‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 5 sur 115 · KELIGION DES ANCIENS ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

KELIGION DES ANCIENS ÉGYPTIENS

Principe de l'unité divine. — Ternaire suprême — Différents dieux. — Osirts, Ism et IJorus. — Typhon. — Métempsycose. — Culte des anini a u x . — Villes qui leur étaient consacrées. — Divisions religieuses- de P Égypte.

11. La religion des Égyptiens n’était pas, comme on l’a cru communément, sur la foi des historiens

grecs et romains , un culte grossier et ridicule consacré à l’adoration exclusive de certains animaux, de certaines plantes. Cette religion, qui avait pour base les principes métaphysiques les plus élevés, se traduisait aux yeux du vulgaire en des pratiques symboliques , dont les prêtres avaient le secret et dont le peuple et les étrangers ne savaient ou ne pouvaient pas pénétrer le sens mystérieux.

Le principe de runité divine était au fond de la théologie égyptienne; Ammon-Ra était considéré par elle comme l’étre suprême dont tout procédait dans l’univers. Ammon-lla représentait le principe mâle; mais le principe féminin lui était intimement uni sous le nom de la déesse Moulli. l)e son union avec la déesse Mouth était né le dieu Khons. Ainsi s’était formé la Triade suprême.

Ce ternaire divin donnait naissance à tous les dieux de l’Égypte destinés d’abord à représenter les manifestations infinies de la divinité dans tout l’univers. La hiérarchie des dieux se formait par groupes de trois, composé chacun d’un principe mâle, d’un principe féminin et du produit de leur union.

Au-dessous d’Ammon-Ra, qui était souvent adoré sous le nom de Knouphis, se trouvaient plusieurs dieux que les Grecs se sont appropriés en leur donnant des noms nouveaux. Tels sont : Routo, déesse de la nuit, qui avait, chez les Égyptiens, les mêmes attributions que la Nuit des Grecs; la déesse Ncilli , dont le culte était surtout en honneur à Sais, ville delà basse Egypte, et qui correspondait à Minerve; ledieu J’htlia, qui, dans la série des dieux de l’Égypte, occupait la troisième

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place et qui était analogue au Vulcain des Grecs : il était l’ouvrier de la création. Le dieu Knouphis avait produit un œuf de sa bouche; cet œuf représentait la création; Phtha en était sorti. Il avait coordonné la matière première. Ce dieu avait été, suivant les Égyptiens, le premier de leurs rois ; la ville royale de Memphis lui était consacrée; c’était dans le magnifique temple élevé en son honneur, à Memphis, que se faisait l'inauguration des rois; — la déesse Hathor, la Vénus des Egyptiens : elle était adorée aussi à Memphis ; — le dieu Phré, dieu du Soleil, l’Hélios des Grecs : la ville où son culte était pratiqué avec leplus de solennité était Héliopolis; — Thoth , l’Hermès des Grecs, qui avait révélé aux hommes les premiers éléments des sciences, des arts et du commerce : il était adoré à Hermopolis; l’ibis était l’oiseau qu’on lui consacrait; — la déesse Bescht, adorée à Bubastis, dont les Grecs ont fait leur Diane et dont l’animal sacré était le chat, etc.

La triade à laquelle était échue la direction de la terre était composée d’Osiris , Isis et Ilorus. Son règne avait immédiatement précédé la génération des hommes. L’histoire de la période qu’il occupa remplissait la première partie des annales de l’Égypte. Osiris, s’il faut en croire Plutarque, représentait le principe actif delà production des êtres, et Isis la matière première et passive de tous les êtres particuliers.

L’union d’Osiris et d’Isis, c’est-à-dire du principe producteur et de la matière, produisait le monde . l’univers. l’arrangement de toutes choses; c’était le fils unique du dieu. On le nommait Ilorus.

Hais . ii côté du principe d’ordre et d’harmonie re-

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présenté par Osiris, Isis cl Ilorus, existait le principe du mal et du désordre, Typhon , frère et ennemi d’Osiris.

Les Égyptiens feignaient qu’après avoir civilisé l’Égyple et fondé Thèbcs aux cent portes , Osiris voulut faire partager ses bienfaits à toute la terre, et qu’il visita tous les peuples qui, sous divers noms, lui élevèrent des autels. Mais à son retour, l’épouse et la sœur de Typhon, Nephli, se rendit amoureuse de lui, et, se faisant passer pour Isis, en eut Anubis. Typhon outragé tendit des embûches à Osiris, lui enleva la vie, ainsi qu’à Horus , et jeta les lambeaux de son corps dans la branche tanitique du Nil ; on dit que c’est là la cause de l’horreur que cette embouchure inspirait aux anciens Egyptiens. Ils croyaient aussi que les parties du corps d’Osiris jetées dans le fleuve avaient communiqué à ses eaux leur vertu fécondante.

