Consuls. — La première est celle que compo
sent les consuk , leurs chanceliers :et les divers offîciers attachés aux consulats; c'est la classe la plus honorée par les indigènes.
Il y a en Egypte des consuls-généraux quiTésrdeitt à Alexandrie; les diverses puissances rQprésentéeS;par d^ dignitaires de ce grade sont ;la France , la Russie, TAutriche, F Angleterre, la Prusse, l'Espagne, la Suède, la Sicile^ la Sardaigne, la Hollande, laBdjgique^ le Danennarck et la Toscane.
•Ces hauts fonctionnaires ont, blasomiées sur les portes de leurs hôtels , les armes de leurs gouverne* ments respectifs; au bout d'un mât placé sur leiaite de leurs maisons flotte le drapeau national.
Le Caire a des vice- consuls: l'importance de cette ville demanderait que la France y entretînt un consul de première classe, ne fftt-ce que pour qu'un traitement plus élevé permit à l'envoyé français de tenir une représentation plus considérable et d'être revêtu par conséquent d'une dignité plus haute aux yeux des indigènes qui prqportioaneiU leur re^ect aux preuves extérieures de la puissance et de la richesse. Les principales puissances onît à Damiette, à Rosette, à Suez ^ à Kenneh et à Kosseyr, des s^eiits choisis d'oixlinaire parmi les chrétiens du pays*
Les consuls ont à remplir, dans le Levant, une autre mission qu'en Europe. A l'époque où les icapi- ■tulations qui régissent nos rapports avec l'empire Ottoman ont été conclues, il y avait une telle dissômblance entre les mœurs et les institutions des Judccs et celles des nations européennes, qu'il fût néçes-
DES AUTBËS HABITANTS DE l'É<SYPTE. 151
satire de soumettre les Francs à des réglemeats spér ^ux; d'élai'^r les attributions des cobsuIs, de leur donner des prérogatives plus con»déra blés, d'en faire comiBe les chefs de leurs nationaux , cbargés de veil* 1er parmi eux à l'exécution des lois de la métropolCt tenus d'ailleurs à les protéger avec une sollicitude plus vigilante encore que dans toute autre contrée; <^r labarbaerie des Turcs les soumettait 9 dans ce tempslà, à de fréquentes vexations , dont la répression demandait de la part des consuls une vigueur et une activité sans relâche. Jusqu'à ce que les mœurs et les institutions de l'empire ottoman se soient mises . en harmonie avec celles de l'Europe, les consulats du Levant devront conserver leUr caractère spécial. De leur côté, les consuls-généraux d'Alexandrie se distinguent encoredeceuxdu Levant. Le rang que l'É* gy pte a pris dans le monde politique, depuis que Mébér met- Ali veiUeàses destinées, a élevé laposition du consul-général d'une grande puissance, auprès du vice: roi, au niveau des postes diplomatiques les plus im*portants* Les consuls-généraux de France, d'Angle terre, de Russie et d'Autriche sont, dans le fait, de véritables ambassadeurs. Us ne se bornent pas à couvrir de leur protection les intérêts commerciaux ou civils de leurs compatriotes, ils entretiennent de fré* quents rapports avec le vîce-rcH, ont à lui faire des eommunicatk>ns de la part des cabinets qu'ils représentent, et traitent ai^c lui des questions politiques diffîdles et d'un luaut iatérêt.
Le nouvean caractère qu'a reçu depuis ces der-
nières années le consulat général d' Alexandrie demanderait donc que l'on en fit une position vraiment diplomatique y et que l'on confiât à un chargé d'affaires la gestion de nos intérêts politiques en Egypte. L'Angleterre et la Russie entretiennent déjà des agents spéciaux ; il serait digne de la France de se mettre au niveau de ces puissances. La France, qui a pris avec tant de zèle sous sa protection les intérêts de l'Egypte et les glorieux elTorts de Méhémet-Ali , prouverait , du reste , en se faisant représenter à Alexandrie par un chargé d'affaires, qu'elle voit et entend que l'on voie en lui plus qu'un pacha ordinaire.
