‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 1 sur 115 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

Bruxelles.

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LIBRAIRIE, IMl’RIMI RIE LT F O X D F R I K .

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GrAA'D priivce ,

■J'espère que vous me pardonnerez d’avoir attaché votre nom à rel ouvrage sans vous en avoir demandé V autorisation. Votre altesse m’a donné tant de preuves de sa bienveillance particulière, qu’elle ne m’aurait pas refusé, j’ose l’espérer, cet insigne honneur. C’est à dessein que je n’ai pas voulu couvrir cet ouvrage de votre haute sanction ; si j'eusse agi

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différemment, on aurait dit, sans doute, dans les circonstances présentes, qu'il a été écrit par votre ordre et sous V influence de votre gouvernement ; je me serais exposé ainsi à faire remonter jusqu'à votre altesse la responsabilité des imperfections de mon œuvre, qui ne doit retomber que sur moi. Mais, d’une autre part, altesse, pouvais-je publier un livre sur une contrée que vous gouvernez avec tant de sagesse , et (lotit vous êtes aujourd’hui la glorieuse personnification, sans vous en faire hommage? Ne serais-je pas coupable d’ingratitude si je n’attribuais le faible mérite qu’il peut avoir à la position que votre altesse m’a faite, et à la part qu’elle a daigné m’assigner dans l’œuvre de la régénération de l’Égypte?

J’espère, grand prince, que vous étendrez cette fois encore votre bonté et votre indulgence

Sur le plus respectueux, le plus sincère et le plus dévoué de vos serviteurs.

CLOT-BEÏ .

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AVANT-PROPOS

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L’Égypte inspire aujourd’hui un inlérèl populaire. Cette contrée , qui fut autrefois le berceau delà civilisation, végétait depuis longtemps dans un profond oubli , lorsque l’expédition française vint, à la lin du dernier siècle , appeler de nouveau sur elle l’attention du monde. Après la malheureuse issue de cette expédition, un homme d’un génie supérieur recueillit l’héritage de la France. C’était à lui qu’il était réservé de consoler de leurs revers notre glorieuse armée et nos savants illustres, en faisant frucliGer les germes de civilisation (ju’ils avaient semés et arrosés de leur sang sur la terre des Pharaons. Sous ses auspices, les roulements du tambour français devaient, pour la satisfaction des mânes de nos braves, retentir encore dans les plaines des Pyramides, d’Aboukir, de Saint-Jean-d’Acrc et d’Héliopolis. Dans ces lieux tout remplis de la gloire nationale , des

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Fi ançais devaient , victoire immense ! façonner des armées musulmanes à nos formes militaires, et faire planer le génie de notre nation sur lc> nouvelles destinées qui s’ouvraient à l’Orient. Depuis lors, l’Égypte, ressuscitée, est devenue partie active dans une question à la solution de laquelle tous les intérêts politiques du vieux continent se trouvent engagés. Elle a acquis, et par elle-même et par sa position relative, une immense importance ; il me semble donc qu’il est peu de pays qui méritent davantage d’être complètement connus.

Je sais que l’intérêt qu’excite l’Égypte ne date pas tout entier d’aujourd’hui, et qu’aulrefois et de nos jours , un grand nombre d’ouvrages , dont plusieurs sont très-remarquables, ont été publiés sur cette contrée. 11 en est un surtout qui les domine tous de sa supériorité, et auquel on ne peut écrire sur l’Égypte sans payer un éclatant tribut d’admiration. On comprend que je veux parler de la collection des Mémoires de l’Institut d’Égypte , vaste encyclopédie, monument scicnlilique sans pareil, dans les proportions duquel on sent le génie du grand homme qui en conçut le plan et sut. grouper autour de lui , pour le réaliser, les premières capacités de la France.

