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que par conséquent, « puisque votre pays n'a pas retiré ses troupes de Hanoï,Nam-Dimb et autres lieux,et qu’il veut, en « outre, aller attaquer des places où sont cantonnées des trou- « pes chinoises, c’est à lui qu'incombera la responsabilité d’un « conflit, si nos armées se rencontrent dans quelque endroit « que ce soit du Tonkin ».
La guerre était décidée dans l'esprit du Gouvernement chinois, qui prenait toutes ses mesures en conséquence et désignait les chefs éventuels des troupes qui, marcheraient vers le sud. Sur ces entrefaites, un incident causé par de mauvais traitements infligés à un missionnaire allemand, le P. Auger, permit au Tsoung-li-Yamen de manifester ouvertement ses sentiments d’hostilité nou seulement à l’égard du ministre français, mais aussi à l’égard des autres membres du Corps diplomatique, qui furent en butte aux rebuffades d’un membre du Tsoung-li-Yamen, nommé 7chang; counu pour sa xénophobie. Enfin, pour ne plus laisser aucun doute sur ses intentions, la Cour obtint la disgrâce du Prince Koung et de ses collaborateurs, plutôt hostiles à la guerre, tandis qu’on appelait au Grand Conseil le Prince Tchouen, partisan de la guerre et de toute notoriété ennemi des étrangers. Ces mesures furent l’objet de décrets du 8 avril 1884, suivis par deux autres du 12 avril ordonnant la mise en accusation des gouverneurs du Yunnan ét du Kouang-Si, qui n’avaient pas fait leur devoir en laissant les Français s'emparer de Son-Tay (16 décembre 1883) et de Bac-Nimh (12 mars 1884). De plus, les officiers, qui n'avaient pas su empêcher la prise de cette dernière ville, étaient condamnés à mort. « H était impossible « au Gouvernement impérial, écrit M. Maspero,de manifester « plus ouvertement le caractère officiel des troupes chinoises « qui nous combattaient au Tonkin. »
Malgré l’attitude hostile du Gouvernementchinois, la France, cependant, tout en continuant ses ODAVATONS au Toukin contre les Pavillons Noirs, répugnait à s’engager dans une aventure militaire contre la Chine. Elle épuisa, pour l’éviter, tous les moyens de conciliation ; toutefois, notre action diplomalique était quelque peu décousue. Ajnsr pen: Jant que M. de S'émallé, chargé de l'intérim de la Moi à Pékin, négociait avec le Yamen, A. Patenôtre, titulaire de l'ambassade de Pékin, était à ‘Hué pour négocier la révision du traité du
25 août 1883, et le Commandant Fournier entrait en pourparlers à Tien-Tsin avec le vice-roi Li-HoungTchang, dans le but d’arriver à un arrangement au sujet des affaires du Tonkin. Telle était la situation à la fin d’avril 1884. La mission de M. Patenôtre aboutit à la conclusion du traité du 6 Juin 1884 remplaçant la Convention Harmand. Ce traité confirmait notre protectorat sur l'Annam mais restituait à ce pays la province de Binh-Huan, précédemment annexée à nos possessions (le la Basse Cochinchine.Les négociations entreprises par le Commandant Fournier aboutirent, le 11 mai 1884, à la signature à Tien-Tsin d’une Convention préliminaire en 5 articles, dont voicile texte: Art. 1%. — [a France s'engage à respecter et à protéger contre toute agression d’une nature quelconque et en toutes circonstances les frontières méridionales de la Chinelimitrophes du Tonkin.