‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 108 sur 142 · Maisons des villes. — Les maisons des villes · texte numérisé non relu

Maisons des villes. — Les maisons des villes

sont généralement plus spacieuses et plus belles que celles des villages. Il semble que ce fait, qui se rencontre partout , soit plus frappant encore en Égypte. où la population des villages est pauvre et où laisance

et la richesse se sont presque exclusivement réfugiées dans les villes.

Les matériaux employés dans les villes pour la construction des maisons sont des pierres calcaires, des grès, tirés des montagnes qui les avoisinent, et des briques cuites ou simplement desséchées au soleil.

Ces maisons n'ont le plus souvent qu’un rez-dechaussée et un étage, rarement deux. Elles ne sont communément pas grandes, car chacune n’est occupée que par une seule famille. On comprend aisément cet usage , lorsque l’on sait que les mœurs musulmanes concentrent la vie domestique dans l'isolement, et, à cause des femmes, ferment l’accès de l’intérieur à tout rapport intime et familier. Le musulman est d’ordinaire, pour le même motif, propriétaire de la maison qu'il habite.

7. Leur apparence extérieure. — Du but exclusivement personnel qu’a la demeure du musulman naissent dans sa construction , dans sa distribution intérieure , dans l'aspect qu’elle présente au dehors les caractères spéciaux qui la distinguent. Chez elle, tout ne concourt qu’à assurer au propriétaire les commodités qu'il recherche et à l’envelopper de mystère ; mails rien n’est sacrifié au goùt, aux exigences du public. Ainsi la plupart des maisons, élevées sans symétrie, dans des rues irrégulières, ne sont pas recrépies, et souvent celles de riches particuliers, dans l’intérieur desquelles le luxe étale les ornements les plus distingués, n’ont qu’une misérable apparence. Peut-être y a-t-1l à cette négligence de la forme extérieure une autre cause qu’une dédaigneuse indifférence pour l’a-

grément du public ; peut-être n'est-elle qu’une précaution contre l'envie des grands et des puissants, à la cupidité desquels les Orientaux avaient appris, par une longue expérience, qu'il était trop dangereux d’offrir des tentations.

8. Porte d'entrée. — On entre, en général, dans ces maisons par des portes très-basses. Ces portes s’ouvrent toujours en dedans; elles ne sont formées que d’une seule pièce. Lorsqu'’elles sont ouvertes, la vue est arrêtée par un mur qui fait face à l'entrée, et forme une espèce de tambour par le côté duquel on pénètre dans la maison. Les portes sont fermées intérieurement par une forte barre en bois, qui court transversalement dans le mur, où on la fait glisser lorsqu'on veut ouvrir, et d’où on la tire lorsqu'on ferme. Il y à quelquefois aussi des serrures de divers genres que je crois inutile de décrire.

9. Croisées. — Les facades sont percées par de grandes fenêtres fermées par des grillages très-serrés, qui permettent au vent et à la lumière de pénétrer dans les appartements , mais dérobent aux regards les personnes ou les objets qui sont placés derrière eux. Les parties de l’édifice situées au-dessus du rez-de-chaussée, dans lesquelles sont ouvertes les fenêtres, s’avancent de deux ou trois pieds sur les fondements, et forment des balcons couverts. Le treillis des jalousies, appelé muscharabyeh, est fait avec de petits morceaux de bois tournés, que l’on adapte ensemble de manière à composer des dessins compliqués et gracieux. Dans les maisons pauvres, les grillages sont en roseaux ou branches de palmiers. Dans les maisons des personnes aisées,

des vitrages ferment en outre les croisées et protégent l'intérieur contre la poussière.

10. Terrasse. — La toiture est horizontale; elle est recouverte par une terrasse bordée d’un parapet de hauteur d'homme. La terrasse sert d’étendoir, mais principalement de lieu de récréation, dans les maisons qui ne renferment ni cours ni jardins ; le maître. son harem, ses esclaves, y montent pour respirer la délicieuse fraicheur des soirées et se délasser des fatigues du jour. Le plancher des terrasses est recouvert, en général, d’un mastic léger, composé du mélange de la cendre des fours avec de la chaux et du plâtre. Dans les maisons opulentes, elles sont dallées en pierres calcaires, sCiées en très-minces Carreaux.

