‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 82 sur 115 · VILI.ES ET VILLAGES DE L’ÉGVrTE · texte numérisé non relu

VILI.ES ET VILLAGES DE L’ÉGVrTE

tes sur le même type et divisées de la même manière; les légères différences qu'elles présentent entre elles sont corrélatives au rang et à la fortune de leurs propriétaires : chez les riches, par exemple, on trouve presque toujours un jardin intérieur, domaine exclusif des femmes , qui vont y chercher les distractions que leur réclusion les empêche de demander à de fréquentes promenades extérieures. Les demeures des grands seigneurs ont quelquefois deux cours et deux jardins, et des corps de bâtisse séparés pour les hommes et le harem.

Les maisons égyptiennes sont communément dallées en pierres calcaires; dans celles qui appartiennent à des personnes opulentes, les appartements sont souvent lambrissés en marbre. On y trouve des bains. Le viandarah , pavé en mosaïque, contient au centre un bassin qui reçoit l’eau jaillissante d’une fontaine. Les appartements supérieurs ont souvent aussi leurs bassins, alimentés par des jets d’eau. Il n’existe de cheminée dans aucune autre pièce que la cuisine; au contraire , les latrines sont très-nombreuses; chaque appartement, à peu près, a les siennes. Les vitrages des fenêtres ne s’ouvrent pas , comme chez nous , à deux battants; on les élève en les faisant glisser dans des coulisses. Comme la ventilation est un point très-important pour une habitation égyptienne, on pratique souvent dans la terrasse une ouverture que l’on surmonte d’un auvent tourné vers le nord : arrêté par cette barrière, dans laquelle il s’engouffre, le vent se répand dans l’intérieur de la maison.

C’est le sfvle arabe qui a présidé à la construction de

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presque toutes les maisons de l’Egypte. On sait de quelles délicieuses fantaisies l’architecture arabe enrichit ses ouvrages; on connaît l’art charmant avec lequel elle réunit dans les ornements qu’elle sème avec profusion la régularité des combinaisons à la vivacité des caprices. On peut dire que les brillants détails que les maisons égyptiennes lui doivent sont leur seule beauté. Déjà en effet j’ai parlé de la triste défectuosité de leur apparence au dehors ; elles ne sont pas plus irréprochables dans leur distribution intérieure : la plus grande irrégularité règne dans la disposition des pièces; souvent les appartements sont de différente hauteur, et, quoique faisant partie d’un même étage, 11e sont pas soumis au même niveau. Favoriser l’isolement, ménager des retraites cachées, voilà le but qui préoccupe constamment l’architecte, but qu’il n’atteint jamais qu’aux dépens de l’harmonie des parties et de l’unité de l’ensemble.

Depuis quelques années , le système des constructions s’est beaucoup modifié. Le style constanlinopolitain , genre bâtard , fusion de mauvais goût du style grec dégénéré avec le style arabe, a été adopté. Plusieurs constructions en bois ont été élevées, d’après ce système, dans lequel les fenêtres ogi\ales ont été remplacées par de grandes croisées rectangulaires, et le luxe des arabesques, par le poli uniforme des surfaces.

14. Boutiques. — Les maisons situées dans les quartiers marchands ont des magasins au rez-de-chaussée. Ces boutiques sont très-petites; elles ont en général de 12 à 18 pieds de largeur sur autant de profon-

VILLES ET VILLAGES 1)E L'ÉGYPTE. âflü

•leur. On n’y remarque aucun brillant étalage. Un banc lie pierre en interdit l’entrée au public, qui fait •<es achats en restant au dehors.

