‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 28 sur 110 · II · texte numérisé non relu

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pour ne pas s'accroupir, les jambes croisées , 'sûr les divans. Mais, en iiiépit de leurs prétentions, les manières orientales et le port du costome mosulmaB demandent un apprentissage. Une certaine affecta* tion de singularité dans le choix et Tarrangement des diverses parties de Thabillement , la gaucherie des gestes , le caractère de la démarche , trahissent les novices , et font reconnaître aussi sûrement les Européens sous le déguisement oriental que sous l'habit franc.

Mais il y a, parmi les voyageurs, des hommes sérieux dont Fesprit est modéré, impartial, équitable^ et que leur imagination n'emporte pas fougueusement aux extrêmes ; des hommes tolérants qui comprennent h vraie siliiation des peuples orientaux, apprécient à leur valeur, ni trop ni trop peu, le pays et ses habi* tants, les personnes et les choses, savent se plier sans répugnance comme sans affectation aux exigenees des lieux et à Tempire des coutumes, et, en définitive, peuvent porter un jugement droit sur TÉgypte, que la disposition de leur intetligence leur a permis d'étudier avec fruit.

Àl. Les hommes à profet. — Les hommes à projet qui arrivent en grand nombre sont munis île beaucoup de lettres de recommandation. Les militaires ont toujours à proposer un nouveau système de tactique, une manière jusque-là inconnue de £iire la guerre 5 les artilleurs apportent des projecliles propres à embraser les places fortes, à incendier des flk>ltes. L'un viendra révéler au govivernement égyp-

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lien un bateau sous-marin. L'autre proposera ira. système hydraulique gros de promesses merveilleo** ses, ou des maehines d'une prodigieuse puissance. En fait de systèmes hydrauliques surtoul, des millier» d'essais ont été &its , qui ont presque tous écboQé contre l'exécution.

Nous avons vu aussi en Egypte des médecins char«^ latàns, dépositaires de secrets dont ils vantaient les miraculeux eflets. Un homœopathe est venu apporter un spécifique infaillible contre les trois principales maladies endémiques, la dysenterie, l'ophthalmie et la peste. Il proposait de supprimer les ambulances y et , de par lui , il aurait suffi à chaque médecin d'avoôr dans sa poche une petite boite à médicaments pour soigner et guérir tous les malades d'un régiment oia d'un hôpital. Il est vrai qu'il faisait grâce aux malan dies chirurgicales , et que les atteintes du boulet^ des balles ou de l'arme blanche échappaient à son omnipotence qui consentait à en laisser le trailemeol à la médecine vulgaire. Un autre célèbre hâbleur, dont l'ambition était moins vaste sinon moins outre* cuidante, se bornait à délivrer TÉgyple de l'ophth^ jnie; plus heureux et plus adroit que les autres intrigants de sa sorte, celui-là a eu , pendant quelque temps, le talent d'éblouir son monde et de faire des dupes.

Il faut avouer qu'il y a cliez les Européens otie extrême facilité à se laisser tromper par les avento^ riers, ce qui provient peut-être de la complaisance irréfléchie avec laquelle on donne des lettres de re^

commandation aux personnesquis'expatrientet qu'on ne connaît pas assez. Aussi, a-t-on souvent reçu avec beaucoup de distinction, comme de très-grands seigneurs, des escrocs que l'on a eu à rougir d'avoir admis dans sa compagnie. Je pourrai rapportera ce sujet une foule d'aventures plus piquantes les unes que les autres. Qu'il me suffise de parler de celle du célèbre baron de Wulfenghen, que son titre féodal et de puissantes recommandations firent accueillir par toute la société d'Alexandrie. Notre habile aventurier commença par se loger magnifiquement, par faire de grandes dépenses, par recevoir chez lui ; il ne parlait que de ses châteaux et de ses rentes. Chacun s'empressait d'aller au-devant de ses souhaits. C'était à qui lui offrirait sa bourse. Les plus belles réunions avaient lieu chez lui , et chacun était fier d'être admis chez le baron, qui, d'ailleurs, homme d'esprit à belles manières , recevait avec courtoisie les plébéiens démesurément flattés de la condescendance avec laquelle daignait les admettre ce noble seigneur. On se disait : je vais chez le baron, avec autant d'orgueil que si l'on eût été invité à aller à la cour.

