Ibid., p
1 806 ('), '.arif général qui prohibait ou frappait de droits très élevés les lils et tissus de provenance britannique, etc., et qui remplaça le tarif de 1791 .
Pendant cette période le commerce extérieur (commerce géni-ral) s'était relevé de 553 à 933 millions.
Troisième période. — Il s'affaissa de nouveau pendant la troisième période. L'Angleterre avait fermé au commerce français la voie de mer ; Napoléon voulut fermei' aux marchandises anglaises l'accès du conlinent européen en décrélanl à Berlin (décret du '^5 novembre 1806) et en renl'orçant à Milan (décret du 17 décembr,' 1807) le blocus continental : machine de guerre monstrueuse, (|u'excusent en partie les monslrueuses mesures de l'amirauté brilaimique, mais dont les consi'^qnences ont été une des causes principales de la chute de Na|»oléon.
Le commerce extérieur de la France était paralysé ou coùteusement détourné de ses voies naturelles : on faisait venir du coton d'Asie Mineure par Gonstantinople et par terre ; on brûlait en place publique les marchandises anglaises saisies à l'intérieui' de l'Empii'e et, dans le mèmi; temps, l'Empereur vendait des licences aux imporlateui's anglais pour en introduii'e en contravention avec ses décrets dans les ports français ('K
Quoique le territoire de l'Empire, porté au nord-est jusqu'à Lubeck sur la Baltique et au sud jus(prà Terracitie par delà Home, oc<nipàt une superficie augmentée de 50 °/o et renfermât une ])0])ulation presque doublée ('), le commerce extérieur en ISM (583 millions) a été presque moitié moindre (ju'en 1788.
Quatrième période. — Pendant la Restauration et le règne de Louis-Philippe, la France et l'Europe ont joui d'une paix que n'ont en réalité troublé ni l'expédition d'Espagne, ni l'indépendance de la Grèce, ni la prise d'Alger. Le commerce s'est étendu. Il aurait pu se déployer plus librement si la doctrine protectionniste, soutenue dans la Chambre des députés par la propriété foncière et par la grande industrie, n'eiit dressé contre l'importation une haute barrière de douanes qui a été fV plusieurs repi'ises surélevée par des lois douanières. Celles du 17 décembre1814, du 28 août 1816, du 27 mars 1817, du 16 juillet 1819, du 7 juin 1820, du 4 juillet 1821, du 27 juillet 1822, du 17 mai 1826, créèrent l'échelle mobile pour l'importation et l'exportation du blé, aggravèrent les tarifs du Consulat et de ri*]mpire, surtout sur les bestiaux, les fers, les fils et tissus; l'ensemble de ces lois a constitué le régime protectionniste de la Restauration, qu'on présentait souvent alors comme un moyen temporaire d'éducation pour l'industrie française et qui s'est continué pendant ])lus de trente ans.
Le gouvernement de Juillet eût volontiers détendu \\n peu les mailles du réseau ■prohibitif, parce qu'il n'était plus exclusivement lié à la grande propriété et à la grande industrie. Mais la bourgeoisie, qui dominait au Palais-Bourbon, demeura fortement attachée au système protecteur et ne permit pas qu'on y fît brèche. Les projets de 1834, de 1835, de 1840, de 1847 n'aboutirent pas. A l'essai de propagande fait en 1846 par l'Association pour la liberté des échanges le protectionnisme
1 . Voir, pour rhistoiie de ce tarif, Hi.itnire des classes ouvrières et de l'industrie en France de nS9 à 1870, t. I, p. i67.
2. [1 est à noter que, malgré les prohibitions, la Grande Armée, à l'entrée de la campagne de liussie, était équipée eu partie avec des articles anglais.
3. 746 000 kilomètres carrés et 42 millions d'habitants (voir l.a Population française, par li. Levas- SEIIH, t. III, p. 2-1(5).
répondit par le Comité de défense du travail national. Le régime douanier re:>la, à pai l de légères modifications, ce que l'avait l'ail la Restauration. Cependant le gouvernement put obtenir au début l'extension du transit et du droit d'entrepôt et I aire ratifier quelques conventions commerciales.
- Ni'aimioins l'influence de la {)ai.\ et du progrès industriel fut plus puissante que les restrictions légales : le commerce général augmenta en trente-deux ans de 1 719 millions et le commerce .spécial de 755 millions.
Cinquième période. — Courte a été la période de la seconde République. Le régime douanier, qu'une proposition faite par Sainte-Beuve à l'Assemblée législative avait eu pour objet de modifier, sans aucune chance de succès d'ailleurs, est resté le même. La dépres.sion conunei'ciale de 1848 et de 1849 fut suivie en 1850 d'un relèvement et, définitivement, il y a eu une augmentation de près de 200 millions au commerce spécial entre 1847 et 18.50, toute au profil de l'exportation vers laquelle la stagnation des affaires à l'intérieur tournait l'effort des négociants.
Sixième période. — Le second Empire, avons-nous déjà dit, a été une époque de grande expansion commerciale. 11 comprend deux périodes économiques. Dans la première (1851-1859), le tarif protectionniste subsistait, en pi incipe au moins ; car, en fait, l'échelle mobile a été suspendue en 1853, des réductions de droit ont été accordées par décret sur les bestiaux et sur les matières premières, charbon, coton, fer, etc. La construction des chemins de fer a été poussée activement, le télégraphe a fait communiquer toutes les grandes villes et a traversé les mers ; le crédit a facilité les entreprises. Pendant celte ]iériode le commerce spécial a augmenté de plus de 2 milliards, soit de 13,7 "/„ en moyenne par an. Aucune époque n'avait jusque-là approché de ce taux.