— Art, 2, Le Céleste Empire, rassuré par les garanties formelles de bon voisinage qui lui sont données par! la France, quant à l'intégrité et à la sécurité des frontières méridionales de la Chine, s'engage : 1° à retirer immédiatement sur ses frontières les garnisons chinoises du Tonkin ; 2° à respecter dans le présent et dans l’avenir les traités directement intervenus ou à intervenir entre la France et la Cour de Hué. — Art. 3. — En reconnaissance de l'attitude conciliante du Gouvernemeut du Céleste Empire et pour rendre hommage à la sagesse patriotique de Lioung Tchang, négociateur de la Convention, la France renonceà démander uneindemnité à la Chine.En retour,la Chine s'engage à admettre, sur loute l'étendue de ses frontières ’ méridionales limitrophes du Tonkin, le libre trafic des marchandises entre l’Annam et la France, d’une part, et la Chine de l’antre, réglé par un traité de commerce et de tarif à intervenir, dans lesprit le plus conciliant de la part des négociateurs chinois, et dans des conditions aussi avantageuses que possible pour le commerce français. — Article 4. — Le Gouvernement français s'engage à n’employer aucune expression de nature à porter atteinte au prestige du Céleste Empire dans la rédaction du Traité définitif qu'il va contracter avec l'Annamet qui abrogerales traités antérieurs relatifs an Tonkin. — Article 5. — Dès que la présente Convention aura été signée, les deux Gouvernements nommeront leurs Plénipotentiaires, qui se réuniront, dans un délai de trois mois, pour
élaborer un Traité définitif sur les bases fixées par les articles précédents.
Le 17 mai, après un long entretien avec L#, le Commandant Fournier adressait au Général Millot à Hanoï la dépèche suivante : € J’ai l’honneur. de porter à votre connaissance les « wesures suivantes arrêtées par les plénipotentiaires de la « Convention entre France et Chine.
« Après un délai de vingt Jours, c’est-à-dire le 6 juin, vous « pourrez occuper Langson, Kao-Bang, That-Ke et toutes les. « places du territoire tonkinois adossées aux frontières du « Het Toung et du Kouang-St. |
« Vous pourrez en même temps établir des stations navales « sur tous les points de la côte du Toukin où vous voudrez. « Avisez l'Amiral Courbet. |
« Après un délai de quarante jours, c’est-à-dire le 26 juin, « vous pourrez occuper Laokay et toutes les places du terri- « toire tonkinois adossées à la frontière du Yunnan. J’ai notifié « à LiHoung Tchang que ces délais expirés vous procéderiez « sommairement à l'expulsion de toutes les garnisons chinoi- « ses attardées sur le territoire tonkinois.
Conformément à cette dépêche, consécutive à la Convention du 11 mai,le Général Millot décida de faire occuper Langson, qui devait être évacué le 6 juin. Dans ce but, une colonne de 900 hommes commanilés par le Zvatenant-Colonel Dugenne quittait Phu Lang Thuong, le 19 juin 1884,se dirigeant vers le Nord. Elle prit contact, le 23 juin, avec les troupes chinoises régulières du Kouang-Si près de Bac-Lé, qui refasèrent de se retirer tant qu’elles n’en auraient pas reçu l’ordre du Tsoung: li-Yamen. Un engagement s’en suivit qui nous valut la mise hors de combat d’une centaine d'hommes.
IL paraît certain que l’affarre de Bac-Lé ne fut pas un guetapens, le Tsoung-li-Yamen ignorant les arrangements intervenus à Tien-Tsinentre Zi et le Commandant FAR Quoi qu'il en soit, notre chargé d’affaires reçut l’ordre de protester énergiquement contre cette violation de la Convention du 11 mai et de demander les réparations nécessaires, tandis que M. Patenôtre était avisé télégraphiquement d’avoir à se rendre immédiatement à Pékin pour assurer la stricte! observation du traitéetexiger une réparation. Il devait s'entendre avec l’Ami-
et es
ral Courbet qui avait reçu l’ordre de prendre le commandement des deux divisions de l’escadre et de l’assister dans cette mission.
