I.ES VILLES LES PLUS REMARQUABLES DK l’ÉGYPTE ACTUELLE
Alexandrie. — Aboukir — Ruecllf — Damielto. — llamaiiliuiir. — Bntnauveh. — Founh. — Mansournb - MoIinlIot-cl-Kcbir. — Fantali.
PLAN l) ALEXANDRIE
Tic/icffr dr dooo .
l'rctïn j
FOUT AJEIYF
liotutfHtrfc
VvT
u ALEXANDRIE
Y 'tdonih
laû* <1*-
LE GRAAD PORT
Toltonn
VILLES ET VILLAGES DE L’EGYPTE
Àulros ville» de lu basse Égypte. -- Le Caire. — Bonysouof. — Wcéiuet-cl-Fayoum. — Fiddomin. — Rliuicb. — Achmouneyn. — Uloutaluut. — Syout. — Ackhmyu. — Girgeh. — Keneii. — Kotts. — Esuc. — Assoirai». — Suez. — Kosseyr.
Je vais parler rapidement des villes les pins importantes de l'Egypte actuelle; je commencerai par celles qu'offre la basse Egypte, je remonterai ensuite le cours du lleuve : c’est la marche la plus naturelle , car c’est celle que doivent suivre les voyageurs européens qui viennent visiter cette contrée.
29. Alexandrie. — « Alexandre , a dit Napoléon , s’est plus illustré en fondant Alexandrie et en méditant d’y transporter le siège de son empire , que par ses plus éclatantes victoires. Celte ville devait être la capitale du monde. Elle est située entre l’Asie et l’Afrique , à portée des Indes et de l’Europe. Son port est le seul mouillage des cinq cents lieues de côtes qui s’étendent depuis Tunis, ou l’ancienne Carthage, jusqu’à Alexandrette ; il est à Tune des anciennes embouchures du Nil. Toutes les escadres de l’univers pourraient y mouiller, et, dans le vieux port, elles sont à l’abri des vents et de toute attaque. »
Alexandrie est située sous les 51° 15' 8" lat.N. et 27" 53' 30'' long.; elle est bâtie, près du lac Maréotis, sur un isthme qui joint à la terre ferme la presqu’île qui couvre ses deux ports. Le Port-Neuf, placé à l’est, est très-ouvert et n’offre pas aux navires de mouillage sur pendant les gros temps. C’est à l’extrémité du môle qui le protège, que se trouve le fort du Phare, bâti sur l’emplacement où s’élevait, pendant l’antiquité, le phare si célèbre des Ptolémées. Le hut-Vieux , situé à
POPULATION, HABITATIONS
l’ouest, ouvre aux navires un bassin très-profond et très-sùr; les passes par lesquelles on y pénètre sont difficiles pour les vaisseaux d’un fort tirant d’eau. Avant Méhémet-Ali, l’entrée en était interdite aux navires des chrétiens, qui ne pouvaient aborder que par la rade dangereuse de l’est.
Entourée d’un côté par la mer, de l’autre par les sables, Alexandrie est placée dans une position insulaire. La ville actuelle, ainsi qu’on l’a souvent remarqué, n’a guère reçu en héritage de la cité antique que son nom et des ruines. Celle-ci avait été construite par l’architecte Dinocrates , sur les plans mêmes d’Alexandre. Au rapport de Pline, elle avait environ cinq lieues de tour et contenait une population de 300.000 citoyens et autant d’esclaves ; une rue de 2,000 pieds de long sur 100 de large la traversait du nord au sud, et était coupée à angle droit par une autre rue presque aussi belle. Des palais magnifiques , des temples, des gymnases, des cirques, des théâtres, des monuments de toute sorte se pressaient dans son enceinte.
