‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 78 sur 110 · II · texte numérisé non relu

II

iig MALABIESr ET IHÉDEfilNC

TRAiNSLATlON DE LUOPITAL ET DE l'ÉCÛLB DE MÉDECINE d'aBOUZABEL AU CAIRE*

Translation. —Établissement de Casr-e1-Aîki. ^ Cabinet d'hîstotre naturelle. — H6pit«l cWIl. — Le Moristan. — Maternité. -«AllYssiméiHMS». ^ École d*aceoucberoent. — Héflexions sur. roi^apisatiDn du. senlofrT médical en Egypte.

62. Translation^ — La lieu où. TécoLe. avait dû ètne. établie était naLurelleoient Thôpital d'Abouzabel, <3tik se trouvaient réunis le plus de moyens d'instructionc car, indépendamment de ce qu'il était le seul qui fi)A organisé à cette époque, il avait toujours un graad nombre de malades, qu'il recevait du camp d'instfuûi^ tion de Kanka , composé de 20 à 25,000 homiaes *,; les^ médecins les plus distingués , parmi lesquels fur^t choisis les professeurs, y étaient attachés; enfin, sa situation isolée offrait le double avantage de nou& faciliter l'étude de l'anatomie , et de soustraire les» élèves aux distractions de la ville, ainsi qu'à l'ia* fluence des personnes à qui la superstition faisais considérer comme un sacrilège la dissection des; corps humains.

Mais depuis que le camp d'instruction militaire aété éloigné de Kanka (1), le besoin de transférer l'école et l'hôpital d'Abouzabel sur un autre point , plus convenable pour les malades et pour l'enseigne-

(1) Kanka, comme nous Pavons déjà vu, est un grand village* à trois lieues et demie du Caire, et Abouzdl)el à une d^mi-lieuepjus loin.

DES ÉGYPTIENS^ Ai9

ment y devenait chaque jour plus impérieux. Ciiyq^ ans durent s'écouler avant l'exécution d'un projet que je hâtais de tous nies vœut et de toutes mes forces^

Abandonner un lo<^al qui avait oo^té dies sommes considérables , trouver au Caire un bâtiment assez vaste pour recevoir d,000 à d,500 malades, les dépendaiices i]»éc6ssaires pour y loger 300 élèves , des salles propres à renseignement, c'étaient là des difficultés que le vice-roi a aplanies par l'heureuse idée de destiner à l'hôpital et à l'école de médecine le grand collège de Casr-el-Àm^ situé entre le vieux Caire et Boulac ^ en &ee de l'tle de Raoudah, à peu de distance de la Capitale^.

Il s'élève sur l'emplâceû^^t même 4e la ferme dite d'Ibrahim-Bey, où les Français^ à l'époque de la conquête, avaient établi leur hôpital militaire.

C'est un édifice qui figure sua? la ligne des super-^ bes pakis qui bordent la rive orientale cki Nil, depuis le vieux Caii^e j»usqu'à Boulai.

Il est entouré de belles promenades, sa forme est carrée ,» il a deux étages au-dessus du rez-de-chaussée; toutes les ailes forment un double rang de sallet^ séparées pai* ua corridor ; ehaque aile est divisée en quatre salles , contenant cliacune cinquante Iks. Le rez-de-chaussée se compose de caveaux voûtés qui servent de mag^stôins. Au centre de l'édifice est une vaste cour plantée d'arbres^ Attenant à l'aile du sud, s'élèvent quatre grands corps de logis^ séparés lesuDi) des autres.

Le premier est destiné aux ampluthéàtres, aux la-

boratoires de chimie, aux cabinets de physique et d'histoire naturelle.

Le deuxième , aux dortoirs et aux réfectoires.

Le troisième , à la pharmacie centrale.

Le quatrième, aux cuisines, aux bains, aux lavoirs, t

Cet édifice forme une cour d'un vaste carré. On voit , d'après cette description , qu'il eût été difficile de trouver un local plus complet, mieux entendu , dans une situation plus heureuse.

