XXII INTRODUCTION HISTORIQUE
grecs et romains, un culte grossier et ridicule consacré à l’adoration exclusive de certains animaux, de certaines plantes. Cette religion, qui avait pour base les principes métaphysiques les plus élevés , se traduisait aux yeux du vulgaire en des pratiques symboliques , dont les prêtres avaient le secret et dont le peuple et les étrangers ne savaient ou ne pouvaient pas pénétrer le sens mystérieux.
Le principe de l'unité divine était au fond de la théologie égyptienne ; Ammon-Ra était considéré par elle comme lêtre suprème dont tout procédait dans l'univers. Ammon-Ra représentait le principe mâle; mais le principe féminin lui était intimement uni sous le nom de la déesse Mouth. De son union avec la déesse Mouth était né le dieu Khons. Ainsi s'était formé la Triade suprême.
Ce ternaire divin donnait naissance à tous les dieux de l'Égypte destinés d’abord à représenter les manifestations infinies de la divinité dans tout l’univers. La hiérarchie des dieux se formait par groupes de trois, composé chacun d’un principe mâle, d'un principe féminin et du produit de leur union.
Au-dessous d’Ammon-Ra, qui était souvent adoré sous le nom de Knouphis, se trouvaient plusieurs dieux que les Grecs se sont appropriés en leur donnant des noms nouveaux. Tels sont : Bouto, déesse de la nuit, qui avait, chez les Égyptiens, les mêmes attributions que la Nuit des Grecs; la déesse Neith, dont le culte était surtout en honneur à Saïs, ville de la basse Égypte, et qui correspondait à Minerve; le dieu Phtha, qui, dans la série des dieux de l'Égypte, occupait la troisième
INTRODUCTION HISTORIQUE. XXTIT
place et qui était analogue au Vulcain des Grecs : il était l’ouvrier de la création. Le dieu Knouphis avait produit un œuf de sa bouche; cet œuf représentait la création; Phtha en était sorti. Il avait coordonné la matière première. Ce dieu avait été, suivant les Égyptiens, le premier de leurs rois ; la ville royale de Memphis lui était consacrée; c'était dans le magnifique temple élevé en son honneur, à Memphis, que se faisait l'inauguration des rois; — la déesse Hathor , la Vénus des Égyptiens : elle était adorée aussi à Memphis; — le dieu Phré, dieu du Soleil, l'Hélios des Grecs : la ville où son culte était pratiqué avec le plus de solennité était Héliopolis ; — Thoth, l’'Hermès des Grecs, qui avait révélé aux hommes les premiers éléments des sciences, des arts et du commerce : il était adoré à Hermopolis; l'ibis était l'oiseau qu’on lui consacrait; — la déesse Bescht, adorée à Bubastis, dont les Grecs ont fait leur Diane et dont l’animal sacré était le chat, etc.
La triade à laquelle était échue la direction de la terre était composée d'Osiris , Isis et Horus. Son règne avait immédiatement précédé la génération des hommes. L'histoire de la période qu’il occupa remplissait la première partie des annales de l'Égypte. Osiris, s’il faut en croire Plutarque , représentait le principe actif de la production des êtres, et Isis la matière première et passive de tous les êtres particuliers.
L'union d'Osiris et d’Isis, c’est-à-dire du principe producteur et de la matière, produisait le monde , lunivers , l’arrangement de toutes choses; c'était le fils unique du dieu. On le nommait Horus.
Mais , à côté du principe d'ordre et d'harmonie re-
AXIV INTRODUCTION HISTORIQUE.
présenté par Osiris, Isis et Horus, existait le principe du mal et.du désordre, Typhon, frère et ennemi d’'Osiris.
Les Égyptiens feignaient qu'après avoir civilisé l'Égypte et fondé Thèbes aux cent portes, Osiris voulut faire partager ses bienfaits à toute la terre, et qu’il visita tous les peuples qui, sous divers noms, lui élevèrent des autels. Mais à son retour, l'épouse et la sœur de Typhon, Nephti, se rendit amoureuse de lui, et, se faisant passer pour Isis, en eut Anubis. Typhon outragé tendit des embuüches à Osiris, lui enleva la vie. ainsi qu'à Horus , et jeta les lambeaux de son corps dans la branche tanitique du Nil; on dit que c’est là la cause de l'horreur que cette embouchure inspirait aux anciens Égyptiens. Ils croyaient aussi que les parties du corps d’Osiris jetées dans le fleuve avaient communiqué à ses eaux leur vertu fécondante.
Mais Osiris revint des enfers. Il reçut , après sa résurrection , le nom de Sérapis; il rappela Horus à la vie et lui donna des armées pour combattre Typhon. Horus vainquit le mauvais principe. Mais Isis le sauva en lui procurant une retraite , et depuis il demeura caché dans l'univers, dont il ne cessa de troubler l’ordre en suscitant toutes sortes de maux.
Osiris était représenté dans les temples sous divers emblèmes, dont nous parlerons dans le chapitre des antiquités ; mais c'était sous la forme d’un taureau noir qu'il était le plus souvent adoré. De là le culte fameux du bœuf Apis. Les marques distinctives de ce taureau sacré étaient une tache blanche et carrée placée au milieu du front; la figure d’un aigle sur le dos, les