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CHAPITRE XIII

CANAUX DE l' EGYPTE.

importance poUlique des canaui de TÉgyple. — Ganaui de Joseph, — de Moeys, — de Chybyn-el-Koum. — Canaux de la Basse-Egypte exécutés par Méhémet-Alî. — Canaux de Tantah , — de Bouseyeh , — de la province de Baïreh. — Digues élevées par Méhémet-Alî. — Bassins de la Haute-Egypte. — Digues des rives du Nil. — Énumération des principaux travaux de canalisation exécutés par Méhémet-Ali. — Grands ouvrages de maçonnerie. — Résultats de ces travaux.

1. Importance politique des camux en Egypte. — Nous avons vu , en parlant de l'agriculture , quelle est l'importance des canaux et leur influence sur la richesse de TÉgypte. Le Nil est comme un trésor , qu'une direction intelligente, industrieuse, habile peut faire valoir dans de grandes proportions , et qu'une administration paresseuse, imprévoyante, ignorante laisse au contraire se dissiper follement. Gela est aisé à concevoir. L'Egypte moins le Nil ce serait le désert. Elle n'est fertile qu'en proportion des eaux que le fleuve promène sur elle, et du parti

t6ft iHàvMrx PUBLICS^

qu'elle en tire. Le problème de sa prospérité est bien facile à poser : le Nil roule une quantité d'eau déterminée qui va se jeter dans la mer, plus l'Egypte pourra retenir à ion passage de cette eau précieuse et plus eHe fécondera de terres, plus par conséquent elle aura de produits.

Or, le système de canalisation, c'est la gestion, c*est l'économie des eaux du Mil;' canalisée d'après les principes les plus larges , l'Egypte productrice voit s'accroître sa superficie^ ses ressources, sa civilisation, sa puissance; avec des canaux peu nombreux, mal disposés, mal entretenus, elle dépérit, devient pauvre et barbare. Les canaux sont donc dttssi la vie pour l'É^gypte; mais l'unité que réclame idans m ^eonoeptioa et dadis sa pratique un système de travaux poft>lic aussi grandiose et dont tevtes les parties sont unies entre elles d'une solidarité aussi étroite que celle que réclame l'^ypte^ ce système n'est pas au niveau de simples particuliers, d'aggrégâtions d'individus^ de villes sq^arées; il demande l'action d'un pouvoir qui représente toute l'Egypte , dans tequel tous «ses intérêts comme toitfies ses forces se personnifient. « Il n'est aucun pays^ n dit Napc^éon, où radministrat»>n ait pilus d'influence qu'eti Egypte sur ragricultare , par conséquent sur la population. Les plaines de la Beauceeldela firie sont fécondées par l'arrosemeM régulier des pluies; l'effet de Tadmintstiratîon y est nsil sous ce rappoct^ mais en Egypte, eè les irrigations ne peuvent êire que factices, t'admimsiration est tout ^ bonne « elle

adopte Vm meilleurs: péglem^:!!» dUs potiee sur la; di^ reedon* des^ eau^ , Fenttetiéni et: la» eonsiruction des esiiiauT d'irrigation) ; mauvaise^, partiateou fêible, eHe fô^vorke dtes hicalités^ ou^ ées^ propriétés parlicu- Eères, au dë'tnmeni deTîntérêt publie, ne peut ré^ primer Tes dissensions cijvires des provinces, quané il s^agit d'ouvrir de grands canaux, ou^ en6n les laisse t(ms se' dégrader : ii en^ pésull^ que rinondaiion est restreinte , et partant Féliendue des terres cultivables» »

L'autorité des paroks du grand homme fait comprendl'e, mieux^ que tous les^ arguments que je pourrais avancer, la nécessité*pourrÉgy.pte d^'avoir,.afifv de veiller' à> la direction; de^ ses travaux publics , un pouvoir eems'alisé.