La France aurait également à suivre l'exemple de l'Angleterre, en séparant, dans les fonctions du consulgénéral, celles qui sont politiques de celles qui sont commerciales, pour confier ces dernières à un consul particulier. Lès affaires commerciales sont en effet , très-importantes. Dans Tétat des choses, le consulgénéral qui doit les diriger est surchargé d'occupations, d'autant qu'il a en outre sous sa dépendance tous les consulats de l'Egypte et de la Syrie.
Le consul-général est à la tète de l'espèce de colonie formée par ses compatriotes, qui résident dans la circonscription de son autorité. H les régit d'après les ordonnances en vigueur dans les Échelles; il juge, avec le concours des députés de sa nation, nommés par les notables, les affaires civiles et criminelles. Dans les circonstances où une manifestation publique l'exige, pendant les jours de fêtes et de cérémonies,
DES AUTRES HABITANTS DE l'ÉGYPTE. 153
il parait. en public avec les insignes de sa dignité et entouré de députés choisis parmi ses nationaux.
Le consul français a sous sa protection tous les couvents de Terre-Sainte. Les établissements de la Propagande sont protégés par le consul d'Autriche.
Il est très-important , pour augmenter la considération de nos consuls dans Fempirc ottoman, de leur fournir les moyens d'avoir une représenlation à la hauteur de la dignité dont ils sont revêtus et de la grande nation qui les envoie. — On ne saurait trop désirer également que l'autorité consulaire fût armée de beaucoup de vigueur et qu'il ne fût permis dans aucun cas à nos nationaux de s'y soustraire ou de la mépriser. Il faudrait que nos consuls pussent exercer une sévère police, purger la colonie qu'ils dirigent des fripons et des intrigants sans aveu , qui compromettent le nom de la nation à laquelle ils appartiennent en exploitant avec effronterie la crédulité d'un peuple ignorant, en exerçant des fonctions importantes auxquelles ils n'ont aucun titre ,. et en usurpant des qualités qui ne leur ont jamais appartenu. On devrait aussi- exiger des voyageurs. un respect plus rigoureux pour l'autorité du consul.
40. Négociants. — La seconde catégorie des Francs est celle des négociants. Ils séjournent principalement à Alexandrie. On en compte environ quarante, dont plusieurs sont établis dans le pays depuis de longues années avec leurs familles. Dans ce nombre je ne comprends pas les marchands en détail ; mais il faut joindre à cette classe celle des commis , qui
i54 ES<}U1SS£ aUfi LES Mâsuas
vivent en général dans la demeure de leurs patrons.
Al. Marchands. — La troisième clastse se compose ^es marchands. On compte à Alexandrie une centaine de magasins tenus par des Euit^éens. Il y a des magasins d'^offes, do xnereerie^de v^rariey 4e quincaillerie, de bijouterie et de nouveautés; plusieurs de ces établissements soat très-bien fournis^ Les magasins de nouveautés se tiennent au courant de toutes les modes d'Europe.
Il y a à Alexandrie huit ou dix nestaurants fiançais, anglais, italiens, assez bien tenus. On y trouva également de beaux cafés, où ¥<m serti l'européenne le chocolai, le café, les liqueurs; où, pendant l'été, on va prendre des glaces faites avec de la glace apportée de la Caramanie. Plusii^rs <y>nfisetirs fraaos trouvent assez de chalands à Alexâosidfie poor y exer* cer leur industrie d'uUiÇ manière lucrative. Le Caire contient également quelques restaurants européens.
42« Industriels. — La classe des industriels se compose de charpentiers, «naçons , serruriers, ferblantiers, chaudronniers, carrossiers, orfèvres, bijoutiers, horlogers, cordonniers, tailleurs, chapeliers ; elle comprend des modistes pour les dames»
La dernière classe renferme les domestiques , les hommes de peine, etc.
