QUADRUPÈDES SAUVAGES
55. Loup (Dyb}). — Plusieurs naturalistes ont prétendu qu'il n’existe pas de loups en Égypte. C’est une erreur. On en trouve une espèce sur divers points. Elle diffère de celle d'Europe par le poil qui est beaucoup plus court. Toutefois, ce loup est bien plus rare que le renard et l’hyène. Ne serait-ce pas le Canis Anthus, ou bien encore le Canis Fennec de Bruce.
56. Renard ( Tsà àleb). — Le renard d'Égypte est plus petit que celui d'Europe. Ses oreilles sont noires, ses pieds sont fauves, la couleur du dessous de son corps est toujours d’un brun qui s’enfume davantage à mesure que l’animal vieillit. On le voit rôder dans la campagne, se livrer à la chasse et se rapprocher des habitations pour tâcher d'y surprendre les poules, ainsi que d’autres animaux domestiques.
57. Chacal ( Djägél). — Le chacal vit en troupes nombreuses sur les lisières du désert et se loge dans les ruines et les décombres. Il se nourrit de cadavres d’animaux et fait entendre pendant la nuit des hurlements tristes et prolongés.
58. Hyène. — Cet animal, appelé Dabèh par les Arabes, n’est pas moins commun en Égypte qu'en Syrie et sur les côtes septentrionales d'Afrique. Ses mœurs et ses habitudes sont assez connues pour qu’il soit super-
9214 EISTOIRE NATURELLE.
flu de rien ajouter à ce sujet. On peut le soumettre à la domesticité si on le prend tout à fait jeune, et surtout si on l’habitue à un régime peu carnassier. L’espèce est l'hyène barrée.
59. Sanglier. — Il est appelé Khanzire par les Arabes, qui donnent le même nom au cochon domestique. Ce pachyderme paraît constituer une espèce distincte. Son état d'impureté le soustrait au danger de la poursuite des chasseurs arabes. Aussi est-il très-répandu dans les diverses parties de la basse Égypte où 1l commet souvent de très-grands ravages. Il se rue plus particulièrement sur les champs ensemencés de doura. On rencontre souvent les sangliers par bandes de cinquante à soixante ; mais c’est particulièrement vers le Delta, sur les bords des lacs et dans le voisinage de la mer.
60. Hippopotame (Fars-el-Bahar). — Ce pachyderme monstrueux, que l’on croit assez généralement habiter tous les points de l'Égypte traversés par les eaux du Nil, ne s’y rencontre qu’accidentellement. Il faut aller le chercher dans la haute Nubie. Cependant on peut citer quelques apparitions d'individus isolés qui se sont montrés jusqu'aux environs de Damiette.
C’est ainsi, par exemple, que Prosper Alpin dit en avoir fait chasser un dans cette localité ; c’est ainsi qu’en 1856 on en vit un non loin de la même ville. Il commit de grands dégâts dans la campagne, et puis, après une vingtaine de jours environ, il disparut pour ne plus se montrer. On a prétendu que l’hippopotame était plus commun jadis en Égypte, mais cette opinion parait peu probable.
61. Gazelle (Gazal). — Ce joli et gentil animal se trouve en grand nombre sur les confins des déserts qui entourent l'Égypte. On sait avec quel amour les poëtes arabes ont chanté la coquette délicatesse de ses membres , la beauté de ses yeux, la légèreté de sa course rapide. La gazelle se nourrit des petites herbes que produit le désert; elle vient quelquefois pendant la nuit brouter et boire, dans les terres cultivées. Les Arabes Bédouins la poursuivent , et, montés sur leurs agiles juments , parviennent quelquefois à la fatiguer et à l’atteinare. Ils la chassent au fusil, au faucon ou au chien. On prend les petites gazelles vivantes. Cet animal , qui est si farouche à l’état sauvage, s’apprivoise très-bien ; j'en ai plusieurs dans ma basse-cour qui sont très-familières, et procréent chaque année.
L’antilope (Dorcas), ou bœuf sauvage d'Égypte, est un animal qui appartient plus particulièrement à la Nubie.
On doit rapporter à la race ovine une sorte de mouflon dont la taille est assez élevée et qui parait être le même que le mouflon d'Afrique.
Enfin, je citerai, pour compléter cette nomenclature mammalogique, un animal fort rare, de la famille des Ruminants, de la taille d’un bélier, que j'ai rencontré à la hauteur de Syout, dans le désert qui avoisine la rive orientale du Nil et dont l’existence n’avait pas encore êté signalée.