Le Gouvernement chinois/prétendait que le mot immédiatement del’art. 2 de la Convention du 11 mai ne signifiait pas l’exéculion sans délai dela Convention, mais l’exécution après la conclusion du traité définitif prévue dans un laps de trois mois. Notre attitude énergique sut cependant l’amener à admettre notre point de vue et un décret paru le 16 juillet 1884 dans la Gazette de Pékin ordonnait aux troupes chinoises en garnison au Tonkin de se replier immédiatement au delà des frontières. Restait à régler la question de l'indemnité. Le Gouvernement chinois se montrant intraitable à ce sujet,notre chargé d’affaires dut demander ses passeports et M. de Sémallé quittait Pékin le 22 août 1884 pour Chang-Haï, en emportant les archives de la Légation et après avoir confié la protection de nos nationaux au ministre de Russie.
Cette fois-ci c'était la guerre ! La Chine, qui n'avait jamais cessé d’envoyer des troupes au Tonkin, augmenta et activa l'envoi des renforts, tandis que la Gasette de Pékin publiait un décret le 27 août 1884 attribuant à la France la responsabilité du conflit. Les'opérations avaient commencé sans tarder, et dès le 23 août, l'Amiral Courbet bombardait. Fou-Tchéou et détruisait une flotte chinoise sur la rivière Min. Mais il fut obligé de suspendre ses opérations victorieuses sur les côtes chinoises pour aller mettre le blocus devant Formose, où il s’emparait des deux-places de Ki-Loung et de Tam-Soui. Ces opérations nous faisaient perdre notre temps et n'avaient aucune chance d’amener le Gouvernement chinois à composition. Aussi, se décida-t-on à rendre moins rigoureux le blocus de Formose pour se mettre à la poursuite de la flotte chinoise, que l’Amiral Courbet rencontra et détruisit dans la baie de Chepou, le 15 février 1885, au moment même où nos troupes pénétraient dans Langson. Malheureusement l'événement connu sous le nom de «panique de Langson » faillit tout compromettre,six semaines plus tard. Le 28 mars 1885 nos trou pes qui s'étaient avancées au delà de Langson durent se replier en deçà de ce point, après avoir abandonné le Trésor évalué à 985.000 fr. et des canons: Le général de Négrier avait été blessé au cours ducombat. Il n’en fallat pas plus pour amener
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‘la démission de Jules Ferry, ministre des Affaires Etrangères (30 mars 1885), alors que le représentant de la Chine à Paris, M. Campbell, faisait connaître qué le Gouvernement chinois était disposé à traiter sur la base de nos propositions de paix. Un protocole fut signé à Paris, le 4 avril 1885, qui suspendait les hostilités et par lequel la Chine s’engageait à ratifier la Convention de Tien-Tsin du 11 mai 1884. Le traité définitif fut signé à Tien-Tsin, le 9 juin 1885, par M. Patentre et Li- Houng Tchang. Aux termes de Particle r°" de ce traité, le droit exclusif de pacifier le Tonkin était reconnu à la France ; l’article 2 reproduisait presque textuellement le dernier alinéa de l’art. 2 de la Convention du 11 maï 1884 aux termes duquel la Chine s’engageait à respecter les traités intervenus ou à intervenir entre la France etl’Annam; les articles 3 et 4 stipulaient : « lun, une délimitation de la frontière entre la Chine et le Tonkin, l’autre, certaines formalités à imposer aux personnes qui voudront franchir cette frontière » ; les articles 5 et 6 s’occupaient « des rapports commerciaux entre l’Annam Kouang-Toung » ; et les provinces chinoises du Yunnam, du Kouang-Si et où l’article 7 prévoyait « la création de voies de communication au Tonkin et en Chine, pour rendre plus fréquentes et plus suivies les relations commerciales » ; les trois derniers articles du traité (8, 9 et 10) stipulaient « des délais pour la revision éventuelle de certaines clauses, la suspension : des opérations militaires de la flotte française, l’évacuation des points encore occupés par nous sur le territoire chinois, la remise en vigueur des anciennes conventions et la ratification du présent traité ». fs
Paul Bert,alors résident général au Tonkin, prétendit avec quelque raison que ce traité ruinait le Tonkin « économiquement par l’opium, le sel, les droits de sortie et politiquement par les Consuls au Tonkin et le traitement de la nation la plus favorisée ». Quelques-unes de ces erreurs furent réparées par les Conventions Constans, qui stipulaient l’ouverture au commerce franco-annamite des villes de Loung-Tchéou, Mong- Tsen et de Manhao; de plus, des améliorations de tarifs nous élaient consenties; le commerce de l’opium interdit par le traité Cogordan était autorisé et enfin, ce qui constituait un avantage appréciable, la communication entre Langson et Caobang était permise à travers le territoire chinois.