Les avantages qui résultent de cette translation sont immenses : l'hôpital se trouvant près de 1^ garnison, les malades ont peu d'espace à parcourir. Ils y sont transportés aussi brièvement que possible par la voie de terre, ou par celle du Nil. .

Les malades qui étaient partagés entre 1" hôpital d'Abouzabel et celui de l'Esbékié ( au Caire) se trouvent maintenant réunis dans la même enceinte, et fournissent à Y instruction pratique un nombre suffisantdesujets présentant les divers genresde maladies. Les jeunes ulémas qui , de diverses contrées de l'Orient, viennent étudier la religion et les lois dans la grande et célèbre mosquée d'el-Azar se rendront en grand nombre aux cours de médecine et porteront dans leur pays le fruit de leurs études. La science se répandra ainsi dans diverses contrées cil elle est encore inconnue, et des résultats incalculables s'ensuivront pour l'humanité et la civilisation.

Je ne m'arrête pas à la question considérée sous

son point de vue économique. Il importé cependant de faire remarquer la diminution de dépenses qui est résultée de cette translation par la suppression du personnel médical et administratif de Tancien hôpital du Caire , celui-ci, comme je \iens de le dire, se trouvant fondu dans rétablissement dé Casrel'Aïn.

Placée à côté de Técolé , la pharmacie centrale, où se font en grand toutes les préparations chimiques et pharmaceutiques, présente un mode d'instruction pratique' plus large et bien préférable aux opérations en .miniature des èours théoriques. L'enseignement, ainsi dirigé , eât devenu plus fructueux , et rintelligence des élèves est plus à portée de comprendre les démotistrations qui leur sont faites.

L'école de médecine n'a eu à regt^etter, en quittant Abouzabel, que le jardin botanique qui y avait été établi avec tant de soins et tant de peines. Mais Son Altesse Ibrahim-Pacha, qui a jTait de si grands sacrifices en faveur de tout ce qui se rattache à l'agriculture^, a bien voulu consacrer à la forniation d'un nouveau jardin botanique une portion deterrq de l'Ile d^i£l]aoudah, si connue des voyageurs par ses jardins qui peuvent rivaliser avec les plus beaux de l'Europe. '

63. Cabinet d'histoire naturelle. — Ici je me trouve amené à dire quelques mots de notre cabinet d'histoire naturelle. Dès la fondation de l'école d' Abouzabel, je sentis la nécessité d'initier les élèves à une scieiïce ^uî, chez tû^us les peuples civilisés, fait

us HALAOfCS ET MÉDECINE

partie de rinstraetioh donnée à la jeunesse, se rat-* tache à nos plus belles découvertes, à notre ppos^ périté agricole et indiistrtelle, et qui est un complément nécessaire de réducatlon naédicale.

Déjà de jeunes Arabes , confiés à la direction de M. Régis, naturaliste plein de zèle et d'babiteté, élève du célèbre Bonelli , de Turin , ont fait de rapides progrés; et sous peu l'Egypte posséd^a -cme science dont eUe ne soupçonnait pas même rexistence.

Mous devons à l'obligeance des médecins qui «e trouvent sur les divers points de T Egypte , de la Sj^ rie , de la Canéie , de t'Hedjas, de fYemen , quelques ppeduGtioa»' qui, jointes il tréfiles que M. Régis a re-^ cueillies ^ forment les rudiments de tiotre cabinet.

Swtant aussi tous les avantages qui résulteraient pour nous des échanges avec l'Europe , des envois ont été faits en France , en Angleterre , en Russie , en Allemagne, en Italie, etc. Il nous est revenu d^à des objets précieux, d'autres nous seront envoyés, et par ce moyen 1* Egypte acquerra insensiblement un riche musée à peu de frais.

