MÉDECINE ET ÉCOLE VÉTÉRINAIRE. — HÂRÀS
DE CHOUBRÂH.
État de la médecine vétérinaire ayant Méhémet-Ali. — Fondalion de l'école vétérinaire. — Organisation du haras de Ghoubrah. — Translation de Técole vétérinaire à Ghoubrah.
70. État de la médecine vétérinaire avant Méhémet- Ali.— L'origine de la médecine vétérinaire doit a voir été contemporaine de la naissance de la médecine proprement dite 9 et remonte par conséquent à l'antiquité la plus reculée. De touttemps, en effet, le pasteur, l'agriculteur, le guerrier qui ont vu souffrir ou dépérir, minés par une maladie extérieure ou cachée , leur brebis, leur bœuf, leur cheval , ont recherché la cause de leur mal et le moyen de le combattre. L'intérêt leur conseillait, dans la guérison de l'animal domestique , la conservation de leur propriété. Le sentiment inné de pitié sympathique, qui porte l'homme à secourir tous les êtres qui souffrent sous ses yeux , et aussi l'attachement que l'habitude nous inspire pour, les objets inanimés et animés qui ont été long-temps les témoins de nos bons et de nos mauvais jours , et les auxiliaires utiles ou agréables de nos travaux ou de
ÂâO MALADIES ET MÉDECINE
vice-roi appela des vétérinaires d'Europe. A celte époque, des épizooties s'étaient manifestées en Egypte et exerçaient surtout leurs ravages parmi les bœufs emplojfés à Rosette au mondage du riz. Les Européens qui approchaient le vice-roi lui dirent à cette occasion qu'il y avait en Europe des médecins pour les animaux de même que pour les hommes, et lui conseillèrent de mettre à profit sur ce point, comme il l'avait déjà fait pour beaucoup d'autres choses, les lumières de la civilisation. Le vice-roi, pour lequel un bon conseil n'a jamais été inutile, ne négligea pas celui-là, et fit venir d'Europe deux élèves distingués de l'école d'Âlfort , MM. Hamont et Pretot. Ces messieurs rendirent, à Rosette, les services que l'on attendait d'eux, et, peu de temps après leur arrivée , conçurent l'idée de former une école spéciale. A cette époque, l'école d'Abouzabel avait déjà obtenu quelque succès. M. Hamont, qui s'était trouvé en relation avec le conseil de santé, à cause des divers besoins en instruments, médicaments, etc. , qu'il éprouvait à Rosette, lui fit part de son projet. Il fut très-bien accueilli par ce conseil, et, pour ma part 5 je déclare que je l'appuyai de tout mon pouvoir. Ce fut le conseil de santé qui plaida auprès du minisire et du \ice-roi la cause de M. Hamont. Chargé par le ministre d'examiner les règlements de récolc projetée et de lui procurer les élèves , il s' acquitta de ces soins, fournit à M. Hamont des élèves d'Abouzabel , et proposa de leur faire la même condition qu'aux étudiants en médecine, c'est-à dire
DES ÉGYPTIENS. Ail
de leur donner les grades semblables de sous-aide , aide , etc.
L'école vétérinaire , établie d'abord à Rosette , était dans cette ville trop éloignée de la capitale pour pouvoir produire des fruits. Elle manquait de tout , et malgré le talent, l'activité, le zèle que M. Hamont déployait , les résultats ne récompensaient pas ses efforts. Il comprit l'avantage qu'il y aurait pour lui à être placé près de l'école de médecine d'Abouzabel. Là, en effet, se trouvaient matériel et personnel, un cabinet de physique, un laboratoire de chimie et des professeurs de diverses sciences qui pourraient être utiles aux uns et aux autres élèves. D'ailleurs , dans l'école de médecine , les principaux ouvrages avaient déjà été traduits, et la terminologie scientifique avait été consacrée. Pour notre part, nous vîmes avec plaisir le rapprochement auquel songeait M. Hamont , car l'enseignement de la science vétérinaire pouvait être avantageux à l'étude de la médecine. La translation fut accordée, et M. Hamont arriva à Âbouzabel avec un petit nombre d'élèves qui furent logés dans les dépendances de l'hôpital, en attendant que les constructions spéciales qui leur étaient destinées fussent achevées.
