‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 64 sur 142 · CLIMAT ET MÉTÉORES · texte numérisé non relu

CLIMAT ET MÉTÉORES

Saisons, — Température. — Mirage. — Vents. — Kamsiu. — Nessna ou zéphyr. — Brouillards. — Nuages. — Rusées. — Nokta. — Humidité. — Poussière. — Trombes de sable, — Vluie. — Grêle. — Neige. — Observalions météorologiques.

14. Saisons. — Le commencement , la durée et la fin des époques de chaleur, de froid, etc., ne sont pas les mêmes, en Égypte, que sous nos climats tempérés. L'action de l’hiver y est peu ou point sensible, surtout dans les régions voisines du tropique. Le printemps et l'automne se confondent, pour ne fournir qu’une seule saison d'environ six mois, et le reste de l’année est absorbé par le règne des fortes chaleurs.

15. Température. — Ce que l’on a dit en général des chaleurs de l'Égypte est beaucoup exagéré ; d’ailleurs elles ne sont pas uniformes dans toutes les parties de la contrée. Il en est où elles ne sont pas plus fortes que dans plusieurs régions méridionales de l'Europe, l'Espagne et l'Italie, par exemple. Voici d’ailleurs un exposé de la température moyenne des différentes zones de l'Égypte.

Dans le Delta, le thermomètre marque ordinairement, pendant les trois mois d'hiver, de 12 à 14 degrés au-dessus de zéro; pendant le printemps, de 16 à 24 ;

pendant Fété, de 24 à 26, quelquefois 28 et 29; et pendant l'automne, de 14 à 18.

En ajoutant deux degrés de plus par saison, on peut avoir approximalivement la température moyenne de l'Égypte intermédiaire.

Lorsqu'on remonte la haute Égypte , on voit la chaleur s’augmenter progressivement. À Syout, vers le milieu de cette région, le thermomètre s'élève jusqu’à 54; à Assouan, limite de la Nubie, jusqu’à 56 et quelquefois 358.

L'un des caractères les plus remarquables de la température de l'Égypte, c'est la variation qu’elle éprouve dans la transition du jour à la nuit. Nukie part cette transition n’est aussi tranchée. Un vent du nord, dont le souffle diminue considérablement la chaleur de l’air, s'élève ordinairement au coucher du soleil, et la température nocturne donne toujours de huit à douze degrés de moins que celle du jour. Aussi les nuits de l'Égypte ne sont-elles jamais étouffées. Embellies par un ciel admirablement serein , amenant dans l’atmosphère une suave fraicheur, elles sont pleines de charmes , et il est aisé de comprendre la prédilection avec laquelle les Arabes les ont chantées dans leurs poésies.

16. Mirage. — C’est la chaleur de la température qui, en agissant sur la vaste surface plane que présente le sol de la basse Égypte, donne naissance au singulier phénomène, connu sous le nom de mirage ; c’est lorsque le sol a été suffisamment échauffé par la présence du soleil, dans le courant de la journée, que le mirage se produit. Alors, le terrain parait terminé à une lieue environ par une inondation générale. Les villages qui

sont placés au delà de cette distance ressemblent à des iles situées au milieu d’un grand lac, et dont on serait séparé par une étendue d’eau plus ou moins considérable. Cette nappe d’eau fantastique réfléchit l’image de chaque objet qui se trouve dans son rayon, comme le ferait un lac véritable ; mais à mesure que l’on s’approche d’un village qui paraît placé dans l’inondation, le bord de l’eau apparente s’éloigne ; le bras de mer, qui semblait vous séparer de votre but, se rétrécit : il disparait enfin entièrement et se reproduit sur-lechamp, pour un nouveau groupe d'habitations plus éloigné ou toute autre chose placée en saillie à la distance voulue. On se souvient des déceptions cruelles que ce phénomène fit subir à la soif ardente de nos soldats, pendant leur marche dans le désert, d’Alexandrie au Caire.

17. Vents. — Volney a donné sur les vents de LEE gypte un aperçu si complet, quoique résumé, que je ne crois pouvoir mieux faire que de le citer textuellement : « En Égypte, dit-il, lorsque le soleil se rapproche de nos zones, les vents qui se tenaient dans la partie de l’est passent aux rumbs du nordet s’y fixent. Pendant juin, ils soufflent constamment nord et nordouest. Ils continuent, en juillet, desouffler nord, variant à droite et à gauche, du nord-ouest au nord-est. Sur la fin de juillet et la moitié de septembre, ils se fixent nord pur , et ils sont modérés, plus vifs le jour, plus calmes la nuit.