64. Hôpital civil. — A défeiut d'hôpital civil , le vice-roi avait autorisé à recevoir les hommes malades dans les hôpitaux militaires, et à Abouzabel il avait formé un hospice particulier pour les femmes. Mais son éloignement de la ville s'opposait à ce que les vues bienfaisantes de Son Altesse fussent remplies. Le local affecté à l'hôpital militaire du Caire, devenu libre par le transport de ses malades à l'hôpital

«BES ÉaYi>TI£NS. 42<3

«le Cja&r^l-Ain , a été transformé en hospice civil , destiné à lîccevoir les malades indigents des deux sexes. C'est un fort joli édiiice , s»r la place de l'iEsèékié , composé de deux corps de logis reconstruits •pneaqu'à neuf eit lout^à-fait distincts Tun de Tautre.

Jus^'i (présent <B(n n'a pas pu s'occuper de la ^éaticm <d'bâ|)itaQK ciyiis >dans les pravinces ; car il faut d'abord former des officiers de santé nationaux, et que les cîrconslances permettent au gouvernement de s'occuper des améliorations intérieures. Mais déjà il y a, 'dans toutes les écoles de provinces où sont .Mtadiés des ^irurgiens qui donnent des secours à ûGxoL qui iles réclameiit -y ihj ^ des înârmeries.

d35. Le Mûiriston. — H y avait, au centre du €atpe, «m asile consacsré aux indigents «t aux aliénés des deux sexes, ie veux parler du Moristariy fondation pieuse du sultan Kaloun , qui comptait six siècles d!'axist'eiiGie. €*éta(it un cloaque immonde où l'on conçfifk il prâie 'que ies malbeiBreux qu'il recevant pusfieat 0ièmô ^(Aqxh^t une pénible existence ; les alléiiéfi y étaient enchainés dans d'étroites thuttes «on pîerres. Cet état, tout déploraUe qu'il était alors, n'jiimtt ÊTEt qu'empirer de nos jours par la détério* riÉMai et la moîM value des imm<Nibles qui en four* Blasaient les neveadis.

Jusqu'ici le gouvernement de Son Altesse n'avait psG» «ra dewir s'insérer dans l'administration de œ k^ de piété:; asaâs, touché d'une situation qui ne faisait qu'ajouter aux misères d'un tv&p grand nom^ hre d'infiirtiKiéé y &hi Altesse a ordonné qu'Us

isoient transférés dans le nouvel hôpital civil , ou ik reçoivent des soins plus assidus, une nourriture plds saine, un logement plus convenable. . -.

66. Maternité. — L'importance d'une Maternité se faisait vivement sentir. On sait, par mes comptesr rendus, que des négresses et des Abyssiniennes apprennent Fart des accouchements dans une '. école placée près de celle de médecine à Abouzabel, pour avoir plus à portée les moyens d'enseignement, qu'il eût élé dif&cile de trouver ailleurs. Un assez grantd nombre d'élèves ontdéjàapprisàlireetàécrire trèsicorrectement Tarabe, sans négliger Tétude d'un traifé d'accouchement qui a été traduit en cette lan^Wi Des démonstrations anatomiques etsur lemaoncqiiin leur ont été faites par une maîtresse accoucheuse européenne, et par uii professeur chat*gé de ctB&^ vice. :i*

Le petit hôpital de femmes annexé à leur école leur a fourni l'occasion de pratiquer quelques accou^ <:hements, la saignée, la vaccination et des panser ments. On leur a donné quelques notions de ïo^ lière médicale, et on les a exercées aux opération^ les plus simples de la pharmacie. Une élève distin-i* guée de la Maternité de Paris , mademoiselle Gault j; a été attachée à rétablissement comme accoucheuse en chef. Elle a trouvé ses élèves tellement avancées dans la science, et douées de si bonnes dispositions^ qu'elle a pensé pouvoir leur apprendre le français sans préjudicier à leur spécialité. Mademoiselle GauU^ qm joint une excellente éducation à la connaissance