Signalons, pour terminer, que lorsque, se prévalant de l’article2 du traité Cogordan, le Gouvernement chinois voulut installer des Consuls au Tonkin, nous fâmes obligés de lui en refuser la permission. C’eût été créer des centres d’agitation funestes pour notre influence et dangereux pour l’avenir de notre colonisation. Pareille erreur avait été commise par l'Angleterre, à propos de Hong-Kong en 1869, mais elle ne toléra pas non plus l'établissement de consuls chinois dans ce port, où, comme an Tonkin, la réalisation de cette mesure eût été la source de maux sérieux.
La Chine, après de longues négociations et une guerre malheureuse, avait été contrainte de $e soumettre une fois de plus aux Européens. Elle n’en conservait pas moins l’ardent désir de se débarrasser d’eux et de se soustraire à leur influence.Au cours des années suivantes, de nombreux incidents, devaient encore surgir ; mais, Jusqu’en 1900, la paix ne fut plus rompue avec les Puissances occidentales.
Ce traité, quiréglait d’une manière définitive notre différend avec la Chine, établissait d’une manière indiscutable notre protectorat sur l’Annarm et complétait heureusement le traité du 6 juin 1884.
Quoique battue, la Chine voulut selon son habitude « sauver la face » et se donner les apparences de la victoire! Ainsi Li- Hcung-Tchang en adressant an Trône le texte du traité laccompagna d’un mémoire où éclate l’insolente vantardise coutumière aux fonctionnaires chinois et que fait ressortir ER passage suivam : « Après la grande victoire de Langson, les « succès des troupes impériales inspirérentla crainte et la ter- « reur ; dans le monde entier retentissent des félicitations “ unanimes. Voyant la France sincère dans son repentir, la « Chine peut déposer les armes. C’est grâce à l’inflexible dé- «termination de Leurs Majestés Impériales que les perfides « projets que la France avait formés d’extorquer de l'argent à « la Chine ont été abandonnés, et la générosité de la Chineàson (égard s’est montrée d’une façon éclatante. » Le même souci de sauver les apparences se manifesiait dans le décret du &août r885, qui annonçait au peuple la conclusion de la paix : « La France, disait ce document, vient de retirer toutes ses Ctroupes de Ki-Loung et des Iles Pescadores.Nous avons aussi « fait rentrer en dedans des défilés nos armées Ju Yunnan et
des Kouang. Les prisonniers faits de part et d’autre ont été rendus intégralement. »
Le traité du 9 juin 1885 fut complété par le traité de commerce dit « traité Cogordan » du 25 avril 1886 et par les conventions Gonstans du 26 juin 1887 relatives à la délimitation des frontièresentrela Chine et le Tonkin ,quiredressaient en notre faveur certaines clauses du traité Cogordan.
Tirre VI. — Période de 1880 à 1895.
| Cette tranche de l’histoire des relations diplomatiques de la Chine fournirait à elle seule matière à un fort volume. Nous n’émettrons donc pas la prétention d’en donner, au cours des quelques pages que nous lui consacrerons, une analyse minutieuse. Nous nous contenterons d'indiquer les directives politiques de la Cour de Pékin et nous nous arrêterons plus longuement sur les principaux faits qui ont sollicité l’attention des diplomates au cours de cette période.
