‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 111 sur 142 · LES VILLES LES PLUS REMARQUABLES DE L'ÉGYPTE ACTUELLE · texte numérisé non relu

LES VILLES LES PLUS REMARQUABLES DE L'ÉGYPTE ACTUELLE

Alexandrie. — Aboukir. — Rosette. — Damiette. — Hamanhour. — Ramanvyeh.— Fouah. — Mansourah. — Mehallet-el-Kebir. — Tantah.

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— Autres vies de la basse Égypte. — Le Caire. — Benysouef. — Medinet-el-Fayoum. — Fiddemin. — Minieh. — Achmcuneyn.— Moufalout. — Syout. — Ackhmyn. — Girgeh. — Keneh. — Kous. — Esné. — Assouan, — Suez. — Kosseyr.

Je vais parler rapidement des villes les plus importantes de l'Égypte actuelle ; je commencerai par celles qu'offre la basse Égypte, je remonterai ensuite le cours du fleuve : c’est la marche la plus naturelle, car c’est celle que doivent suivre les voyageurs européens qui viennent visiter cette contrée.

99, Alexandrie. — « Alexandre , a dit Napoléon, s’est plus illustré en fondant Alexandrie et en méditant d’y transporter le siége de son empire, que par ses plus éclatantes victoires. Cetie ville devait être la capitale du monde. Elle est située entre l'Asie et l’Afrique , à portée des Indes et de l'Europe. Son port est le seul mouillage des cinq cents lieues de côtes qui s'étendent depuis Tunis, ou l’ancienne Carthage, jusqu’à Alexandrette; il est à l’une des anciennes embouchures du Nil. Toutes les escadres de l’univers pourraient y mouiller, et, dans le vieux port, elles sont à l'abri des vents et de toute attaque. »

Alexandrie est située sous les 51° 15’ 5” lat. N. et 27° 55" 50/ long.; elle est bâtie, près du lac Maréotis, sur un isthme qui joint à la terre ferme la presqu'’ile qui couvre ses deux ports. Le Port-Neuf, placé à l’est, est très-ouvert et n'offre pas aux navires de mouillage sûr pendant les gros temps. C’est à l’extrémité du môle qui le protége, que se trouve le fort du Phare, bâti sur l'emplacement où s'élevait, pendant lantiquité, le phare si célèbre des Ptolémées. Le Port-Vieux , situé à

l’ouest, ouvre aux navires un bassin très-profond et très-sûr; les passes par lesquelles on y pénètre sont difficiles pour les vaisseaux d’un fort tirant d’eau. Avant Méhémet-Ali, l’entrée en était interdite aux navires des chrétiens, qui ne pouvaient aborder que par la rade dangereuse de l’est.

Entourée d’un côté par la mer, de l’autre par les sables, Alexandrie est placée dans une position insulaire. La ville actuelle, ainsi qu’on l’a souvent remar- : qué, n’a guère reçu en héritage de la cité antique que son nom et des ruines. Celle-ci avait été construite par l'architecte Dinocrates , sur les plans mêmes d’Alexandre. Au rapport de Pline, elle avait environ cinq lieues ! de tour et contenait une population de 300,000 «itoyens et autant d'esclaves ; une rue de 2,000 pieds de , long sur 100 de large la traversait du nord au sud, et était coupée à angle droit par une autre rue presque ! aussi belle. Des palais magnifiques , des temples, des gymnases , des cirques , des théâtres, des monuments de toute sorte se pressaient dans son enceinte.

Lorsque Alexandrie fut prise par Amrou, elle formait, d’après les historiens arabes, trois villes, Menné, Nekité et Iskandérié. Dans son rapport au calife Omar, Amrou dit qu’elle contenait 4,000 palais, 4,000 bains, 400 théâtres ou édifices publics et 12,000 magasins. Vers l’an 1212 de notre ère, un successeur de Saladin l’entoura d’une enceinte de deux lieues de circuit, flanquée de cent tours, qui subsiste encore aujourd’hui, et a été réparée par Méhémet-Ali. Sous la domination : musulmane, et principalement sous les mameluks , Alexandrie déchut rapidement; aussi n’était-elle plus,

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à l’époque de l'invasion française , qu’une bourgade et un repaire de pirates ; sa population s'élevait à peine à 8,000 âmes ; ses fortifications tombaient en ruine; les Bédouins venaient jusqu'aux pieds de ses murailles commettre impunément leurs pillages, et à peine pouvait-on aller, sans escorte, visiter la colonne de Pompée, à dix minutes de la ville.

