MINÉRAUX
Composition géologique et minéralogique des montagnes. — Granit — Grès. — Calcaire. — Hatières apportées par les courants. — Lydienne, brèche siliceuse agatifère , caillou d'Égypte. — Brèche verte d'Egypte. —— Carrèires d’albâtre. — Émerauces. — Bois pétrifié. — Pétrifications animales. — Pierres diverses. — Métaux.— Soufre. — Huile de pétrole. — Gypse. — Charbon fossile. — Natron. — Nitre. — Alun.
1. On peut diviser les minéraux de l'Égypte en deux grandes sections : la première comprend ceux qui appartiennent en propre à la formation primitive du sol, et la seconde ceux qui ont été amenés par les divers phénomènes physiques auxquels l'Égypte a dù ellemême l'apport progressif de la plus grande partie du terrain qui la compose.
2. Composition géologique et minéralogique des montagnes. — La première de ces deux divisions est exclusivement composée des minéraux que renferment les chaines Arabique et Libyque. Ces montagnes pré-
sentent au minéralogiste différentes espèces de grès, de caicaires, de granits.
3. Granits. — Aux environs d’Assouan se trouvent ces variétés de granit, si fameuses dans l'antiquité. connues sous le nom de syénites. On trouve dans ce banc minéralogique des syénites rose, phorphyrique , rose et jaune, gris , blanc et noir , gris et rose, veiné et noir ; du gneiss phorphyrique, des granits blancs et quartzeux. La plupart des énormes monolithes que nous ont laissés les Égyptiens, les obélisques , les colosses, sont des syénites rouges ; on voit aussi beaucoup de statues et de monuments emblématiques d’un moindre volume en syénite noir ou gris. Cette diversité de couleurs des matériaux employés dans l’antique architecture de l'Égypte , produisait, par une variété habilement combinée, les effets les plus heureux.
4. Grès. — Le grès compose les montagnes qui s'étendent depuis Assouan jusqu’à quelques lieues au sud d’Esné, pendant un espace d'environ vingt lieues de longueur. Les couches de grès reposent au-dessus de toutes les autres; vers le sud elles viennent s’appuyer au granit ; vers le nord elles se joignent au calcaire. Des poudingues grossiers les séparent du granit. Ce grès, qui, comme on l’a fait remarquer dans les mémoires de l’Institut d'Égypte, se rapproche, pour la composition et l’aspect, de certains grès employés à bâtir dans plusieurs parties de la France, s’en distingue par un grain un peu plus gros et plus anguleux, et par une plus grande abondance de parcelles de mica. Les teintes qu’il affecte sont grises ou jaunâtres. Les cou-
ches , dans les grandes carrières de Gebel Selseleh vers le milieu des chaînes, où il est d’une qualité supérieure , sont formées de bancs épais. Vers le nord et dans les parties les plus élevées, les bancs deviennent plus minces et ont moins d’adhérence entre eux. Ils sont d’ailleurs superposés horizontalement ou à peu près.
Le grès est la pierre que choisirent les anciens Égyptiens pour leurs constructions colossales. La facilité de son exploitation , la petite distance qui sépare ses carrières du Ni et rendait son transport économique , enfin sa docilité à céder au ciseau du sculpteur, voilà les motifs évidents de cette préférence.
5. Calcaire. — Au nord et au nord-est des terrains de grès, les montagnes sont entièrement calcaires. Les pyramides de Giseh et de Sakkarah ont été construites avec les différentes espèces que présente cette pierre.