43. Employés du gouvernement. — Le$ Européens au service du gouvernement forment uue catégorie à part. Us ne sont pas aifêsi nombreux qu'on pour« rait le croira. On compte parmi eux enwoa deux: cents médecins ou phanaadiens. Une vingtaine d'ior
DES AUTIUIS HABITANTS DE l' EGYPTE. 153
sLructeurs militaires se rangent dans celte classa, taadîs ^u'on a cru en Europe qu'il y en avait plusieurs centaines et même des milliers. Il est vnai qu'ils étaient plus nombreux lors de Torganisatioa des troupes r^ulières et de la marine ; mais , depuis lors^ les soldats égyptiens ont été assez bien formés pour n'avoir plus besoin de recourir aux leçons des étrangers et pour se dresser eux-mêmes au manie*ment des armes et aux manœuvres. Il y a dans les écoles de vingt à vingt-cinq professeurs européens ; la plupart sont français. Les ateliers et les fabriqu6$ du .gourernement renferment aussi quelques directeurs et quelques ouvriers français , anglais ou iia* liens. L'administration compte parmi ses employée quelques Francs. On voit donc que le nombre des Européens qui sont au service du vice-roi n'est pas aussi considérable qu'on aurait pu se l'imaginer» Il est facile de concevoir que Méhémet-Ali ait à cœur de se servir le plus possible de ses sujets et de s'afr franchir de l'espèce de tutelle sous laquelle l'Egypte était tenue, tant qu'elle a eu besoin de demander presque tout à l'Europe. Ce désir patriotique est; louable. Je pense néanmoins qu'il a été poussé trop loin. 11 ne faut pas se dissimuler que, si l'on veut conserver les institutions nouvelles, assurer le niaijDH tien des résultats obtenus et parvenir à de nouveauif progrés, le concours des Européens sera long-temps encore nécessaire, indispensable.
Ai. Mœurs des Francs^ — L'ensemble des £ar<^ péens dont je viens d'énumérer les principaux grp«|r
pes forme une espèce de colonie réunie presque toute entière dans les mêmes quartiers. La distinction des rangs y est sévèrement observée, et l'étiquette poussée très-loin. Les membres de chaque classe ne dépassent pas dans leurs relations le cercle que leur tracent leurs fonctions, leur état, leur fortune. La classe opulente se distingue par cette largeur dans la représentation , par cet entrain dépensier que Ton rencontre toujours au milieu des sociétés coloniales. Elle recherche le luxe dans les ameublements et dans le costume, et tient à suivre pas à pas, dans toutes leurs variations , les modes parisiennes. Elle aime les plaisirs et les fêtes; elle se réunit souvent dans de brillantes soirées et dans des bals auxquels prési- 'dent ordinairement T opulence et le bon goût. H y a même à Alexandrie deux petits théâtres fort jolis , l'un consacré à la représentation des pièces françaises, l'autre à celle des ouvrages italiens. Ils ont été construits aux frais de plusieurs amateurs qui les exploitent eux-mêmes. Les Francs sont hospitaliers, et, par leur courtoisie pleine de prévenances, savent rendre leur hospitalité très-aimable aux étrangers. Ils sont généreux ; il n'est pas rare que plusieurs donnent à des malheureux qui se trouvent souvent en Egypte dénués de toutes ressources, des secours de 300 à 500 francs. Pour soulager des compatriotes infortunés, ils font souvent parmi eux des collectes qui produisent bientôt des sommes assez importantes. Les Européens d'Alexandrie ont élevé dans cette ville un hôpital qu'ils entretiennent à leurs
DES AUTRES HABITANTS DE l' EGYPTE. 157
frais et dans lequel sont recueillis les ouvriers, les marins et tous les Francs qui n'auraient pas les moyens de se faire soigner à domicile pendant leups maladies.
Les mœurs sont assez relâchées dans la société franque ; les intrigues d'amour n'y sont pas rares ; cependant il ne manque pas de personnes honorables qui suivent scrupuleusement les lois de la morale , observent avec soin toutes les convenances et donnent de vertueux exemples.
45. Les voyageurs. — Outre les Européens dont nous venons de parler, il y a toujours en Egypte un nombre flottant de voyageurs dont les mœurs, le caractère, les projets donnent matière, sous plusieurs rapports, à des observations assez piquantes.
