‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 71 sur 110 · MALADIES DES YEUX · texte numérisé non relu

MALADIES DES YEUX

22. Ophlhalmie, ramdam des Arabes. —Si Volney a dit « qu'en passant dans les rues du Caire, il avait souvent rencontré, sur cent personnes , vingt aveugles , dix borgnes et vingt autres dont les yeux étaient rouges, purulents ou tachés (i) , » cette assertion ne peut être prise au pied de la lettre ; mais elle n'indique pas moins que le nombre des maladies des yeux est considérable en Égyple.

L'ophlhalmie est une affection endémique dans ce pays, où elle s'offre avec une physionomie qu'elle n'a point dans d'autres contrées. Commune à toute l'Egypte , mais plus fréquente dans la partie septentrionale que dans les latitudes qui se rapprochent

(i) Foyage en Egypte et en Syrie , tom. i , p. â29.

davantage de Téquateur , plus ordinaire dans les villes que dans les campagnes, et davantage dans les terres cultivées que dans le désert, rophlhalmie est une affection redoutable qui n'épargne aucune classe, aucune condition , qui se développe avec tous les tempéraments , et qui attaque souvent plusieurs fois le même individu. — Comme les hommes , les animaux sont sujets à cette maladie. Les chiens , les chats, les chevaux, les ânes, les bœufs, les chameaux, et généralement tous les quadrupèdes, sont fréquemment atteints; et, bien que Taffeclion ne soit chez eux ni aussi commune , ni aussi intense que chez l'homme , il n'est pas rare d'observer chez les animaux des taches dans les yeux et souvent même la perle d'un de ces organes.

L'ophthalmie règne dans toutes les saisons de l'année; mais elle devient plus fréquente à l'époque des chaleurs. Elle ne se développe pas toujours avec la même intensité ni de la même manière : quelquefois elle est générale et prend un caractère bénin ; d'autres fois, au contraire, les cas sont en petit nombre et l'affection est très-violente ; souvent enfin , la maladie réunit les deux caractères de fréquence et d'intensité.

On a beaucoup écrit sur les causes de l'ophthalmie d'Egypte. Les uns ont dit que l'affection était produite par l'intensité de la lumière, par la réflexion qu'elle subit sur un terrain sablonneux , sur des maisons blanchies à la chaux; d'autres ont prétendu qu'elle était occasionnée par une poussière ténue ,

bdi MALAblÉJS ET liÉDÉGINE

souleTée p2LT les Tents et venatit se déposer i\ïf lëft membranes de l'œil ; d'autres ont expliqué son dé^ loppement par la suspensioh dans l'âtniosphèi^é de molécules salines irritantes, telles que ôeîles de hSttroii, de salpêtre , de chlorure de sodium, élc; d'autres enfin ont invoqué l'action du khamSiâ. Mais, à notre avis , aucune de ces explications tt'éftt suffisante , et les causes diverses qu'on a mentiott*liées ne sont pas les conditions véritables du dévë^ loppement de l'afiection. En effet, si la maladie ëlàlt produite par l'action des rayons solaires, pburi[}U0i serait-elle si rare dans les localités où ces rayOftè sont le plus ardents, dans la Haute-Egypte et là Nubie par exemple? Si la maladie était le résultat de rintroduction dans l'œil de particules de poussièl*è ou de sable, pourquoi Tophtlialniie serait-elle inconnue dans le désert? Si elle était occasionnée par là suspension dans l'atmosphère de parties salines^ pourquoi les gens qui travaillent dans les terrains ni^ Ireux, au milieu des décombres abondants en salpé^ tre, ne sont-ils pas attaqués en plus grande proportion que les autres (1)? Donc l'ophtlialmie est produite par d'autres conditions que celles qu'on a alléguées S ces conditions sont celles qui donnent naissance aùt maladies endémiques et épidémiques. Ce sont probablement des causes météorologiques, climatériques

(1) Nous avons pu faire cette remarque au Caire, où de nombreux outfiers ont éié employés long-temps à enlever des décombres qui recéUieut une quantité de nitre considérable.

OU autres qui ont échappé jusqu'ici à toutes ttdis itt^ vestîgaiions.

Je ne nie point que diverses conditions j paritil celles qu'on a signalées , n'agissent comme délérittlnantes, qu'elles ne soient le moyen qui fait éclater là maladie; mais je dis que ces causes tië sauraient suffire à elles seules , car ce sont les mêmes qui dé^ terminent la plupart des affections. Je dis qu'il existé une autre cause , une condition essentielle j et celle*là c'est celle que nous ne savons point.