G. Matières apportées en Égypte par les courants. Les vallées, les gorges transversales qui coupent les lignes de montagnes qui encaissent l'Égypte ont presque toujours à leur confluent , dans la vallée prineipale, des atterrissements formés par les courants. On y trouve tantôt des matières meubles et sans adhérence, tantôt des couches de poudingues et de psammites friables , les uns quartzeux, les autres composés de diverses matières étrangères. On rencontre parmi ces pierres des lydiennes, pierres de touche connues dans l'antiquité sous le nom de basanites , et des basaltes verts et noirs, qui ont joué un rôle important dans les monuments, On trouve encore dans diverses parties
de l'Égypte , et surtout dans les terrains sablonneux , des poudingues jaspoïdes, et cette espèce de jaspe connue sous le nom de caillou d'Égypte. La brèche siliceuse agatifère de Syène est une pierre qui est aussi d’un haut intérêt. La statue de Memnon, si fameuse dans lantiquité, à été taillée dans cette sorte de brèche. à la composition de laquelle elle dut sans doute la propriété merveilleuse dont elle jouissait, de rendre des sons harmonieux au lever du soleil *.
7. Brèche verte d'Égypte. — Cette brèche, l’une des plus belles pierres qui existent, se trouve dans la vallée qui unit la haute Égypte à la mer Rouge et emprunte son nom de la ville à laquelle elle aboutit. Kosseyr ; c’est une espèce de poudingue, formé de fragments roulés et arrondis de granit, de porphyre et d’une roche de couleur verte, qui se rapproche beaucoup du pétro-silex. Elle se distingue par sa dureté et la vivacité de ses teintes variées. Elle n’a jamais été très-abondante, on n’en retrouve presque plus en
: Le fait curieux qui a donné sa célébrité à la statue de Memnon a ete confirmé dans l'antiquité par des témoignages trop nombreux et Irop respectables pour pouvoir être mis en doute. On a cherché à en donner diverses explications. La plus probable est celle qu'a présentée M. de Rozières dans son mémoire sur [a constitution physique de l'Égypte. W est constaté que les granits et les brèches produisent souvent un son au lever du soleil ; et quant à la statue de Thèbes, ses rayons, dit M. Rozières, venant à frapper le cvulosse, séchaient l'humidité abondante dont Îles fortes rosées de la nuit avaien! couvert sa surface. et achevaient ensuite de dissiper celle dont ces mêmes surfa ces dépolies s'étaient imprégnées. 11 résulta de la continuité de celte action que des grains ou des plaques de cette brèche cédant et éclatant tout à coup, cette rupture subite causait dans la pierre rigide et un peu élastique un ébranlement, une vibration rapide, qui produisait le son particulier que faisait entendre la. statue.
Égypte. Plusieurs morceaux d'art, dont elle a fourni la matière , ont été apportés en Italie. C’est dans cette contrée qu’elle a pris le nom sous lequel elle est connue actuellement : breccia verde d’Egitto. Le fameux sarcophage d'Alexandrie a été taillé dans cette roche.
8. Carrières d’albâtre. — L'’albâtre d'Égypte a toujours joui d’une grande réputation. Les anciens en exploitaient une carrière , située entre la mer Rouge et le Nil, à la hauteur de Minieh, à 40 lieues du fleuve et à 15 de la mer. Ils avaient fondé auprès d’elle une ville à laquelle ils donnèrent le nom d’Alabastropolis. C’est cette carrière qui a fourni l’albâtre avec lequel ont été faits les beaux vases antiques que nous admirons encore aujourd'hui.
L'autre carrière est située à huit heures de marche de Benisouef, dans la moyenne Égypte. Elle a été découverte il y a peu d'années; son gisement est trèsconsidérable et l’albâtre qu’elle produit est d’une excellente qualité. Ses blocs offrent d’ailleurs l’avantage, grâce à leur proximité du Nil, de pouvoir être transportés économiquement. Le vice-roi en a commencé lexploitation. 11 se sert de ses produits pour une mosquée qu'il fait construire dans la citadelie du Caire ; ce monument religieux est soutenu par de nombreuses colonnes d’albâtre d’une seule pièce, et tous les murs en seront revêtus par des plaques de cette roche magnifique.