Le séjour des Français en Égypte ne fut pas assez long pour leur permettre de replacer Alexandrie à la hauteur où ses destinées l’appellent naturellement. Ils ne purent que la doter de fortifications nouvelles et réparer les anciennes qui tombaient en ruine lorsqu'ils s'en emparèrent.

Méhémet-Ali fut à peine arrivé au pouvoir qu'il comprit avec la vivacité et la sûreté de son coup d'œil la triple importance militaire, maritime et commerciale que la nature avait donnée à Alexandrie.

Cette ville est la clef militaire de l'Égypte ; c’est le point sur lequel doivent porter nécessairement les premières attaques des ennemis ; il était donc d’un intérêt majeur de veiller au perfectionnement et à l'entretien de ses fortifications. La descente des Anglais, en 1807, dut faire sentir au vice-roi que la moindre négligence à cet égard pourrait devenir fatale.

Les ports d'Alexandrie sont les seuls que renferme l'Égypte ; si des flottes sont nécessaires pour protéger l'indépendance de ce pays, que les puissances européennes ne peuvent menacer que par mer, c’est Alexandrie qui leur offre un asile vaste et inattaquable; c’est de cet avantage naturel qu'il fallait profiter : Méhémet Ali n’a pas fait défaut à cette nécessité. Il à fait

d'Alexandrie son portmilitaire ; il y a établi son arsenal.

L'importance commerciale de tout point du littoral méditerranéen de l'Égypte est subordonnée à la facilité de ses relations avec le Caire, centre commercial, industriel et politique. Dans l'antiquité, Alexandrie sé reliait au cœur de l'Égypte par la branche du Nil à l'extrémité de laquelle elle était placée ; lorsque cette branche fut peu à peu comblée par les atterrissements, les premiers conquérants arabes rattachèrent Alexandrie au Caire par un canal dont les historiens orientaux nous ont laissé de magnifiques descriptions. Mais sous l'administration des mameluks, ce canal dépérit promptement et ne fut bientôt plus qu’un simple fossé, desséché pendant la plus grande partie de l’année. Alors Alexandrie perdit sa position commerciale, qui échut à Rosette. Mais Méhémet-Ali la lui a rendue, en la rejoignant au Caire par un canal navigable , auquel il à donné, en l’honneur du sultan Mahmoud, le nom de Mahmoudieh. Maintenant tout le commerce de l'Égypte s’est donc concentré à Alexandrie. Le ministre du commerce à son administration dans cette ville; c’esi Jà qu'il vend aux négociants européens les produits d'exportation.

Triplement régénérée, Alexandrie a vu sa population s’accroitre rapidement et atteindre le chiffre de 60,000 âmes, dont les équipages des flottes et les ouvriers de l’arsenal forment environ le tiers. On compte, dans les deux tiers restant, vingt mille Arabes indigènes, six mille Turcs, dix mille Juifs ou Cophtes et cinq mille Européens. je ne parle pas de la population flottante attirée soit par les affaires, soit par la curiosité des voyages.

L’aspect de la ville, on le concevra aisément , s’est complétement modifié depuis ces dernières années. Les immenses cimetières qui se trouvaient dans l’intérieur ont été rejetés au dehors. Les mares d’eau stagnante qui y croupissaient ont été desséchées et comblées. Les rues n’ont pas été pavées, il est vrai, mais celles sont tenues avec propreté. Des constructions de tout genre, des arsenaux, des palais, des casernes, des fabriques, des hôpitaux, etc., ont été bâtis sur un grand nombre de points. Une partie considérable des murs d'enceinte, qui s’élevaient sur les bords de la mer, a été abattue pour faire place aux agrandissements de Ja ville.