Lorsque Alexandrie fut prise par Amrou, elle formait, d’après les historiens arabes, trois villes, Mcnné, Nekilé et Iskandérié. Dans son rapport au calife Omar, Amrou dit qu’elle contenait 4,000 palais, 4,000 bains, 400 théâtres ou édifices publics et 12,000 magasins. Vers l’an 1212 de notre ère , un successeur de Saladin l’entoura d’une enceinte de deux lieues de circuit, flanquée de cent tours, qui subsiste encore aujourd’hui, et a été réparée par Méhémet-Ali. Sous la domination musulmane, et principalement sous les mameluks, Alexandrie déchut rapidement; aussi n’élait-elle plus,
VILLES ET VILLAGES DE L’ÉGYPTE
à l’époque de l’invasion française , qu’une bourgade et un repaire de pirates; sa population s’élevait à peine à 8.000 âmes ; ses fortifications tombaient en ruine; les Bédouins venaient jusqu’aux pieds de ses murailles commettre impunément leurs pillages, et à peine pouvait-on aller, sans escorte, visiter la colonne de Pompée, à dix minutes de la ville.
Le séjour des Français en Egypte ne fut pas assez long pour leur permettre de replacer Alexandrie à la hauteur où ses destinées l’appellent naturellement. Ils ne purent que la doter de fortifications nouvelles et réparer les anciennes qui tombaient en ruine lorsqu’ils s’en emparèrent.
Méhémet-Ali fut à peine arrivé au pouvoir qu’il comprit avec la vivacité et la sûreté de son coup d’œil la triple importance militaire, maritime et commerciale que la nature avait donnée à Alexandrie.
Cette ville est la clef militaire de l’Egypte; c’est le point sur lequel doivent porter nécessairement les prei mières attaques des ennemis ; il était donc d’un intérêt i majeur de veiller au perfectionnement et à l’entretien de ses fortifications. La descente des Anglais, en 1807, dut faire sentir au vice-roi que la moindre négligence à cet égard pourrait devenir fatale.
Les ports d’Alexandrie sont les seuls que renferme l’Égypte; si des Hottes sont nécessaires pour protéger l’indépendance de ce pays, que les puissances européennes né peuvent menacer que par mer, c’est Alexandrie qui leur offre un asile vaste et inattaquable; c’est de ret avantage naturel qu’il fallait profiter : Méhémet Ali n’a pas fait défaut à cette nécessité. Il a fait
2(>fl POPULATION, H MUTATIONS.
d’Alexandrie son port militaire ; il y a établi sonarsenal.
L’importance commerciale de tout point du littoral méditerranéen de l’Égypte est subordonnée à la facilité de scs relations avec le Caire, centre commercial, industriel et politique. Dans l’antiquité, Alexandrie se reliait au cœur de l’Égypte par la branche du Ail à l’extrémité de laquelle elle était placée; lorsque cette branche fut peu à peu comblée par les atterrissements, les premiers conquérants arabes rattachèrent Alexandrie au Caire par un canal dont les historiens orientaux nous ont laissé de magnifiques descriptions. Mais sous l’administration des mameluks, ce canal dépérit promptement et ne fut bientôt plus qu’un simple fossé, desséché pendant la plus grande partie de l’année. Alors Alexandrie perdit sa position commerciale, qui échut à Rosette. Mais Méhémet-Ali la lui a rendue, en la rejoignant au Caire par un canal navigable , auquel il a donné, en l’honneur du sultan Mahmoud, le nom de Mahmoudieh. Maintenant tout le commerce de l’Egypte s’est donc concentré à Alexandrie. Le ministre du commerce a son administration dans cette ville; c’csl là qu’il vend aux négociants européens les produits d’exportation.
Triplement régénérée, Alexandrie a vu sa population s’accroître rapidement et atteindre le chiffre de 60,000 âmes, dont les équipages des flottes et les ouvriers de l’arsenal forment environ le tiers. On compte, dans les deux tiers restant, vingt mille Arabes indigènes, six mille Turcs, dix mille Juifs ou Cophlcs et cinq mille Européens. Je ne parle pas de la population flottante attirée soit par les affaires, soit par lacuriositédesvoyages.
