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INTRODUCTION MSTORIQUK.
ment d’organiser l’armée. Il établit à Assouan un camp d’instruction 1 où par ses efforts persévérants et grâce a la direction active de M. Sèves (Soliman-Pacha), plusieurs régiments disciplinés à l’européenne furent formés. Il appela de France des généraux, des officiers , des médecins, et fonda des écoles, des hôpitaux et des fabriques. Il connaissait trop bien la politique de la Porte pour se fier jamais à ses intentions, pour travail 1er à son profit exclusif. Il savait que, quelque service (ju’il lui rendît, elle ne le respecterait qu’aulant qu’il serait fort. Il savait que le jour où il viendrait à chanceler, le divan n’hésiterait pas à lui envoyer le cordon ou un successeur. Acquérir de la puissance était donc pour lui moins une affaire d’ambition qu’une question v i talc. Il a pris bientôt envers Constantinople une position semi-indépendante; mais tout ce qu’il a fait sous ce rapport lui a été commandé par le besoin de sa conservation, et non, comme on l’a prétendu, par une soif insatiable d’agrandissement. En présence de la tortueuse politique de la Porte, un homme de cœur et de génie ne pouvait agir autrement que Méhémet- \li.
Les rapports de l’Egypte avec l’Europe devenaient de jour en jour plus directs et plus fréquents; le viceroi commençait à attirer sur lui l’intérêt de l’Occident, auquel il demandait les modèles de ses réformes et d’utiles auxiliaires ; novateur éclairé et hardi, il envoyait;! Paris, pour s’instruire à l’école de la France, de jeunes musulmans destinés à répandre plus tard
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INTRODUCTION HISTORIQUE
nos lumières sur les bonis du Nil, lorsqu’il fut obligé par le sultan à faire contre l’insurrection grecque une guerre qui faillit compromettre en Europe la belle réputation qu’il s’y était faite. 11 obéit aux ordres du chef de l’islamisme. Il envoya d’abord un leger secours ; mais plus tard, lorsque les progrès de la glorieuse révolution hellénique furent devenus plus menaçants, il dut faire un déploiement de forces plus considérable. 11 avait alors vingt-quatre mille hommes de troupes réglées ; s’il avait refusé d’en faire marcher une partie contre les Grecs, il se serait rendu odieux parmi les musulmans. Le 16 juillet 1824, son escadre forte de soixante-trois voiles et de cent transports de toute nation ( excepté du pavillon français), partit pour la Morée. Elle portait seize mille hommes d’infanterie régulière , sept cents chevaux , quatre compagnies de sapeurs et de l'artillerie de siège et de campagne. Ibrahim-Pacha commandait l’expédition ; il pacifia la Gandie, ses armes furent heureuses en Morée, où, quoi qu’on en ait dit, sa conduite envers les Grecs fut humaine et ne viola jamais les lois de la guerre. Mais on sait de quelle manière déplorable pour l’empire ottoman la guerre de Grèce se termina. La bataille de Navarin anéantit la marine de Méhémet-Ali comme celle de la Porte.
On ne peut parler de la révolution hellénique, sans faire honneur au vice-roi d’Égypte de la généreuse tolérance qu’il montra envers les Grecs. Les autres pachas, charmés de trouver une occasion de satisfaire contre des chrétiens les inspirations grossières de leur fanatisme, exercèrent sur eux des persécutions de tout
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genre. Le pacha (l’Acre lit détruire l’église du Mont- Carmel; les chrétions de Syrie lurent frappés d’avanies ; le gouverneur de Chypre fit mettre à mort ou emprisonner quiconque professait la religion grecque ; dans toutes les autres parties de l’empire, le sang coulait également; mais en Égypte les Grecs continuèrent à jouir de la protection de Mchémet-Ali, et ses États servirent d’asile hospitalier à un grand nombre de familles, forcées de fuir d’atroces persécutions.
L’échec de Navarin ne découragea pas le vice-roi : la guerre de Morée lui apprit le parti qu’il pouvait tirer de ses troupes ; elle lui servit à mesurer ses forces. Il se lutta de réparer scs pertes et, pour se préparer à de plus grands événements, fit construire à Alexandrie , avec une rapidité incroyable, une nouvelle escadre plus importante que celle que la journée de Navarin lui avait enlevée ‘.
Lors de l’expédition de Morée, le divan avait promis la Syrie à Méhérnet-Ali ; au lieu de cette province, la Candie lui fut abandonnée ; mais le vice-roi avait des griefs contre le principal pacha de Syrie , Abdallah , gouverneur de Saint-Jean-d’Acrc. Ce pacha qui avait, en 1822, encouru la disgrâce de la Porte, ne dut son pardon qu’à l’intervention olïicieusc de Méhémel-Ali; au lieu d’élre reconnaissant de ce service, il ne perdit aucune occasion d’agir contre le vice-roi avec hostilité. Il encourageait sur ses frontières la contrebande avec l’Egypte. Il débauchait les habitants de la Charqyeh; six mille fellahs de celte province s’étaient retirés dans
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INTRODUCTION HISTORIQUE
l.XXI
le pachalik d’Acre. Méhémet-Ali écrivit à Abdallah de les lui envoyer. Celui-ci lui répondit qu’ils étaient les sujets du sultan et qu'ils se trouvaient aussi bien dans l'empire de leur maître en Syrie qu’en Égypte. Le vice-roi, blessé de cette réponse, lui écrivit qu’il irait reprendre ses six mille fellahs et un homme de plus. Du reste, il savait que la Porte avait l’intention de l’attaquer; en homme habile il la prévint.
Le 2 novembre 1851, une armée d’invasion forte de vingt-quatre mille hommes d’infanterie , de quatre régiments de cavalerie, de quarante pièces de campagne et d’un plus grand nombre de siège, se mit en marche vers la Syrie. Ibrahim-Pacha en était le généralissime; Gaza, Jaffa, Caïffa tombèrent bientôt en son pouvoir. Saint-Jean-d’Acre, contre lequel échoua Napoléon dans son expédition de Syrie, résista pendant six mois à Ibrahim. 11 s’en empara enfin le 27 mai 1852. Lorsque la nouvelle de ce succès , que l’on commençait à croire impossible, fut connue à Constantinople, Méhémet-AIi fut proclamé rebelle. Déjà une nombreuse armée avait été envoyée contre son fils; le 8 juillet 1852, Ibrahim en battit, à Homs, un corps considérable. La bataille d’IIoms était la première qui se livrât entre des troupes orientales réglées d’après la tactique européenne ; les Turcs y perdirent deux mille hommes tués et deux mille cinq cents prisonniers. Les Arabes n’eurent que cent deux morts et moins de deux cents blessés. Aussi Ibrahim écrivit-il à son père, dans le premier moment d’enthousiasme : « Je n’hésite pas a dire que deux ou trois cent mille hommes de pareilles troupes ne me donneraient pas d’inquiétudes. >