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Cheval (4’oud). — I y a, en Égypte, plusieurs

espèces de chevaux : les beaux chevaux arabes de race pure qui sont venus de l'Arabie, les chevaux d’origine syrienne dont se servent les tribus Kurdes et Hanézès, ceux qui viennent de l’intérieur de l'Asie et de l’Europe, enfin ceux que l’on amène de Dongolah. Ces différentes races ont formé des mélanges ; cependant, on n’emploie, en général, comme étalons, que des chevaux arabes de race pure. Ces animaux délicats, accouplés avec de fortes juments, produisent une espèce plus robuste, dont les formes sont plus arrondies, et qui constitue la véritable race égyptienne.

Le cheval égyptien est de plus haute taille que le cheval arabe. Sa têle est mieux placée; son encolure se dessine à merveille; ses yeux sont pleins de feu et d’ardeur ; ses naseaux sont largement ouverts; sa croupe est gracieusement arrondie, ses jambes sont fines, sèches et nerveuses ; son allure est noble, fière, majestueuse. Le cheval arabe, soumis à une vie active, laborieuse et pénible, à des privations qui n’ont pour ainsi dire pas de terme, sous des maitres à demi sauvages qui ne s’épargnent pas davantage eux-mêmes, est toujours de petite taille, maigre, dépourvu de formes agréables, sans rien perdre, pour cela, de ce mâle courage et de celte vigueur indomptable, qui le rendent si précieux à son possesseur.

Du reste, on ne trouve pas en Egypte de chevaux de haute taille ; aussi ne peut-on y monter de la grosse cavalerie.

Les peuples d'Orient se servent généralement , on peut même dire exclusivement, de chevaux entiers, sans que de cet état parfait de nature résulte le moin-

dre inconvénient dans l’usage. La docilité de ces animaux n’est pas moindre que celle de nos chevaux d'Europe, soumis à la terrible mutilation qui les dégrade et les énerve. Ils ne s’emportent pas plus sous l'homme, ils ne se prêtent pas moins à toutes ses exigences avec une condescendance admirable, quelle que soit leur fougue et leur vivacité.

46. Ane (Hemär). — On aurait une idée bien fausse de l’âne d'Égypte si on le confondait avec celui d'Europe. Ce n’est plus, comme dans nos contrées, un quadrupède chétif, avili, mal nourri, encore plus mal soigné, impitoyablement maltraité ; c’est au contraire un animal grand et bien fait, dont la tournure est presque noble, dont la démarche est légère, dont les allures sont vives et douces à la fois. Aussi le prix des ânes d'Égypte est-il assez élevé, surtout quand ils unissent aux belles qualités de formes que je viens d’indiquer, de l'énergie et de la vigueur. Ce sont eux que lon emploie de préférence pour les longs voyages à travers le désert, en société avec les chameaux, chargés des lourds bagages ou du transport des marchandises.

Les ânes les plus beaux, et par conséquent les plus estimés, proviennent des contrées les plus chaudes et les plus sèches de l'Égypte, du Saïd notamment. Ceux qui naissent dans le Delta sont inférieurs aux autres sous tous les rapports.

47. Mulet (Baghl). — L'Égypte, qui possède les plus beaux chevaux du monde, et les ânes de la plus belle espèce, devait produire de beaux mulets. Ces animaux y sont en effet fort estimés; il en est dont la valeur ap-

proche de celle des chevaux les plus brillants. On s’en sert comme montures, et leur équipement est à peu près le même que celui des ânes. Les mules (Bâghléh), toujours plus dociles et plus endurcies à la fatigue, sont préférées aux mulets. Leur allure est l’amble. On les exerce à ce mode de progression par un moyen mécauique qui consiste à réunir par une corde les pieds antérieur et postérieur du même côté, de manière que le mouvement du premier de ces organes entraine nécessairement l’autre *.

48. Dromadaires. — Si l’on ne veut appliquer le mot de chameau qu’à la variété de l'espèce dont le dos se recourbe en deux bosses, il n’existe pas en Égypte de chameaux proprement dits. On y distingue deux races de dromadaires : l’une , à qui l’on donne le nom de Djemmel (chameau) , dont la taille est élevée, la force prodigieuse, la marche pesante, et que l’on destine au transport des lourds fardeaux ; l’autre, moins grande, moins massive, d'une agilité remarquable, nommée Æadjim par les Arabes parce qu’elle est la monture des Æadji (pèlerins), et dromadare par les Européens.