La déception fut grande , lorsque les soupçons s'éveillant sur le haut personnage, et celui-ci étant à bout de ses ressources et de ses expédients, on apprit un beau matin, de sa bouche môme, que ses prétendues richesses et ses châteaux en Allemagne n'avaient jamais existé que dans sa conversation et dans la crédulité de ses courtisans bénévoles. Ceux-ci en furent quittes pour leurs frais d'obséquiosité et leurs

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avances qui ne s'étaient pas élevées à moins de cinquante ou soixante mille francs. Ce n'était pas une petite moisson pour l'agréable séjour de quinze à dix-huit mois qu'avait fait à Alexandrie le baron de Wulfenghen.

48. Reproches mérités par les voyageurs. — Beaucoup de voyageurs qui visitent l'Egypte méritent des reproches quelquefois assez graves.

L'une de leurs fausses préventions est d'arriver dans le pays avec l'idée que les Européens qui y sont établis sont arriérés et que seuls ils apportent avec eux la science et les lumières. Sans connaître les lieux et les hommes, quelques-uns tranchent avec suffisance les questions d'administration, et n'hésitent pas à donner des conseils au vice-roi lui-même sur les affaires du gouvernement. Ils accusent à la légère les Européens employés, d'incapacité ou d'ignorance, parce que certaines choses n'ont pas été faites d'après leur manière de voir, soit qu'elles ne conviennent réellement pas au pays, soit que des obstacles impérieux en aient empêché la réalisation. Fraîchement imbus des lectures qu'ils ont faites pour se préparer à leur voyage, ils s'imaginent d'ailleurs mieux savoir l'Egypte que ceux qui l'habitent depuis de longues années.

Plusieurs montrent pour les usages du pays un mépris inconvenant et absurde; ils se font un plaisir et comme un point d'honneur de les violer^ et abusent trop de la liberté que le vice- roi accorde aux Européens. J'en ai vu qui voulaient outre-passer les

eMisignes mititaires, parce qu'elles les contrariaient d«M lear manière àe voir ou d'agir.

il en est qui se conduisent envers les malheureux Arabes avec une inrutalité cruelle et indigne de la civilisation à laquelle ils appartiennent. Ils les considèrent comme de misérables parias, en dehors de F^^^èce humaine, et s'imaginent qu'il ne faut leur parler d'autre langage que celui do bâton; aussi, dés leur arrivée ^ se munissent-ils d'un eawrbachj é(Mil ils (r^ppent , impitoyablement et sans prétexte raisonnable^ comme dqs bêtes de somme, les portekix chargés de leurs paquets et de leurs malles , les aniers , les mariniers du Nil , qui conduisent leurs kigi^ges, etc.

On connati la sévérité avec laquelle les rapporta des chrétiens avec les femmes musulmanes sont interdits et punis dans tout l'empire ottoman. Ce crime à été regardé comme si grand par les musulmans , que les capitulations mettent en dehors de la tutelle protectrice des consuls les Européens qui s'en i^endent coupables. En Egypte, la tolérance, en tout ce qui concerne les mœurs, est plus grande que dans le reste de la Turquie. S'il y est arrivé que les agents de ia police aie nt arrêté quelques Européens, surpris en flagrant délit avec des femmes du pays, ils ont presque toujours été relâchés sans souffrir aucun châtiment. J'ai vu des Francs qui, au lieu d'apprécier cette ttriérance, en abusaient au-delà de toute expression.

49. Conseils aux voyageurs. — Les voyageurs qui viennent visiter l'Égy pten'ont, à leur arrîvéeà Alexan-

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dtie y qu'à se présenter à leur consul pour obtenir le iirman protecteur qui leur permet de parcourir le pays. S'ils ne sont pas spécialement recommandés il quelqu'un de leurs compatriotes qui veuille leur donner ThospitaUté, ils trouvent dans cette ville des bôtels et des restaurants convenables » à peu près de tontes nations.

Pour se rendre au Caire, ils doivent louer une barque qui les conduit, par le canal de Mahmoudieh, jusqu'au Nil. C'est un trajet que l'on (air en douze ou quatorze heures. On débarque à la prise d'eau du canal^ à l'Atiefa, tout près de Fouah. Là, on entre dans une autre barque pour remonter le Nil jusqu'au Caire; cette nouvelle traversée, allongée par les sinuosités du fleuve , dure , lorsqu'on est favorisé par le vent, deux ou trois jours; mais lorsque le vent est contraire, on fait quelquefois huit jours et même (on en a vu des exemples) quinze jours de navigation. Quelque pénible que puisse paraître un voyage aussi lent , il vaut mieux encore s'exposer à ses chances que de faire la route par terre ; cellcHîi est beaucoup plus fatigante, car il n'y a pas, entre le Caire et Alexandrie , de service de transport organisé.

