‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 23 sur 115 · XII · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION HISTORIQUE

l'auraient dcpopularisé s’il n’eût obtenu leur sanction et leur concours.

Si Méhémel-Ali n’avait pas eu d’appui dans la population du Caire, il eût probablement succombé. Dès que Kourschyd fut renversé, l’Elfy, qui avait puissamment réorganisé son parti , lui offrit de se joindre à lui pour combattre le nouveau vice-roi. Il envoya aussi des députés au capitan-pacha, qui se trouvait alors à Alexandrie , et lui promit de se soumettre à la Porte si elle voulait prendre des mesures pour chasser Méhémet-Ali de l’Egypte. Il fut soutenu dans cette négociation par des agents anglais, qui menacèrent l’amiral turc d’uuc invasion anglaise en Égypte si cette province restait au pouvoir des Albanais et de Méhémet- Ali , qu’ils peignaient sous des couleurs odieuses. Mais le cousul français à Alexandrie, M. Drovctli , se lit noblement auprès du capitan le défenseur de Méhémet, et commença celle politique bienveillante que notre pays a toujours employée à l’égard du vice roi. Les tentatives de l’Elfy cl des Anglais échouèrent; ceux-ci ne se tinrent pas pour battus. L’Elfy leur avait promis les ports de l’Egypte dans le cas où il viendrait à bout de scs projets. Attiré par cet appât, le gouvernement britannique fil demander à la Porte par son ambassadeur à Constantinople le rétablissement des mameluks, à la tcle desquels il voulait mettre l’Elfy ; il allait incme jusqu’à se faire caution de celui-ci pour le tribut qu’il s’engageait à payer. La Porte céda à ses sollicitations : elle envoya en Egypte une flotte commandée par un nouvel amiral , qui devait travailler à la restauration dos mameluks et por-

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tait à Méhéinet un firman par lequel il était nomme au pachalik deSalonique. Le vice-roi feignit de vouloir se soumettre aux ordres du gouvernement ottoman ; mais les cheiks et les soldats le retinrent. D’ailleurs les beys du parti de Bardissy, qui , fidèles à la politique de Mourad-Bey, étaient demeurés les alliés de la France, ne pouvaient assister paisiblement au triomphe de leur ennemi l’JElfy , fort de l’appui des Anglais. Menacés comme Méhémet , le péril commun les porta à se rapprocher de lui. Le consul de France aidait aussi le vice-roi , qu’il continuait à servir de ses bons offices. 11 détacha de l’Elfy vingt-cinq Français qui marchaient sous le drapeau de ce bey ; il écrivit à l’ambassadeur de France à Constantinople de prendre auprès du divan la défense du vice-roi. Quant au capitan-pacha , dès qu'il se fut mis au courant des affaires d’Égypte , il ne tarda pas à voir que les rivalités qui divisaient les mameluks étaient un obstacle radical à la réédification sérieuse de leur puissance. Il contribua pour sa part à faire changer la politique de son gouvernement envers Méhémct-AIi , et la Forte finit par envoyer à celui-ci un firman qui le rétablissait dans la viceroyauté d’Égypte , à condition qu’il enverrait au sultan un présent de 4.000 bourses (7,1500,000 fr.).

Sorti de cette crise, Méhémet-Ali vit son pouvoir se fortifier de jour en jour. Les deux chefs des mameluks, Osman-Bardissy et Mohammed l’Klfy , moururent tous deux presque en même temps (19 novembre 1806, — 50 janvier 1807) , et lui laissèrent le champ libre. La même année les Anglais, qui avaient vu avec peine la Forte se réconcilier avec le vice-roi ,

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el qui voulaient entretenir en Égypte l'anarchie des mameluks, tirent à Alexandrie une descente dont la malheureuse issue est devenue célèbre. Après s’èlrc empares d’Alexandrie le 17 mars, ils lurent complètement défaits le 21 à Rosette, le 30 à llamad. Les mameluks, sur lesquels ils comptaient, leur tirent défaut; les uns en effet traitèrent avec le vice-roi, et les autres, battus à plusieurs reprises, furent refoulés dans la haute Égypte , où Méhémet les livra à la poursuite des Bédouins. Les troupes britanniques occupèrent Alexandrie pendant six mois el l’évacuèrent le 14 septembre 1807. Dans cette circonstance, le consul de f’rance, M. Drovctli, aida utilement le vice-roi de ses avis. Ce fut lui qui traça le plan de défense dont les résultats furent si heureux. A là gloire de ses succès Méhémct-Ali ajouta celle de la générosité : il rendit sans rançon aux Anglais les prisonniers qu’il leur avait faits.