« Sur la fin de septembre , lorsque le soleil repasse la ligne, les vents reviennent vers l’est, et, sans y être fixés, 1ls en soufflent plus que d’aucun autre rumb, le

nord seul excepté. À mesure que le soleil passe à l'autre tropique, les vents deviennent plus variables, plus tumultueux ; leurs régions les plus constantes sont le nord, le nord-ouest et l’ouest. Ils se maintiennent tels en décembre, janvier et février’, qui, pour l'Égypte comme pour nous, sont la saison d'hiver. Alors les vapeurs de la Méditerranée, entassées et appesanties par le froid de l'air, se rapprochent de la terre, et forment les brouillards et les pluies. Sur la fin de février et de mars, quand le soleil revient vers l’équateur, les vents tiennent plus que dans aucun temps des rumbs du midi. C’est dans ce dernier mois, et pendant celui d’avril, qu’on voit régner le sud pur, le sud-est et le sud-ouest; ils sont mêlés d'ouest, de nord et d'est; celui-ci devient le plus habituel sur la fin d'avril, et, pendant mai, il partage avec le nord l'empire de la mer. »

18. Kamsin. — C’est vers l’équinoxe que se lève le kamsin, vent violent du sud dont le nom signifie en arabe cinquante : ce mot lui a été appliqué parce que la période pendant lequelle il souffle dure environ cinquante jours. Les Arabes lui ont encore donné le nom de semoun , qui signifie poison. Volney et plusieurs autres voyageurs en ont si longuement parlé, que je me bornerai à en faire une très-courte descriplion. A son apparition, le ciel revêt une teinte rougeâtre ; l’atmosphère n’est plus qu’une immense nuée de poussière; une chaleur excessive dessèche la transpiration cutanée; le thermomètre Réaumur s'élève quelquefois jusqu'à 40 degrés ; on respire avec peine; on éprouve un malaise général, une prostration complète, souvent

suivie d’ophthalmie , de céphalalgie, d’apoplexie, de dyssenterie aiguë ; sous l'influence de ce vent funeste, l’état des malades s'aggrave , et, s’il règne une épidémie, la mortalité s’accroit dans des proportions sensibles. Parfois le kamsin prend un tel degré de violence, qu’on est porté à croire aux récits fabuleux de caravanes , d’armées entières , anéanties par le redoutable vent du désert. Heureusement, pendant la période des cinquante jours, il ne souffle avec quelque violence qu’à cinq ou six reprises, et la durée de ses plus fortes rafales dépasse rarement vingt-quatre ou quarantehuit heures. J’ai été plusieurs fois surpris par des coups de kamsin qui soulevaient autour de moi des tourbillons de cailloux , qui m’auraient immanquablement meurtri,si je ne m'étais dérobé à leurs terribles atteintes.

Le peuple croit, en Égypte, que le kamsin cominence régulièrement chaque année le deuxième jour de la Pâque : c’est une erreur. La Pâque n'arrive pas tous les ans à la même époque; le kamsin commence donc , périodiquement il est vrai, mais à des époques indéterminées, aux environs de l’équinoxe.

19. Nessim ou séphyr. — La veille du jour où le kamsin est attendu, musulmans, juifs et chrétiens : tous quittent l'enceinte de la ville pour aller respirer les dernières haleines du salutaire nessim. Ils croient, par ce moyen, se prémunir contre ie vent malfaisant du midi.

29. Brouillards. — En hiver et à d’autres époques rares, Indéterminées, 1l se forme des brouillards quelquefois si épais, que l’on peut à peine distinguer les objets à quelques pas de distance. On se croirait trans-

porté alors sous le ciel brumeux de Paris ou de Londres. Mais ce phénomène est de courte durée, sous l'active influence du soleil de l'Égypte.

91. Nuages. — Dans la même saison, le ciel se couvre de nuages , qui disparaissent le plus souvent dès l'aurore. Leur passage se fait ordinairement du nord au sud. Leur présence est signalée quelquefois par des éclairs et des bruits de tonnerre qui frappent l'imagination superstitieuse de l'Égyptien ; et il arrive parfois que l'étranger, dans ces moments de convulsion de la nature, soit lui-même involontairement ému et se trouve rappelé à des regrets de patrie.