Après ce grand ouvrage , qui n’est pas l’un de nos moindres titres de gloire , on peut citer plusieurs livres dignes certainement de beaucoup

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d'éloges. Parmi ceux qui précédèrent l’expédition française , on doit nommer d’abord celui de Savon ; mais surtout le Voyage de Volney , où la science et l’observation ont revêtu un style plein de vigueur et de verve ; et celui de Sonnini, recommandable sous beaucoup de rapports. Parmi les ouvrages récents, on distingue les Voyages du duc de Raguse , dont la partie qui concerne l’Égypte renferme tant d’intéressants détails et des jugements pratiques si solides; les Lettres sur l'Orient' de l’illustre auteur de YHistoirecles Croisades et de son jeune et savant ami , M. Poujoulat ; le Voyage de MM. de Cadalvène et de Breuvery; les deux volumes de M. W. Lane sur les mœurs des Égyptiens ( Manners and customs of the modem Egyptians) ; enfin les ouvrages de M. Mengin, qui renferment sur la vie de Méhémet-Ali et l’histoire de son règne des détails d’une scrupuleuse exactitude, d’autant plus précieux qu’on ne saurait les trouver ailleurs.

Beaucoup d’autres livres, d’une moindre importance, ont été publiés sur l’Égypte. Mais, malgré le genre de mérite qu’ont chacun des ouvrages qui ont paru jusqu’à ce jour, ils laissent encore une lacune : les uns sont déjà anciens, et depuis leur apparition , une foule de faits nouveaux ont changé la face de l’Égypte; la plupart ne parlent

» Corriêjioitflanti 'l'Orient, par Micliaufl ri l’oiij'julat Brux., Mclitic.

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île ce pays qu’épisodiquement. II n'en est pas qui lui soient exclusivement consacrés et la présentent, dans un résumé méthodique, sous ses points de vue les plus saillants; en un mot un aperçu générale sur l’Égypte n’existait pas, je me suis efforcé de le donner au public.

11 est possible que je me sois trompé sur l’étendue de mes forces, en entreprenant l’ouvrage que je viens de définir. J’ai cru , toutefois , qu’un séjour en Egypte de quinze années , pendant lesquelles j’ai eu le temps d’étudier à fond les mœurs et le génie propre de ses habitants; pendant lesquelles j’ai été témoin ou acteur (pour mon humble part) dans les nouvelles choses qui s’y sont faites, me donnait des droits à réaliser moi-même le plan que j’avais conçu.

Ce n’est que depuis quelques mois qu’il m’a été permis de mettre la main à l’œuvre. Ma première pensée avait été de faire précéder d’un aperçu physique et médical sur l’Egypte le travail que je publie sur la peste ; mais lorsque j’eus réuni tous les matériaux de cet essai, il se trouvèrent trop étendus et trop nombreux pour entrer dans mon cadre; ils formèrent les éléments d’un ouvrage spécial , que dès lors je me décidai à compléter; car, dans les voyages (pic j’ai faits en Europe , on m’a adressé souvent sur l’Egypte des questions si singulières; j’ai rencontré tant de personnes, d’ailleurs très-instruites, qui avaient

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Mir elle îles notions incomplètes, erronées, étranges. que j’ai cru qu’un ouvrage peu volumineux, qui offrirait une esquisse générale de cette contrée, serait fort utile.

J’avoue que j’aurais désiré pouvoir mûrir davantage ce travail ; tel qu’il est, je ne me dissimule pas les nombreuses imperfections qui le déparent. Mais il m’a semblé que si jamais sa publication devait être opportune , c’était dans le moment actuel. Aujourd’hui, en effet, l’existence, l’avenir de l’Égypte sont débattus par la presse, parla diplomatie, par l’Europe entière. Alin d’appeler un arrêt prochain , dont les résultats peuvent être immenses, j’ai pensé qu’il fallait se hâter d’apporter au procès le plus de pièces possible. Voilà le motif de la précipitation avec laquelle ce livre a été écrit. J’espère que la bienveillance de mes lecteurs me pardonnera les défauts de composition qui en ont été la suite. Livrant d’ailleurs pour la première fois à l’impression une rédaction d’aussi longue haleine, j’ai besoin , plus que personne, d’indulgence.

Je ne dirai rien des divisions que j’ai suivies dans mon livre; j’ai adopté, comme on pourra s'en convaincre en jetant les yeux sur les tables des chapitres , celles qui paraissent les plus logiques. Mon but, je le répète, a été de parler d’une manière aussi complète qu’on pouvait le faire dans un espace resserré , de tout ce qui se rap-

vu

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porte à l’Égypte. J’ai dû, par conséquent., me préoccuper soigneusement de classer avec ordre mes matériaux.