C’est sur la presqu’ile connue sous le nom de Ras-el- Tyn (cap des Figuiers) que se trouvent l'arsenal de la marine, le palais du vice-roi et plusieurs autres constructions occupées par le service de administration et du gouvernement.

L’isthme qui unit Ras-el-Tyn à la terre ferme est occupé par la ville turque, bâtie d’après le type ordinaire des cités musulmanes.

Ensuite vient le quartier des Européens. Alexandrie avait autrefois son quartier franc, c’est-à-dire celui qui était habité par les Francs ou Européens. Ce quartier était bien supérieur aux diverses parties. de la ville occupées par les indigènes. Mais c’est surtout depuis le gouvernement de Méhémet-Ali, car c’est depuis lors que la résidence des consuls généraux a été défimitivement fixée à Alexandrie, qu’il a pris un bel aspect. Lorsqu’en 1895 je débarquai dans cette ville, on ne distinguait, dans le quartier franc, que quelques

okels. Aujourd’hui, il a entièrement changé de face ; il s’est étendu depuis le centre du Port-Neuf jusqu’à l'aiguille de Cléopâtre. On voit actuellement, dans le voisinage de ce monument, une très-belle place formant un rectangle d'environ huit cents pas de long sur cent cinquante de large. Les maisons qui entourent cette place ont été bâties à l’européenne , sur des plans fort élégants. Quelques-unes appartiennent à Ibrahim-Pacha. C’est sur cette place que logent les principaux consuls ; le palais consulaire de France se distingue parmi tous les autres par sa belle apparence.

On remarque dans l’enceinte deux monticules de 200 pieds de hauteur environ, couronnés par deux forts construits par l’armée française et dont l’un conserve le nom et consacre la mémoire du brave général de génie Caffarelli-Dufalga, mort au siége de Saint- Jean-d’Acre. La colline du fort Caffarelli, la plus proche de la ville, est formée par un amas de décombres qui ne datent probablement que de l’époque des Arabes. L'autre, qui porte le nom de Kom-el-Dyck :, est un rocher calcaire, et couvre l'emplacement occupé, dans l'antiquité , par un théâtre. On n’y voyait aujourd’hui que quelques misérables cabanes d’Arabes; autrefois les Européens riches, ayant reconnu la salubrité de ce lieu, s’y sont fait bâtir des maisons de plaisance, qu’ils ont entourées de jardins.

Les environs d'Alexandrie sont couverts , jusqu’à deux lieues à la ronde, d'immenses ruines, qui prouvent qu’il n’y a rien d’exagéré dans ce que les histo-

1 Colline du Coq.

riens ont rapporté sur les merveilles de la ville ancienne. Les matériaux avec lesquels la ville arabe avait été construite, ont été fournis par ces ruines ; encore ne les avait-on tirés que de la superficie du sol. Mais on trouve des décombres considérables et très-1importants en creusant, quelquefois même jusqu’à 60 pieds de profondeur.

Les établissements ou édifices publics que possède Alexandrie sont : l’arsenal *, les magnifiques palais du vice-roi à Ras-el-Tyn, se composant du harem, du divan, où appartements particuliers de Méhémet-Ali , et du palais des étrangers, où le vice-roi donne l’hospitalité la plus généreuse aux voyageurs de distinction. Alexandrie a une intendance de santé et plusieurs hôpitaux ; l’un d’eux, celui de la marine, dit de Mahmoudieh , peut contenir de 12 à 1500 malades ; un autre, celui de l’armée de terre , dit de Ras-el-Tyn, 5 à 600. On compte dans cette ville trente mosquées.

30. Aboukir. — En suivant la côte à l’est d’Alexandrie, on rencontre, avant d'arriver au lac d’Edko, une plage devenue fameuse par le terrible échec maritime qui étouffa dans leur germe les conséquences de notre expédition d'Égypte, et par la belle victoire que Bonaparte y remporta sur les Turcs, l’année suivante , à son retour de Syrie. Ce lieu, doublement illustre, qui réveille dans toute âme française un souvenir de deuil et un souvenir de gloire, est Aboukir.