29, Rosées. — Les rosées, rares en hiver, abondent en été, surtout dans la basse Égypte, pendant que soufflent les vents d’ouest et du nord qui apportent les évaporations des eaux de la Méditerranée. Elles disparaissent avec les vents du sud, parce que ceux-ci ne trouvent que des déserts arides sur leur passage.

25. Nokta. — Les Égyptiens appellent nokta (goutte) une rosée bienfaisante qui tombe dans la nuit du 17 au 18 juin , et à laquelle ils donnent la propriété de purifier l'air et de faire cesser les maladies et particulièrement la peste.

Il est évident que le phénomène du nokta ne peut avoir aucune influence déterminante sur l’épidémie; sa venue est simultanée avec celle des chaleurs qui. seules , opèrent le changement qu’on lui attribue. Les auteurs anciens parlent de l’usage, oublié aujourd’hui, de soumettre à l’action du nokta une portion d'argile desséchée, dont le degré d’'imbibition indiquait le

plus ou moins d'abondance de la crue des eaux du Nil.

24. Humidité. — Dans la basse Égypte , il règne constamment une grande humidité ; elle provient sans doute du voisinage de la mer, de la nature basse du sol que couvrent de vastes marécages , ou bien encore des abondantes rosées qu'il recoit. Elle corrode tous les métaux, et particulièrement le fer qu’elle oxyde promptement. Elle rend difficile l'entretien des armes et des instruments d'art , et détériore en peu de temps largenterie et les vêtements brodés en or et en argent, si l’on n’a pas la précaution de soustraire ces diverses matières à son action. Elle diminue, à mesure qu’on avance vers le tropique; elle acquiert son maximum d'intensité pendant la crue du Nil, époque des rosées.

25. Poussière. — Lorsque l'humidité produite par l’inondation et les rosées a cessé , le sol se dessèche rapidement , sa surface devient friable et se résout en poussière , qu’un ventun peu violent soulève de toutes parts en immenses tourbillons. Cette poussière est tellement fine , qu’elle pénètre dans les lieux les plus hermétiquement fermés. Les Égyptiens peignent par une hyperbole expressive la facilité avec laquelle cette poudre importune s’introduit partout, lorsqu'ils disent qu’elle peut même pénétrer à travers la coque d’un œuf. On se rendra facilement compte de son action délètère sur les végétaux qu’elle couvre et dessèche, sur les animaux, et en particulier sur l’homme, dont elle empêche la transpiration en obstruant les pores, et fatigue la respiration en s’insinuant dans les

bronches. Enfin, elle altère les machines délicates . celles entre autres qui sont employées à la filature du coton, à la fabrication des tissus de soie, de lin , etc.

26. Trombes de sable. — Il y a peu de pays où, comme en Égypte, la poussière soit soulevée en trombes par des tourbillons de vents : ces trombes forment de gigantesques colonnes tournoyantes, qui s'élèvent perpendiculairement jusqu'aux nues, quelquefois deineurant immobiles, mais d'ordinaire marchant pendant plusieurs minutes avec rapidité, jusqu’à ce qu'un arbre, un mur, une maison, un accident de terrain les brisent, ou qu’un moment de calme les laisse s’affaisser sur elles-mêmes.

27. Pluie. — On croit généralement qu’il ne pleut jamais en Égypte : cette erreur a été répandue par quelques écrivains modernes qui n’ont sans doute visité le pays qu'aux époques de sécheresse complète. 1! pleut beaucoup dans la basse Égypte ; les pluies commencent ordinairement dans le mois d'octobre, continuent en novembre et décembre, et finissent en mars. Pendant cette période de temps, il y à peu de semaines sans pluie, et on l’a vue souvent se prolonger plusieurs jours de suite. Il pleut annuellement dans le Delta à vingt-cinq ou trente reprises à peu près, et au Caire la moitié moins et en moindre quantité. En 1824, il v eut dans cette ville huit jours d’une pluie si violente, qu’elle causa l’'écroulement de plusieurs maisons et des dégâts de tout genre. Les pluies sont extrêmement rares dans la haute Égypte ; elles n’y apparaissent qu'à de longs intervalles. Cependant on a vu quelquefois,

dans l’espace compris entre le Caire et Kenneh, des orages, précédés par les éclairs et le tonnerre, se résoudre en courtes mais abondantes ondées. Au-dessus de Kenneh, les pluies sont des accidents encore plus extraordinaires ; on se souvient néanmoins d’en avoir vu tomber à Assouan.