parfaite dé son art, a bien voulu se charger de ce nouvel enseignement , et les élèves ont déjà fait des progrès remarquables. Leur aptitude étonne surtout lorsqu'on oppose ce qui se passe sous nos yeux aux déblatérations de quelques pessimistes qui ont voulu refuser toute intelligence à la race nègre. . 67. Abyssiniennes, — Il est vrai que ces élèves dont nous parlons sont pour la plupart abyssiniennes, et que celles-ci forment une classe à part de la race nègre, quoique marquées de signes extérieurs presque identiques, tels que les cheveux laineux, le teint presque noir, etc. ; mais il n'est pas moins in* contestable que parmi les négresses qui se trouvent dans l'école, il en est d'une aptitude qui ne le cède en rien à celle des autres races, qui semblent vouloir les exclure de la grande famille des êtres intelligents. Je distinguerai surtout les négresses de Sennâr et de Méroni.

: 68« École d'accouchement. — Il n'existait donc plus d'obstacles à l'établissement, au Caire, d'une école d'accouchement. Elle a été placée près du nouvel hôpital, civil, dans une partie du local destiné aux femmes. Les filles et les femmes de la capitale et. des ][)rovinces y sont admises, instruites, nourries et ha* billées aux frais du gouvernement; elles reçoivent des honoraires à l'instar des élèves en médecine ; on accueille de préférence les orphelines, les filles de militaires morts ou en activité de service. La capi« taie fournit vingt élèves jet chaque province quatre, ce qui en porte le nombre à plus de cent. Ainsi se

196 MAIAD1£S £T MÉDECINE

formera bâentôt uû corps d'accoucheuses insflratljQB qui remplacera les matrones les plus jgBoranteB «et les pltis superstitieuses du monde. Du ^simple trm/L xlonuera la mesure des iuoyens, assnrénaeut .trèB^ £Ktraordinaires , qu'elles emploient dans i'eseroioe d'un art dont elles semblent s'être emparées »a <dé^ triment de la nature et de l'humanité : une paispirre femme était depuis trois jours en tra^S ^ 4es é^*tlièmes, les pessaires , les compositions les plus i»^ narres et les plus dangereiœs avaient été^mplc^és^ les amulettes avaient joué leur rôle 'xAAigé^ lot»qu'une commère propose le moyen efficace de iÛM danser un enfant entre les jambes de ht paUteivle^ pour agiter cdùi qu'elle portait dans son séiBy^ât prOToqoer ainsi la sortie.

il est vraîî qu'en Egypte, comme dans tous lespag^ peu avancés en civilisation , les accouchemetnte malheureux sont rares , surtout parmi les femmes du peuple, parmi les fellahs; mais la constante inaction des femmes des ci tés ^ la vie molle des •dames ides harems les exposent, comme dans nos contrées^ à des accouchements laborieux ; et lorsque la natupe ne peut se suffire , les matrones ne jsont jamais utiles ; souvent même elles font beaucoup de mal-; lewi^ ignorance exerce ses effets fâcheux et sur la mère et sur l'enfant aux premiers jours de sa vie. Les ma-^ trônes ont des secrets pour faire cesser la stériitté ; elles en ont malheureusement de plus certains pMr provoquer l'avortement, crime qu'elles commelteast sans iM3m0rds« Lorsqu'une femme ne se soucie pas

de 4evemr mère , iJôtraîre renfant qu'elle porte parait aux matrones tine action toute naturelle, dont efles ne doivent compte ni à Dieu , ai à la société. Aussi travaMent-'olles sans pkîé à cette «eutre de destruction.