lo. Maisons des villages. — Ce n’est guère que dans les villes de la basse Égypte que les maisons sont construites en pierres et en briques cuites; là en effet, les pluies étant fréquentes , les édifices exigent plus de solidité que dans la haute Egypte, où elles sont rares. Dans celle-ci, on ne se sert ordinairement que de briques carrées , séchées au soleil, ou simplement de ierre. Cette partie du pays ne contient pas de villes proprement dites, mais des villages. C’est surtout dans les villages que se trouvent les habitations des pauvres : rien n’est misérable comme ces demeures; ce -ont des espèces de huttes ou de chaumières, qui s’élèvent à peine de quelques pieds au-dessus du sol ; leurs murs fragiles sont formés de boue ou de briques de terre, que cimente et tapisse la fiente des animaux. Elles sont éclairées et aérées par de petites ouvertures ; leurs toits sont couverts de branches et de feuilles de palmiers. Le fellah vit dans leur étroite enceinte avec scs animaux domestiques. Dans un grand nombre de villages, des pigeonniers de forme carrée, mais dont les murs sont légèrement inclinés à talus, surmontent les toits des chaumières.

16. Mosquées 1 . — Les mosquées sont les temples des musulmans. La piété des souverains et des riches les a répandues, en grand nombre, sur toute l’Égypte; la seule ville du Caire cri contient plus de quatre cents.

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256 population, habitations,

Ordinairement ccs édifices consistent en portiques dont les rangées s’élèvent autour d’une cour carrée ; au centre de cette cour, se trouve un bassin destiné aux ablutions. Le côté du bâtiment où est situé le sanctuaire est tourné vers la Mecque; il est plus spacieux que les autres et contient deux ou trois rangs de colonnes, qui forment autant de nefs parallèles au mur extérieur.

Une petite niche, nommée mehrab, qui indique la direction de la Mecque, est adossée au milieu de la muraille du fond du sanctuaire. A sa droite est le mimber ou chaire à prêcher. Vis-à-vis le mehrab s’élèvent les pupitres qui supportent les exemplaires du Coran et une petite tribune soutenue par des colonnes d’où Vinian annonce l’heure de la prière.

Au-dessus des mosquées , les minarets détachent dans l’azur du ciel leurs flèches légères. Ces tours, du haut desquelles les muezzins annoncent aux fidèles les heures canoniques de la prière , donnent aux villes musulmanes, du milieu desquelles on les voit saillir eu aiguilles élancées, une physionomie particulière. L’intérieur des mosquées est revêtu de ces sculptures déliées, dans l’élégante variété desquelles se complaît l’imagination exubérante des artistes arabes. On sait que le prophète, voulant frapper au cœur l’idolâtrie, a sévèrement défendu la reproduction par le crayon, le pinceau ou le ciseau, de tout être vivant. Aussi ne rencontre-t-on jamais dans les monuments musulmans de ligures d’hommes ou d’animaux. L’imagination de l’artiste arabe n’interroge, parmi toutes les formes de beauté dont se revêt la nature, que la végétation , sa parure la plus brillante. Aussi les sculptures arabes ne

VILLKS ET VILLAGES DE 1,’ÉGTPTE.

présentent-elles jamais que d’ingénieux entrelacs de branches, de feuilles et de fleurs , et doivent-elles à cette singularité le caractère original qui les distingue.

Souvent les voyageurs, frappés de l’état de délabrement dans lequel se trouvent la plupart des mosquées, ne savent comment le concilier avec la piété ardenle des mahométans et le respect qu’ils professent pour les édifices de leur culte. Mais c’est ce respect même, poussé ci l’excès, qui est la cause de leur négligence apparente. Ils craignent en effet de violer la sainteté de ces monuments, en leur faisant des réparations; ce n’est que lorsqu’ils menacent ruine qu’ils se décident à les abattre pour les reconstruire.

