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cute la paix ou la guerre. Les cheiks dirigent en outre les expéditions militaires.
1. Leurs guerres. — Chaque tribu a sa part du désert , et les limites entre lesquelles lui sont assignés ses pâturages. Mais on conçoit que les démarcations soient difficiles à déterminer avec précision sur un pareil terrain. Aussi des discussions naissentelles souvent entre les tribus voisines , et autrefois ces discussions entretenaient des guerres sans On. La paix est rompue aussi pour d'autres motifs : une injustice, un mauvais traitement dont un Arabe a été l'objet, rejaillissent sur la tribu entière. Les Bédouins font la guerre avec loyauté et d'une façon chevaleresque. Avant de commencer les hostilités, ils s'envoient des défis. Ils combattent avec un courage peu commun. Leur ordre de bataille est intéressant par sa simplicité et les souvenirs des temps primitifs qu'il rappelle. Des deux côtés, sur la première ligne, sont les jeunes hommes, l'élite de la tribu , sous le rapport de la vigueur, de l'agilité et de l'ardeur. Ces jeunes guerriers, ambitieux de se signaler, se provoquent et s'entrechoquent les premiers. Au second rang sont les hommes mûrs, les chefs de famille , et derrière , les vieillards et les femmes. Celles-ci animent les combattants; elles chantent, en s' accompagnant du darabouka, des improvisations belliqueuses. Les jeunes fiancées exhortent leurs amants, et promettent leurs mains en récompense de la victoire. Les jeunes femmes, les mères, rappellent à leurs époux les liens sacrés
DES AUTRES HABITANTS DE l'ÉGYPTE. 115
qui les unissent^ leurs enfants et leur famille, dépôt précieux dont la conservation a été confiée à F intrépidité de leur âme et à la force de leurs bras. La plus belle fille de la tribu excite l'émulation des jeunes guerriers, en offrant de se donner à celui qui aura conquis le plus de gloire dans le combat.
8. Leur liberté religieuse. — Les Arabes qui habitent les villes portent le double joug du despotisme politique et religieux. Les Bédouins au contraire ne connaissent pas le premier et savent s'affranchir du second. Ils sont musulmans, mais leur islamisme est primitif, élémentaire ; il n'est pas compliqué des pratiques subtiles dont l'a surchargé la scolastique des docteurs de la loi mahométane. D'ailleurs , pour s'excuser des infractions qu'ils commettent aux prescriptions religieuses , ils disent : Nous ne récitons pas la prière, parce que nous manquons d'eau pour faire nos ablutions; nous ne faisons point l'aumône, parce que nous sommes pauvres ; nous ne jeûnons point pendant le Ramazan, parce que nous jeûnons toute l'année ; nous n'allons point à la Mecque , parce que le temple de Dieu est partout où l'on prie.
9. Leur culture intellectuelle. — Le langage des Bédouins est figuré-, ils empruntent les images de leur poésie aux objets qui les environnent, aux yeux de la gazelle , à l'agilité de la jument, à la patience de la chamelle, aux traits caractéristiques du désert. Ils ne possèdent aucune teinte des sciences; la . plupart des cheiks eux-mêmes ne savent pas lire; mais, en revanche, leurs facultés intellectuelles,
il6 ESQUISSE SUR LES MCEURS
qui sont eicellentes, oat à leur service de$ facultés physiques perfectionnées par l'exerdce à un degré dont on aurait peine à se faire une idée.
iO. La signora. — J'ai eu pki^eurs fois l'oocasioii 4^éLudier le caractère et 1^ moçurs des Bédouiuis pendant les voyages que j'ai faits dans le désert. Un épièode de Tune de ces excursions me parait méiTÎter d'être mis sous les yeux du lecteur.
Au moment où les Français évacuèrent T Egypte, «une partie de la garnison qu'ils avaient à Mansourah fut attaquée à Fimproviste par les redoutables Bé* <louins d^Abou^Koura (i), chef fameux qui avait toujours résisté à ta puissance des Mamelouks , et était devenu le matlre de la province. Il habitait un vil^ iage fortifié nommé Mit-el-Uammer, à six lieues sudouest de Mansourah. Dans cette échaufiCaurée , les Arabes enlevèrent une Jeune femme qui devint l'épouse de leur chef, et qui est connue dans le pajs sous le nom de /a signera^ J'avais souvent entendu pairler d'elle,. >e désirais fort la connaître. En me (rendant , en 1834 , dans la province de Charqyeh « je passai par le village qu'elle habite,, et j'allai logier dams sa maison , qui est un palais à cèLé des autres haibitations d'Arabes. Je fus très-bien accueilli par iiik de ses fils. Me sachant Français, il me parla de sa mère. Je lui tém^gnai le désir de la voir. Ma qualité de médecin pouvait seule m'en offrir le moyen. Je fus conduit auprès d'elle : elle me donna le bonjour en français ; mais je reconnus bien vite à son
(f) V^ imttomt.