VILLES ET VILLAGES IIE L’ÉGYPTE
L’aspect de la ville, on le concevra aisément, s’est complètement modifié depuis ces dernières années. Les immenses cimetières qui se trouvaient dans l’intérieur ont été rejetés au dehors. Les mares d’eau stagnante qui y croupissaient ont etc desséchées et comblées. Les rues n’ont pas été pavées, il esL vrai, mais elles sont tenues avec propreté. Des constructions de tout genre, des arsenaux, des palais, des casernes, des fabriques, des hôpitaux, etc., ont été bâtis sur un grand nombre de points. Une partie considérable des murs d’enceinte , qui s’élevaient sur les bords de la mer, a été abattue pour faire place aux agrandissements de la ville.
L’est sur la presqu’ile connue sous le nom de Rcis-el- Tyn (cap des Figuiers) que se trouvent l’arsenal de la marine, le palais du vice-roi et plusieurs autres constructions occupées par le service de l’administration et du gouvernement.
L’isthme qui unit Ras-el-Tyn à la terre ferme est occupé par la ville turque, bâtie d’après le type ordinaire des cités musulmanes.
Ensuite vient le quartier des Européens. Alexandrie avait autrefois son quartier franc , c’est-à-dire celui qui était habité par les Francs ou Européens. Ce quartier était bien supérieur aux diverses parties de la ville occupées par les indigènes. AI a i s c’est surtout depuis le gouvernement de Méhémet-Ali, car c’est depuis lors que là résidence des consuls généraux a été définitivement fixée à Alexandrie, qu’il a pris un bel aspect. Lorsqu'on 182o je débarquai dans cette ville, on ne distinguait, dans le quartier franc, que quelques
POPULATION, HABITATIONS
okels. Aujourd’hui, il a entièrement changé de face ; il s’est étendu depuis le centre du Port-Neuf jusqu’à l’aiguille de Cléopâtre. On voit actuellement, dans le voisinage de ce monument, une très-belle place formant un rectangle d’environ huit cents pas de long sur cent cinquante de large. Les maisons qui entourent cette place ont été bâties à l’européenne , sur des plans fort élégants. Ouelques-unes appartiennent à Ibrahim-Pacha. C’est sur cette place que logent les principaux consuls ; le palais consulaire de France se distingue parmi tous les autres par sa belle apparence.
On remarque dans l’enceinte deux monticules de !200 pieds de hauteur environ, couronnes par deux forts construits par l’armée française et dont l’un conserve le nom et consacre la mémoire du brave général de génie Caffarelli-Dufalga , mort au siège de Saint- Jean-d’Acre. La colline du fort Caflarelii, la plus proche de la ville , est formée par un amas de décombres qui ne datent probablement que de l’époque des Arabes. L’autre, qui porte le nom de Kom-el-Dyck ', est un rocher calcaire, et couvre l’emplacement occupé, dans l’antiquité , par un théâtre. On n’y voyait aujourd’hui que quelques misérables cabanes d’Arabes; autrefois les Européens riches, ayant reconnu la salubrité de ce lieu, s’y sont fait bâtir des maisons de plaisance, qu’ils ont entourées de jardins.
Les environs d’Alexandrie sont couverts , jusqu’à deux lieues à la ronde, d’immenses ruines, qui prouvent qu’il n’y a rien d’exagéré dans ce que les histo-
1 Colline du Coq.
VILLES ET VILLAGES UE L'ÉGYPTE
2fi'l
riens ont rapporté sur les merveilles de la ville ancienne. Les matériaux avec lesquels la ville arabe avait été construite, ont été fournis par ces ruines; encore ne les avait-on tirés que de la superficie du sol. Mais on trouve des décombres considérables et très-importants eu creusant , quelquefois même jusqu’à 60 pieds de profoudeur.
Les établissements ou édifices publics que possède Alexandrie sont : l’arsenal *, les magnifiques palais du vice-roi à Ras-el-Tyn, se composant du harem , du divan, ou appartements particuliers de Méhémet-Ali , et du palais des étrangers, où le vice-roi donne l’hospitalité la plus généreuse aux voyageurs de distinction. Alexandrie a une intendance de sauté et plusieurs hôpitaux ; l’un d’eux, celui de la marine, dit de Mahmoudieh, peut contenir de 12 à 1600 malades; un autre, celui de l’armée de terre , dit de Ras-el-Tyn, 6 à 600. On compte dans cette ville trente mosquées.