L'aboMtibon de ces exécrables femmes suivra ia formation d'un corps d'accoucheuses instruites qui, en dekors de ieur spécialité, rempliront un autre objet d'utilité pc^blique, >en traitant les maladies se* orétes, dont les femmes cuvent être atteintes, maladies qu'yoe fafusse pudeur int^dit de confier aux Mîtis des «iédecins^ ^ fempre du préjugé est encore M puissant sur •ee point, qa'un bomme aimerak mieux toir mourir ^ sa femtvie ou sa fille, que de déroger à des principes consacrés même dans les traités de médecine des Arabes. Le fanatisme , en' excluant les femmes 4e ^la société , tes à privées d/a secours de la médecine , comme de ieur part de paradis.

Tous ces motifs m'oivt engagé à étendre autant que possible l'instruction qui est donnée arux élëTeii»' accoucheuses; elle comprend les cotirs suivants : 1^ les éléments de la langue arabe, de manière à pouvoir lire correetemeiït ie cours d'instruction qui leur sera donné ; S^ la théwie et la pratique des accoudiemefits; ^ lès soins hygiéniques a donner aux fS^mmes enceiqtes, à celles qui sont en coudie et aux enfenis nouveau- nés •; 4» la manière de traiter les maladies légères ; &• les principes de diirurgie élémentaires suffi^nts pour traiter les tumairs infiam-

matoires , les pansements des plaies simples , des cautères, des vésicatoires, des sétons ; 6* la manière, de pratiquer la saignée, la vaccination, Tapplication . des ventouses et des sangsues ; 7"" la connaissance, et la préparation des médicaments les plus usuels* L'enseignement deviendra chaque jour plus fecile. Nous avons déjà des élèves assez instruites pour enseigner dès à présent, sous la direction d*une maltresse étrangère, Tartdes accouchements.

69. Réflexions sur l'organisation du sei*vice médical en Egypte. — Voilà Fesquîsse complète de Fétat du. service de santé et de renseignement médical .0ii. Egypte. Je puis dire sans orgueil, et en m'en rapportant à Fopinion des hommes compétents, que notre école de médecine du Caire, par le fait de son orga*. nisation, du régime collégial auquel sont soumis Ses; élèves, du système de Fenseignement, de la réunion dans un même lieu de tous les moyens d'instruction théorique et pratique, est un établissement unique en son geni^e, et qui a mérité les éloges de tous ceux qui Font visité.

Je ne crois pas avoir, besoin de m'étendre ^ur les résultats civilisateurs que doit avoir sa fondation en Egypte. 11 est aisé de les concevoir; j'en ai indiqué plusieurs. J'ajouterai qu'il s'en est déjà produit un très-grand nombre parmi lesquels il en est qui ne sauraient être détruits, quoique les sceptiques veuillent afficher des craintes sur Favenir. De cette sorte, sont les traductions en arabe des meilleurs ouvrages de niédecine de F Europe, traductions

faites au Caire^ publiées à un grand nombre d'exemplaires, et qui désormais soutenues par les traductions de tous les ouvrages nouveaux de quelque valeur, consolideront à jamais la science parmi les Egyptiens. L'école de médecine a été déjà et sera toujours un foyer de lumières rayonnant sur toute la population. Ainsi, nous avons déjà vu s'opérer chez nos élèves les plus heureux changements : le fanatisme s'est effacé presque entièrement de leurs esprits; ils ne considèrent plus les merveilles de la physique, de la chimie et de l'astronomie comme des opérations diaboliques; certains météores , telsr que les éclairs, le tonnerre, comme des effets de la colère divine ; ils s'expliquent, sans recourir à la foi aux miracles, les autres phénomènes de la nature. Ces progrès intellectuels portés dans les familles y fructifient peu à peu, et de là se répandent parmi leurs compatriotes. - ,

J'avoue que j'ai été flatté des hauts encouragements, des éloges précieux qui ont été donnés publiquement, à mes efforts et à mon œuvre par les personnages; illustres qui ont visité l'Egypte. Je crois devoir leur en témoigner ici toute ma reconnaissance; mais qui pourrait croire que toutes les peines que nous avons prises pour faire réussir une institution que Ton eût dû couvrir de bienveillance , lors même qu'elle eût été imparfaite, car dans ce cas elle aurait été encore^ d'une immense utilité, ont été accueillies, par certaines gens, avec des attaques qu'une hîûne intélKgenle ne se serait pas permises. Des calomnies viru-.