Le prix de la location des barques pour aller de Tune de ces villes à l'autre est de 50 à 60 francs; U varie d'ailleurs suivant la grandeur ou la beauté du liateau que l'on choisit; si plusieurs voyageurs se réunissent, le prix divisé entre eux se réduit pour chacun à une assez chélive somme.

On débarque à Boulaq, faubourg et port du Caire.

Le voyageur doit passer de huit à quinze jours dans la capitale de F Egypte. Cinq ou six lui suffiraient au besoin pour visiter ce qu'elle offre de remarquable aux étrangers : ses mosquées^ ses bazars, ses hôpitaux , ses arsenaux, ses fabriques, ses écoles, ses cimetières extérieurs, puis, dans les environs, les pyramides de Giseh et celles de Sakkarah.

Il fait ensuite ses préparatifs afin de monter dans la Haute-Egypte, où se trouvent les appâ^ts les plus attrayants pour la curiosité des touristes. Avant tout, il faut se procurer une barque : la location en varie de 1000 à 1800 piastres par mois (de 250 à 450 fr.); moyennant ce prix , l'équipage de l'embarcation doit se nourrir à ses frais. II convient de faire un contrat avec le reïs (patron de la barque) , afin de pouvoir invoquer au besoin devant les autorités locales l'exécution des arrangements conclus. Il est plus avantageux de traiter d'une barque au mois que de la prendre à la journée; on doit emporter avec soi quelques provisions, telles que du café, du sucre et plusieurs autres objets qu'on ne pourrait se procurer dans l'intérieur des terres. On trouve à acheter partout sur la route, à très-bon marché, de la viande, des légumes, des fruits, des œufs, du laitage, etc.

Il est indispensable , avant de quitter le Caire , d'engager à son service un drogman , homme du pays, qui puisse servir d'interprète et connaisse les langues turque et arabe. On peut avoir un bon

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drogman à cent cinquante piastres par mois. Ces interprètes qui n'ont pas, à beaucoup près, Thabileté et rérudition des cicérones italiens, et qui ne savent même rien des monuments que le voyageur va visiter, sont nécessaires à celui-ci, non-seulement pour communiquer avec les gens dii pays, mais encore pour porter aux autorités les réclamations qu'il serait dans le cas de faire.

Si au départ du Caire on a le vent favorable , il convient de remonter le Nil jusqu'au point extrême de TÉgypte, où Ton veut pousser ses excursions. U est toujours beaucoup plus facile de redescendre le fleuve et de s'arrêter à son gré dans les lieux prin^ cipaux qui se trouvent échelonnés sur les deux rives.

50. Caractères des diverses nations franques en Egypte. — Parmi les Européens voyageurs ou sédentaires que l'on rencontre en Egypte, il en est de toutes nations : des Français, des Anglais, des Âlle« mands et surtout des Italiens que les révolutions de Piémont et de Naples ont obligés de s'expatrier en grand nombre. Tous, ils conservent sur le sol hospitalier de l'Egypte les traits distinctifs de leur caractère national.

L'Anglais demeure observateur invariable de ses usages; au Caire pas plus qu'à Londres il ne peut se passer du beefsteak, du rosbeef, du chester et des boissons fortes. Il ne fréquente guère que ses compatriotes et ne fraye que fort peu avec le reste de la population. Du reste, austères dans leurs mœurs,

graves éaxis leurs manières , on peut dire que les Anglais forment en Orient la classe la plus honorable, celle qui conserve le mieux sa dignité.

Les Français, dont le caractère est entièrement <^)fK>sé à celui de leurs voisins d'outre-mer, sont, en Egypte comme partout, vifs, impressionnables, mobiles , prompts à s'enthousiasmer et à se rebuter. En revanche, leur esprit^ leur afTabilité, leur politesse , l'aménité de leurs manières , les font aimer d^ Orientaux. Leur heureux caractère, aidé des magnifiques souvenirs que le passage de leur domination a laissés en Egypte, leur attire, de la part des indigènes, des témoignages d'une préférence marquée.

Les Allemands se distinguent par leur bonté. Il y en a peu en Egypte, ceux qui s'y trouvent sont des 4iommes parfaitement honorables.

Les Italiens de distinction, surtout ceux des proirinces septentrionales , ont beaucoup de points de ressemblance avec les Français. Il y a ai Egypte beaucoup d'Italiens de basse classe dont les mœurs ^t le caractère ont souvent fait peser des préventions injustes contre une nation qui renferme, comme toutes les autres , des hommes dignes de considération , tant par leur talent que par leurs qualités morales.

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