Brigandages des Bédouins. — Les Bédouins
ont certamement un trô^-beau côté, mais ils ont un revers de médaille assez triste. On ne rencontre pas chez toutes les tribus ces mœurs pures , ce carac* tère grand et généreux dont je me suis efforcé d'esquisser rapidement les traits. Il en est qui ont pour le pillage un penchant irrésistible et dont les brigan^ dages, autrefois fréquents et impunis, faisaient ^épouvante des voyageurs. On explique autrement ^ue par un mobile bas et par des sentiments dégradées les pillages des Bédouins. Cette population du désert s'est regardée de tout temps comme en guerre avec les habitants des terres cultivées ^ qu'elle métprise^ et, en les dépouillant, elle a toujours cru Êdre un butin l^itime.
Les Bédouins inquiétèrent l'armée française. Bona« parte f(Hrmai^écialement pour les combattre un régiment decavaliers à dromadaires, dans lequel chaque animal portait deux hommes. « Si la position extraordinaire del'Égypte j dit Napoléon dans ses Mémoires, ^i ne peut devoir sa prospérité qu'à l'étendue de ses inondations, exige une bonne administration, la nécessité de réprimer 20 à 30^000 volenrs indépendants de la justice, parce qu'ils se réfugient dans rimmensitédu disert , n'exige pas nM>ins une admi^ nistration énergique. » Dans ces derniers temps ils portaient l'audace au point de venir piller des villages et tuer des fellahs sans que cela donnât lieu à aucune poursuite régulière* Mais les Français ne demeurèrent pas assez long- temps en Egypte pour venir à bout des Bédouins. L'administration énergi-
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que appelée par Napoléon pour mettre fin à leurs excès deiraît être celle de Méhémet-Ali.
13* Détruits par MéhémetAlL — A J'époque où le ^ce^roi prit le gouvernement , les Bédouins étaieat donc tout-puissants; ils imposaient des rançons aux habitants de FÉgyple, dont ils venaient judqu'afH Caire ravir les femmes et les enfants. On ne pouvait visiter les pyramides sans leur permission. Les cara^ vanes qui traversaient l'isthme de Suez leur payaient des tributs considérables. Méhémet-Ali voulut établir son autorité absolue sur le désert comme sur les terres cultivées. Sixte-Quint disait : « Je veux que , ^ans mes états , chacun puisse porter sa bourse à la main et laisser sa porte ouverte la nuit même sans courir de risques. » Le vice-roi conçut, en arrivant au pouvoir /la même résolution. Pour parvenir à la réaliser, îl essaya d'abord des voies pacifiques. II conclut awcles Bédouins divers arrangements; mais ees arrangements furent violés sans crainte par eux, et Méhémet*Ali vit bien qu'il fallait employer la force pour les dompter. 11 prit donc le parti de leur faire la guerre ; il mit à leur poursuite des colonnes mobiles de cavalerie qui les harcelèrent , qui les traquèrent jusqu'à ce qu'ils fussent réduits à lui demander merci. Depuis lors les Bédouins ont été soumis au vice-roi. En faisant la paix avec eux, celui-ci a voulu que leurs grands - chciks habitassent le Caire, où ils lui servent d'otages et sont responsables de toutes les infractions que leurs tribus peuvent faire au bon ordre. Ils reçoivent d'ailleurs un traitement.
, Le système que le vice-roi a employé contre les Bédouins aurait <lû , ce me semble , être adopté dans notre colonie d'Alger, C'est la seule manière de dompter un peuple qui, comme l'a dit avec vérité M. Blanqui , ne comprend comme répression que la bastonnade et la mort.