Mais Osiris revint des enfers. Il reçut , après sa résurrection , le nom de Sérapis; il rappela Horus à la vie et lui donna des armées pour combattre Typhon. Horus vainquit le mauvais principe. Mais Isis le sauva en lui procurant une retraite , et depuis il demeura caché dans l’univers, dont il ne cessa de troubler l’ordre en suscitant toutes sortes de maux.

Osiris était représenté dans les temples sous divers emblèmes, dont nous parlerons dans le chapitre des antiquités; mais c’était sous la forme d’un taureau noir qu’il était le plus souvent adoré. De là le culte fameux du bœuf Apis. Les marques distinctives de ce taureau sacré étaient une tache blanche et carrée placée au milieu du front; la ligure d’un aigle sur le dos, les

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poils de la queue doubles, et un nœud en forme d’escargot sous la langue.

Les Egyptiens crurent à la métempsycose; ils admettaient par conséquent l’immortalité de l’âme; ils pensaient qu’après la destruction du corps, elle entre dans un autre animal toujours prêt à naître, et qu’elle revient enfin au bout de trois mille ans revêtir de nouveau la forme humaine pour recommencer une nouvelle période d'existence.

Quelque profonde que fut l’essence de. la religion égyptienne , dont nous ne pouvons qu’entrevoir les mystères , comme les prêtres et les initiés avaient seuls le privilège de les connaître, le culte populaire dégénéra bientôt en un grossier polythéisme. Parmi les superstitions innombrables qui eurent cours en Égypte, on ne peut passer sous silence les honneurs rendus aux animaux. On sait que les principaux parmi les animaux sacrés furent les chats, les ichneumons, les chiens, les éperviers , les ibis, les loups et les crocodiles. Un grand nombre de ces animaux étaient nourris à grands frais dans les temples. Lorsqu’ils mouraient, des sommes énormes étaient consacrées à leurs funérailles, et on en portait le deuil. Le meurtre prémédité de l’un d’eux était puni de mort. La peine capitale était également portée contre celui qui tuait même involontairement un chat ou un ibis. Ifiodore de Sicile rapporte que, sous les Ptolémées , quelle que fut la terreur qu’inspirât alors la puissance de Piome, un Romain ayant tué involontairement un chat, rien rie put l’arracher à la fureur d’un peuple fanatique.

Plusieurs villes étaient spécialement consacrées au

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culte de différents animaux. Ainsi le bœuf Apis était en honneur à Memphis, le bœuf Mnévis à Héliopolis, le bouc à Mondes , le lion à Léontopolis , le crocodile au lac Mœris, dans une ville qui portait son nom, et le loup à Lycopolis. La cause des honneurs religieux rendus aux animaux était connue, mais tenue cachée par les prêtres. Les voyageurs grecs durent l’attribuer, d’après l’hypothèse qui leur parut la plus plausible , tantôt aux services que rendaient ces animaux, tantôt aux diverses qualités dont ils présentaient les emblèmes. D’après ce que dit saint Clément d’Alexandrie, les sanctuaires des temples égyptiens ne renfermaient pas de statues : c’était toujours un animal sacré qui, placé dans une partie reculée de l’édifice et caché par un voile aux yeux des profanes, était le symbole de la divinité.

L’Égypte se trouvait partagée en espèces de départements religieux à chacun desquels le culte d’une divinité ou plutôt d’une triade était spécialement affecté. En parlant de cette répartition, Diodore de Sicile l’attribue à une cause politique. D’après lui , l’un des anciens rois, voulant dominer plus facilement sur toute l’Égypte , conçut le projet d’cmpêcher qu’un accord général contre son autorité ne put se former parmi le peuple. Pour atteindre son but, il divisa l’Égypte en cantons à chacun desquels il assigna une divinité différente et interdit une certaine sorte de nourriture. C’était mettre en pratique l’adage «Diviser pour régner. » Diodore rapporte que les effets répondirent à cette combinaison , et que l’on voyait les habitants des territoires voisins presque toujours en querelles entre eux, parce qu’ils s’offensaient mutuellement

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par les infractions réciproques qu’ils faisaient à leurs rites religieux. Du reste, quoique à chaque divinité fût assignée une portion particulière de territoire, tous les temples renfermaient , à côté de l’emblème du dieu , la représentation d’Anunon-Ra , le dieu suprême de l’Égypte entière.

Je ne puis pas m’étendre davantage sur la religion des anciens Égyptiens. La matière est immense; elle l'est d’autant plus qu’elle a été moins explorée, et je dois renvoyer le lecteur qu’elle intéresse aux ouvrages spéciaux , à ceux surtout de l’illustre et si regrettable Champollion.

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