L'école vétérinaire prit dès lors un très-grand développement. On plaça une centaine de jeunes gens dans le beau local qui fut élevé pour elle. Ces élèves furent traités sur le même pied que les étudiants en médecine, c'est-à-dire qu'ils furent logés, nourris, vêtus et payés par l'État. On appela d'Europe des
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professetirs ; des examens annuels constalèreni {mé^ bliquement les progrès des élèves. Enfin, un ék^ se^nement Régulier fut établi, et Féciole fondrwi des sujets aux régiments de cavalerie^
72. Organùatim du hmras de ClHmbmk. -^ Qooif^ que la médecine iréiérînaiire fût enseignée à AiKMih zabel, te haras qui était établi à Gboubrah loi^é* tait pas encore dirigé d*après les prineipos et par des hommes de l'art. De nombreuses maladies ^uK s'y manifestèrent en 1833 y firent appeler Df . Mn^ mont, qui fut chargé de recherdier sur les lieux IfV enxooties fréquentes qui ravageaient l'étaUissemMI^ et d'indiquer le moyen d'en prévenir le retour.
Le travail qu'eut à entreprendre Si. HamonI M fut pas peu considérable : tout était à refittMt L'ignorance des Arabes dans ce qui se nappott/^ à la conservation et à la multiidication de la race clir* valine était profonde. Ils tenaient immobiles» las quatre membi^es garrottés et dans des éc^iries basses et sans divisions, leurs juments et leurs étalons, tous vieux, malingres, ou atteints de vices tôrér ditaires; sous le ventre de leurs mères gisaient les poulains chétifs et catarrheux. Les individus malades étaient confondus avec ceux qui étaient sains. Pottr dant cinq mois de l'année, suivant une malheureuse coutume du pays, les étalons, les juments^ les poulains infirmes ou valides étaient attachés à des piquets jour et nuit, sans pouvoir guère se mouvoir, dans des champs où le trèfle vert formait leur nourriture exclusive. Au retour des pâturages, on wie
leur méaageait aucune Iransilion du rert au* sec, et celui-ci consistait, pendant tout le reste de l'année , en orge et paille distribués à tous sans -distiactioii. On ne tenait point de registre généalogique ; la monte se faisait sans règle. On présentait un^ jumeni au premier étalon ¥enu, sans s'inquiéter si les formes de Fun convenaient aux formes de Fautre ^ on igtkih rait entièrement les bons eflets d'un appareillenient raisonné. Du reste , un grand nombre de femeUes avortaieiitji parce que les entraves qui ^rrottaient leurs jMeds gênaient le développement de leur ventre* Les jeunes chevaux n'étaient. pas suffisamment nour» ri&. A l'âge d'un an, ceux qui avaient échappé aux enzoolies étaient évacués sur des dépôts situés an Caire. Là, même régime, même tenue.
Gomme nous F avons dit y tout était donc à refaire, et voici comment le haras de Ghoubrab a été recon^ stltué d'après les vues que M. Hamont exposa à S. A. dans un rapport détaillé :
Le nouvel établissement forme un parallélogramme de 280 nôtres de longueur sur i80 de largeur. Il est divisé , dans le sens de sa longueur, du nord au sud , en deux compartiments séparés par des cours ^acteuses. Les murs, construits en pierre de taille , ont 18 pieds de hauteur et sont percés de larges et hautes fenêtres. Les écuries sont disposées de ma^ nîère à ce que les chevaux , placés à droite et à gau* che, se trouvent face à face. Cette disposition nou*« velle permet au visiteur de saisir d'un coup d'œil ks formes du clieval. Une allée mitoyenne divise Fé*
curie ea deux portions semblables. Les juments pleines ou nourrices sont libres dans des stalles ^ auxquelles se trouvent ûxés des râteliers-corbeilles, où l'on dépose la nourriture verte. Des parcs d'une grande étendue , fermés par des baies vives , entourent les écuries ; ils sont séparés du haras par de grandes grilles en fer. Des terrains destinés à la culture des plantes fourragères , indigènes ou exotiques , ont été annexés à cette création.
Le vice-roi a enrichi l'agriculture égyptienne de plantes très-avantageuses à un établissement comme celui de Choubrah : la luzerne, le sainfoin, dix variétés d'avoine, autant de trèfle et d'autres végétaux importants ont été introduits. Les semences étrangères propres à la formation des prairies ardficielles ont été également importées. «Te citerai parmi celles-ci une luzerne cultivée depuis long-temps à la Mecque et d'un produit presque incroyable. Lorsqu'elle est bien arrosée, elle peut, en été, être fauchée trois fois par mois.
Tous les chevaux à peu près sont aujourd'hui dégagés des entraves qu'ils portaient autrefois. Les poulains, auparavant enfermés , sont libres dans les parcs ; leur nourriture est plus variée et plus abondante. Sur un registre sont inscrits l'époque des montes, la désignation des étalons et les temps des mises-bas. La saillie a été calculée de façon à ce que les deux tiers des naissances aient lieu au printemps. Les juments et leurs nourrissons sont placés le matin dans de gras pâturages , et rentrent le soir dans
les écuries. Dès que les poulains sont en état d'être sevrés , c'est-à-dire ordinairement à l'âge de trois mois , on leur donne , outre les aliments verts , qu'ils ont à discrétion , quatre ou cinq livres d'orge moulu.
