NL MARIAGE, POLYGAMIE, DIVORCE
Mariage — Polygamie en Égypte. — Divorce. — Causes de la privgamie et du divorce eu Orient. — Leurs effets.
75. Mariage. — Dans une contrée où la polygamie ct le divorce sont en vigueur, le mariage ne peut pas être une affaire d’une importance capitale, ct, comme chez nous, où il contient en germe les destinées de l'homme et de la femme, être considéré comme lacte le plus grave de la vie. En Orient, l'amour ne prélude
pas à l'union des époux. La claustration du harem interdit à homme de connaître, même de vue, la femme qui Jui est destinée. Souvent le mariage est arrangé par les parents, lorsque les fiancés sont encore enfants, ct lorsqu'ils sont arrivés à l’âge nubile leur volonté est à peine consultée. Les noces amènent donc de fréquentes déceptions, dont la réparation est demandée à un prompt et facile divorce. Aujourd’hui, les inconvénients de cette manière illogique de contracter l'union conjugale ont été adoucis à certains égards. Les parents sont moins sévères; non qu’ils permettent jamais à un jeune homme de voir ni de parler à une jeune personne ; mais ils consultent avec plus de soin les convenances d’âge et de caractère moral et physique. Avant le mariage, la mère et les parentes les plus proches du jeune homme vont rendre visite à sa future dans son harem, et peuvent prendre par elles-mêmes des informations précises sur sa beauté ou sa laideur, sur ses défauts ou sur ses qualités.
En Orient, les femmes n'apportent pas de dot à leurs maris ; ceux-ci au contraire doivent. leur faire un douaire (#ahr). Chez les personnes d’une certaine aisance, ce don s'élève ordinairement à la somme de dix bourses (plus de douze cents francs). Il est moindre pour les veuves ou les femmes divorcées ".
76. Polygamie en Egypte. — Nous avons vu que la loi musulmane permet à un homme d’avoir quatre épouses et un nombre illimité de concubines, en d’autres termes qu'elle sanctionne la polygamie ; mais on
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s'abuserait, si l’on croyait que la licence donnée par la religion est communément mise à profit. La plupart des Égyptiens n’ont qu’une femme. Il serait impossible qu’il en füt autrement, à moins que le nombre des femmes ne dépassät considérablement celui des hommes; or, en Égypte, la population féminine balance à peu de chose près la population mâle. D'ailleurs, Pentretien d’un nombreux harem exige de fortes dépenses, et n'est qu’à la hauteur d’une grande fortune ; aussi la polygamie n'est-elle pratiquée que dans les sommités de la société. Un homme de classe inférieure a quelquefois deux ou plusieurs épouses dont chacune subvient par son travail aux frais de son entretien ; mais en moyenne, on peut évaluer qu’en Égypte. il n’est pas plus d’un homme sur vingt qui jouisse de la prérogative de la pluralité des femmes.
77. Divorce. — Une institution qui a beaucoup d’analogie avec la polygamie, et dont la pratique est poussée jusqu'au scandale, c’est le divorce. La polygamie permet d'avoir un nombre illimité de femmes à la fois ; le divorce, de les posséder l’une après l'autre. Il n’y a entre la première et le second d'autre différence que celle qui distingue la simultanéité des jouissances , de leur succession. Au fond, ils ont la même nature. Nés des mêmes causes, ils doivent produire les mêmes résultats.
J'ai déjà dit que l'on voit en Égypte des Arabes qui ont divorcé cinquante fois : c’est là une exception ; mais ceux qui ont répudié dix, douze et même vingt femmes sont beaucoup moins rares. Les Tures respectent davantage le lien conjugal: chez eux, la polygamie est
très-peu pratiquée ; ils ont encore moins recours au divorce.
78. Causes de la polygamie et du divorce en Orient. — Les rapports de l’homme avec la femme ont été de tout temps en Orient empreints d’un caractère particulier, entièrement opposé à celui qu’ils ont présenté en Europe. Ce contraste a été l’objet des méditations approfondies des philosophes, des publicistes et des physiologisies.
En Occident , tous les peuples, les Grecs comme les Gaulois, les Germains comme les Romains, ont observé la monogamie; en Asie, tous, depuis les Persans jusqu'aux Tures , ont permis à homme d'entretenir plusieurs femmes.