La Cour, malgré les avatars qu’avait rencontrés sa politique de défiance envers les étrangers, avait peine à se départir des principes qui, jusque-là, avait guidé sa politique envers eux, caractérisée par une haine tenace au fond du cœur, contre tout ce qui,de près ou de loin rappelait les Barbares maudits. Pourtant, cette haine, si elle se manifestait chaque fois que l’occasion s’en offrait, était tempérée dans une certaine mesure non par la crainte des étrangers pour lesquels les Chinois n’avaient que mépris, mais plutôt par le sentiment, qu’à la longue, ils commençaient à acquérir de leur propre faiblesse. Ils étouffaient de rage impuissante et ils rongeaient leur frein en attendant
l’occasion propice pour retirer aux étrangers les concessions que des années de patience, de dipjomatie, de luttes même leur avaient si péniblement acquises. Ceux qui présidaient aux
-destinées de l’Empire faisaient donc contre mauvaise fortune bon cœur, tout en ayant soin de ne pas laisser s’implanter trop profondément dans le pays les racines de la civilisation occidentale, qu’il serait ainsi plus facile d’extirper lorsqué le moment serait venu. À laffût de la moindre divergence de vues pouvant survenir entre les nations d'Occident, prompte à en profiter et à s’en servir comme d’une arme à deux tranchants, la diplomatie chinoise, impuissante à triompher contre
la volonté unanime du Corps diplomatique étranger, sut toujours tirer le plus grand parti du moindre désaccord survenu dans son sein. C’est ainsi que l’orgueil du Fils du Ciel put trouver de grandes satisfactions dans le fait de retarder pendant dix-huit ans l’audience impériale aux ministres étrangers et de la leur accorder dans des conditions telles, que, comme en 1873, ils en sortirent humiliés. Ceci ne futencore une fois possible: que grâce au défaut d'entente des représentants étrangers. Les Chinois sont trop soucieux des questions d’étiquette, leur orgueil y attache un si grand prix que nous croyons devoir rappeler les incidentsauxquels donna lieu,en 1891 et les années suivantes, la réception des ministres étrangers par l'Empereur. La question de l'audience impériale s’était posée de nouveau dans les premiers mois de r891, alors que l'Empereur, à lPoccasion de sa prise de possession de pouvoir,qui avait eu lieu en 1889,décida de recevoir les ministres étrangers accrédités à sa Cour. L’audience eut lieu lé 5 mars 18gr,et, comme en 1855, les ministres furent reçus dans le « Pavillon des tributaires ». Donc, cette fois encore, le Gouvernement chinois avait réussi à faire admettre la suprématie du Fils du Ciel sur tous les autres souverains. (’était là une véritable reculade qui n'avait été possible que grâce à l’attitude du ministre d'Allemagne, doyen du Corps diplomatique, qui avait sacrifié les intérêts généraux à ceux de son pays. Il faut cependant reconnaître que les ministres étrangers n’avaieut consenti à être reçus dans le Pavillon des Tributaires qu’à la condition d’être reçus l’année suivante, dans l’intérieur même du palais impérial, dans celte ville interdite que les Chinois préservaient jalousement de la profanation étrangère pour bien marquer, qu’à leurs yeux, l'Empereur était le Prince des Princes, maître de l'Univers, suzerain de toutes les nations da monde. Mais, malgré l’unanimité qui avait présidé à l’adoption de cette décision, les ministres d’Autriche-Hongrie (27 octobre r8g1), de Grande-Bretagne (13 décembre 1892), d'Allemagne (22 juillet 1893), de Belgique (8 décembre 1893),acceptèrent successivementd’être reçus dans cemême Pavillon des Tributaires.A cette dernière audience, l’Impératriceet l’Impératrice douairière, la fière T'seu-Hr, « assistaient, derrière un rideau, à l’abaissement « d’un souverain d'Occident, se reconnaissant humble tribu- « taire du tout-puissant Fils du Ciel. La Chine était vengée
« des traités honteux qui lui étaient imposés et dont elle pro- « clamait ainsi à ses yeux la dénonciation officielle ».
