‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 82 sur 110 · T)ES VOIES DE COMMUNICATION ET DES MOYENS DE TRANSPORT PAR TERRE · texte numérisé non relu

T)ES VOIES DE COMMUNICATION ET DES MOYENS DE TRANSPORT PAR TERRE

Routes. — Voilures. — Chariots. — Dromadaires. — Chevaux. — Mnlels. — Anes. — Baudets de louage. — Baudets des harems. — MûB. — PrécauUûBfl de voyage paur le désert.

dO, Routes. — Pour doter F Egypte d'un bon système de routes, de ^aiids travaux auraient dû être ientrepris; il aurait £illii en effist les asseoir sur de ^ides chaussées ; sans cela elles n'eussent pu rt^is- 4ier aux inondations, qui les auraient périodiqueiftent submergées. Or, la question des routes a été Jieaiieoup négligée par les gouvernements qui se sont succédé en Egypte. Je crois que, malgré les dirconstances topographiques toutes spéciales dans lesquelles ce pays se trouve, ils auraient dû s'en occuper davantage. Peut-être quelques-uns d'entre eux fiAt-ils coasidéaré l'absence de chemins définis pomme un o^tacle aux invasions étrangères, qu'il ^Aait Ikmi de maintenir. Du reste, quel qu'ait été kor plan» ou plutôt leur défaut de plan, il leur eût été facile, s'ils l'eussent voulu, de faire profitera la fi>rmaiion écOiûomique des routes le creusement des canaux. Avec les berges, on aurait pu faire des nMites à peu de frais , que Ton aurait <x>nsolidées en

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y plantant des arbres. Ces routes auraient, pendant les basses eaux , suppléé aux eanaux , devenus dans cette partie de l'année impraticables à la navigation. Pendant les hautes eaux, on aurait pu, par leur moyen, établir la navigation par les chevaux. On a déjà suivi ce système pour le canal d'Alexandrie au Nil. Je pense que l'expérience que l'on en a faîte donnera l'idée de l'appliquer sur d'autres points.

Parmi les routes de l'Egypte dont le vice-roi, je dois le dire, a, plus que ses devanciers, soigné l'entretien et augmenté le nombre, il n'y a point de classifications, comme pour les nôtres, calquées sur les divisions administratives du territoire. Il en œt pourtant qui sont appelées impériales (suUanieh). Quelques-unes sont très-belles ; je citerai entre autres celle du Caire à Choubrah, plantée d'une trèsbelle allée d'arbres qui en fait une longue et magni- Tique avenue à la maison de plaisance de Méhémet- Ali.

a. Voitures. — L'Egypte n'ayant qu'un très-petit nombre de routes, et les transports par eau y étant si multipliés et si faciles, on conçoit que l'usage des voitures et des charrettes y soit très -peu répandu. Avant Méhémet-Ali, ces moyens de transport étaient même à peu près inconnus. On citait comme une chose très-remarquable un carrosse qu'lbrahim-Bey avait reçu de France, et, pendant l'expédition française, la voiture de Napoléon , attelée de six chevaux et parcourant les rues étroites du Caire et de Boulac, ^tait l'une des curiosités du pays et surprenait fort

les Égyptiens. Depuis lors le vice-roi a commencé le premier à employer des équipages pour son service et celui de son harem. Après lui, Ibrahim-Pacha, Abbas-Pacha, et toute sa famille ont adopté cet usage commode. Il ne se serait pas popularisé néanmoins; car, réservé à la famille régnante, personne n'eût osé se l'approprier, si le vice-roi n'avait donné luimême des carrosses en cadeau à plusieurs de ses ministres. Pour se mettre au niveau de ceux-ci, d'autres grands fonctionnaires s'en sont procuré, et aujourd'hui on compte au Caire environ trente personnes qui ont équipage, voiture ou cabriolet. A Alexandrie le nombre en est plus grand, à cause des consuls-généraux et des négociants européens que cette ville renferme.

12. Chariots. — Les grands travaux opérés dans les chantiers et pour les constructions ont introduit en Egypte beaucoup de chariots. On s'en est servi surtout pour enlever les montagnes de terre qui entouraient le Caire. Dans tous les chantiers, on n'emploie plus aujourd'hui que ce moyen de transport ; les Arabes se sont familiarisés avec lui ; plusieurs particuliers se sont fait fabriquer des chariots pour transporter leurs marchandises et leurs denrées. Ils s'en servent même dans leurs voyages. Il n'est pas douteux que la vulgarisation de cet usage , qui leur procure des facilités appréciables , n'engage le gouvernement à s'occuper des routes et à les soigner pour la commodité du charroi. x