Des motifs différents peuvent décider les Européens à venir visiter TÉgypte. Les uns, ce sont les véritables touristes, cherchent à utiliser les loisirs que leur donne la fortune, en butinant de l'instruction , ou en allant chercher des délassements partout où leur curiosité les appelle. D'autres , ce sont des artistes ou des littérateurs , viennent déchiffrer des énigmes scientifiques , ou demander des inspirations à la plus antique patrie des arts, à une terre favorisée de la nature, riche en attrayantes excentricités, et sur laquelle planent des souvenirs vieux de plusieurs milliers d'années. D'autres encore viennent en Egypte à la poursuite de la fortune ; ceux-ci sont des militaires, des négociants, des médecins, des ingénieurs, et surtout des hommes à idées, des faiseurs
bientôt toute chose se transforme en mal à leurs yeux. Peu leur importe que le ciel soit beau , que ses teintes soient admirablement pures , si le soleil est brûlant , la chaleur insupportable. Songeraientils à jouir de la sérénité des nuits, qui enivre de jouissances le corps et l'âme, lorsque, en revanche,des vents, qui font tourbillonner les trombes de poussière, leur préparent pendant le jour d'affreux tourments? Le sol est fertile , disent-ils , mais le paysage d'une monotonie désespérante; puis qu'est-ce qu'une mince bande de terres fécondes perdue au milieu d'un océan de stériles soljitudes? Les monuments antiques sont grandioses ; les souvenirs qu'ils rappellent parlent à l'intelligence et au cœur; mais les villes actuelles sont laides ; les populations qui les habitent, hommes et femmes en chemise, enfants nus et maladifs , tout cela est hideux à voir. Ajoutez le désagrément de se trouver au milieu d'un peuple qui parle une langue bizarre et difficile , obstacle continuel qui suscite des ennuis à chaque instant. — Aussi, pour peu que ces voyageurs , dont les rêves sont déçus , ne soient pas d'humeur endurante, mécontents de tout, ils ne soupirent qu'après le moment où l'Egypte disparaîtra derrière la quille du navire qui les emportera loin de cette terre maudite. De retour chez eux , ils se vengeront de leur désillusionnement, en la décriant à toute occasion ; et , s'ils écrivent leur voyage , ils la représenteront sous des couleurs fausses et injustes. D'autres touristes sont aussi exagérés dans des sentiments contraires. Enthousiastes de ce qui est
DES AUTRES UABITÀNTS DE l'ÉGYPTE. i61
nouveau pour eux , avides d'émotions , ils trouvent tout bien , admirent tout , se passionnent pour chaque chose. Tout plaît également à la curiosité bienveillante de ceux-là : l'aspect particulier du pays , la physionomie singulière des villes et celle des habitants. Aussi se hâtent-ils d'imiter les manières des musulmans et d'endosser leur costume. C'est même une mode assez générale parmi les nouveaux arrivés de se revêtir le plus tôt possible des habillements orientaux. Quoique l'on soit autant respecté et peutêtre plus sous le vêtement européen , ils cherchent à excuser leur caprice par des motifs plausibles de convenance, lorsqu'au fond ils ne brûlent que de satisfaire une fantaisie, lis ont hâte de se voir dans le large pantalon , de rouler un turban autour de leur tête et de porter au côté un sabre recourbé. En fait de costume, ceux qui ont la prétention d'être artistes poussent le culte de l'ancien vêtement des musulmans jusqu'à se singulariser d'une manière ridicule. Ils déplorent que les Orientaux aient abandonné quelques-uns de leurs usages pour les remplacer par les nôtres : — aujourd'hui on ne porte plus, dans la haute société , le turban , qui n'est resté en usage que parmi les hommes de basse classe ; — ils en entourent leur tête ; de môme , ils préfèrent l'ancien cordon de soie au ceinturon de cuir par lequel les Orientaux retiennent maintenant leur sabre. Quelques-uns exagèrent l'imitation jusqu'à aller pieds nus. On dirait qu'ils ne savent plus s'asseoir sur une chaise et qu'il faut qu'ils se fassent violence