La France, heureusement, pas plus que la Russie n'avait consenti à cette Hifaitiaions
Pourtant, en 1894, grâce à l’attitude énergique et à l’habile diplomatie des représentants de la France et de la Russie, le Gouvernement chinois, sous l’empire de la panique causée par les premiers revers de la guerre avec le Japon, dut enfin conformer sa conduite aux règles de la courtoisie pratiquée entre souverains égaux et l’adapter aux principes du droit des gens européen. Le 12 novembre 1894 tous les ministres étrangers furent recus pour la première fois dans l’enceinte de la ville sacrée, dans la salle du Trône, de laquelle le P. Favier disait « c’est la salle d’audience,la première salle de réception; « c’est là que sont reçus les ambassadeurs ; l'Empereur sy « rend le jour de sa naissance et le jour de l’an pour s’offriraux « prostrations et aux vœux des princes et des grands.Aucune « salle du palais n’approche de celle-ci pour la magnificence. »
Ainsi était effacée l’humiliation infligée les années précédentes aux souverains étrangers dans la personne de leurs ministres. Comme l'écrit M. Henri Cordier,« l'audience du 12 « novembre 1894 marque une date importante dans l’histoire « de l’Occident avec la Chine. Pour la première fois à été fran- « chie par les représentants des Puissances étrangères la « porte de la ville interdite,c’est-à-dire du temple où réside « l’idole impériales Les audiences précédentes, soit en 1873, « SOL en 1891, s'étaient arrêtées sur le seuil.Il fut reconnu avec « plus ou moins de bonne grâce que ce résultat était dû à l’atui- « tude des Gouvernements et des Légations de France et de « Russie, qui,en maintenant patiemment le principe de l’éga- « lité et et réciprocité entre les Cours,ont ménagé et préparé « l'établissement entre la Cour de Pékin et le Corps diploma- « tique de rapports conformes à la dignité des Gouvernements « étrangers ».
Si l'attitude de la Cour, avant l’année 1894, avait continué N déceler les sentiments d’orgueil et le haine que nous avons dépeints, celle du peuple, d’un autre côté, avait été en tous points conforme à celle de ses dirigeants. Toujours excité per des pamphlets et des placards anonymes d’une extrême violence, souvent encouragé en sous-main par les autorités lo-
cales, Le peuple ne cessa de renouveler ses attaques et ses attentats contre les Européens,les missionnaires, en particulier. Pour la confection de ces placards incendiaires, l'imagination chinoise se donnait libre cours pour ridiculiser les Européens, leur religion, leur science et mettre en relief leurs travers, afin d’attiser contre eux la colère populaire. Ainsi, l’une de ces affiches représentait une croix sur laquelle était attaché un cochon du nom de Ye-Sou ‘Jésus), qu’une foule à genoux ‘adorait pendant que des couples d’Européens et de Chinoises s’enlaçaient amoureusement; une autre représentait un brasier alimenté par des livres européens, tandis que les spectateurs se bouchaïent les narines pour ne pas respirer les vapeurs impures.
D'autre part, les mandarins locaux fermaient les yeux ou sévissaient avec mollesse; parfois même leur complicité était évidente. Il a été prouvé, par exemple, que dans la nuit du 8 au 9 juin 1891, le Sous-Préfet fit placarder à Wou-Si une proclamation contre les étrangers ; le 11 juin 1891,la mission catholique ayant été détruite, ce même fonctionnaire fit avec ostentation ane promenade à cheval autour des ruines. Rien d'étonnant donc à ce qu’une haine si savamment entretenue n'explosât fréquemment. Les années 1891 et 1892 surtout, et principalement dans la vallée du Yang-Tseu, virent se multiplier les attentats. Du mois de juin 1891 au mois de septembre 1892, le Gouvernement chinois nous a payé plus de deux millions de francs à titre d’indemnité pour des attentats coin mis contre les missions à Tanÿang, Kiang-Yin, Wou-Si, King- Kouei, Yang Hou, You-Kao, Nou-Hou, I-Tchang, Tatsou. — Cette liste estédifiante et montre combien précaire était encore la situation des étrangers dans l'Empire du Milieu, à la fin du x1xe siècle.