430 MALAI>I£$ ET UÊDfiCINE

lentes furent dirigées, il y a quelque tenopis, par uM feuille orientale,; conire Técole de médeelne« E3l6i mirent les professeurs dans la iiécessité de fUiUktl la lettre suivante que je transcris (1), parceqiM, àki»^ dant les attaques dont F école a- été ou feutétte eiif cote l'objet ,, elle les réfute et me parait de oalwe à éclairer les lecteuirs.

Caire ,.5 décembre 1858.

A monsieur le rédacteur du Journal de Shybne.

« Nous aidons lu dans votre journal du 17 M^ vembre un article où, à propos du projet àlétàblS»' sèment dfune école de médecine à Constantioople ,> vous attaquer de la manière la plus violente ceUe dto Caire, et n' épargnez pas F inj ure au corps entieis de sesf professeurs.

» Le système que vous avez adopté de ctitàcpsw tout ce qui se fait dans ce pays nous explique votre langage. Si pourtant quelque cluose devait trouver grâce devant vous , c'est assurément un établisse-^ ment tout d'humanité et de science. L'esprit de parti; s est toujours arrêté devant les créations qui ont eui pour objet le soulagement des hommes, et la bru^talité des guerres respecte le drapeau noir qui pro^ t^e l'asile des malades.

» Nous n'entrerons pas dans de longs détails pour prouver que l'organisation première de l'école était

(1) Elle a été publiée dans l'édition d'Orient du Sémaphore de Marseille, qui jouit à bon droit dans tout le Levant d*une trèsgrande influence.

aussi régulière , aussi complète que les circonstances le permettaient. Depuis, Tinstitution a reçu les améliorations et les développement?s que le temps et l'expérience devaient naturellement amener, et , telle qu'elle est- à présent, nous ne la croyows pas de beaucoup inférieure à celles d'Europe pour Fétendu^ de l'enseignement et la solidité des études. Quant à nous, sans avoir la vaniteuse prétention de nous égaler aux professeurs de nos Facultés, où tous nous avons reçu notre instruction scientifique et les titres qui la constatent, nous avons conscience de pouvoir enseigner avec quelque succès ce que nos maîtres , les livres et une assez longue pratique nous ont appris%

» Pour ce qui est des ressources matérielles, rétablissement du Caire n'a rien à envier à ceux du dehors ; et même il n'en- existe guère ailleurs , que nous sachions , où se trouvent réunis, comme ici , tous les mo5'6ns d'insttnctîon théorique et pratique;* notre école i>ossède une bibliothèque, des cabinets de physique , de chimie et d'histoire naturelle , des collections complètes de matière médicale et d'instruments de chirurgie, des pièces d'anatomie artîficielIiB , do vastes amphithéâtres et des laboratoires 011 se font en^ grand toutes les opérations chimiciues et pharmaceutiques, enfin la pharmacie centrale et un grand hôpital qui présente tous lés genres dti maladies chroniques et aiguës. Nous pourrions ajouter un autre avantage,, celui' Savoir Ifes élèves casernes et soumis au régime collégial.

» Reste à parler du mode de transmission, sur lequel vous paraissez n'avoir pas assez réfléchi.

» Nous ne pensons pas avec vous qu'il soit rigoureusement nécessaire que la personne appelée à servir d'intermédiaire entre le maître et les élèves possède la science qui doit être enseignée. Il suffit , à notre avis , qu'elle connaisse également bien les deux langues et qu'elle soit capable de comprendre les leçons qui lui sont expliquées. La version une fois faite , il est facile au professeur de la contrôler en exigeant l'opération inverse , le thème. Ce double exercice achève de donner au traducteur la parfaite intelligence de son texte, et il est hors de doute que la leçon ainsi préparée soit transmise avec une exacte fidélité.