11. Cour. — Chaque maison renferme presque toujours une cour intérieure , qui a le double avantage de lui donner de la lumière et de l’air. Autour de la cour se trouvent les pièces où l’on renferme les peules , les chèvres, etc., les écuries des bêtes de somme, les magasins de décharge, le moulin, le four , la cuisine, le logement des domestiques et l'appartement où le maitre recoit ses visites, et que l’on nomme Mandarah ; c’est aussi dans la cour que le puits est creusé.

12. Logement des femmes. — La partie supérieure des bâtiments est spécialement destinée aux femmes. Elle renferme une grande salle, divan du maitre, qui équivaut au salon de réception des maisons européennes : les chambres à coucher du maître, des femmes et des esclaves de son harem, des cabinets, ete.

15. Diverses particularités. — Toutes les maisons musulmanes sont, à peu de variations près, construi--

tes sur le même type et divisées de la même manière ; les légères différences qu’elles présentent entre elles sont corrélatives au rang et à la fortune de leurs propriétaires : chez les riches, par exemple, on trouve presque toujours un jardin intérieur , domaine exclusif des femmes , qui vont y chercher les distractions que leur reclusion les empêche de demander à de fréquentes promenades extérieures. Les demeures des grands seigneurs ont quelquefois deux cours et deux jardins, et des corps de bâtisse séparés pour les hommes et le harem.

Les maisons égyptiennes sont communément dallées en pierres calcaires; dans celles qui appartiennent à des personnes opulentes, les appartements sont souvent lambrissés en marbre. On y trouve des bains. Le mandarah, pavé en mosaïque , contient au centre un bassin qui recoit l’eau jaillissante d’une fontaine. Les appartements supérieurs ont souvent aussi leurs bassins, alimentés par des jets d’eau. Il n'existe de cheminée dans aucune autre pièce que la cuisine; au contraire , les latrines sont très-nombreuses; chaque appartement, à peu près, a les siennes. Les vitrages des fenêtres ne s'ouvrent pas, comme chez nous, à deux battants ; on les élève en les faisant glisser dans des coulisses. Comme la ventilation est un point très-important pour une habitation égyptienne, on pratique souvent dans la terrasse une ouverture que l’on surmonte d’un auvent tourné vers le nord : arrêté par cette barrière, dans laquelle il s’engouffre , le vent se répand dans l’intérieur de la maison.

C’est. le style arabe qui a présidé à la construction de

presque toutes les maisons de l'Égypte. On sait de quelles délicieuses fantaisies l'architecture arabe enrichit ses ouvrages ; on connait l’art charmant avec lequel elle réunit dans les ornements qu’elle sème avec profusion la régularité des combinaisons à la vivacité des caprices. On peut dire que les brillants détails que les maisons égyptiennes lui doivent sont leur seule beauté. Déjà en effet j'ai parlé de la triste défectuosité de leur apparence au dehors ; elles ne sont pas plus irréprochables dans leur distribution intérieure : la plus grande irrégularité règne dans la disposition des pièces ; souvent les appartements sont de différente hauteur, et, quoique faisant partie d’un même étage, ne sont pas soumis au même niveau. Favoriser l'isolement, ménager des retraites cachées, voilà le but qui préoccupe constamment l'architecte , but qu’il n’atteint jamais qu'aux dépens de l'harmonie des parties et de l'unité de l’ensemble.

Depuis quelques années, le système des constructions s’est beaucoup modifié. Le style constantinopolitain , genre bâtard, fusion de mauvais goût du style grec dégénéré avec le style arabe, a été adopté. Plusieurs constructions en hois ont'été élevées, d’après ce système, dans lequel les fenêtres ogivales ont été remplacées par de grandes croisées rectangulaires , et le luxe des arabesques, par le poli uniforme des surfaces.