9. Émeraudes. — Les anciens ont recherché et vanté lémeraude d'Égypte par-dessus toutes les pierres précieuses, quoiqu’elle n’occupe pas le premier rang parmi celles-ci. C'était surtout la pureté de sa couleur
qu'ils aimaient en elle. « La vue déjà fatiguée se delasse, disait Pline , quand elle se porte sur une émeraude. Nulle autre gemme ne la récrée comme elle par la suavité de sa teinte. » Aussi les anciens se plaisaient-ils à porter l'émeraude en bague , afin de pouvoir y jeter fréquemment les yeux. C’est aux environs de Bérénice, port sur la mer Rouge fondé par Ptolémée Philadelphe , et à peu près sous la même latitude que Syène, que se trouvent les riches mines d’émeraude, exp'oitées dans l’antiquité ; elles sont situées dans le mont Zabarah. M. Caïlliaud les a retrouvées récemment. Il en existait une aussi sur la rive gauche du Nil, auprès de Tantah, dans la haute Égypte.
10. Bois pétrifié. — On trouve éparses, dans les déserts qui avoisinent la vallée du Nil, beaucoup de pétrifications ligneuses qui frappent par l’aspect primitif qu’elles ont conservé dans leur forme et dans leur couleur. A deux lieues et demie du Caire, derrière le Mokattam, on rencontre dans une vallée sablonneuse et sur une surface d'environ une lieue carrée, de nombreux fossiles végétaux, restes d’une forêt pétrifiée ; les arbres qui la composaient paraissent avoir été des palmiers , des sycomores et peut-être des bambous ; 1l en est qui ont jusqu’à 80 pieds de longueur ; l’aciion du feu a sans doute joué le principal rôle dans la transformation qui a réduit cette forêt à son état actuel.
La vallée du Fleuve sans eau contient également des bois fossiles ; il en est de même de la vallée de l'Egarement qui traverse le désert Arabique, depuis les environs du Caire jusqu’à la côte de la mer Rouge à 25 lieues au-dessus de Suez.
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11. Pétrifications animales. — Presque toutes les roches de calcaires ou de grès contiennent en grande quantité des coquilles et des poissons fossiles. On trouve aussi ces pétrifications amalgamées dans les poudingues ; mais le ciment peu tenace qui unit les éléments de ces agrégations les laisse s’en détacher quelquefois; et c’est ainsi qu’au pied des montagnes viennent s’amasser les coquilles disjointes et isolées. On en rencontre beaucoup en cet état dans la vallée des Tombeaux, située en face de Thèbes. Le désert qui avoisine les pyramides en contient de remarquables, connues sous le nom de cornes d’Ammon.
Lorsqu'on creuse dans les couches profondes du sol, surtout dans la basse Égypte, on rencôntre des bancs entiers de coquilles et d'animaux marins : preuve frappante que la mer, dans un temps peu éloigné encore, couvrait ces surfaces.
La valiée de l'Égarement renferme des coquilles numismales qui ressemblent à des pièces de monnaie, et dont quelques-unes ne sont pas plus grosses que des lentilles.
12. Pierres diverses. — On trouve encore, dans la vallée de l'Égarement, des pierres à meule , des Zapis judaica, petite pierre qui a, comme on le sait, la forme et la grosseur d’une olive. Le mont Baram, situé à l'est et un peu au-dessous d’Assouan, contient une espèce de pierre dont on faisait des marmites, et qui porte, pour ce motif, le nom de pierre ollaire.
15. Métaux. — Le sol de l'Égypte est pauvre en métaux ; on en découvre à peine quelques vestiges. Il ne renferme pas de minerai de fer. On sait que le Nil.
charrie dans ses eaux quelques parcelles de ce métal. Il existe près d’Assouan des grès ferrugineux. On a trouvé du cuivre dans le mont Baram. M. Cailliaud en a découvert, ainsi que du plomb, auprès de la mine d’émeraude du mont Zabarah.