Quelques personnes ont cru que les nombreuses plantations, effectuées par le vice-roi, ont déjà influé sur le climat de l'Égypte, en augmentant la fréquence et la durée des pluies annuelles. Cette opinion ne paraît pas avoir des fondements sérieux ; car en comparant les tables météorologiques, dressées pendant les trois années de l'expédition française, avec celles que nous donnons à la fin de ce paragraphe, on voit qu'il n’y a pas eu à cet égard de variation sensible dans une période de quarante ans. En effet, le nombre des jours de pluie observés pendant l’expédition française a été en moyenne de 15 à 16; pendant les cinq dernières années, il a été de 192 à 15 :.

28. Gréle. — Si la grêle est rare dans la basse Égypte, elle l'est plus encore dans l'Égypte supérieure. Cependant les Français, qui se trouvaient à Kenneh «en l'an VIIT, virent tomber une grêle abondante dont les grains égalaient en volume an moins une grosse noisette. » Depuis, diverses chutes de grêle se

? M. Jomard a traité spécialement la question des pluies dans un mémoire adressé à l’Académie des sciences. 1] y a établi d'une manière irréfutable, 10 que l'erreur commune sur l'absence des pluies en Égypte ne peut plus être soutenue ; 2° qu'il pieut aujourd'hui dans la même inesure qu'il y a quarante ans, et probablement comme depuis plusieurs siècles; 39 que les nouvelles plantations faites en Égypte sont encore saus

influence sur la quantité annuelle de la pluie.

sont succédé, à de longs intervalles, et en 1898, à Abouzabel, nous pmes en remplir facilement plusieurs vases. Nous remarquämes même des grélons de la grosseur d'une petite noix. Il en résulta beaucoup de dégâts dans les campagnes ; ils blessèrent quelques individus, et tuèrent même plusieurs animaux.

29. Neige. — Pour l'Égypte, la neige est un accident encore plus extraordinaire que la grêle. On n’en a jamais vu que sur le littoral et à peu de lieues des divers points qui le jalonnent. Lorsqu’en 18553 la neige tomba à Alexandrie, à Rosette et s’étendit jusqu’à l’Atféh, les vieillards de ces contrées, interrogeant vainement leurs plus anciens souvenirs, déclarèrent n'avoir jamais rien vu de semblable.

50. — Je crois faire une chose agréable aux personnes qui désireront avoir une idée exacte et complète de la température de l'Égypte, en imprimant ici les observations météorologiques recueilliesau Caire, pendant cinq années, par M. Destouches, pharmacien inspecteur au service du vice-roi. Si on les compare avec celles qui furent faites au Caire par la commission scientifique de l'expédition française, on voit que le climat de l'Égypte n’a pas éprouvé de variation sensible depuis une période de plus de quarante années.

Voici, par exemple, les observations thermométriques de la commission réduites en degrés centigrades ; elles donnent pour :

Janvier. ; RE 0 Février... - OC Mars.

TONNES, le. 99 M 5, VS ES M RL ee. ,t 986 Le 4. Je 0. … jE95,0 7 0 Us - .-,:985 ur 07 957 ET 0 She 18,8 RS ee + 746,2

On se convaincra par les tableaux suivants que le thermomètre présente toujours, en moyenne, à peu près les mêmes chiffres.

Il sera facile de juger par induction, d’après ces données, de l’intensité de la chaleur dans les lieux exposés au soleil. A Syène, à la limite extrême de la haute Égypte, le thermomètre centigrade s'élève de 60 à 70 degrés dans les sables et au soleil. Au Caire, dans les mêmes circonstances, il monte jusqu’à 45 et 50.

Nota. Les chiffres des colonnes comprises sous le titre de vents et d'état du ciel indiquent le nombre des modifications atmosphériques désignées qui ont eu lieu pendant chaque mois. Ces chiffres prouvent l’extrème mobilité des phénomènes météorologiques qui constituent le climat de l'Égypte.

YSIQUE.

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