14. Boutiques. — Les maisons situées dans les quartiers marchands ont des magasins au rez-de-chaussée. Ces boutiques sont très-petites ; elles ont en général de 192 à 15 pieds de largeur sur autant de profon-

deur. On n’y remarque aucun brillant étalage. Un banc de pierre en interdit l’entrée au public, qui fait ses achats en restant au dehors.

15. Maisons des villages. — Ce n’est guère que dans les villes de la basse Égypte que les maisons sont construites en pierres et en briques cuites ; là en effet, les pluies étant fréquentes , les édifices exigent plus de solidité que dans la haute Égypte, où elles sont rares. Dans celle-ci, on ne se sert ordinairement que de briques carrées , séchées au soleil, ou simplement de terre. Cette parlie du pays ne contient pas de villes proprement dites, mais des villages. C’est surtout dans les villages que se trouvent les habitations des pauvres : rien n’est misérable comme ces demeures; ce sont des espèces de huttes ou de chaumières, qui s’élèvent à peine de quelques pieds au-dessus du sol; leurs murs fragiles sont formés de boue ou de briques de terre , que cimente et tapisse la fiente des animaux. Elles sont éclairées et aérées par de petites ouvertures ; leurs toits sont couverts de branches et de feuilles de palmiers. Le fellah vit dans leur étroite enceinte avec ses animaux domestiques. Dans un grand nombre de villages, des pigeonniers de forme carrée, mais dont les murs sont légèrement inclinés à Er surmontent les toits des chaumières.

16. Mosquées :. — Les mosquées sont les temples des musulmans. La piété des souverains et des riches les a répandues, en grand nombre, sur toute l'Égypte ; la seule ville du Caire en contient plus de quatre cents.

* Voir le chapitre de la Relicion.

Ordinairement ces édifices consistent en portiques dont les rangées s'élèvent autour d’une cour carrée ; au centre de cette cour, se trouve un bassin destiné aux ablutions. Le côté du bâtiment où est situé le sanctuaire est tourné vers la Mecque ; il est plus spacieux que les autres et contient deux ou trois rangs de colonnes, qui forment autant de nefs parallèles au mur extérieur. Une petite niche, nommée #ehrab, qui indique la direction de la Mecque, est adossée au milieu de la muraille du fond du sanctuaire. A sa droite est le mimber ou chaire à prêcher. Vis-à-vis le mehrab s'élèvent les pupitres qui supportent les exemplaires du Coran et une petite tribune soutenue par des colonnes d’où l’iman annonce l'heure de la prière.

Au-dessus des mosquées, les minarets détachent dans l’azur du ciel leuts flèches légères. Ces tours, du haut desquelles les müwezzins annoncent aux fidèles les heures canoniques de la prière, donnent aux villes musulmanes, du milieu desquelles on les voit saillir en aiguilles élancées, une physionomie particulière. L’intérieur des mosquées est revêtu de ces sculptures déliées, dans lélégante variété desquelles se complait l'imagination exubérante des artistes arabes. On sait que le prophète, voulant frapper au cœur l’idolâtrie, a sévèrement défendu la reproduction par le crayon, le pinceau ou le ciseau, de tout être vivant. Aussi ne rencontre-t-on jamais dans les monuments musulmans de figures d'hommes ou d'animaux. L’imagination de l’artiste arabe n’interroge, parmi toutes les formes de beauté dont se revêt la nature, que la végétation, sa parure la plus brillante. Aussi les sculptures arabes ne

présentent-elles jamais que d’ingénieux entrelacs de branches, de feuilles et de fleurs, et doivent-elles à cette singularité le caractère original qui les distingue.

Souvent les voyageurs, frappés de l’état de délabrement dans lequel se trouvent la plupart des mosquées, ne savent comment le concilier avec la piété ardente des mahométans et le respect qu’ils professent pour les édifices de leur culte. Mais c’est ce respect même, poussé à l’excès, qui est la cause de leur négligence apparente. Ils craignent en effet de violer la sainteté de ces monuments, en leur faisant des réparations ; ce n’est que lorsqu'ils menacent ruine qu'ils se décident à les abattre pour les reconstruire.