» Il suffirait de ce simple exposé pour réduire au néant vos accusations mensongères et vous convaincre d'absurdité quand vous dites que t école d' Ahouzahel ne peut créer que des infirmiers. Et vous avez espéré qu'une calomnie aussi grossière trouverait crédit ; que vous réussiriez à faire accroire que des médecins qu'on a jugés dignes de ce nom répudiassent tout d'un coup des précédents honorables , oublieux de leur dignité et de leur honneur , se ravaleraient au point de consacrer leur vie et ce qu'ils ont d'instruction à ne former que des garde - malades , de misérables panseurs de plaies !

» Quant au fait que vous avancez qu'Ibrahim- Pacha aurait cru ne pouvoir faire d'autre usage des meilleurs sujets de l'école d'Abouzabel que de les

employer dans ses hôpitaux en qualité d'infirmiers , il est de môme force que Tassertion qu'il était destiné à appuyer, et nous ne croyons pas qu'il valût la peine d'être sérieusement démenti. Toutefois , nous voulons bien vous apprendre que des cinq cents officiers de santé que nous avons donnés à l'armée ou aux autres services , il n'en est pas un seul qui ait été renvoyé dans la classe des infirmiers; que parmi eux on compte déjà un médecin principal , grand nombre de majors et d'aides ; que , dans plusieurs régiments et dans quelques hôpitaux , ce sont des Arabes qui dirigent en chef le service , et que quelques-uns remplissent à l'école les fondions de professeurs-adjoints concurremment avec leurs camarades reçus docteurs à la Faculté de Paris; qu'il est faux que les plus habiles soient tout au plus capables de faire quelques pansements et d'exécuter quelques bien minces opérations de très-petite chirurgie, puisque beaucoup d'entre eux ont fait des opérations importantes, telles que la réduction des luxations, des fractures, la taille, la cataracte, etc., et qu'ils ont traité avec succès les maladies les plus difficiles. Toutefois , nous sommes loin de prétendre qu'il n'est sorti de nos mains que des sujets de mérite. Et quelle est l'école au monde , même la plus renommée, où l'on n'observe des inégalités dans la valeur des hommes qu'elle a produits ? Les mêmes causes qui s'opposent partout ailleurs à un succès général existaient ici , augmentées des difficultés inséparables de la fondation.

4S4 MALAMSS BT ]Iɻ6GfNE

» Vécole d'Abouzabel , djoutez-TOus , «l'a jernais été qu'une ndùmle pamde explùitée par tm chmiakmisme d'une cerêtUne Mbilelé. Ici Tinsalte Be tmas atteint pas seuls > elie s'étend à tous les hommes qui^ ayant mandat ou qualité pour observer nos travaux et en constater les résultats , se seraient laissé praa- 4re , dix années entières , aux pièges du diarlata^ nisme. Ainsi ^ à vous en croire , les ministères ée qui l'école a successivement relevé, le conseil-gén<ànai de santé , son inspectear naturel , ce nombre oonst* dérable d'hommes spéciaux , de savants de tous les pays qui ont assisté à nos travaux de chaque jour » ^i ont vu passer sous leurs yeux tous nos élèves on à un dans les examens généraux , aursdent été dupes ou complices d'une jonglerie. Mais que diret-vous des douce élèves arabes qui , conduits à Paris diM] tos après la création de l'école ^ soutinrent^ dans fe sein même de l'Académie royale de Médecine, im examen où des questions difficiles d'anatomie , de physiologie, de médecine et de chirurgie furent iraitées, et prouvèrent par leurs réponses qu'ils avaient reçu ui^ instruction ii peu près égale à celle qui'se donne dans la plupart des Facultés? Vous n'oserez pas saifô doute accuser d'erreur ou de moasonge des examinateurs tels que Dupuytren, Dub(»s, MM. Orfila, Marc, Pariset, Cloquet, Roche, Saoson , Breschet , B^in , dcmt les suffrages sont enregistrés dans le proeès^verbal de la séance que nous vous adressons.