J'arrive aux moyens de transport particuliers à

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l'Egypte. Ils se coHiposent de trois espèces d*aiiifliauK, les dromadaires, tes chevaux ei les ânes. i3. Dromadaires. — On dtslingue en Egypte deux variétés de dromadaires : tes uns, tr^-grauds , très-gros et très-forls, à la marche pesante, sont destinés exclusivement au transport des marchaoïdîses ; les autres, moins grands et aux formes motss épaisses , sveltes et élancés , sont extrêmement ,agiles et servent spécialement de montures. Ils soat ,k regard des premiers comme des chevaux de selle auprès de chevaux de trait. Les premiers portent des poids énormes et jusqu'à cinq ou six cents kilogrammes. Comme ils soni très-hauts, ils sont dressés i s'accroupir pour recevoir les charges énormes que Ton met sur Jeur dos. Ce soni eux que l'on a appelés avec juste raison les vaisseaux du désert et qm le traversent avec les caravanes où on les compte settvent par centaines. Les seconds, comme dous Fa^ vons dit, ne portent que les hommes. Ils sont dressés à se grouper sur leurs genoux lorsqu'on vèiU les monter. Le cavalier se place alors sur une espèce de bât creusé vers le milieu , et garni à chacun des arçons d'un morceau de bois arrondi, planté verticalement , qu'il saisit fortement avec les no^ins pour se tenir. Les dromadaires ne sont pas conduits par le mors. Les narines étant chez eux une partie trèssensible , dans les villes on leur passe dans cette partie un anneau auquel on attache un bridon* I>ans le désert , on se contente de les retenir par un licou et on les frappe avec un courbach du coté où on

veut le^ faire ayancer. Leur plus grand mérite ^st ff avoir un trot allongé et doux. On sait qu'ils ne cgalopent jamais. Leur allure, très-fatîgante poof* ceux qui tfy sont pas accoutumés, produit «ur lé cavalier l'effet du rmilîs. Rien n'est poétique comme de voir l'un de ces animaux élevés et rapides s'é- 'lancer dans la plaine, monté par l'Arabe du désert qtf entoure sa couverture flottante ou son large burnous blanc. Les dromadaires , auxquels ce nom est spécialement p^ropre, peuvent faire jusqu'à trente lieues par Jour. On sait que le désert est comme ie^r éï^ent naturel, et qu'ils supportent pendant plusieurs jours lesr privations de boisson et d'alîméats q^e sauvent il impose.

1'4. Ckevmix. — Le cheval et surtout la jument sont les montures des cavaliers égyptiens. Les Arabes ne se serveirt , en général, que de juments ; les oshianlis aiment surtout les beaux chevaux, l'ai donné sur leis ariimafix , dans 1^ chapitre de la zoologre, des détails auxquels je renvoie le lecteur.

15. Mulets. — L'Egypte, possédant des raées três-distinguées de chevaux et d'ânes, on conçoit ^'eHe ak de beaux mulets. Les mules ^ont préférées; elles sont la monture spéciale des ulémas et des hôriimes de loi, de même ■qu'elles l'ont été longtemps chez nous dès membres éminents du clergé. fl y en a de très*êléga«tes et de haut prix. EHes ne liK>Uent jamais. Leur allure est un amble très-doux a^ûel M les dresse en leur attachant, pendant «quelque levn^s, les quatre |>ieds avec une cordé»

Elles ont une selle particulière recouverte d'un tapis qui sert en outre à la prière. On en rencontre souvent qui traversent à pas lents les rues du Caire , portant de graves ulémas dont la tète est couronnée d'un vaste turban , et qui sont enveloppés dans leurs majestueux bénishes.

16. Anes. — L'âne est la monture ordinaire de la classe moyenne. Les femmes ne connaissent que celle-là. L'âne, qui a toujours joui en Orient de plus de considération qu'en Europe, rend en Egypte de très-grands services. 11 y est Irès-répandu et d'excellente race. Chaque particulier à peu près a le .sien. Il en est de très-grand prix. Autrefois, il était la seule monture permise aux chrétiens. Aussi avaient-ils tout fait pour l'anoblir et lui donner les allures et l'élégance des mules.

17. Baudets de louage. — On compte au Caire plusieurs milliers et à Alexandrie plusieurs centaines de baudets de louage, qui, véritables fiacres de l'Egypte, stationnent dans tous les carrefours. Ces Anes portent des selles en forme de bât , arrondies , relevées et garnies mollement. Ils sont conduits par de petits bourriquiers qui, dans la course, les stimulent et avertissent les piétons de se garer. Le baudet est un moyen de transport à très-bon marché. Les Européens qui arrivent en Egypte l'adoptent pour monture favorite. Qu'ils aient leur costume national ou qu'ils soient déguisés sous celui du pays, il n'y a jamais qu'eux qui fassent galoper leurs ânes et leurs bourriquiers à perdre haleine. L'emportement

