INTRODUCTION HISTORIQUE. XXV
poils de la queue doubles, et un nœud en forme d’escargot sous la langue.
Les Égyptiens crurent à la métempsycose; ils admettaient par conséquent l’immortalité de lâme; ils pensaient qu'après la destruction du corps, elle entre dans un autre animal toujours prêt à naître, et qu’elle revient enfin au bout de trois mille ans revêtir de nouveau la forme humaine pour recommencer une nouvelle période d’existe nce.
Quelque profonde que fût l'essence de la religion égyptienne , dont nous ne pouvons qu’entrevoir les mystères , comme les prêtres et les initiés avaient seuls le privilège de les connaître, le culte populaire dégénéra bientôt en un grossier polythéisme. Parmi les superslitions innombrables qui eurent cours en Égypte, on ne peut passer sous silence les honneurs rendus aux animaux. On sait que les principaux parmi les animaux sacrés furent les chats, les ichneumons, les chiens, les éperviers , les ibis, les loups et les crocodiles. Un grand nombre de ces animaux étaient nourris à grands frais dans les temples. Lorsqu'ils mouraient, des sommes énormes étaient consacrées à leurs funérailles , et on en portait le deuil. Le meurtre prémédité de l’un d'eux était puni de mort. La peine capitale était également portée contre celui qui tuait même involontairement un chat ou un ibis. Diodore de Sicile rapporte que, sous les Ptolémées, quelle que füt la terreur qu’inspirât alors la puissance de Rome, un Romain ayant tué involontairement un chat, rien ne put l’arracher à la fureur d’un peuple fanatique.
Plusieurs villes étaient spécialement consacrées au
XXVYI INTRODUCTION HISTORIQUE.
culte de différents animaux. Ainsi le bœuf Apis était en honneur à Memphis, le bœuf Mnévis à Héliopolis, le bouc à Mendès, le lion à Léontopolis , le crocodile au lac Mæris, dans une ville qui portait son nom, et le loup à Lycopolis. La cause des honneurs religieux rendus aux animaux était connue, mais tenue cachée par les prêtres. Les voyageurs grecs durent l’attribuer, d’après l'hypothèse qui leur parut la plus plausible , tantôt aux services que rendaient ces animaux, tantôt aux diverses qualités dont ils présentaient les emblèmes. D’après ce que dit saint Clément d'Alexandrie , les sanctuaires des temples égyptiens ne renfermaient pas de statues : c'était toujours un animal sacré qui, placé dans une partie reculée de l’édifice et caché par un voile aux yeux des profanes, était lesymbole de la divinité.
L'Égypte se trouvait partagée en espèces de départements religieux à chacun desquels le culte d’une divinité ou plutôt d’une triade était spécialement affecté. En parlant de cette répartition, Diodore de Sicile l'attribue à une cause politique. D’après lui, lun des anciens rois, voulant dominer plus facilement sur toute l'Égypte, concut le projet d'empêcher qu'un accord général contre son autorité ne püt se former parmi le peuple. Pour atteindre son but, il divisa l'Égypte en cantons à chacun desquels il assigna une divinité différente et interdit une certaine sorte de nourriture. C'était mettre en pratique l’adage « Diviser pour régner. » Diodore rapporte que les effets répondirent à cette combinaison, et que l’on voyait les habiiants des territoires voisins presque toujours en querelles entre eux. parce qu'ils s’offensaient mutuellement
INTRODUCTION HISTORIQUE. XXVIF
par les infractions réciproques qu’ils faisaient à leurs rites religieux. Du reste, quoique à chaque divinité fùt assignée une portion particulière de territoire, tous les temples renfermiaient, à côté de l'emblème du dieu , la représentation d’Ammon-Ra , le dieu suprême de l'Égypte entière.
Je ne puis pas m’étendre davantage sur la religion des anciens Égyptiens. La matière est immense; elle l'est d'autant plus qu’elle a été moins explorée , et je dois renvoyer le lecteur qu’elle intéresse aux ouvrages spéciaux , à ceux surtout de lillustre et si regrettable Champollion.
$ lil.