DES àUTHES habitants DE l'ÉGYPTE. IIT
accent qu'elle était Italienne. J'appris qu'elle était née à Venise; que son père, marchand de chapeaux, s'appelait Barthoii ; sa mère, Marguerite ^ elle 9 Julie ; qu^elle avait été unie à un lieutenant français nommé Devaux , de la Franche- Comlé; que, prise par les Bédouins au sortir de Mansourah , elle fut jetée sur la croupe d'un cheval qui l'emporta à travers des terres et des sables , et que le soir elle se trouva dans une grande maison , en présence d'un homme enveloppé de la tête aux pieds d'une vaste pièce d'étoffe blanche , qui lui pro-digua les démonstrations de la plus vive tendres^ ^ la fit dépouiller de ses habits européens, la revêtit lui-même d' une vaste robe à l'orientale, lui donna SIX cents bourses de bijoux (environ 100,000 fr.)^ et un grand nombre d'esclaves pour la servir. Cet homme était le puissant AbourKoura. Mais ce luxe » ces attentions l'importunaient; elle pleurait sans cesse et demandait par des gestes et par des cris d'être rendue aux siens. Cependant, au bout de onze mois, elle accoucha d'un fils. Le sentiment maternel calma un peu son imagination et lui rendit sa captivité plus> supportable.
Son sidi, qu'elle aimait beaucoup et avec qui die étiit accoutumée à vivre, étant mort, elle fut con-^ trainte d'épouser le frère du défunt, qui fut loîa d'avoir pour elle les mêmes égards qu'Abou-Koura. <}uatre ans après ^ cet homme mourut, laissant une fille, Apkisa, âgée de deux ans , et sa femme enceinte d'un fils qui fut nommé AK. Quoiqu'elle eût son-
venta souffrir des mauvais traitements de son mari, la signora perdit beaucoup à sa mort ; car des parents avides, profitant de l'état de délaissement et de faiblesse où elle venait de tomber^ parvinrent, à force d'intrigues, à s'approprier la plus grande partie de la fortune de cette famille, déjà considérablement diminuée. Mansour, le fils aîné, trop jeune pour défendre l'héritage paternel, fut si affecté de le voir passer en d'autres mains qu'il en est resté fou. Son frère Ali est aujourd'hui le seul soutien de cette maison, jadis colossale : elle possédait quarante - quatre villages , plusieurs milliers de chameaux , des troupeaux nombreux et plus de cinq cents esclaves. Il ne lui reste de ces richesses que de faibles débris , suffisants néanmoins pour la faire vivre dans une grande aisance.
Depuis trente-quatre ans que la signora est entrée dans ce harem , elle n'en est jamais sortie et n'a vu d'autre homme étranger que moi. Ma présence excita en elle la plus vive émotion. Je compris que le sentiment de la patrie et le désir de la liberté n'étaient pas entièrement éteints dans son cœur. Elle me vit sortir avec attendrissement et je me retirai moi-même fort ému. Elle n'a plus entendu parler de sa famille; elle ignore si l'officier Devaux fut tué à l'affaire de Mànsourah.
J'ai vu dans la maison de la signora tout ce que l'hospitalité bédouine conserve de patriarcal. Les deux repas que j'y fis furent servis sur une -grande natte ronde. Au milieu était un mouton tout en-
lier, et sur les bords une grande quantité de petits plats. Les membres de la famille , les principaux: du village et moi mangeâmes les premiers , accroupis, sur des tapis , déchirant des doigts notre lapin de rôt, ou pétrissant en boulettes le pilau arabe. Nous fûmes remplacés par d'autres, et ceux-ci par les serviteurs et les pauvres, que je comptai au nombre de soixante. Ce qui me frappa surtout, c'est que le chef de la maison fit les honneurs de la table jusqu'à la fin ; de telle sorte que les pauvres avaient moins l'air. de malheureux à qui on faisait l'aumône que de convives qu'on avait invités. Ce ne fut pas là, du reste, un acte d'ostentation, l'hospitalité de tous les jours est la même.
il. Guides arabes. — Les Bédouins fournissent des guides et des escortes aux voyageurs qui ont à traverser les déserts. Les moindres accidents de terrain leur servent d'indications et comme de pierres milliaires, d'après lesquelles ils calculent .leur route, sans jamais se tromper, avec une merveilleuse sûreté de coup-d'œil. Pour parcourir les déserts. de l'Est jusqu'au mont Sinaï, la tribu des Bysars donne d'excellents guides. Les Ouladaly en fournissent pour les déserts Libyques , les ^&a^é5 pour ceux de la Nubie, les Avouazem pour les espaces qui s'étendent du Nil à la mer Rouge, depuis 1 Kosseyr jusqu'à Bérénice. Les Avouazem sont trèsutiles aux naturalistes , à cause de leur habileté à la chasse.