Napoléon avait vu les: dépforables effels qu'avait amenés tegouvernement anarchique dés Mamelouks*. Alors point d'unité centrale dans le gouvernement, point de* système eonça avec ensemble et calqué sur le» intérêts; généraux du pays; chaque chef de province, à pe« pres' indépendant dans le cercle de soa administration, ne suivait que son: caprice on que ses> instincts de destruction et de paresse. Chaque caneton, chaque village avait ses canaux. séparés qui ser^vaient uniquement à l'usage* particulier de ses habiitants et q^ii ne se reliaient à aucun système générale Les propriétaires ef; IeB> cultivateurs: des terrains qw avoisinaient les rives^ accaparaient ou gaspillaient tes eaux qu'ails étaient les- premtersv à recevoir , et (rus^ traient les ta'raiiis ptas éloignés^e leurs droits à par-

ticiper aux bienfaits de Tinondatioti. De là naissaient des rivalités de village à village qui avaient quelquefois de sanglantes issues. Au milieu de. ce désordre les travaux publics légués par les anciens Égyptiens, par l'administration des Romains, par les premiers conquérants arabes, tombaient en ruine ; ainsi chaque jour se perdaient les éléments vitaux de TÉgypte,. Là aussi il y avait anarchie, là plus que partout ailleur se faisait sentir le besoin de Tordre, de Tunité, de la centralisation ; là toutes ces nécessités deinandaient satisfaction sous peine de mort.

Le pouvoir fort créé par MéhémetAli a donc été une providence pour FÉgypte; sous son intelligente direction les intérêts matériels du pays sont revenus à un état de prospérité qu'ils ne connaissaient plus depuis long-temps. Mais, avant de parler en détail de tous les perfectionnements ou augmentations que lui doit la canalisation de l'Egypte, je vais dire quelques mots des principales lignes du système.

2. Canal de Joseph. — On appelle ainsi un long canal qui descend dans le Saïd parallèlement au Kil , depuis Mellaoui jusqu'à l'entrée du Fayoum, sur lequel il se répand en plusieurs branches. Plusieurs géographes ont pensé que ce canal n'est autre chose qu'une ancienne branche du Nil, qui, à une époque très-reculée , a dû , après être sorti du Fayoum , se diriger à l'ouest, vers la Méditerranée, par le lit du fleuve sans eau. Là largeur moyenne du canal de Joseph (barrh'Iouseff) est d'environ 100 mètres; son lit est plus bas que la plaine qu'il traverse.

3. Cdnal de Moeys. — Le canal de Moeys, celte grande dérivation du Nil , prend son origine à une lieue au-dessus du Caire. Il se dirige , à la droite de la rive de Damiette, vers le nord-eist. Dans la province de Gharkieh , à la hauteur des ruines de l'ancienne Bubaste, aujourd'hui Tell-Basta, il se sépare en deux branches , qui vont porter leurs eaux au lac Menzaleh. Ce beau canal est aussi navigable que le Nil. Sa longueur est de près de 40 lieues ; sa largeur est de près de 150 mètres. Il est très-sinueux. Ses rives sont plates et au niveau de la plaine. Il est probable que son lit est celui des anciennes branches pélusiaque et tanitique.

4. Canal de Chyhyn-el-Koum. — Ce canal traverse le Delta du sud-est au sud-ouest. Il prend ses eaux dans la branche de Damiette , au village de Qaryneyn, et débouche dans celle de Rosette , au village de Farastaq.

Il forme, au village de Ghybyn-elKoum , une seconde branche qui prend le nom de canal de Mélig et se réunit , au-dessous de Sebel-Nitus , au canal de Tabanieh , qui verse ses eaux dans le lac Bourlos. Tout porte à penser que le canal de Chybyn-el-Êoum, depuis son origine dans la branche de Damiette jusqu'à son embouchure dans le lac Bourlos, n'est autre chose que l'ancienne branche Sebennytique. Ce canal est navigable. 11 a communément de 150 à 200 mètres de largeur. Il alimente beaucoup de canaux qui arrosent les territoires des villes et des villages du Delta*

5. Canal de Mahmoudieh. — l<'impoilaiice des commanicationg d'Alexandrie avec ^le iCaîre , l^dif* ffCuUés delà navigation des deux branches da IUfl., fermé par deux barres (do^Ftoz) difficiles ^ ifiranchiftj ont porté Méhémet-AU à faire creuser le c»nal et Mahmoudieh , qui i>eKe Alexandrie au %i\.

Les conquérants arabes avaient creusé un candi semblable; mais il était bien moins importanît ^lîé le Ifahmoudieh , que du reste Tincurie des Mame^ louks laissa s'ensabler.

