‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 36 sur 142 · INTRODUCTION HISTORIQUE. XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE. XLIX

qu’une sorte d'attraction providentielle nous appelat en Afrique,

Terre de poésie

Que, depuis six cents ans, notre France a choisie,

comme vient de le dire dans une ode sublime notre grand poëte Méry ‘. Louis XIV, sur un plan qui lui fut proposé par Leibnitz, avait songé un instant à s’emparer de l'Égypte. Le même projet avait été remis en question sous le ministère du duc de Choiseul. Bonaparte , à son retour d'Italie, se nourrit avec une sorte d’exaltation idéale de la conception de Leibnitz. « Les grands noms ne se font qu’en Orient,» avait dit le héros d’Arcole dans un accès d'enthousiasme. L’écho d’Aboukir, qui lui répondit par la voix de Kléber : « Général, vous êtes grand comme le monde! » lui prouva plus tard qu'il ne s'était pas trompé en venant demander au pays des pyramides ce prestige de gloire, irrésistible talisman , qui enchaine l'humanité à la fortune des hommes de génie.

Du reste Napoléon a exposé en deux phrases le motif politique de son expédition. .

« Le principal but de l'expédition des Francais d'Orient était, dit-il, d’abaisser la puissance anglaise. C’est du Nil que devait partir l’armée qui allait donner de nouvelles destinées aux Indes. L'Égypte devait rem-

2 La Fraxcs Ex ArriQue, poème lyrique, lu à l’Académie de Marseille, par l’auteur de Napoléon en Égypte, et dans lequel la générosité de

l'inspiration est magnifiquement révélée par la splendeur de la forme.

L IXTRODUCTISN HISTORIQUE.

placer Saint-Domingue et les Antilles, et concilier la liberté des noirs avec les intérêts de nos manufactures. La conquête de cette province entraînait la perte de tous les établissements anglais en Amérique et dans la presqu'ile du Gange. Les Français une fois maîtres des ports d'Italie, de Corfou, de Malte et d'Alexandrie , la Méditerranée devenait un lac français. »

Ce beau rêve ne put se réaliser.

Je w’essayerai pas de faire l’histoire de notre conquête. Deux jours après le débarquement, Alexandrie était au pouvoir des Français. Bonaparte n’y passa qu’assez de temps pour organiser le gouvernement, et marcha sur la capitale. Le 45 juillet Mourad-Bey, qui avait promis, avec la présomptueuse forfanterie de l'ignorance, de pourfendre nos soldats comme des : batechs (pasitèques), vint attaquer l’armée ; mais les charges de ses impétueux cavaliers échouèrent contre les baïonnettes de nos carrés. Les mameluks, impuissants, s’imaginèrent, pour interpréter une tactique qui leur était inconnue, que nos fantassins étaient attachés entre eux et palissadés de baïonnettes. Toutefois ce premier échec ne les découragea pas; ils réservèrent toutes leurs forces pour nous disputer le Caire. Ils attendirent les Français entre le Nil et les pyramides, couvrant Giseh, et se vantèrent de voir finir là notre fortune. Leurs espérances furent de nouveau trompées. La bataille des Pyramides fut décisive ; larmée de soixante mille hommes qu’ils avaient assemblée à Embabeh fut détruite ; dix mille musulmans , parmi lesquels cinq mille mameluks, jonchèrent le champ de bataille ou se noyèrent dans le Nil. La journée du

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