‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 31 sur 142 · DOMINATION DES CALIFES ET DES SULTANS MAMELUKS · texte numérisé non relu

DOMINATION DES CALIFES ET DES SULTANS MAMELUKS

26. Ce fut sous ja conduite d’Amrou et favorisés par les indigènes qui venaient leur porter des vivres et se joindre à eux, que les Sarrasins s’emparèrent de V'Égypte. Alexandrie tomba bientôt en leur pouvoir. Le pillage auquel ils livrèrent cette ville est devenu célebre, surtout à cause de l'incendie des manuscrits conservés par centaines de mille dans sa fameuse bibliothèque. Amrou avait demandé au calife ce qu’il fallait faire de ces manuscrits : « Si ces livres ne renferment que ce qui est écrit dans le livre de Dieu (le Coran), ce livre nous suffit, lui répondit Omar, et d’autres sont inutiles ; s'ils contiennent quelque chose de contraire au saint livre, ils sont pernicieux ; dans l’un et l’autre cas, brülez-les. » L'arrêt du calife fut exécuté, et la bibliothèque des Lagides brula'ement enlevée aux lettres. Mais si Amrou agit dans cette circonstance avec l’inflexible rigueur du fanatisme, il se montra plus généreux dans le reste de sa conduite, et fut utile au pays qu’il avait conquis. Il s’occupa en effet de ses intérêts matériels. Il fonda Fostat , dont 1l fit sa capitale; 1l créusa un canal, qu’il appela le canal du prince des fidèles, et qui devait mettre en communication les deux mers. Son exemple ne fut pas suivi, en ceci, par ses successeurs. Après avoir appartenu aux Ommiades et

XLIV INTROEUCTION HISTORIQUE.

aux Abassides, l'Égypte devint indépendante sous Ahmed-ben-Touloun, chef de la courte dynastie des Toulounides. Ce prince entoura Alexandrie de fortifications qui existent encore. Les Touiounides furent remplacés un instant par les Iskhides ; ceux-ci firent bientôt place eux-mêmes aux Fathimites (882). Sous les premiers princes de cette dernière race, l'Égypte vit encore de beaux jours. Misr-el-Kahira, la ville victorieuse (le Caire), fut fondée par eux, et ils en firent la métropole des arts, des sciences et des lettres ; issus des environs de Fez, ils introduisirent brillamment en Égypte la civilisation moresque qui se déployait déjà en Espagne avec tant de gloire et de splendeur. Leurs successeurs dégénérés perdirent leur puissance, qui échut aux Ayoubites (1171). — Les débuts des Ayoubites furent signalés par la gloire militaire. Le mahométisme, vaincu en Syrie par les croisés , était sérieusement compromis, lorsque le premier Ayoubite , Saladin, le releva par ses succès ; soumise à cette dynastie, l'Égypte fut encore florissante , les arts et les sciences continuèrent à être cultivés dans son sein, et son commerce s'étendit, comme sous les Ptolémées, dans toute la Méditerranée et dans l'Inde. Les Ayoubites semblaient destinés à triompher des croisades. Ce fut sous le dernier de leurs princes que saint Louis débarqua en Égypte, et fut fait prisonnier après le combat désastreux de Fares-Kour , dont, six siècles plus tard, la France devait aller demander compte aux mameluks. Les Baharides recueillirent lhéritage des Avoubites (1250). Au commencement de leur domination. les califes ahassides furent chassés de Bagdad , et

INTRODUCTION HISTORIQUE. à +4 Pa

les membres survivants de cette famille allèrent chercher un asile en Égypte, où leur autorité spirituelle fut reconnue. Le Caire devint alors, comme l'était Bagdad auparavant, le centre du mahométisme, et demeura la ville métropole de la religion musulmane, jusqu’au jour où les sultans ottomans réunirent le pouvoir religieux au pouvoir politique. Les mameluks Borgides succédèrent aux Baharides (1582). Leur domination ne présente d'autre fait remarquable que l'institution qui Jui servit de base. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire d'une aristocratie semblable à celle des mameluks. Ce fut l’un des successeurs de Saladin qui la créa maladroitement, dant le but de se faire une milice formidable et dévouée : il acheta douze mille jeunes Circassiens, Abazes et Mingréliens, les fit élever dans les exercices militaires , et obunt bientôt le corps de soldats le plus aguerri et le plus redoutable de l'Asie. Mais ces esclaves (#7amluk) ne tardèrent pas à comprendre qu'ils avaient en leurs mains toute la puissance de leurs maitres. Ils renversèrent ceux-ci, choisirent des sultans parmi eux, et se recrutèrent de la même manière qu'ils avaient été formés. Transplantés comme esclaves, dès leur enfance, dans le pays sur lequel ils devaient commander, ils ne lui étaient attaches par aucune tradition patriotique, par aucune solidarité de famille. Ils le traitaient comme province conquise. Leur seul soin était de l’exploiter à merci, de se gorger de richesses et de plaisirs. Aussi la durée de leur domination barbare n'est-elle qu’une anarchie ininterrompue, fomentée par les ambitions personnelles, et entretenue par de sanglantes violences.

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