14. Soufre, huile de pétrole, gypse. — On supposait l'existence de volcans éteints et de mines de soufre dans la partie de la côte de la mer Rouge qui cst située à la hauteur d’Assouan. M. Cailliaud a trouvé en effet une mine de soufre non loin des anciennes exploitations d’émeraudes, dans le Gebel Kebrit. — Sur la côte de la mer Rouge, environ vers le 28° degré de latitude, on rencontre une montagne appelée Gebel-el-Ezeit (montagne de l'huile) au bas de laquelle est une source d'huile de pétrole, bitume liquide qui a donné à la montagne le nom qu’elle porte. — Il existe des gisements de gypse sur différents points de l'Égypte. Ils sont nombreux et riches, mais le plâtre qu’ils donnent est de nature assez commune. Sa couleur est grisâtre. Il a du reste beaucoup de densité.
15. Charbon fossile. —L'Égypte ayant peu de bois, on comprend combien il lui serait avantageux de posséder des mines de houille. Rien ne prouve que l’antiquité en ait connu et exploité. Les savants de l’expédition française ont fait, pour en découvrir, d’inutiles recherches. Les nouvelles explorations ordonnées par Méhémet-Ali n’ont pas produit de plus heureux résultats; on peut induire, d’après la formation géologique du sol, que toutes les recherches que l’on fera pour découvrir des dépôts houillers seront également infructueuses.
16. Natron. — Nous avons parlé du natron que l'on exploite dans les lacs remarquables qui ont emprunté leur nom à cette substance. On avait cru, jusqu’à l'expédition française, que le gisement du natron était un fait particulier à ces lacs. Mais c'était une erreur : on en a découvert, en effet, dans plusieurs parties de l'Égypte. Le natron est exploité dans une vallée de la haute Égypte, située à cinq lieues d’Esné. Les plages du lac Mœæris en contiennent. Il s’en trouve aussi aux environs d'Alexandrie, près du lac Maréotis, et à l’isthme de Suez. Les caravanes de la Barbarie en apportent, de même que celles du Darfour.
17. Nüitre. — Du reste, les substances salines que le sol de l'Égypte contient en abondance sont l’une des particularités les plus saillantes de cette contrée. II existe plusieurs gisements de sel gemme, et entre autres, dans le terrain calcaire qui formele lit du Birketel-Keroun. La surface du terrain renferme une si grande quantité de principes salins, qu'il n’est pas rare de voir, après des pluies, les murs se revêtir d’une efflorescence nitreuse. Mais c’est surtout dans les nombreux décombres amassés autour des villes que le nitre est répandu dans de fortes proportions. Son extraction donne lieu à une exploitation importante, qui se fait à froid sous la seule influence du soleil, tandis qu’elle nécessite en Europe l'emploi du feu. Voici comment elle a lieu : on jette dans des bassins larges et peu profonds les décombres que l’on a amassés ; le uitre se dissout par le lavage; l’eau à laquelle il s’est ainsi mêle est divisée dans de nouveaux bassins, moins profonds encore que les premiers. Là, sous laction
d’un soleil de 40 à 50 degrés, elle s'évapore et le mitre se cristallise. C’est M. Rafli, chimiste romain, qui, en 1820, a introduit l’usage de ce procédé. De vastes bassins à nitre furent formés d’abord au Caire. Dans la suite, le vice-roi en a établi encore à Giseh, à Sakkarah, à Denderah, à Koum-Ombou, lieux où les décombres abondent.
18. Alun. — On a trouvé, depuis le gouvernement de Méhémet-Ali, des mines d’alun assez abondantes pour alimenter non-seulement la consommation intérieure, mais encore l'exportation.
19. L'Égypte ne possède pas de minéraux proprenent dits ; contrée éminemment agricole, 1l semble que la nature ait voulu lui défendre de s’adonner à lindustrie, en lui refusant ses auxiliaires indispensables : la houille pour combustible, le fer et le cuivre pour éléments des machines.
ÿ II.