avec lequel courent plusieurs d'entre eux produit un singulier contraste avec la gravité iniperturbable de la population musulmane qui les appelle des fous. J'ajoutçrai qu'il y a inhumanité à faire courir ainsi de pauvres petits âniers qui quelquefois ont à peine huit ou dix ans. Rien n'est curieux, du reste, comme les colloques et les disputes qui s'engagent entre ceux-ci et les Européens qu'ils conduisent. Les âniers sont alertes, malins, et forment, sans contredit, la partie la plus spirituelle de la population égyptienne. Ils parlent un peu toutes les langues : le français ) l'anglais, l'italien, le hollandais et même le provençal. A la physionomie de leurs chalands, ils devinent avec perspicacité dans laquelle de ces langues il faut leur adresser la parole. Ils ne provoquent jamais un Français qu'en le nommant monsieur dis- donc. Un Anglais est toujours pour eux masterJohn. Lors de l'expédition française, nos soldats s'amusaient beaucoup avec les baudets qu'ils appelaient leurs demi-savants ; moyennant un petit nombre de paras , ils en avaient un pour toute une journée. Mais, au moment du paiement, revenait toujours un plaisant quiproquo qui tourmentait un peu les pauvres bourriquiers : ceux-ci demandaient alors le prix convenu (en arabe meschouar) : les soldats français entendaient mouchoir; et croyant ou feignant de croire que les âniers voulaient leur mouchoir, les frustraient quelquefois de leur salaire à l'aide de ce malentendu. Lors de l'expédition de Syrie , on comptait dans l'armée huit

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mille baudets qui, au témoignage de Napoléon^ P6|ir dirent les plus grands services.

18. Ams de$ harems. — Les ânes des hareng que montent les femmes ne sont pas Iiarnaeliés comme ceux des hommes. Leur bât est un plan ii|^ cUné d'arrière en avant, garni de gros coussins, h^ femmes ne. s'y tiennent pas à califourchon , maî^ assises et néanmoins la lace tournée dans le sens d^ l'animal. Dans cette position très-élevée au-dessus du sol , elles sont soutenues par le bourriquier q]^ marche à côté d'elles , le bras passé autour de leis| ceinture. Cette pose est trop voluptueuse pour que les musulmans, si jaloux ou si prudents, commci on voudra, à l'égard de leurs femmes, en donaeJK le privilège à des jeunes gens. Aussi les baudetS: dea femmes sont-ils toujours conduits pair des bomioes âgés.

Les femmes montent sur l'âne à l'aide d'un banc assez haut. Les hommes, eux aussi, ne sautent pas sur leur monture et se servent , pour se placer sur. elle, d'escabeaux ou de tabourets, ou quelquefois de Tépaule de leur sais (palefrenier).

d9. Sais. — Les cavaliers ne vont jamais seuls; ils sont toujours précédés par un ou deux sais,, esr péce d'éclaijreurs qui leur iraient la marche. €c$ sais forment dans la société une classe distincte. IMf sont endurcis à la marche et à la course. Les saï« portent le turban. Ils ont pour tout vêteaient UM chemise bleue, seiTée au milieu du corps par um ceinture, et qui, laissant les jambes nues,, leur donof

une tournure assez élégante. Ils tiennent vertica-; lement^ à la main, un bâton minec en forme de lance, et précèdent leur maître de huit à dix pas. Ce sont eux qui aident celui-ci à descendre, qui promènent la monture et en ont soin. Autrefois les grands- [>ersonnî^es se faisaient précéder par quatre ou cinq: de ces hommes* Aujourd'hui cet usage s'est modilié. Se conformant à Fexempte donné par le \ice-roi et les princes, jamais on ne fait marcher devant soi plus de deux sais. Outre ces domestiques , les grands seigneurs se font accompagner par un homme qui porte une bardaque d'eau, et suivre par un ou deux mamelouks qui tiennent la pipe ou autre chose. Dans les voyages àJa campagne, le cortège est toujours plus nombreux.

20. Précautions de voyage pour le désert. — L'Egypte étant bordée de déserts, en s'écartant de ses limites, ce que Ton est souvent obligé de faire lorsqu'on la parcourt dans sa longueur, car on allongerait de beaucoup sa route en suivant les sinuosités du Nil , il faut prendre des précautions de voyage toutes spéciales On doit amener avec soi des dromadaires pour les domestiques et des dromadaires pour porter les provisions de voyage, aliments et boissons. Il faut joindre à son attirail des tentes pour s'abriter, pendant les haltes, contre les ardeurs du soleil. Du temps des grandes chaleurs , on marche ordinairement dans le désert pendant la nuit. On se met en route vers les quatre ou cinq heures après midi , et l'on s'arrête pour camper à neuf ou

dix heures du matin. Les étapes du désert sont à peu près déterminées par les puits ou les mares que Ton trouve à d'assez longues distances et dont Teau est rarement potable. De temps en temps, l'on rencontre 9 sur la lisière des terres cultivées, des tribus de Bédouins nomades qui font paitre leurs troupeaux ou qui voyagent. On est sûr de recevoir au milieu d'elles l'hospitalité la plus franche et la plus désintéressée.

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