Le village qui lui donne son nom occupe l’emplaceament sur lequel se trouvait la Busiris des anciens,

# "En voir la deseription dans Île chapitre sur la Marine.

ville renommée par son temple consacré à Isis et la fête annuelle que les Égyptiens y célébraient.

Aujourd’hui la position d’Aboukir est très-importante sous le point de vue militaire. Si elle n'était pas bien défendue, elle pourrait offrir à une expédition d’envahissement un lieu de descente. La valeur de cette position a été comprise par le vice-roi, qui, en y établissant des fortifications , l’a rendue inexpugnable , d’après le témoignage des hommes de l’art.

51. Rosette. — Au delà du lac Mahdieh et sur la rive gauche de la branche occidentale du Nil, à laquelle elle donne son nom, se trouve la ville de Rosette. Elle est située à une lJieue et demie de la mer, sous le 51° 25° de latitude boréale et le 28° 8” 5”’ de longitude, méridien de Paris. On se rend à Rosette par terre en longeant le rivage. Lorsqu'on y arrive par mer, il faut traverser un passage assez dangereux qui obstrue l’embouchure du Nil. Ce passage, nommé Boghäz, est ouvert par le courant dans la barre que forment les bancs de sable , résultat des dépôts accumulés du fleuve. Cette ouverture est très-variable : de là les difficultés qu’elle présente.

Dès que l’on a franchi le boghäz, un spectacle ravissant s'offre à la vue : c’est la riche plaine du Delta, avec ses immenses {apis de verdure ou ses moissons dorées, parsemée de groupes de dattiers, de villages ou de villes surmontées par les flèches aiguës des minarets, qui s'étend sur la rive droite du Nil sans rencontrer d'autre borne que l'horizon.

La ville de Rosette est appelé Raschid par les Arabes, qui attribuent sa fondation au fameux calife Haroun-

el-Raschid. Elle acquit de l'importance commerciale lorsque Alexandrie tomba en décadence ; mais maintenant que le canal Madmoudieh a rendu à celle-ci tous les avantages de sa position, Rosette a été abandonnée par les négociants, et sa population a considérablement décru ; elle s'élève à peine aujourd’hui à 15,000 habitants. Rosette est renommée pour ses rizières et pour ses jardins , dont on a beaucoup exagéré la beauté, et qui sont dans le gouùt des vergers orientaux , dont j'ai déjà essayé de donner une idée.

Cette ville a près d’une lieue de long sur un quart de lieue de large. On y remarque une assez belle mosquée, une filature de coton, des machines à monder le riz, une entre autres qui est mue par la vapeur, une vaste caserne. Au sud de Rosette se trouve un ermitage fameux dans le pays, élevé en l'honneur d’un saint arabe dont le nom, 4bou- Mandour , signie père de l'éclat. Du haut du minaret de cette fondation pieuse, un magnifique panorama , qui embrasse la terre et la mer, se déroule aux yeux du spectateur.

52. Damiette. — La ville de Damiette (Damyät) est située sur la rive orientale de la branche du Nil qui portait autrefois le nom de Phatnitique. Elle est à deux heues de distance de la mer, à demi-lieue du lac Menza- Ich, sous les 29° 29/ 15” de longitude et 51° 25” 45’ de latitude. Elle n’occupe pas le même emplacement que la ville sarrasine illustrée par les croisades. Les croisés attaquèrent plusieurs fois celle-ci, qui tomba en leur pouvoir en 1218, et dont saint Louis s’empara en 1249. Lorsque ce prince la rendit aux musulmans pour prix de sa hberté, ceux-ci la détruisirent et allèrent élever à

deux lieues de distance une re cité, qui est la ville actuelle.