17. Fontaines, abreuvoirs , bains. — Presque toujours des fondations utiles sont annexées aux mosquées : par exemple, des fontaines, des abreuvoirs, des bains, des écoles, des hôtelleries. Les fontaines ou plutôt les citernes (sebil) sont très-répandues en Égypte. C’est lorsque le Nil commence à s’élever que Pon y fait la distribution de l’eau. Ces sebils, ordinairement de forme circulaire, sont richement décorées de grilles en bronze, de colonnes de marbre, de vitraux coloriés et d'inscriptions. Les abreuvoirs publics consistent en un seul bassin ; quelques-uns sont recouverts d’une niche ou d’une arcade ; il en est même qui, abrités sous un portique, présentent un aspect monumental. Le climat de l'Égypte et les prescriptions religieuses ont nécessité l’usage des bains : aussi compte-t-on partout un grand nombre de bains publics.

18.Cafés, bazars,okels. — On se tromperait beaucoup si lon s’imaginait que les cafés d'Orient ressemblent

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en rien aux nôtres; ce sont des salles entourées de bancs en pierre, et recouvertes de nattes dans lesquelles les Égyptiens vont fumer, prendre le café et écouter les conteurs. Les cafés sont très-nombreux. Les bazars ne sont guère que des rues couvertes, garnies de boutiques, où la population se presse. Les okels sont de grands édifices destinés aux besoins du commerce. Ils sont formés de bâtiments élevés autour d’une cour carrée qui contient ordinairement un oratoire et une fontaine, et dans le pourtour de laquelle s’ouvrent de vastes magasins voütés et à l’abri des incendies. Les étages supérieurs sont divisés en chambres et servent d’hôtellerie aux négociants étrangers.

19. Villes et villages de l'Égypte. — Ce que j'ai dit des maisons égyptiennes doit faire présumer que les villes qu’elles composent ne sont rien moins que belles. En effet, non-seulement les rues ne sont pas bordées de maisons dont l’aspect satisfasse la vue; mais encore, comme elles ne sont soumises à aucune loi d’alignement, comme chaque propriétaire ne consulte que sa fantaisie et sa commodité lorsqu'il se construit une demeure, il dédaigne souvent de faire confronter la facade de sa maison avec la voie publique, et lui donne une position oblique à la rue. Du reste, les rues sont souvent si étroites que les #usharabyehs des maisons qui se font face se touchent presque, empêchent la circulation de l'air et interceptent les rayons du soleil. Elles ne sont pas pavées, et tantôt une poussière épaisse, tantôt une fange bourbeuse en rendent le parcours désagréable et difficile. Quelques-unes sont larges, mais toutes sont tortueuses : aussi, coupées par

de nombreuses impasses, se mélant entre elles au hasard et sans ordre, forment-elles souvent des labyrinthes inextricables pour quiconque n’en a pas l’habitude.

Les villes sont divisées en quartiers; souvent ces quartiers sont fermés par de grandes portes, confiées, comme au Caire, à des gardiens qui font le guet pendant la nuit. Ces quartiers portent des noms; les rues ont aussi leurs dénominations, mais celles-ci ne sont pas inscrites; de même les maisons ne sont pas numérotées. Il n’y a pas d'éclairage public; seulement les personnes aisées mettent, pendant la nuit, de petits lampions devant leurs portes.

Le site des villes et des villages a été pris le plus souvent au hasard et choisi sans observations des règles de la salubrité publique, pour lesquelles les habitants de l'Égypte, ceux des villages surtout, montrent l'indifférence la plus funeste. On les voit abandonner, avec une déplorable insouciance, leurs demeures aux outrages de la vétusté; ils laissent se lézarder les murs de leurs maisons, qui deviennent bientôt le réceptacle d’une multitude d'insectes et de reptiles. Ils dédaignent de déblayer les ruines nombreuses qui s’amoncellent chaque jour sur le sol, et, par-dessus ces débris, ils jettent sans répugnance des immondices infectes.

260 POPULATION, EABITATIONS,

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