), puis le forcèrent à déclarer la guerre à la Chine et à confier aux Japonais le soin d’expulser du pays les troupes chinoises (27 Juillet 1894). Celles-ci, concentrées dans le Sud, à A-San, furent attaquées le 29 Juillet, battues et obligées de se retirer en désordre vers le Nord. L’état de guerre existait en fait entré la Chine et le Japon, malgré l’intervention de notre ministre qui avait fait savoir aux Japonais le prix que le Gouvernement français attachait à ce que le con fit fût évité. La Russie, de son côté, avait fait une démarche semblable à Tokio, mais le Japon était résolu à ne pas écouter ces recommandations et à faire la guerre à la Chine pour mettre sa force à l’épreuve et acquérir la considération des urandes Puissances. Le rer août 1894 une déclaration simul-: tanée de wnerre des deux Gouvernements chinois et Japonais se produisait et ouvrait officiellement les hosulités. Dès le début, la supériorité des Japonais se montra écrasante, contrairement aux prévisions de l’Europe entière, qui estimait que le colosse chinois ne ferait qu'une bouchée du pygmée nippon. Après une suite de succès éclatants, l’armée chinoise se trouvait, le 8 mars 1895, en pleine déroute et la route de Pékin était ouverte. Les Japonais, en l'espace de 7 mois avaient conquis la Corée, la presqu'île de Leao-Toung, Weï-Haï- Weï et une partie de la Mandchourie avec Port-Arthur.
Dès novembre 1894, il était clair que la partie était perdue pour la Chine. Aussi, celle-ci s’était-elle empressée, dès ce moment, de faire tâter le terrain au Japon par un agent allemand. Au mois de. janvier 1895, elle envoya des parlemen-