Les environs de Damiette sont renommés pour leurs rizières. Cette ville est elle-même l’entrepôt des riz de l'Égypte. Elle fait avec la Syrie un commerce assez important. Ses manufactures de toile avaient autrefois beaucoup de réputation. Des évaluations exagérées ont porté le nombre de ses habitants à 60 ou 80 mille; il n’est réellement aujourd’hui que de 95 à 50 mille.

Les édifices les plus remarquables que renferme Damiette sont des mosquées et les vastes magasins à riz que le vice-roi a fait construire. Méhémet-Ali y a aussi établi de belles casernes et l’école d'infanterie.

55. Damanhour. — La première ville que l’on rencontre en revenant vers l’ouest du Delta est Damanhour , ville assez grande, située à peu de distance du canal de Mahmoudieh ; elle contient de 8 à 10 mille habitants.

54. Rahmanieh, — petite ville située sur le Nil et non loin de laquelle se trouvent les ruines de Fancienne Saïs. C’est aussi auprès de Rahmanieh qu'était Naucratis, la seule ville que les anciens Égyptiens eussent ouverte au commerce étranger.

35. Fouah, — sur le Nil, entre Ramanieh et Rosette et en face de l’ouverture du Mahmoudieh. Elle était, au xvie siècle , assez importante; mais elle avait considérablement déchu depuis que le canal d'Alexandrie , qui la liait avec cette ville et en faisait un entrepôt commercial, s'était ensablé. Elle a repris aujourd’hui. quelque valeur ; le vice-roi y a fondé une fabrique detarbouchs ou bonnets à limitation de ceux de Tunis,

une filature de coton et un moulin à écosser le riz.

56. Mansourah, — sur la rive droite de la branche de Damiette et à environ douze lieues de cette ville. Mansourah a été illustrée par l'échec que saint Louis y subit. On y montre encore, sur une petite place faisant face au Nil, le lieu dans lequel ce pieux roi passa sa captivité. On trouve de plus à Mansourah les ruines d’une voùute nommée Basar-el-Gadim, sous laquelle saint Louis signa la paix et la reddition de Damiette. C'est entre cette ville et Mansourah que se trouve Fareskour , où il éprouva la première défaite qui trompa sa valeur et ses espérances.

51. Mehallet-el-Kebir. — Cette ville, située dans l'intérieur du Delta, dans le voisinage de la branche de Damiette , occupe, suivant quelques géographes , l'emplacement de l’ancienne Xoïs, et suivant d’autres , celui de Cynopolis. Elle est assez grande. Quoique déchue de la prospérité dont elle a joui à une autre époque , elle compte encore de 16 à 18 mille habitants. Ses fabriques de toile de lin jouissaient d’une trèsgrande réputalion. Le vice-roi y a établi une belle manufacture où l’on file le coton et tisse les toiles.

58. T'antah. — À droite de Mehallet-el-Kebir on rencontre, en remontant , Tantah, petite ville célèbre par les pèlerins nombreux qu'attire dans son sein une fondation religieuse, et par ses foires annuelles. L'objet du pèlerinage est une mosquée dédiée à un santon nommé Saïd le Bédouin. Cette mosquée est une des plus belles et des plus riches de l'Égypte. L'intercession de Saïd le Bédouin passe pour donner la fécondité aux femmes , pour opérer des guérisons miraculeu-

ses, etc. Aussi vient-on l’invoquer de tous les points de l'Égypte; la plus grande partie des musulmans qui vont à la Mecque font une station à Tantah.