17. Fontaines , abreuvoirs , bains. — Presque toujours des fondations utiles sont annexées aux mosquées : par exemple, des fontaines, des abreuvoirs , des bains, des écoles, des hôtelleries. Les fontaines ou plutôt les citernes (sebil) sont très-répandues en Egypte. C’est lorsque le Nil commence à s’élever que l’on y fait la distribution de l’eau. Ces sebils, ordinairement de forme circulaire, sont richement décorées de grilles en bronze, de colonnes de marbre, de vitraux coloriés et d’inscriptions. Les abreuvoirs publics consistent en un seul bassin ; quelques-uns sont recouverts d’une niche ou d’une arcade ; il en est même qui. abrités sous un portique, présentent un aspect monumental. Le climat de l’Égypte et les prescriptions religieuses ont nécessité l’usage des bains : aussi compte-t-on partout un grand nombre de bains publics.

1 H. Cafés, bazars, okels. — On se I ramperait beaucoup si l’on s’imaginait que les cafés d’Orienl ressemblent

POPULATION, HABITATIONS

en rien aux nôtres; ce sont des salles entourées de bancs en pierre, et recouvertes de nattes dans lesquelles les Égyptiens vont fumer, prendre le café et écouter les conteurs. Les cafés sont très-nombreux. Les bazars ne sont guère que des rues couvertes, garnies de boutiques, où la population se presse. Les okels sont de grands édifices destinés aux besoins du commerce. Ils sont formés de bâtiments élevés autour d’une cour carrée qui contient ordinairement un oratoire et une fontaine, et dans le pourtour de laquelle s’ouvrent de vastes magasins voûtés et à l’abri des incendies. Les étages supérieurs sont divisés en chambres et servent d’hôtellerie aux négociants étrangers.

li). Filles et villages de l’Égypte. — Ce que j’ai dit des maisons égyptiennes doit faire présumer que les villes qu’elles composent ne sont rien moins que belles. En effet, non-seulement les rues ne sont pas bordées de maisons dont l’aspect satisfasse la vue; mais encore, comme elles ne sont soumises à aucune loi d’alignement, comme chaque propriétaire ne consulte que sa fantaisie et sa commodité lorsqu’il se construit une demeure, il dédaigne souvent de faire confronter la façade de sa maison avec la voie publique, et lui donne une position oblique à la rue. Du reste, les rues sont souvent si étroites que les vmsharabyehs des maisons qui se font face se touchent presque, empêchent la circulation de l’air et interceptent les rayons du soleil. Elles ne sont pas pavées, el tantôt une poussière épaisse, tantôt une fange bourbeuse en rendent le parcours désagréable el difficile. (Quelques-unes sont larges, mais loules sont tortueuses : aussi- coupées par

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de nombreuses impasses, se mêlant entre elles au hasard et sans ordre, forment elles souvent des labyrinthes inextricables pour quiconque n’en a pas l’habitude.

Les villes sont divisées en quartiers; souvent ces quartiers sont fermés par de grandes portes, confiées, comme au Caire, à des gardiens qui font le guet pendant la nuit. Ces quartiers portent des noms; les rues ont aussi leurs dénominations, mais celles-ci ne sont pas inscrites; de même les maisons ne sont pas numérotées. Il n'y a pas d’éclairage public; seulement les personnes aisées mettent, pendant la nuit, de petits lampions devant leurs portes.

Le site des villes et des villages a été pris le plus souvent au hasard et choisi sans observations des règles de la salubrité publique, pour lesquelles les habitants de l’Egypte, ceux des villages surtout, montrent l'indifférence la plus funeste. On les voit abandonner, avec une déplorable insouciance, leurs demeures aux outrages de la vétusté; ils laissent se lézarder les murs de leurs maisons, qui deviennent bientôt le réceptacle d'une multitude d’insectes et de reptiles. Ils dédaignent de déblayer les ruines nombreuses qui s’amoncellent chaque jour sur le sol, et, par-dessus ces débris, ils jettent sans répugnance des immondices infectes.

POPULATION HABITATIONS

§ III-

DIVISIONS TEKRITOKIAI.ES.

Divisions duns l'antiquité. — Sous les mameluks. — Division* actuelles.

1er, 2% 3*’, 41', 5‘‘, 6 ‘, 7‘‘ moudyrlicks.