Malgré les services que rendent les dromadaires, ils étaient pour les anciens Égyptiens un objet de mépris; les Arabes ont au contraire pour eux le plus grand attachement. Le dromadaire est utile sous d’autres rapports que les transports et les voyages. Son poil est un

: Je renvoie le lecteur, pour de plus amples détails, au $ du chapitre des Mœurs qui traite des voies de communication et des moyens de transpurt

par terre.

article important de commerce; les Arabes en fabriquent des tentes et des tapis. Sa fiente, mêlée avec de la paille hachée, et desséchée au soleil, compose une espèce de motte dont on se sert comme combustible. Le lait des chamelles est très-apprécié par les Bédouins, qui en font un très-grand usage.

49. Bœuf (Thour).— Le bœuf domestique d'Égypte ne diffère en rien de celui d'Europe. Il est employé pour les travaux d'agriculture et pour divers usages encore. Ce que quelques auteurs qui ont écrit sur l’Égypte ont dit de la beauté de cet animal et de l’excellence de sa chair n’est pas tout à fait exact. Ilest probable qu'aux temps anciens où le bœuf était en honneur, où les arts agricoles étaient cultivés avec grand soin, cet animal se faisait remarquer par l’élévation de sa stature, par la beauté de son pelage et par le développement des cornes qui lui servent d’ornement et de défense; mais la race en est dégénérée aujourd’hui. Le bœuf est en effet réduit à des proportions moyennes. Ses cornes sont généralement petites, son poil d’un fauve plus ou moins prononcé ne saurait flatter l’œil en aucune manière. La saveur de sa chair est bien loin de mériter la réputation qu’on aurait voulu lui donner ; c’est en effet, comme on l’a observé , dans les parties boréales du globe et non dans les pays chauds qu'il faut chercher les qualités savoureuses et succulentes de la chair de cet animal.

On trouve en Égypte un bœuf sauvage que les Arabes appellent Bakkar-el-Ouesch et qui constitue une espèce distincte, très-rapprochée du zèbre, selon un auteur estimé , si ce n’est identiquement le même

animal. Les Arabes élèvent quelquefois dans la campagne de jeunes bœufs de cette espèce qu’ils ont atteints en poursuivant des sujets adultes ; leur cuir est estimé.

30. Bufjle (Djamouss). — Le buffle ne parait pas être d’origine égyptienne ; car il n’est pas représenté sur les monuments antiques, et on ne le trouve pas à l’état de momie. On prétend que cet animal a été importé après la conquête des Arabes. Le climat et le sol de l'Égypte lui conviennent parfaitement. Il s’y est, en effet, aisément multiplié, et a acquis une très-belle taille. Les buffles égyptiens ont très-peu de poils ; la couleur de leur peau est gris de fer. Ils vivent presque constamment dans l’eau, tellement qu’on les dirait amphibies. Quoique d’une physionomie farouche, ils sont au fond très-doux , et n’ont nullement la férocité ombrageuse des buffles de l’Europe, et surtout de la Romagne. Leurs femelles donnent par jour de quatorze à seize livres d’un lait d'excellente qualité. Jusqu'à présent les Arabes n’ont pas encore utilisé la force prodigieuse du buffle, en s’en servant pour leurs travaux domestiques. Sa chair est très-grossière, et n’est mangée que par le peuple.

51. Race ovine. — La race ovine constitue une partie des richesses de l'Égypte. Elle y est nombreuse et point mélangée. Les béliers ne sont pas soumis à la castration. La laine est de belle qualité. Les brebis (gahameh) paraissent être plus fécondes qu’en Europe. Elles donnent deux portées par an, et généralement deux agneaux à la fois. L'espèce est celle de la Barbarie.

Quelques autres espèces sont importées en Égypte du Sennaar, du Kordofan et de l’Yemen. Ce sont des béliers à queue adipeuse et de haute stature, dont la laine est commune et de peu de valeur, mais qui ont ‘ beaucoup de chair et dont la graisse surtout est fort estimée ; ou bien encore des animaux à poil ras cassant comme celui des antilopes, et qui présentent dans certaines parties de leur corps un développement graisseux dont on pourrait sous certains rapports obtenir des avantages assez importan(s.