Ceci dit, nous passerons à l’examen des faits marquants de la période envisagée. Nous en exclurons la guerre sino-japonaise, qui fera l’objet du titre suivant. Nous passerons rapidement en revue dans une première section les différents traités conclas entre la Chine et les Puissances étrangères et nous signalerons à ce sujet, quoique cela n’ait qu’un intérêt accessoire dans notre étude, les incidents survenus entre la France et le Siam et le traité qui y mit fin; nous consacrerons une seconde section à la yuestion importante du protectorat des
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missions el enfin nous parlerons dans une dernière section des conventions conclues entre la Chine, la France et l’Angleterre au sujet de la délimitation de la frontière Sud du Céleste Empire.
Section [. — Traités divers avec les puissances étrangères.
A) — Traité Brésilien (3 octobre 1881). — Le Brésil, qui n’avait pas encore de traité avec la Chine, envoya à Hong- Kong M. Eduardo Callado, qui conclut avec Li-Houng- Tchang,le 5 septembre 1880,un traité d'amitié, de coinmerce et de navigalion en 15 articles, qui ne fut pas ratifié par le Gouvernement brésilien. Le négociateur, en effet, très inex périmenté des choses de Chine, très infatué de lui-niême et ne voulant accepter aucun conseil de ses collègues, s’était laissé rouler par le subtil Li-Houng-Tchang, qui avait fait prévoir pour les agents consulaires brésiliens un statut qui les mettait dans un état d’infériorité marqué. De plus, il était stipulé dans ce traité que, contrairement à ce qui se passait pour les sujets des autres pays, dont les passeports établis par Îles Consuls étaient simplement soumis au visa des autorités chinoises, que les sujets brésiliens ne pourraient voyager en Chine que munis d’un passeport chinois. D’autres articles enfin étaient contraires aux précéden s créés par les traités signés antéri urement avec les autres nations. Le Gouvernement brésilien ne pouvait raisonnablement accorder sa ratification à ce traité, qui tut remplacé par un autre en 17 articles signé à Tieu-Tsin, le 3 octobre 1881. — Ce nouveau traité réparait les erreurs commises lors de la conclusion du précédent, maïs,ainsi que l'écrit A. Henri Cordier,« le traité « brésilien est, malgré tout, même avec ses atténuations, le « plus mauvais qu'on eut signé jusqu'alors avec la Chine; « l’expérience de ses prédécesseurs n'avait uullement servi à
« M. Callado ».
Cependant, en échange des améliorations obtenues par le Brésil, celui-ci, suivant l'exemple donné par les Etats-Unis quelques mois auparavant, consentit à l’insertion d’uu article prohibant d’une manière absolue le transport et le commerce de l'opium par les sujets de l’un des deux pays sur tout le territoire de l’autre (art. 14).
B,) — Convention avec l'Angleterre relative à la Birmanie et au Thibet — (24 juillet 1886) — En novembre 1885, les autorités anglaises des Indes ayant eu à se plaindre du roi de Birmanie 7'hïbau, on envoya contre lui un corps expéditionnaire qui, après une campagne de quelques semaines, s’empara de Mandalay et captura le roi Thibau, qui fut déporté à Calcutta. Le 1° janvier 1886, Lord Dufferin, vice-roi des Indes, annexait ce qui restait de la Birmanie indépendante malgré les protestations platoniques de la Chine.