62. Daman. — C'est le Schasan des Hébreux, et son nom vulgaire est l’Agneau d'Israël, ou bien encore le Daman d'Israël. Bruce est le premier naturaliste qui l'ait fait connaître. 1l est de petite taille, d’un pe-
lage roussâtre tirant sur le brun. Les bêtes fauves en font souvent leur pâture.
65. Singes (Qerd). — Les singes, qui sont importés en Egypte par des bateleurs arabes et qui sont colportés de ville en ville, n’appartiennent pas au pays. Ils proviennent du Sennaar, de l'Arabie, et c’est à tort que quelques historiens ont prétendu qu'ils avaient été propres à l'Égypte pendant l'antiquité , se fondant sur la grande quantité de singes que l’on trouve momifiés. Ce sont généralement le magot , le maïmon et le tartarin.
64. Hérissons (Qanfod). — L'espèce de hérisson que l’on trouve en Égypte diffère de celle d'Europe par quelques nuances de pelage. Ce sont d’ailleurs les mêmes habitudes et les mêmes mœurs.
65. Martre.— La martre-furet est la seule espèce de ce genre que l’on rencontre en Égypte. Ce carnassier y est très-répandu. Il pénètre jusque dans les habitations, où il attaque et tue impitoyablement les volailles dont il mange aussi les œufs avec avidité.
66. Mangouste (Nems). — On la connaît plus parculièrement sous le nom d’Ichneumon et de Rat de Pharaon. Elle est répandue dans toute l'Égypte. Cet animal pourrait être soumis à la domesticité , car son naturel est assez doux ; mais, d’un autre côté, la somme des avantages qu’il procurerait , en détruisant les rats et les souris dont il est avide, serait trop largement compensée par les déprédations auxquelles ses mœurs carnassières le porteraient incessamment, au grand préjudice des animaux domestiques.
Que de fables ont été débitées sur son compte ? Sans
doute , la mangouste détruit beaucoup de crocodiles . puisqu'elle les attaque dans l'œuf qu'elle recherche sur le sable , et qu’elle dévore les petits animaux de cette espèce qui se laissent surprendre par elle. Mais il y a loin de ce fait, qui est avéré, à ce guet-apens au moyen duquel elle profiterait du vaste hiatus de la mâchoire du lézard géant pour pénétrer dans l'estomac, déchirer ce viscère et occasionner ainsi la mort de son puissant ennemi.
Dans l'antiquité, la lot protégeait la mangouste d’une manière spéciale. Les peuples pourvoyaient journellement à sa subsistance. Après sa mort, elle était l’objet d’un culte particulier.
67. Lynx (Chat sauvage, gatt nemeri). — On voit en Égypte deux espèces de Iynx, l’une des marais, et en effet elle chasse aux oiseaux de marécages. Sa taille est trois fois environ celle du chat. C’est le felis chaus des naturalistes. La seconde, beaucoup plus rare, est le felis lynx.
68. Gerboise. — On en compte deux espèces, de taille bien différente, et qui se distinguent encore entre elles par les pieds velus ou entièrement nus. Dans le premier cas (l'espèce est bien plus petite), c’est le dippus hirtipus des zoologistes ; dans le second cas, c'est le dippus sagitta. L'une et l’autre ont les tarses très-longs et très-minces, et peuvent exécuter des sauts à de certaines distances. Il est peu de rongeurs armés de dents aussi robustes. S'ils sont captifs , les cages en bois construites de la manière la plus solide ne sont qu’un faible obstacle à ce qu'ils reconquièrent promptement la liberté. Une prison de fer peut seule
résister aux attaques incessantes de ce joli mammifère, alors surtout qu'il n’est point observé. Les Arabes le connaissent sous le nom de Gerboa.
On a confondu quelquefois sous sa dénomination un «
rongeur de la taille d’un des grands rats d'Europe, qui est la gerbille des pyramides, du lieu où on le rencontre plus fréquemment. Une seconde espèce de moitié plus petite vit, dit-on, en Nubie.
69. Rats et souris (Far). — Sous ces Ceux dénominations sont comprises les diverses espèces de murins que l’on trouve abondamment en Égypte. Deux variétés plus intéressantes parmi tant d’autres sont le rat d'Alexandrie aujourd’hui naturalisé sur le littoral de l'Europe méridionale, et que les Italiens appellent du nom de rat des toits, et le rat épineux dont les poils du dos sont roides et piquants.
70. Lièvre (Arneb). — Le lièvre d'Égypte diffère du lièvre commun par la couleur de son pelage, par la longueur des oreilles et des pattes postérieures. C’est un animal impur pour les musulmans qui, s’abstenant de le manger, ne lui font point cette guerre acharnée qu’on a déclarée à l’espèce ordinaire, en France et dans tous les lieux où elle se propage avec abondance.