On conçoit que ces réformes aient dû être suivies de bons résultats pour l'espèce chevaline d'Egypte: les maladies ont beaucoup diminué; les poulains sont plus abondants et plus beaux. L'un des principaux vices des productions de l'ancien haras était le défaut de taille ; grâce au système habilement pratiqué par M. Hamont, ce défaut disparaît peu à peu ; aujourd'hui les poulains de deux ans sont plus hauts que les chevaux de quatre ans obtenus dans l'ancien établissement.
Le haras actuel peut contenir mille chevaux ; il renfermait en 1838 trente-deux étalons arabes, quatre cent cinquante juments d'Egypte, quatre-vingts poulains de deux ans, cent cinquante d'un an, et cent plus jeunes. Le service est fait par trois cents hommes , employés comme palefreniers ou destinés aux travaux de cultuire. Ils sont soumis au régime militaire , nourris , vêtus et payés par le gouvernement.
Le vice-roi a l'intention d'établir des haras secondaires dans la Haute et Basse-Egypte , afin d'opérer en grand la multiplication et l'amélioration de l'es pèce chevaline.
73. Translation de Vécole vétérinaire à Chouhràlu — Après que l'école de médecine eut quitté Abou-
iftbel , docun motif n'y retenait plus Técole yétérînaire , car ceux qui Fy avaient conduite cessafent d*exister. Plusieurs des causes qui décidèrent le gouvernement à déplacer F école de médecine devaient le déterminer à faire abandonner par Fenseignemeiii vétérinaire l'établissement d'Abouzabel. Abouzabel se trouvait en effet à six ou sept lieues des corps d'armée ; les animaux avaient à traverser une pwlîon du désert pour s'y rendre ; la longuenr et les incommodités du trajet aggravaient l'état des fsdades et souvent accéléraient leur mort. Cet obstacle , estlevant à Tobservation des élèves les maladies aiguës, faisait une très-grande lacune dans renseignement pratique. Il était donc important de le faire dis^raître. On en avait le moyen en réunissant récole au haras de Cboubrah. Cette réunion devait produire en ontre de* très-heureux résultats, cm* «Hé X)flraît l'avantage immense de permettre aux élèves de perfectionner leur savoir par une pratique journalière et large. Le conseil de l'instruction publique apprécia ces avantages; la translation fut opérée.
L'école de Choubrah contient aujourd'hui ceiit mugi élèves. L'enseignement y est donné par cinq professeurs, tous Français , qui ont pour auxiliaires deux nlémas réviseurs et deux traducteurs. Les études durent cinq années ; les principaux ouvrages de médecine vétérinaire ont été traduits du français en arabe , et sont entre les mains des étudiants. Les •cours professés sont ceux de physique H de chimie -appliquées^ de botanique, d'analomie descriptive Bt
génénle, de physiologie , d'opérations, de pharma* eîe , de matière médicale , de pathologie interne et externe et d'éducation des animaux domestiques.
Les élèves sont chargés, sous la conduite des professeurs, du traitement des animaux malades, de l'établissement des régiments de cavalerie , des dépôts de remonte, etc., qui sont réunis dans un grand h^ital, situé dans le voisinage du haras.
Je ne terminerai pas cet article sans dire que, malgré l'appui que j'ai donné à l'institution vétérinaire , et quoique l'école de médecine lui ait rendu de grands services, il s'est élevé quelquefois des conflits entre M. Uamont et moi. Je rends volontiers hommage au talent, au zèle, à i'énergîe qu'a déployés M. Hamont ; je me garde de vouloir empiéter sur une branche scientifique qui n'est pas ma spécialité ; mais je persiste à demeurer convaincu de l'utilité du plan que j'avais proposé relativement à l'école vétérinaire. Je désirais qu'on la fondît dans l'école de médecine, ou du moins que l'on en fît une section de celle-ci et que l'on rendit communs à toutes les deux les cours de physique, de chimie, de botanique, de matière médicale et de pharmacie. 11 y avait à cela, entre autres avantages, celui de l'économie. D'un autre côté, comme les mêmes magasins, la même pharmacie centrale, les mêmes dépôts de médicaments fournissaient également au service médical et au service vétérinaire ce dont ils avaient besoin , il me semblait naturel de faire entrer un médecin vétérinaire dans le conseil de santé. M. Ha-