Le christianisme , qui a donné à la civilisation européenne cette magnifique impulsion dont nous voyons aujourd'hui les admirables résultats , a prêché l’austérité des mœurs , l'unité et l’indissolubilité du mariage. L'Occident tout entier a écouté sa voix, a exécuté ses commandements. Le mahométisme, au contraire, a permis la polygamie , a consacré l’infériorité morale de la femme; un lot immense lui est échu. La plus grande partie de l'Asie, rebelle aux apôtres du Christ, s’est ralliée autour de l’étendard du Prophète.
Mais les rapports de l’homme avec la femme sont, au point de vue social, d’une importance fondamentale. Ils exercent une influence immense sur la famille et. par conséquent, sur la société tout entière. I} serait : done d'un haut intérêt Ge découvrir les causes qui les font varier, suivant les latitudes et les hémisphères.
La principale cause de la polygamie parait être
exclusivement physique. Montesquieu a observé que, dans les pays chauds, il existe entre les deux sexes une inégalité naturelle : « Les femmes , dit-il, y sont nubiles à huit, neuf et dix ans. Ainsi, l'enfance et le mariage y vont presque toujours ensemble. Elles sont vieilles à vingt ans. La raison ne se trouve donc jamais chez elles avec la beauté. Quand la beauté demande l'empire, la raison ic fait refuser; quand la raison pourrait l’obtenir, la beauté n’est plus. Les femmes doivent être dans la dépendance, car la raison ne peu‘ leur procurer dans leur vieillesse un empire que la beauté ne leur avait pas donné dans la jeunesse même. Il est donc très-simple qu’un homme, lorsque la religion ne s’y oppose pas, quitte sa femme pour en prendre une autre, et que la polygamie s’introduise. »
L'illustre penseur me parait avoir exposé avec sa profondeur habituelle la vraie cause de la polygamie , de la fréquence du divorce en Orient et de l’état d’infériorité dans lequel la femme s’y trouve placée vis-à-vis de l'homme.
79. Effets de la polyqamie. — Mais cette cause, si matérielle dans son origine, a eu les conséquences morales et politiques les plus vastes ; c’est à elle qu'il faut attribuer l’état d’infériorité dans lequel, depuis plusieurs milliers d'années , les peuples orientaux végètent eux-mêmes; c’est la polygamie qui les a pétrifiés dans cette apathique et abrutissante immobile, signe certain de la décrépitude des nations ; €’est elle qui les a abattus aux pieds de tous les conquérants oceidentaux qui ont entrepris de les soumettre; c’est elle qui appelle sur eux l’action de l'Europe, sous la seule
influence de laquelle ils pourront se retremper et se relever de leur abaissement actuel.
Les funestes conséquences de la polygamie ont été présentées avec une mâle éloquence par mon illustre ami le professeur Lallemand dans un tableau rapide et esquissé à grands traits. Je pense que mes lecteurs me sauront gré de citer ici ses énergiques paroles *.
« Dès la plus haute antiquité, l'Orient et l'Occident sont en présence. C’est d’abord la guerre de Troie, due à l'enlèvement d'Hélène par le plus lâche des enfants de Priam ; c’est plus tard l'impulsion en sens contraire qui amène l'invasion des Perses ; puis, de nouveau, la réaction de la Grèce, la retraite des Dix mille, l’expédition d'Alexandre; puis, quand cette puissance est détruite, vient celle de Rome, qui étend aussi ses conquêtes en Afrique et en Asie.
« Au milieu de ces luttes renaissantes un phénomène caractéristique domine tous les autres. Partout on voit quelques poignées d’hommes libres renversées par des nuées d'esclaves conduits par des despotes efféminés.
« Ces caractères distinctifs, signalés par tous les auteurs de l’antiquité, se sont conservés jusqu’aujourd’hui sans altération.
« À quoi peut-on attribuer une opposition si constante ? À la race? Mais les Turcs, les Égyptiens, les Persans, etc., sont , comme nous, de race caucasique. Au climat”? Mais les Anglais conservent leur énergie, leur activité, leur persévérance, au milieu des Indous, et c’est à cela seul qu’on peut attribuer l’étonnant suc-
1 Des pertes sémina es invulontaires, p. 6325-39,
cès d’une conquête aussi gigantesque. Faut-il s’en prendre aux institutions politiques ou religieuses? Mais elles sont l'ouvrage des hommes ; d’ailleurs , de part et d’autre, les formes de gouvernement, les religions ont changé, sans amener aucune modification dans les deux types primitifs.