14. La cavalerie bédouine organisée en troupes irrégulières. — Plus tard , le vice-roi a offert aux Arabes nomades de former à son service des troupes auxiliaires. A cet effet, il leur donna une solde, à condition qu'ils entretiendraient chacun une jument et se tiendraient munis d'un fusil. Les corps auxiliaires qu'ils ont ainsi composés ont été très^utilcs à Méhéinet;Ali; ils ont pris part à toutes les guerres qu'il a soutenues, à celles du soudan du Sennâr, de la Mecque, de Syrie. Les Bédouins peuvept être comparés, sous le rapport militaire, aux cosaques irré- ^uliers; comme eux ils servent d'éclaireurs pendant les marches, donnent le sac dans la déroute et harcèlent l'ennemi dans sa retraite. On se rappelle que -dans la première guerre de Syrie ce sont les Bédouins qui, à la bataille de Koniâb, firent prisonnier le seraskier Rechyd-Pacha.
15. Utilité de l'existence des Arabes nomades. — MéhémetrAli a employé envers les Bédouins la meilleure politique qu'il y eût à suivre. Dans la dernière moitié du siècle passé, Aly, ce bey mamdouk qui avait établi pour un instant son autorité, indépendante sur l'Egypte, avait rêvé la destruction des tribus nomades. Déjà plusieurs avaient été anésintiçs ,
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et d'autres s'étaient retirées dans les profondeurs du désert; mais le projet d'Aly était impolitique et funeste, il ne fallait pas détruire les Bédouins. Leur existence est en effet très-utile; si l'on a dit avec raison des chameaux qu'ils sont les vaisseaux du désert, on peut dire à aussi juste titre des Bédouins qu'ils en sont les pilotes ; seuls ils peuvent traverser avec facilité ces immenses espaces sablonneux et dépeuplés , y entretenir des communications promptes et habituelles j y fixer leur séjour et relier ainsi les régions que ces espaces séparent. La conservation d'une pareille race est donc éminemment utile à l'humanité: la corriger de ses vices et mettre à profit les avantages qu'elle offre, voilà ce qu'il fallait faire, voilà ce qu'a fait Méhémet-Alî.
LES OSHANLIS.
Les Turcs d*Égypte. — Leurs qualités morales. — Leur présomption. — SentimeQtsdes Turcs envers les Européens. — ConstantinopoUtains, Turcs d'Europe, Albanais, Ottomans asiatiques, Mamelouks.
16. Les Turcs d'Ég/pte. — Les Osmanlis sont étrangers en Egypte; ils y viennent des différentes parties de la Turquie, attirés, la plupart, par la popularité dontMébémet-Ali jouit parmi les musulmans.
Les Turcs se considèrent comme formant une caste privilégiée , la classe des vainqueurs et des conque-
t^A ESQUISSE S€R LES MCEUHS
rants. Us sont trop fiers de la distance qui les sépare des Arabes, pour entretenir avec eux des relations d'égalité. Il est très-rare qu'ils s'unissent à des femmes égyptiennes, encore ceux qui occupent des grades inférieurs sont-ils les seuls à consentir à de pareilles alliances; ils ne les contractent d'ailleurs qu'avec les familles indigènes des villes qui se distinguent par leur position sociale et leurs moyens pécuniaires. Les Osmanlis dédaignent d'apprendre l'arabe , parce qu'il est l'idiome de la race vaincue; ils oublient que cette langue a élevé un bien plus grand nombre de monuments littéraires que la leur qui lui a emprunté au moins le tiers de ses mots, et que c'est d'elle que s*est servi le Prophète pour révéler aux musulmans leur livre sacré; mais s'ils n'ont aucune sympathie pour les Égyptiens, ceux-ci les paient de retour : il est rare d'en trouver qui sachent le turc.
17. Leurs qualités morales. — 11 est vrai que les Osmanlis ont des mœurs et un caractère entièrement différents de ceux des Égyptiens.
Leurs qualités sont celles que l'on rencontre ordinairement parmi les classes nobles. L'Osmanli est ferme, opiniâtre , constant, persévérant. Il est trèscirconspect et prévoyant. Dans toutes les circonstances où les préjugés de sa religion ne s'y opposent pas, il est bon, doux, bienveillant dans ses relations sociales. On dirait que la distinction des manières lui est naturelle ; il a au plus haut point le sentiment de la dignité personnelle, et quoique son intelligence ne surpasse pas en vigueur ou en étendue celle de