Septième période. — L'empereur avait annoncé dès 1856 qu'il supprimerait les prohibitions. Le 23 janvier 1860 il signa, avec l'Angleterre, un traité de commerce négocié mystérieusement afin de ne pas soulever l'opposition préalable du protectionnisme. Toutes les prohibitions étaient levées et les droits ne devaient pas, -à partir de 1864, excéder 25 "/o ; le fer ne payerait plus que 6 fr. par quintal. La Grande-Hrelagne, de son côté, admettait en franciiise quarante-deux articles qui figiu-aienl encore à son tarif et abaissait à 1 ou 2 shillings le droit sur le gallon de vin, à 8 shillings 6 pence le droit sur l'eau-de-vie. Ce trait(i fut suivi de traités conclus à peu près sur les mêmes bases avec d'autres Etats: Belgique, Prusse puis Zoliverein, Italie, Suisse, Pay.s-Bas, Espagne, Autriche, etc. Le Corps législatif vota, non sans regret, les lois de douane et autres nécessaires pour l'exécution de ces traités et pour le complément de la réforme lib('rale, qui admit en franchise les matières premières, supprima l'échelle mobile, le droit de tonnage, la surtaxe de pavillon ('). C'était une révolution économique.
Celte révolution a froissé beaucoup d'inlérêts privés; mais elle a imprimé un essor à l'industrie en la poussant à améliorer son outillage. En 1868, les protectionnistes engagèrent au Corps législatif une vive attaque contre ce régime libéral.
L'Empire libéral n'a pas eu, comme l'Empire dictatorial, les laveurs de la Fortune. L'affaire du Schle.swig-IIolstein, l'expédition du Mexique, la bataille de Sadowa, les embarras de la question romaine, le réveil de l'opposition à l'intérieur
1. Lois du .S m«i 1860, du 16 mai 1803, du 4 juin 1864, du 15 juin 1861, du 7 mai 1864, du 19 mai 18GG.
ont entravé la marche des affaires. Cependant le commerce général a augmenté encore de 2 milliards et demi, presque autant que durant la période précédente; le commerce spécial a eu une augmentation moyenne ammelle (6,5 °/„) qui, quoique moitié moins forte que celle de 1851-1859, est supérieure à celle des autres périodes. Un accroissement t'inorme des produits manufacturés à l'importation et, à l'exportation, des objets d'alimentation a été la consé([uence des traités de commerce.
Huitième période. — La guerre franco-allemande a été une eitastrophe politicjue qui a réagi sur l'étal économique. L'importation a augmenté en 1871 parce qu'il a fallu acheter des vivres au dehors, mais l'industrie a consommé moins de matières premières et moins exporté de produits français. Le traité de paix de Francfort (10 mai 1871) a donné niciproquement à la France et à l'Allemagne les droits de la nation la plus favorisée.
Neuvième période. — De 1871 à 1881, la France pansa ses plaies et se remit avec éneigie au travail, encouragée par le subit lelèvement des aflaires en 1872, qui éblouit up peu les contemporains : le commerce spécial de 1873(7342 millions) dépassa de plus de 1 100 millions celui de 1869. La crise qui éclata en 1873 le réduisit de 136 millions en 1874.
Thiers, obligé de faire face à des dépenses énormément accrues, dut créer de nouveaux impôts. Quoique la commission de l'Assemblée nationale déclarât qu'elle était « convaincue de la liberté commerciale », il lui imposa en que!(jue sorte une loi qui taxait les denrées alimentaires et les matières premières (loi du 26-30 juillet 1872), et qui établissait un droit de quai sur les navires et une surtaxe de pavillon, et il négocia la résiliation des traités de commerce qui liaient la France. L'Autriche, conseillée par le prince de Bismarck, refusa. Après la retraite de Thiers, la loi du 30 juillet 1872 fut abrogée, sans avoir été appliquée, et les traités furent renouvelés sur la base du tarif conventionnel.
Un projet de tarif général, dont la pré})aration a commencé en 1875 et qui, d'abord rédigé dans l'esprit des tarifs conventionnels de l'Empire, a été, sous l'influence d'une stagnation du commerce et d'un abaissement des prix, modifié dans un sens légèrement protectionniste (droits de 24 °/„ en général) par des remaniements successifs du ministère et du Parlement, aboutit au tarif du 7 mai 1881. De nouveaux traités furent alors conclus pour une période de dix ans avec la plupart des grands États Ç). En 1884, les fabricants de sucre obtinrent que le droit sur le sucre brut fût porté à 7 fr. le quintal : ce qui arrêta l'importation.
Jusque-là la France était restée en fait sous le régime libéral des tarifs conventionnels relativement aux États avec lesquels elle avait un traité. Très dépiimé en 1871, son commerce se releva en 1881 à 10 720 millions au commerce général et à 8 425 millions au commerce spécial, avec un accroissement de près de 2 milliards de la première à la dernière année de la période, soit 198 millions en moyenne par an (3,2 °/„). L'importation, surtout celle des objets d'alimentation, augmenta pendant que baissait un peu l'exportation ('). Mais ces objets d'alimentation épargnèrent
1 . A TAngleterre la France s'est bornée à accorder, sans traité, le traitement de la nation la plus favorisée.