Plusieurs des questions que j’ai traitées sortent de ma spécialité ; j’ai eu recours, pour ce qui les concerne, aux bons ouvrages dont elles ont été l’objet, et je me suis aidé des avis d’hommes compétents , à l’amitié desquels je dois un témoignage publie de reconnaissance.

Il est d’autres questions, des questions nouvelles surtout, qui ne pouvaient être traitées que par quelqu’un qui fût initié de près à l’état actuel de l’Egypte. J’espcre que, réunies aux précédentes, elles formeront un ensemble qui ne sera pas entièrement dénué d’intérêt.

Quant aux questions nouvelles, qu’on ne croie pas (|ue j’en aie fait un thème d’éloges incessants pour Méhémet-Ali, le sujet d’un panégyrique exa géré des hommes et des choses. Cet essai u’est [joint un ouvrage de commande. Quoiqueje loue, toutes les fois que la justice le veut, le grand homme pour lequel je professe une vive admiration , et auquel je dois de la reconnaissance , je n’obéis en cela à aucune sollicitation ni à aucune convenance personnelle. Je conserve tout entière la liberté de mes pensées et de mes expressions.

Ainsi, comme tout ne peut pas être parfait comme il faut signaler avec une égale impartialité le mal et le bien, j’ai présenté mes remarques

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sur les choses qui me paraissent défectueuses, en I m’imposant la mesure que la vraie indépendance ne dépasse jamais. Les esprits sages n’ignorent pas , d’ailleurs , que ce n’est pas par la voie des critiques acerbes et passionnées que l’on obtient des améliorations ; ils savent que celui qui veut de bonne foi le redressement des imperfections qu'il signale, le fait avec beaucoup plus de chances de succès, en prouvant la sincérité de ses intentions par la bienveillance de ses avis.

Je dois remercier publiquement les personnes qui ont bien voulu me prêter l’appui de leurs conseils ou me fournir des documents. Je nommerai avant toutes le savant M. Jomard qui, vétéran de l’Institut d’Égypte, s’est fait le gardien actif des traditions qui attachent la France à celte contrée, et a été l’intermédiaire dévoué par lequel l’Égypte actuelle est venue demander à notre patrie les lumières de la civilisation. M. Jomard a eu la bonté de donner sa surveillance à la partie géographique de cet ouvrage. Je dois à M. Figari, jeune professeur de botanique plein de zèle et d’instruction, attaché à l’école du Caire , une grande partie des matériaux relatifs à cette science. M. Regis, naturaliste distingué, professeur et conservateur du musée 'd’histoire naturelle de l’école de médecine, m’a rendu le même service pour la zoologie. Je suis également redevable à M. Bonfort, intendant des domaines de S. A. Ibrahim-Pacha , de beau-

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coup tle renseignements sur les plantes introduites récemment en Égypte et sur l’agriculture. Je dois à M. Mengin, pour la partie historique et statistique, plusieurs de mes matériaux; les ouvrages de ce modeste et laborieux historiographe seront toujours le Moniteur dans lequel quiconque écrira sur l’Égypte devra puiser. Je me plais d’autant plus à lui rendre justice, que plusieurs écrivains qui ont mis à contribution ses travaux ne l’ont pas même cité.

M. Linan, ingénieur qui possède à fond l’hydrographie et le cadastre de l’Égypte, et qui a été chargé de la grande entreprise du barrage , m’a fourni sur ces différents points des renseignements et des chiffres précis.

M. de Cerisy-Bey, dont le nom vivra toujours en Égypte , dans les importants travaux qu’il y a laissés, m’a donné sur l’arsenal de la marine et les constructions navalesdes notes et des dessins qui ont fait la base de cette partie de mon travail.

Le savant M. Rosellini , que j’avais connu en Egypte, et que j’ai eu le plaisir de rencontrer à Bise, m’a donné sur les antiquités égyptiennes des notes que j’ai complétées dans les ouvrages de Champollion.

Enfin, je dois, sur les monuments arabes, des indications à M. 1’. Coste, l’un des premiers architectes attachés au service du vice-roi, (pii a exécuté d’importants travaux en Egypte, et a publié

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un ouvrage Irès-intéressant sur l’architecture arabe.

Cet ouvrage ayant été rédigé et imprimé trèsprécipitamment , le style a dù s’en ressentir.

INTRODUCTION HISTORIQUE

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