L'époque choisie par les pêlerins est en général la fête du saint , celle où a lieu la foire connue sous le nom de eZ Chouroum Balbie : c’est la plus importante des trois foires dont cette ville est le théâtre. Les deux autres sont celles de Moulet, de Sidi Adela et de Rajabieh. Pendant la grande foire de Chouroum , une ‘affluence immense encombre Tantah; des marchands s’y rendent de la Turquie, de la Perse, des Indes et de plusieurs parties de l'Afrique. Ils y apportent des toiles peintes , des mouchoirs, des toiles de tout genre, des soieries , des jouets d'enfants , des poteries , des plumes d’autruche , des esclaves , etc. Ils étalent leurs marchandises dans les okels ou dans des baraques qui , formant une double rangée , occupent quelquefois en longueur quatre lieues de terrain. Ceux qu'un but pieux a attirés auprès de la mosquée de Saïd le Bédouin plantent leurs tentes dans le voisinage de la ville. Des baladins, des filles de joie , des danseuses , des musiciens ambulants, viennent exercer au milieu de toute cette foule leurs talents ou leur industrie. Quatre inille hommes sont envoyés à Tantah pendant la foire pour y protéger l’ordre ; mais ils ne peuvent pas empêcher les filous de commettre de nombreux actes d’escroquerie.

Lorsque les foires ont cessé à Tantah, cette ville, qui présentait une physionomie si animée et offrait à la curiosité du voyageur un spectacle plein dattrait, devient déserte et revêt un aspeci triste et désolé.

39. Les autres villes de la basse Égypte dignes de quelque mention sont :

Menouf, village assez considérable situé près du sommet de langle du Delta; il contient une mosquée où l’on remarque d’élégantes colonnes.

A l’est de la branche de Damiette et sur la route de la Syrie :

Belbeys, que Bonaparte fortifia. C’est non loin de cette ville qu'était située, sous les Ptolémées, celle d’Onion, où Onias, fils d’un grand prêtre hébreu. avait fait construire un temple sur le modèle de celui de Jérusalem , et dans lequel on pratiquait les cérémonies du culte juif.

Salahyeh , point central de la province de Charkyeh.

Abouzabel, Kankah. — Ces deux villages ont acquis de l’importance pendant les derniers temps; ils soni situés tous les deux sur la route de Salahyeh au Caire, à quatre lieues nord de cetie dernière ville et autant du Nil. Ils sont distants l'un de l'autre d’une demilieue. Ils ont chacun environ 1,500 habitants. C’est dans l'intervalle qui les sépare que se trouve une immense plaine inculte d’un terrain assez ferme , et faisant face au désert de Gessen (celui de l'isthme de Suez). C'est dans ce lieu que les 80.600 hommes amenés par le grand vizir se trouvaient campés lorsqu'ils furent défaits par 9,000 Français, commandés par Kléber. C’est là aussi que furent établis le camp d'instruction des troupes régulières et les premières écoles d'état-major d’arüllerie, ainsi que l’école de médecine d’Abouzabel.

Mataryeh, près du Caire, sur les ruines de lan-

cienne Héliopolis, l’une des plus belles et des plus fameuses villes de l'Égypte antique. Des traditions qui . se rattachent aux humbles débuts de notre religion sont conservées dans ce village ; on y montre en effet le puits où Joseph , Marie et l'enfant Jésus se désaltérèrent pendant leur fuite en Égypte, et le sycomore qui leur prêta son ombre. Ces pieux souvenirs sont également vénérés des musulmans et des chrétiens. Mataryeh est devenu à jamais célèbre par la grande victoire de Kléber.

40. Le Caire. — Le Caire est sous les 50° 2’ 21”’ de latitude nord et 28° 58’ 50” de longitude. Il est situé dans une plaine sablonneuse , à 400 toises de la rive droite du Nil, à cinq lieues et demie du sommet du Delta et au pied des derniers mamelons du Mokattam. La ville principale , appelée grand Caire , est placée entre le bourg de Bouläâq, qui lui sert de port au nord , et le vieux Caire, qui lui rend le même service pour la navigation méridionale du Nil.

Le vieux Caire occupe l'emplacement sur lequel s'élevait Babylone d'Égypte. Pendant qu'Amrou assiégeait cette dernière ville, une colombe établit son nid sur sa tente. Touché de ce fait, qu'il regardait comme un présage céleste, le général arabe, partant pour s'emparer d'Alexandrie , ne voulut pas déranger la colombe, laissa sa tente dressée et, à son retour, fonda autour d’elle la nouvelle capitale de l'Égypte j qu’il appela Misr-Fostat *.

Mais les destinées de cette ville ne devaient pas être

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