52. Chèvre (Maäzel).— Les chèvres, que l’on trouve répandues surtout dans l'Égypte inférieure, sont de l'espèce dite de Syrie et appelée aussi chèvre mambrine. Elles sont caractérisées par leur chanfrein arqué, leur corps élancé, la petitesse de leurs cornes, leurs oreilles longues et pendantes et leur pelage généralement roussâtre. Leur lait est bon et abondant ; on en fait grand usage. Elles sont conduites par petits troupeaux dans les villes, et chaque consommateur voit traire devant lui le lait dont il a besoin. Leur fécondité n’est pas moins grande que celle des brebis, puisqu'elles produisent deux fois par an, et que le nombre de chevreaux est régulièrement de deux, quelquefois de trois, et par exception de quatre.

Les chèvres de la haute Égypte, notamment du Saïd, sont d’une autre espèce. Leur taille est beaucoup plus petite, leurs cornes sont plus développées ; elles sont vives, alertes; leur poil est long, soyeux et bien fourni ; elles auraient sous ce rapport, comme sous plusieurs autres, assez d’analogie avec les chèvres d’Angora.

Le Sennaar fournit aussi une espèce de chèvre de très-petite taille, à poil ras, dont le dos est marqué dans toute sa longueur par une bande noire sur un fond plus ou moins gris ou roussâtre.

55. Chien (Kelb). — Je ne sais si, rigoureusement parlant, le chien d'Égypte mérite d’être compris au nombre des animaux utiles, au nombre des animaux domestiques. Ses mœurs et ses habitudes sont moitié sociables, moitié sauvages, selon qu’il habite les villes, ou que, vivant en nomade et sans maitre, il fréquente, comme le chacal et le renard, les limites du désert. Dans l’une et dans l’autre de ces conditions, son pelage se distingue par de notables difiérences. Dans l’état de liberté complète, il a le poil plus long et plus fauve. Sa nourriture se compose de débris d'animaux abandonnés par lhyène et le chacal ; en cas de disette, 1l attaque et dévore son semblable.

Dans les villes où il pullule, il habite en tribus certains quartiers, et s’y impatronise de telle sorte, qu'un chien appartenant à une autre tribu ne saurait tenter de pénétrer dans le quartier voisin sans être assailli avec furie , sans être cruellement battu , quelquefois même dévoré. Le même sort attend infailliblement les chiens d'Europe quand ils se présentent dans les rues. Bien qu'impurs aux yeux des bons musulmans, les chiens reçoivent d'eux , en Égypte, des soins particuliers. Ils ont droit, en quelque sorte, aux débris de leur table, ainsi que cela a lieu dans les diverses parties de la Turquie d'Europe. Là comme en Égypte, c’est une chose digne de remarque, la rage est à peu près inconnue chez ces animaux.

En résumé, le chien d'Égypte parait constituer une espèce distincte qui s’est perpétuée sans mélange et qui a la plus grande analogie de caractères avec les momies que l’on trouve dans jes catacombes et autres vastes hypogées.

54. Chat (Qall). — Le chat a joui, de tout temps, en Égypte , de priviléges presque illimités. Les honneurs qui lui étaient rendus dans lantiquité, et sa condition actuelle le prouvent également. Autrefois, les considérations politiques ont pu commander aux législateurs ces soins et ces égards qui étaient devenus populaires : les traditions religieuses ont sans doute inspiré aux modernes possesseurs de la terre des Pharaons ces procédés dont ils n’ont pas dévié. Le chat était aimé de Mahomet, témoin le sacrifice que le prophète fit de la manche de sa robe, sur laquelle Panimal favori s'était endormi, plutôt que de troubler son sommeil. De là cet amour que tout musulman doit professer pour l’espèce qui descend, à ce qu’il croit, du chat du prophète, sans altération. Le chat a accès partout en Égypte. Partout il recoit le meilleur accueil, au harem comme à la mosquée , chez le fellah comme chez le cheik, chez le cadi ou chez l’aga. Dans lantitique Égypte, la mort d’un chat était un long sujet de regrets et de deuil; la douleur s’exprimait par des manifestations spéciales, on les embaumait avec vénération , on les enterrait solennellement ; on se borne aujourd'hui à les entourer de soins délicats, pendant la trop courte période de leur vie vigoureuse, d’adoucissements pendant leurs maladies qui sont traitées dans des sortes d’hôpitaux institués à cet

effet, au moyen de donations et de fondations pieuses. Le chat s’est donc toujours trouvé singulièrement bien partagé dans ce pays, au milieu de tant d’autres animaux qui y sont condamnés à la misère et à la souffrance. #

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