Parmi les causes diverses qui influent pliiâ ôU moihs sur le développement dé la maladie , les plilà efficaces sont celles qui agissent en supprimant oU diminuant la transpiration ; telles qu'un changement de température^ l'action d'un vent frais, d'un air humide alors que le corps est en sueur, etc. — Il est d'autres circonstances qui prédisposent également les individus à contracter l'affection ; celles-ci se rattachent à des conditions diverses de tempérament ^ d'hahilation , de profession , de manière de vivre* Mais toutes ces causes, nous le répétons, ne sont qu'accessoires et ne peuvent être de quelque efflca-* cité que quand elles coïncident avec la conditioil essenliellc.

L'ophthalmie, avons-nous dit, présente divers de* grés d'intensité; ordinairement, quand la maladie débute, on peut reconnaître aux premiers symptômed si elle sera légère ou maligne. Dans le premier cas ^ quand l'affection doit présenter de la bénignité, nùé légère rougeur se développe lé plus souvent sur la

conjonctive palpébrale. Elle y reste limilée ou ne 50 propage que faiblement à la membrane muqueuse oculaire. En même temps, et quelquefois même avant que l'inflammation n'apparaisse, Tindividu perçoit dans l'œil une douleur légère, du larmoiement, et bientôt après une sensation analogue à celle que produirait du gravier sur les membranes oculaires. Cette sensation est causée par l'extension qu'acquièrent les rameaux veineux qui rampent dans la conjonctive. Au bout d'un jour ou deux, la muqueuse enflammée sécrète un mucus plus ou moins épais, jaune, verdâtre, etc., qui s'attache aux cils et agglutine entre elles les paupières pendant le som-. meil. Cette sécrétion, quand elle a duré quelques jours, se tarit à mesure que la résolution s'opère, et l'œil revient ordinairement à son état normal.

Mais, le plus souvent, les choses ne se passent point ainsi; c'est-à-dire que, le plus souvent, la maladie ne se développe pas sous la forme bénigne dont nous venons de parler ; et , soit qu'elle débute brusquement et avec des synvptômes intenses, soit que sa marche, d'abord insidieuse et lente, acquière tout-à-coup une augmentation notable, l'ophthalmie, dans le plus grand nombre des cas, présente une durée plus grande et une terminaison plus funeste. Dans ces cas dont nous parlons, tous les symptômes se montrent avec plus d'intensité. L'inflammation envahit rapidement la totalité de la muqueuse et détermine le gonflement des paupières. Les larmes acres et brûlantes qui sont sécrétées, dans le prin-

cipe, en petite quantité, sont remplacées par l'humeur purulente dont nous avons parlé, et qui provient également des points lacrymaux , du canal nasal , comme de toutes les parties tapissées par la muqueuse. Souvent les désordres ne se limitent point à la conjonctive, et l'inflammation, après avoir altéré cette membrane , gagne les parties internes , et y produit un gonflement si considérable, que souvent, au milieu d'atroces douleurs, l'œil, ramolli par l'inflammation , éclate et laisse échapper l'humeur aqueuse, le cristallin, et quelquefois même se vide entièrement. Cette rupture est suivie d'un prompt soulagement , et tous les symptômes généraux qui s'étaient développés sous l'influence sympathique de cette affection locale s'amendent et disparaissent peu à peu. Mais souvent le malade a payé cet amendement au prix d'un œil.

Heureusement, ces cas sont les plus rares, et, entre ce degré extrême de la maladie et la variété bénigne dont nous avons parlé d'abord, il existe une foule de nuances- intermédiaires. C'est sous ces formes diverses que la maladie se présente le plus souvent.

Suivant le degré d'intensité qu'elle affecte et d'autres circonstances variées , Tophthalmie offre une marche et une terminaison différentes. Sa durée moyenne est de six à dix jours , après lesquels elle se résout , passe à Tétat chronique , ou donne lieu à divers phénomènes morbides , à des affections nouvelles dont nous aurons à parler bientôt.