Le Mahmoudieh a 25 lieues d'étendue. 8a prise d'eau est à un quart de Ireue de la ville de Fousb. H est navigable. 11 a été creusé dans le couttiespMi de dix mois. Trois cent treize mille ouvriers lurent employés à cette œuvre colossale , digne d'être comparée aux gigantesques travaux de l'antique Égj(|lleu

6. Canaux de la Basse-Egypte exécutés par JMM* met-Ali. — Méhémet-Ali a fait creuser à Tantah nn canal qui a son embouchure dans celui de Gfayhyn , au sud et à peu de distance de Djafaryeh. Il «e joinfl au canal de Kafr-el-Cheyk, à l'ouest deDefrryeh. Sai longueur est de 50 kilomètres sur une largeur de près de 16 mètres. Dans sa longueur, il a quatre écluses à vannes pour régler la dépense des csaux.

7. Canal de Bouseyeh. — La prise d'eau de œ canal est dans la branche de Damiette , au nord de Dacadous, Il se dirige au nord-ouest jusqu' Se»bellâouyn , et de là il coule à l'est jusqu'à la rencontre du canal de Moeys , auquel il se joint au sud de Kafr-el-Dâoud. Sa longueur est de plus de

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50 kilomètres sur près de 16 mètres de largeur. Dans sa longueur, il a quatre ponts aveq édascs k vanne$«.

8. Canal de la province de Bdis^eh. —Son em^ bouchure est au nord de Beny^alam » sur la branche de Rosette; il longe les bords du Nil en ligne di<recte jusqu'à Rahmânyeb, Sa longueur est d'environ 100 kilomètres sur 19 mètres de largeur* Ce canal porte cinq ponts avec écluses à vannes-

9. Digues élevées par Méhémel-Ali. — Sur la plu* part des canaux que le^vice^roi a exécutés des pontsbarrages ont été établis , qui , en maintenant les eaux à une certaine élévation, permettent d'inon** der, tantôt au moyen de simples saignées, tantôt avec des roues à auges qui, en transportant ces eaux à 2 mètres de plus en hauteur , les font parvenir aux terrains les plus élevés.

Ces ponlâ-barrageg donnent encore la facilité d'arroser les terrains ensemencés, deux et trois fois après Finondation, ce qui rend les récoltes à la fois plus belles et plus abondanteSt

10. Bassins de la Hante-Ègypte^ — De grands bas^ sins ont été creusés dans la Haute-Egypte au moyen de digues transversales qui, partant du Nil, vont aboutir aux montagnes au milieu desquelles il est en^ caisse. Ces bassins, entre lesquels un canal parallèle au cours du Nil établit une communicatioa , se rem« plissent naturellement au moment de l'inondation gé: nérale;puis, quand T inondation a cessé, les bassins supérieurs se déversent sur les bassins inférieurs jusqu'à ce qu'ils aient été tous mis à sec successivement»

Ces bassins, qui aident puissamment à régulariser l'inondation du Nil , ne sont pas du reste les seules améliorations introduites par Méhémet-Ali ; c'est par son ordre qu'a été fermée la branche de Pharaonie , qui fournissait une masse d'eau trop considérable à la branche de Rosette au détriment de celle de Damiette. Les difficultés étaient immenses ; il s'agissait de détourner une partie des eaux du Nil. Le résultat a heureusement répondu à la grandeur du travail.

i4. Digues des rives du Nil. — Une autre œuvre gigantesque exécutée par ordre de Méhémet-Âli, c'est la construction , le long du Nil , et sur ses deux rives, depuis Gebel-Selselleh jusqu'à la mer, et tout autour du Delta , d'une digne de 6 mètres de largeur moyenne, de 2 de hauteur, sur une longueur totale de 2,320,000 mètres. Cette digue sert à la fois à retenir dans leur lit les eaux du Nil, qui, en se répandant par-dessus les rives, causeraient de graves dommages pendant les grandes crues , et aussi à maintenir plus long-temps sur les terres les eaux fécondantes du fleuve.

Cette digue, d'après les bases que nous venons de donner, offre un cube total de 27,840,000 mètres, ce qui représente une somme égale de journées d'hommes. Ce travail énorme a pourtant été exécuté pendant une seule campagne, sans causer ni trouble ni perturbation , chaque village ayant contribué à l'œuvre dans l'étendue de son territoire.

12. Énumération des principaux travaux de canalisation exécutés par Méhémel' AH. ~\o\c\ du reste

rénumération des principaux travaux de canalisation exécutés en Egypte pendant ces dernières années. Nous pensons qu'elle sera lue avec d'autant plus d'intérêt qu'elle s'appuie sur des documents officiels.

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