» Non, Monsieur, nous ne craignons pas qtte

mt» &6TPTIENS. 4SS

wtre Mtaque enlève à Técole du Caire la réputation qoe lui ont acquise Sx années de soeeès , ni à ses ^professeurs F estime des bommas impartiaux. Nous avons la confiance y au contraire , que nrous n'aurez rencontré , comme vmis 4e prévoyez , qne le blâme et r incrédulité ; on s'étonnera qu'un journaliste , dont le devoir est d'aider au i»*agrès «du pays où il a placé sa tribune , n'ait q&e ées paroles de mépris pour des compatriotes qtti travaillent eonsciencieusèment à une œuvre de bien , et de critique acerbe pour ime institution dont la création seule fut déjà* une vieloire sur les préjugés , qui n'a pas seulement pour objet de ressusciter dans la patrie des Hhazès , par les sujets qu'elle IbrfiE^ et les ouvrages qu'elle traduit^ une science destinée à sauvegarder la santé publique et à détruire ces fléaux si funestes aux populations d'Orient j mais qui^ appelant à elle, par sa nature même , les différentes connaissances humaines , devient connne un centre d'où s'échappent des germes féconds de iCFvilîsaXicxn.

» Yons devez voir , Monsieur , idans ^eette réfutation de V0tne:article^ n<Mi le ooanmenoettent d'une polémiqne >dans laquelle nous ne voulons pas nous^ engager, mais l'aocomfjlijSBement d'>un devoir 'qui nous <est knposé par l'intérêt qiie nous portons à ust établissement aux snecès duqnel nous consacrons nos travaux ^ par le sentimeiKt de inohre pri>pre dignité «t par le feesoin depréaMimir l'opinion puisque contre les fausses impre^ions <q»e vous auriez pu faire nattre Aains les esprits mal informés. Il était

d'ailleurs à craindre que vos assertions n'eussent pour effet de paralyser les intentions philanthropiques du sultan Mahmoud, dont vous a\ez , en cette circonstance, trahi les intérêts en même temps que ceux de la science et de l'humanité ; et nous croirons avoir rendu un véritable service à l'un et aux autres sîj en prouvant que l'on a pu établir avec avantage une école de médecine en Egypte , nous confirmons le sultan dans le projet d'en créer une à Gonstantinople.

» Nous pensons, Monsieur, qu'il vous restera assez d'impartialité pour donner place à cette lettre daos le prochain numéro de votre journal.

» Nous avons l'honneur, Monsieur, de vous saluer.

» Signé Duvigneau, Pruner, Perron, Fischer, Pacthod, Seisson, Figari, Delsignore, Destougres, Clot-Bey. »

Pour complétertout ce que j'ai dit sur l'organisation médicale, je dois ajouter qu'en quittant l'Egypte, dans le courant du mois de mai 1839, pour venir en Europe rétablir ma santé qui me donnait des craintes sérieuses, j'ai cru devoir adresser aux ministres de l'intérieur et de l'instruction publique un rapport détaillé sur la situation du service , dans lequel je signalais les améliorations dont il était susceptible. Je regardai cela comme une obligation imposée par ma charge , et surtout par la crainte qu'après mon départ, des intrigues, des ambitions, ne vinssent désorganiser ce que j'avais créé avec tant de peine*

D'ailleurs, ces pièces me dégageaient de toute responsabilité pour ce qui pouvait advenir pendant mon absence. Elles prouveraient au besoin que je n'avais rien omis dans mes prévisions.

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