20. Divisions dans l'antiquité. — L’Égypte était divisée, sous les Pharaons , en trente-six nomes subdivisés à leur tour en de plus petites sections. Quatorze de ces préfectures étaient comprises dans la basse Égypte et vingt-deux dans la haute. Les Ptolémées conservèrent cette classification. Lorsque, sous Auguste, l’Egypte devint province romaine, cet empereur la jugea trop importante pour la confier à un seul proconsul : il en fit douze prétures.

21 . Divisions sous les mameluks. — Sous les mameluks elle était considérée comme formant quinze provinces ; la basse Egypte en contenait neuf: Baïrch, Rosette, Garbieh, Menouf, Damiette, Mansourah, Charkieh, Kelyoub et Giseli; la moyenne, trois : Atfeh , Fayoum et Benisouef; la haute, trois : Syout, Girgeh et Thèbes.

Ces divisions furent maintenues par Bonaparte.

22. Divisions actuelles. — Méhémet-Ali les a changées, et a soumis le pays à de nouvelles classifications administratives, propres à assurer la centralisation du pouvoir et l’unité de son action. L’Egypte a été divisée par lui en sept gouvernements principaux , régis par des intendants nommés moudrrs. Les mou-

VILLES LT VILLAGES DE L’ÉGYPTE

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tlyrlicks sont divisés en départements et les départements en cantons, qui renferment dans leur circonscription plusieurs villages.

La basse Egypte comprend quatre moudyrlicks ; la moyenne et la haute, trois; le nombre total des départements est de soixante-quatre. On compte près de trois mille cinq cents villages.

Je vais indiquer la circonscription des moudyrlicks, les départements dont il se composent et les villes et villages les plus importants qu’ils renferment.

-23. 1er moud yrlick, formé des provinces de Baïreii : départements de Rahmanyeh, Neguileh, Cliebreiss , Damanhour. C’est à l’extrémité nord-ouest de cette province que se trouve Alexandrie (Iskanderyeh ) ; villages importants : Aboukyr, Deirout , Terraneh.

Giseu : département de Giseh et Bedricheyn; villes : Myl-Ranymet (Memphis) , Daschkom, Sakkarah. Le Caire, qui n’est pas compris dans le gouvernement du moudyr, est dans la province de Giseh ;

Kélvolb : départements de Kêlyoub, Marg , Benhâ el Asal et Tahâ; vill. : Choubra, Kankah, Abouzabel, Mataryeh.

24. 2n moudyrlick, formé des provinces de Menouf : départements de Achmoun Gireys, Beydjoar, Chybyn el Koum, Me! y g , Ebyàr ; vill. : Menouf ;

Gap, bv eh : départements de Fouah, Zefteh, Tantah, Djafaryeh, el- ( hui, usât, Melialet-el-Kebyreh, Nabaro, Cherbyn, Damiette ; vill. : Kashid (Rosette), qui n’esl pas sous la juridiction du moudyr, Mehaliet-cl-Kebir.

23. 3e moudyrlick, formé de la province de Mansocbah : départements de Myt Gliamar, Senbellâoueyn,

2G2 POPULATION, HABITATIONS

Mansouruh , cl-Ouady, Mehallet-el-Damceneh, Menzaleh; vill. Farescour, el-Arisch , Tineh , auprès des ruines de Péluse.

26. 4e moudyrlick, forme des provinces de Chark y eh : départements de Chebeyt-el-Nalcarych, Azyzyeh, Delbeys, Ileya, A bou-Kebyr , Kofour-Nedjem.

ATFEn , formant un seul département : vill. el- Tabyn.

27. Un moudyrlick dans la moyenne Égypte, comprenant le Fayoum et Benisouef, est forme de six. départements: Qemen -el- Avons , deux départements dans le Fayoum, Benisouef, el Fechn et Abou-Girgé. Principaux villages : el-Zàouyeh , Àboucyr-cl-Malaq , Medinct-el-Fayoum , el Lâhoun , Massaral Daraouèh.

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