« Il n’y a qu’une chose qui soit restée invariable des deux côtés , c’est ce qui concerne le mariage. Dans tout l'Orient la polygamie a toujours été admise ; tous les peuples d'Occident , au contraire, se sont constamment montrés attachés aux principes de la monogamie.
« Pour peu qu'on réfléchisse à l’affaiblissement physique et moral produit par les excès vénériens, on comprendra facilement les différences que des institutions aussi opposées doivent amener dans l’existence des deux peuples. Je sais bien que ces excès ne sont pas rares chez nous ; mais il est évident que la satiété doit plus tôt y mettre un terme; qu’elle doit faire rechercher davantage . dans les rapports conjugaux, les jouissances intellectuelles et morales.
« Chez les Orientaux, la variété rallume les désirs éteints , réveille les sens engourdis ; tout gît pour eux dans les plaisirs physiques. S'ils rencontrent un Euro-
“péen , ils le regardent comme médecin , et ne tardent pas à lui demander des secrets pour multiplier et prolonger leurs jouissances. Le commerce le plus important de leurs droguistes est celui des opiaits, des pastilles , des préparations aphrodisiaques les plus variées ; la vente en est publique ; leur but est avoué ; rien ne paraît plus naturel chez un peuple dominé par les idées érotiques.
« ILest vrai qu'il faut être riche pour avoir un harem nombreux , que les concussions des grands peuvent à peine suffire aux dépenses d’un sérail ruineux. Mais ce sont les sommités qui donnent impulsion : le peuple ies imite toujours autant qu’il peut.
« D'ailleurs il faut des eunuques partout où il y a des femmes à garder. La prévoyance croit avec les motifs d’ombrage , et la mutilation finit par être portée jusqu'aux derniers raffinement de la jalousie ja plus barbare. Certes , l'esclavage est bien odieux ! mais il n’est pas comparable à ce lâche attentat contre l’humauité. L’esclave le plus aviii peut un jour devenir un héros ; quelle que soit sa misère , elle doit faire envie à l’eunuque.
« Ce n’est pas tout; la possession inutile, daugereuse , de tant de femmes par les privilégiés de la fortune , amène forcément ja pénurie dans le reste de la société, par la même raison que les profusions , les dilapidations des cours ne se payent qu’aux dépens de la misère publique. Aussi la sodomie est-elle populaire dans tout l'Orient , elle s’y montre sans entraves et sans pudeur. Quelle énergie morale peut-il rester à des hommes vautrés dans de pareilles turpitudes ?
« Enfin la femme , étant pour uu Oriental un objet de trafic , ne peut plus lui paraitre qu’un être abject , impur , de beaucoup inférieur à lui ; c’est une marchandise à laquelle il demande la fraicheur, des formes agréables ; mais pour de lintelligence , des qualités morales, de la vertu, il n'y pense seulement pas. D'ailleurs la dégradation produite par l’habitude del’esclavage porte. chez elle aussi, ses fruits délétères.
« Entre de pareilles mains , quelle éducation morale la première enfance pourrait-elle recevoir ? Quel respect le fils conserverait-il pour sa mère, quand il la voit rudoyée , frappée par le plus misérable des eunuques , avec l’approbation de son père? Quelle amitié peut-il exister entre des frères issus de femmes qui se détestent ? Sans les vertus domestiques, que deviennent toutes les autres ?
« Ainsi la polygamie n’agit pas seulement d’une manière directe sur les maîtres efféminés des harems et des sérails , elle étend son influence corruptrice à tout le reste de la population , et ceux qui ne sont exposés qu’à être énervés par des excès vénériens sont encore supérieurs, sous tous les rapports, à tout ce qui les entoure. C’est entre leurs mains que tombent l'influence et le pouvoir ; ce sont eux qui ont encore le plus d’activité et d'énergie ; eux seuls peuvent conserver quelque vie à la société orientale. il suffisait donc de s'occuper d’eux pour prendre une idée du reste.
« Tel est l'Orient , etc. »
Les fâcheux résultats de la polygamie ne pouvaient être présentés avec plus de force et de vérité que dans le fragment que je viens de citer. Mais il est impossible qu’un usage dont l’origine se perd dans les traditions les plus reculées d’une vaste contrée , que le climat encourage , que la religion autorise, puisse être supprimé de longtemps. L'influence seule de nos idées, en s'étendant sur l'Asie, en relevant la dignité des nations qui lhabitent , pourra le faire disparaitre.
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