Lac Amer, — Situé vers le milieu de Pisthme
de Suez, ce lac, sur l'emplacement duquel la mer Rouge a dù autrefois étendre ses eaux, servit de transition pour l’ancien canal qui faisait communiquer la mer Rouge au Nil.
54. Lacs de Natron. — À douze heures de marche à l’ouest du village de Terraneh, dans la basse Égypte, on rencontre une vallée dont la partie basse renferme quelques lagunes qui prennent leur nom de lacs de Natron d'une substance salino-pierreuse qu’elles produisent.
Ces lacs sont au nombre de six. Leurs bords sont échancrés de petits golfes d’où l’eau transsude, se forme en fontaines et s'échappe en petits ruisseaux qui se rendent dans le fond des bassins. Leurs bords sont recouverts de natron.
Il est à peu près certain que le fond de ces lacs est inférieur au lit du Nil et même au niveau de la Méditerranée, et l’opinion la plus probable attribue leur alimentation aux filtrations des eaux du fleuve, à travers l’espace de dix lieues environ, qui les sépare de leur vallée. Les hausses et les baisses des eaux des lacs sont en effet régulières , et correspondent, en proportion inverse, aux crues du Nil. C’est en hiver et pendant trois mois que les filtrations du fleuve donnent aux eaux des lacs leur volume le plus élevé.
Les divers sels contenus dans ces lacs sont des muriate, carbonate et sulfate de soude : lorsque l’évaporation des eaux a lieu, ces substances, qu'elles ont amenées avec elles, se solidifient , et c’est alors l’époque où elles sont exploitées.
Les eaux de deux des lacs sont colorées en rouge
par une substance végéto-animale. Lorsqu'on les fait évaporer, le sel marin, qui cristallise le premier, retient celte couleur rouge, et acquiert un parfum agréable, qui ressemble à celui de la rose.
Il y a auprès des lacs de Natron plusieurs couvents de cophtes.
55. Lac Moœæris ( Birket-el-Keroun ). — Le lac de l'Égypte qui offre le plus d'intérêt et sans contredit le Birket-el-Keroun. La réputation dont il a joui pendant l'antiquité, et les immenses services qu'il a rendus à l'Égypte, en font l’une des particularités de cette contrée qui méritent le plus d’attirer l'attention.
Le lac Mœæris occupe le fond d’une large vallée circulaire que la chaine Libyque forme, comme nous l'avons déjà dit, à la hauteur de la moyenne Égypte. Cette vallée, qui était le nome Arsinoïte des anciens Égyptiens. s'appelle Fayoum, mot que les Arabes ont formé de Piom et Phaïom, qui signifiaient, dans l’antique langue égyptienne, lieu marécageux. Ce qui reste de l’ancien lac est appelé aujourd’hui Birket-el-Keroun ou lac de Caron. C’est à cet immense bassin que se rattache la fable de Caron, le farouche nocher du Styx. qui d’après la mythologie antique , passait aux enfers les ombres des morts. Sans doute les anciens Égyptiens traversaient une partie du lac pour aller déposer leurs momies dans une nécropole, et cet usage a fourni le prétexte d’une fable qui à joué un grand rôle dans le polythéisme grec et romain.
Les anciens, Hérodote surtout, avaient répandu sur l’origine du lac Mæris une erreur qui a trompé plusieurs géographes modernes et qui est encore vulgaire,
mais que la science est unanime aujourd’hui à repousser. D’après l'historien grec, le roi Mæris aurait fait creuser le lac du Fayoum , pour en faire un réservoir propre à recevoir le trop plein des inondations surabondantes du Nil, à les rendre ensuite, dans le cas où les crues auraient élé insuflisantes, et à subvenir en tout temps aux besoins de l’agriculture. Mais il est évident que ce lac n’a pu être creusé de main d'homme, car cette opération aurait exigé le déplacement de plus de onze cents milliards de mètres cubes de terres ou de roches. Hérodote basait son assertion sur ce que deux pyramides d’une grande hauteur, dont lune était surmontée par un colosse, s’élevaient audessus des eaux. Mais on peut admettre que Meæris profita de la disposition naturelle de la vallée de Fayoum, dont le fond paraît inférieur de beaucoup au lit du Nil, pour y conduire les eaux du fleuve, et qu’il fit élever les pyramides avant d’avoir entrepris ce magnifique travail. On peut encore supposer que ces pyramides existaient antérieurement à Mæris.
Le lac Mæris, dont le Birket-el-Keroun n’occupe aujourd’hui que le bas-fond, n’avait pas moins autrefois de soixante et quinze lieues de tour. Il recevait les eaux du Nil par un canal, connu aujourd’hui sous le nom de Bahr Jousseff (canal de Joseph), dont on avait frayé l'entrée à travers la chaîne Libyque, et qui s'irradiait sur le Fayoum en plusieurs cours d’eau qui, après avoir fertilisé tout le terrain cultivable , allaient se perdre dans le lac.
On n’est pas entièrement d'accord sur la voie par laquelle ce vaste réceptacle rendait à l'Egypte les eaux
qu’il avait recues. Hérodote prétend que le même canal qui les lui avait portées pendant six mois les rapportait dans la vallée du Nil pendant l’autre période de l’année. Mais il est beaucoup plus logique de penser que les eaux s’écoulaient par le canal appelé aujourd’hui Bahr- Bela-Ma ou fleuve sans eau *.
56. Fleuve sans eau. — La vallée du Fleuve sans eau, liée à l’extrémité occidentale du lac Mæris, s’avance vers le nord à travers le désert, et parallèlement au cours du Nil. Elle passe à une heure et demie de distance des lacs de Natron, et allait se terminer autrefois au lac Maréotis. Le lit du Fleuve sans eau, qui tire son nom actuel de son état de sécheresse ordinaire , avait été creusé, tout porte à le croire, au moins en partie. Il formait un véritable appendice du lac Mæris, un second lac à la suite du premier, et c’est de sa formation, et non de celle du lac principal, qu'il faut faire honneur à la puissance de l’homme. La vallée du Fleuve sans eau présente jusqu’à trois lieues de développement d’un bord à l'autre. Elle est aujourd’hui stérile et ne renferme point de sources. On y trouve beaucoup de bois pétrifié ainsi que des animaux fossiles.
" Je renvoie le lecteur au savant mémoire publié par M. Jomard sur le Biket-cl-Keroun, dans le grand ouvrage sur l'Égypte. Les questions qui se rattachent au lac Mæœris y sont traitées à fond et avec l’érudition que
l'on connaît à cet illustre membre de l’Institut,