Il n’entrait pas dans la politique de la Porte de laisser jamais le vice-roi jouir paisiblement de la puissance qu’il avait si laborieusement acquise. Déjà à plusieurs reprises, elle lui avait ordonné de faire marcher des troupes contre les Arabes wahabites. Les NVahabites, hérétiques de l’islamisme, qu’ils voulaient reporter à sa simplicité primitive, s’étaient produits au milieu du xvm" siècle el s’étaient rapidement emparés de toute l’Arabie. Médine , la Mecque, ces lieux saints des musulmans, étaient tombés entre leurs mains; ils en avaient pillé les richesses. Les pieuses caravanes (pii allaient accomplir le pèlerinage de la Mecque el de Médine n’étaient plus en sûreté; souvent elles ne pou-

mnooccnos historique.

\ aient atteindre le but religieux de leur voyage. Aussi le monde musulman était-il plonge dans la désolation. Animes d’ailleurs de toute la verve d’un fanatisme no- \iee, les Wahabites pouvaient se rendre redoutables aux sultans au delà même des limites de l’Arabie. Déjà ils avaient menacé le pachalik de Bagdad , lorsque les ordres de la Porte, qui enjoignaient à Méhémet-Ali de les combattre, devinrent plus pressants que jamais.

Avant de commencer cette guerre sainte et de dégarnir l’Égypte de troupes , le vice-roi devait anéantir dans leur source tous les dangers qui menaçaient son autorité et la tranquillité du pays. Les mameluks avaient repris les armes en 1808. Méhcmet-Àli en défit une partie et accepta les offres d’alliance de la puissante maison de l’Elfy. Mais on ne pouvait jamais compter avec eux sur une paix sure. Voyant que le pacha allait être privé de ses meilleurs soldats, ils complotèrent de l’attaquer et se flattèrent d’avoir bon marché de lui, lorsqu’il ne serait plus soutenu par scs défenseurs naturels. Leur trame fut découverte. C’était une question de vie ou de mort qui s’agitait entre eux et Méhémet-Ali. Le vice-roi usa du droit de légitime défense : menacé par les mameluks , il les pré- ' i ri t . Le lrr mars 1811 fut le jour choisi pour cet acte de terrible justice. Ce jour-là, les mameluks furent invités à assister, dans la citadelle du Caire, à l’investiture du fils du vice-roi , Toussoun-Pacha , qui allait commander l’expédition contre les Wahabites. Cernés au défilé par les soldats albanais , ils furent fusillés saris merci. Cette exécution cul de l’écho dans toute

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l’Égypte. La plupart des mameluks furent exterminés dans les provinces. J)e faibles débris de ce corps se réfugièrent en Abyssinie. Du reste, lorsque la masse fut détruite, le vice-roi empêcha que l’on poursuivit ceux qui avaient échappe au premier mouvement. C’était à la caste qu’il faisait la guerre, non aux individus, il reprit à son service plusieurs de ceux qui survécurent. Il leur laissa les richesses qu’ils possédaient ; il accorda même des pensions aux femmes et aux enfants de ceux qui succombèrent. Ainsi Méhémct-Ali atteignit en une seule et terrible journée le but auquel tendait , depuis deux siècles , la politique de la l'orle Ottomane.

La guerre contre les Wahabites fut longue, difficile et mêlée d’abord de succès et de revers. Après six années de lutte, ces sectaires furent beaucoup affaiblis, sinon entièrement domptés par Ibrahim-Pacha. Méhémcl-Ali lit lui-même une campagne dans l’IIedjaz; mais pendant qu’il défendait de sa personne la cause de l’islamisme, la Porte, qui tramait sourdement son renversement, donna secrètement un firinan d’investiture de l’Égypte à Lathif-Pacha , qui devait sa fortune à Méhémct-Ali. Cet ingrat parvenu essaya, pendant l’absence de son bienfaiteur, de se faire un parti au Caire. Mais le ministre de la guerre du vice-roi, Mohammed-Bcy , qui feignit d’entrer dans ses vues, l’amena à se déclarer publiquement et le fit décapiter (déc. 1815).

Les guerres d’Arabie ont sans doute beaucoup coulé au vice-roi. Il faut reconnaître cependant que sous plusieurs rapports elles lui ont été très-utiles. Ses vie-

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