Le traitement le plus raiionnel de ropluhalmi^ semble consister dans rernploi des moyens anli-pl^l^ gistiques les plus énergiques, dans V usage des soignées générales et locales, des iQtiqn^ érnoUioDr tes, etc. C'est aussi à ces divers mqyens. que nflH9 avons eu recours dans le principe, guidés que noui plions par la nature inflammatoire d^ la ma^difi. Cependant, aucun do ces remèdes n'a jamais été popf nous d'une grande cincacité, et nous en étions u^ômil venus à nous demander si, pomme l'atQrffîe Pugi^^ les anti-phlogistiques n'étaient pas plqs préjudiçieui qu'utiles, quand nous eu mes l'occasion de cQUStatepkis eflfels d'un moyen empirique. C'était un mélange cQmposé de parties égales de sulfate de ^inc et de sulfate d'alumine qu'on faisait dissoudre dans de l'eau distih lée, jusqu'à saturation. Les heureux résultats que noii^ vîmes produits par ce remède nous décidèrent à l-QW: ployer. Nous nous en sommes servie pour nQus-.mêmes et bientôt pour tous nos malades , et toujours nQus avons eu à nous applaudir de la rapidité de son ac|iûn« Toutefois, ce moyen ne peut êtreemployéquequandil n'existe pas d'ulcération dans les membranes de rqail.

Après avoir parlé de l'ophlbalmie, il convient de dire un mot de diverses affections de l'geil qui ne

sont le plus souvent que le résultat d'aphthalmies

plus ou moins répétées.

23. Une maladie de l'organe de la vue qui succède souvent à Tinflammation de la muqueuse est le ptérygkm. H se renconlrp fréquemment en Egypte, et le nombre des ptérygion? qui se développent sut le

n)êrqe œil est souvent de deux, de trois et ^e quatre, de telle sorte que la cornée en est entièrement recouverte.

24. La cataracte succède quelquefois aussi aux pphthalmies purulentes, surtout quand elles ont été intenses et répétées. Cependant cette alfeclion est plus r^re en Egypte qu'on pourrait le présumer, en raison de la fréquence des ophthalmjes. Dans les cataractes que nous avons eu occasion d'opérer, nous avons rencontré souvent des adhérences du crislallin qw de sa membrane avec l'iris.

25. Venlropioïij ou renversement de la ps^upièro ep deflans, est ég^ileçflèul le résultat de l'inflammatîpq de l'oeil pt des cicatrisaliops qui sucpèdepf à l'ulcération de ses ppvelopp^^ Nous traitons celfe n^aladip par les pipyen§ ordinaices, en e^i^cisant iju pp|it |am})eau sur la paupipre ip^fiide , à qpp li^nç^ qu vi\\Çi ligne çt (Jpîpip du partilagàHorse. Nq^s réi^r nissqns |es |èyres de la plaie à r^iide.de dpux poiq^s cje suture. Ce procédé est plus pron^pt et plu§ p|ïÎt çacp, p^rce qq(î la cipfjlf^çç qui eq yésultç pfljre qpg largeur moins con§jdéral}lp.

26. Le trychiasiSy qu'on confond souvent avec l'entropion, bien que ce soit deux maladies distipptps; le lrjfcl}i^si§, qui n'est que la dévjatjon des cjl§, indépendante de \é\dit des paupières, eit dqp^s Ipqqel Pli pti^çryç qwejqqefojs seq}ement ^q sgyj rai^g ^e ppils (]^viés, taq^i^ qup l'autre a copsery(^^ Sia dirpçtjqp pprrpale ; le trychjasis n'est point que affeçïiqp g^i pajgse toujours dfil'pphlhalnBie; ^oqYpflj

au contraire c'est une cause de cette maladie, et on conçoit en effet que Tirritalion entretenue par le frottement des cils sur le globe de l'œil doive faciliter le dcveloppemcnt de Tinflammation. fi convient donc de remédier à cet état anormal , et c'est ù quoi l'on parvient facilement par le procédé qui suit.

Le malade étant assis en face de l'opérateur, celui-ci introduit entre le globe de l'œil et la paupière une petite cuillère en corne, de manière à tendre le cartilage tarse, en môme temps qu'il fait relever par un aide la peau du front, de sorte que ce cartilage soit légèrement renversé en dehors et en haut. Alors le chirurgien fait, sur le bord de la paupière et tout près de la rangée des cils , deux incisions plus ou moins étendues qui viennent se réunir, par une de leurs extrémités, de façon à comprendre entre elles un lambeau de peau qui se termine en angle très-aigu. Ce lambeau est enlevé, la plaie est abandonnée à elle-même, et la cicatrice qui en résulte ramène les cils à leur direction normale. Ce procédé est simple et commode; nous en avons toujours obtenu d'excellents résultats.

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