Le 24 juillet 1886, l'Angleterre signait avec la Chine une Convention, qui, tout en donnant une satisfaction morale à la Chine,dunt les prétendus droits de suzeraineté étaient consacrés d’une manière théorique et indirecte, reconnaissait l’annexion de la Birmanie aux possessions anglaises des Indes. Cette situation unique, mais qui est bien compréhensible en Extrême-Orient,où la notion de souveraineté n’a pas la même valeur qu'en Occident, ressort des deux premiers articles de la Convention dont voici le texte :
Art. 1. — Attendu qu’il est d’usage de la part de la Birmanie d'envoyer des missions décennales pour présenter des articles de la production locale (1), Angleterre convient que la plus haute autorité de Birmanie enverra les missions décennales habituelles; les membres des missions seront de race birmane. — Art. 2. — La Chine convient que dans toutes les questions,quelles qu’elles soient,se rattachant à l’autorité et au Gouvernement que l’Angleterre exerce actuellement en Birmanie, l'Angleterre sera libre de faire tout ce qu’elle jugera bon et convenable.
Un autre exemple de cette situation paradoxale nous fut offert par le Népaul, qui, conquis par l’Angleterre en 1816, envoya une ambussade norter le tribut à Pékin, en signe de vassalité, en 1887. |
Cette politique étaittrès habile de la part de l’Angleterre, qui, tout en ménageant les suceptibilité de la Chine avec laquelle elle évitait ainsi des difficultés, avait néanmoins pour résultat d'établir sa domination de fait sur les territoires convoités Iln’est pas douteux que si la France s’était montrée moins soucieuse.des principes et avait suivi la même méthode
(1) I s'agissait en réalité d’un tribut décadaire payé à la Chine par la Birmanie en signe de vassalité.
quant à la question d’Annam, que la guerre eût été évitée avec la Chine ét que le protectorat de PAnnañ eût été néanmoins assuré à notre VE
- La Convention du 24 juillet 1886 contenait aussi un arrangement relatif au Thibet, dont le commerce avec l'Inde serait facilité dans l’avenir. ;
C) — Traité portugais (1° décembre 1887). — A la suite des expéditions franco-anglaises de 1858 et de 1860, les Portugais avaient signé avec la Chine un traité de commerce, le 13 août 1862; mais, par suite d’une divergence de vues dans l'interprétaiion de l’article 2 relatif à Macao, le Gouvernement chinois avait refusé la ratification du traité. De sorte qu’en 1887 les Portugais étaient encore sans traité. Ils en conclurent un, celte année, le-1*" décembre, à Pékin. Ce document en 54 articles rappelle en beaucoup d’endroits le traité non ratifié de 1862, cependant la situation de Macao était définitivement réglée et la Chine en reconnaissait la possession au Portugal.
D.) — Convention anglo- ne du Sikkim (17 mars 1890). — Par cette convention signée à Calcutta, la Chine Rd dent le protectorat de l’Angleterre sur le Sikkim et délimitait la frontière entre ce pays et le Thibet. Cette convention fut complétée par des règlements signés à Darjeeling le 5 décembre 1893. |
E.) — Traité franco-siamois (3 octobre 1893) __ A la suite d’empiétements du Siam surle territoire annamite et de divers incidents, tels que l’assassinat de l'inspecteur de la milice indigène Grosqurin, Vattaque de navires de guerre français
à Pak-Nam, etc. la France fut amenée, le 20 juillet 1893, à ea un Pre ‘au Gouvernement siamois. Celui-ci l’ayant accepté, la guerre fut évitée et un traité fut conclu à Bangkok, le 3 octobre 1893.
M. François Deloncle, dans son rapport à la Chambre des députés, faisait ainsi ressortir l'importance de ses clauses : « L’Annam etie Tonkin sontremis en possession dela rivegau- « che du Mékong jusqu’à la frontière de Chine, la navigation « du fleuve est placée sous notre police unique. Seuls nous « avons le droit d’y entretenir des bâtiments armés ; les eaux « du fleuve et du Grand Lac deviennent exclusivement fran- « çaises,le Siam rasera les fortifications et n’installera plus de